MATÉRIALISME EN RELIGION
que la superstition. Néanmoins, en présence d’un aussi grand fait et qui occupe une telle place dans l’histoire, les matérialistes ont dû chercher une explication aux croyances religieuses : la divinisation des forces physiques, la terreur en présence des grandes scènes de la nature, la reconnaissance à l’égard des héros, etc., ont à la fois ou tour à tour servi de base à ces explications. La religion a été regardée comme une invention des législateurs. On a voulu aussi donner une certaine satisfaction au sentiment religieux, et on a proposé le culte de l'humanité ou celui des grands hommes, etc. On y a joint des cérémonies, un calendrier, etc.
Quoique le bon sens fasse aisément justice de ces conceptions, comme elles ont séduit certains esprits, il est bon d’en montrer la faiblesse et l’inanité ; on devra faire ressortir l’insuffisance des explications proposées pour rendre compte du sentiment religieux, et surtout le ridicule des moyens proposés pour fonder une religion matérialiste. On relèvera aussi la contradiction dans laquelle sont tombés certains matérialistes (Cabanis, Broussais) en reconnaissant, après avoir nié l’âme humaine, une intelligence ordonnatrice de l’univers.
QUESTION XLIV
Du matérlalUme dans l’éducation.
PROüEAMMS
Le vrai but de l’éducation doit être de mettre l’homme en état de se conduire et de se gouverner lui-même. Car l’homme est une âme, et une âme, c'est une force libre. Aussi l'éducation intellectuelle doit avoir pour principal objet d’apprendre à penser par soi-même; l’éducation morale, à réprimer, à maîtriser les passions, à perfectionner la volonté, à diriger vers le bien toutes nos facultés.
Que deviennent ces maximes dans le système matérialiste T Elles perdent leur sens et elles sont tout à fait inapplicables. Que doit-on mettre à la place? Dans quel sens sera faite l'éducation de l'homme T C’est ce que l’on se pro-
PSYCHOL.OGIK
posera d'examiner en discutant chaque point et en faisant voir que les conséquences suivantes sont les seules que l’on doive admettre comme rigoureuses et légitimes.
1* Education physique. — L’éducation physique a une grande importance sans doute. Mais quel est son véritable but T Le corps est-il fait pour l’âme ou l’àme pour le corps? Comment doit être conçu le système d’éducation au point de vue matérialiste.
2° Éducation intellectuelle. — Dans quel sens doit être développé l’esprit dans ce système ? Comme se développe et se cultive la plante, l'animal. Tout vient du dehors, rien du dedans. L’homme statue ou table rase. (Condillac.) Méthodes accommodées à ce système. (V. Précis, p. 169.)
3° Éducation morale. (Ibid., 565.) — Ce qu’elle doit être dans la doctrine matérialiste. Inconséquences des moralistes de cette école. De leur zèle à répandre l’instruction et la moralité dans les masses, etc. — Conclusion.
QUESTION XLV
Dn système peut-il se réfuter par ses conséquences?
Ce mode de réfutation doit-il, comme on le prétend, être banni des discussions philosophiques? Bien qu’inférieur à la réfutation directe, à celle qui s’attaque aux principes et au corps même d’une doctrine (V. Introduction, p. lv), doitil conserver sa place, même dans la science, tout en restant soumis à des conditions qui en préviennent l’abus? C’est un point qu’il est utile d’examiner à propos du matérialisme dont on a dévoilé les conséquences.
La maximo qui proclame toute doctrine philosophique non responsable do ses conséquences est aujourd’hui fort à la mode. Toutes les écoles positivistes la répètent en chœur. A toutes elle sert de devise, quoiqu’elles ne so tassent pas faute d’enfreindre la règle, ne fût-ce qu’en accusant la métaphysique de retarder les progrès de l’esprit, de l’entretenir de vaines spéculations et de consumer ses forces a la poursuite de problèmes insolubles. N’importe, quiconque