Voir à Tappendice le texte du traité
48 POLITIQUE kra\(;aise
Ce traité ratifie les concessions insérées dans le projet de 1902 : cession des provinces de Melouprey et de Bassac, obligation pour le gouvernement siamois de n'employer, dans la vallée du Mékong, que des officiers siamois, exception faite pour les officiers danois actuellement on service dans les milices, obligation de sVntendre avec le gouvernement français pour toutes les voies ferrées et autres grands travaux publics qu'il serait incapable de construire avec un personnel et des capitaux purement siamois, enfin dispositions relatives à nos protégés qui corrigent ce que celles du projet de 1902 avaient de plus critiquable.
Il décide d'autre part qu'à Tavenir le gouvernement siamois ne pourra entretenir que des milices d'origine locale, c'est-à-dire cambodgienne, dans les provinces de Siem-Réap, Battambang et Sisophon; en vertu d'un accord accessoire ces milices devront être commandées par des officiers français. En outre, la construction d'un chemin de fer reliant Battambang à Pnom-Penh, capitale du Cambodge, est dès maintenant prévue.
La délimitation de la frontière sera établie de façon à nous donner Krattetla portion de la côte cambodgienne qu'avait occupée le Siam. Dans le nord du Mékong, le Siam renonce à.loute suzeraineté sur les possessions du roi de Luang-Prabang. Les districts de Kin-Tao et de Kontsavadi, adjugés au Siam par le projet de 1902 sont restitués à notre protégé; de sorte que, sur près de oOO kilomètres, les deux rives du fleuve seront 4ésormais complètement françaises. Dans le Mékong moyen, nous obtenons les terrains nécessaires pour construire des tronçons de chemins de fer destinés à mettre en communication les uns avec les autres, les différents biefs navigables séparés par des rapides. Et il est entendu
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que le grand affluent du Mékong, le Nam-Noun, qui dessert tout le Laos siamois devra être débarrassé des rochers qui en interrompent la navigation près de son embouchure, afin que nous puissions accéder à Oubôn.
En échange nous abandonnons entre les royaumes de Bassac et de Luang-Prabang la zone de 25 kilomètres devenue inutile par suite des acquisitions de terrain, des constructions de travaux publics et des moyens d'inlluence qui nous sont consentis. Et nous renonçons à Toccupation de Ghaniaboun.
Un léger incident s'est produit à la veille de la signature au sujet des conditions de l'évacuation de Ghantaboun. Il s'agissait de savoir sous quelle forme et dans quelle mesure on demanderait au Siam, préalablement à cette évacuation d'exécuter les engagements qu'il prenait vis-à-vis de nous dans les divers articles du traité. Exigerait-on que la délimitation de la frontière du Grand lac à la mer précédât l'évacuation ? Stipulerait-on que, par suite d'un accord conclu avant la délimitation sur le terrain, le port de Kratt, voisin de la frontière actuelle, nous reviendrait? Tels étaient les points à trancher.
Après avoir entendu M. Delcassé, le conseil des ministres a été unanime à répondre affirmativement à ces deux questions. Que fallait-il, en effet ? Eviter toute incertitude dans le présent, toute controverse dans l'avenir. Pour cela, quel plus sûr moyen que de marquer dans le traité même que nos troupes n'évacueraient Chantabo un qu'après que les territoires, devenus français par suite de la nouvelle fixation de frontière, auraient été mis à la disposition de nos troupes ? De plus, par un accord préalable à la délimitation, les deux gouvernements fixeraient les points principaux de cette délimitation, celui notamment où la frontière Tardiez. 4
atteindrait la mer. C'est cet accord, condition nécessaire de Tévacuation de Chantaboun, qui nous assurerait le port de Kratt.
Au conseil du 1 5 février, le ministre des affaires étrangères élabora une rédaction, — on la retrouve aux articles 3 et 5 du traité, — que ses collègues approuvèrent et qu'il reçut mission de faire accepter à Phya Suriya. Quelques instants après, et tandis que M. Delcassé rentrait au quai d'Orsay, M. Gaston Doumergue, ministre des colonies, s'en allait déjeuner dans un restaurant voisin de la Madeleine, où sa physionomie, particulièrement souriante, paraissait annoncer le succès prochain de son collègue des affaires étrangères. Il ne restait qu'à convaincre Phya Suriya de l'opportunité de cette dernière concession. C'est à quoi M. Delcassé employa son après-midi.
La discussion fut longue et vive, qui s'engagea vers trois heures dans le cabinet du minisire. Phya Suriya répugnait à l'engagement qu'on lui demandait. Par contre, l'intérêt du Siam à conclure le traité lui apparaissait évident. Et il ne pouvait méconnaître que l'allure des relations franco-siamoises depuis dix ans nous conduisait à réclamer, avant de signer, des garanties catégoriques.
Vers sept heures, après quatre heures de lutte, le ministre de Siam céda. La rectification de frontière', qui nous donnait le port de Kratt, fut acceptée. Et il fut convenu qu'elle figurerait au traité sous la forme que M. Delcassé avait proposée au conseil de cabinet et que le gouvernement avait approuvée. A sept heures et demie, tout était fini. Phya Suriya rentrait avenue d'Eylau, où, jusqu'à quatre heures du matin, avec ses collaborateurs, il câblait à Bangkok le texte du traité.
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Les signatures une fois échangées et la question de la ratification étant désormais la seule qui restât à trancher, j'ai demandé à M. Eugène Etienne, président de la commission des affaires extérieures et coloniales, son sentiment.
— Je viens, m'a dit M. Etienne, de lire le traité. J'en avais longuement causé avant-hier soir avec M. Delcassé.
» Ce traité, dans son ensemble, est tout à fait satisfaisant. Et je pense qu'il ne provoquera aucune objection.
)) J'avais, à une première lecture, éprouvé certaine inquiétude à ne pas retrouver l'engagement du Siam de faire commander par des officiers français les forces de poHce locales qu'il aura le droit d'entretenir dans les provinces de Siem Reap, de Sisophon et de Battambang. Le commentaire annexé au traité par le ministère des affaires étrangères m'apprend que cette stipulation est inscrite dans une lettre non publique. A vous dire vrai, j'eusse préféré la voir dans le traité même. Mais du moment qu'elle est acquise, cela seul importe.
» Si je passe à la partie relative à la juridiction, je regrette que les Cambodgiens ne soient pas nommément visés. Je suis convaincu que, dans l'esprit du gouvernement français, ils sont compris dans l'expression générale « les personnes d'origine asiatique ». Il faut qu'il en soit ainsi. Et, à coup sûr, il en est ainsi. Une rédaction plus précise eut peut-être été préférable. Mais sur ce point une simple explication de M. Delcassé suffira à rassurer tout le monde.
» Vous avez vu que le traité établit un régime spécial de juridiction pour les provinces de Xieng-Maï, Lakhon, Lampong et Nan, c'est-à-dire pour le Laos. Cette exception favorable au Siam était-elle indispensable ? Il
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PStvrai que les paragraphes suivants, qui attribuent ;m consul de France le droit d'assister aux audiences et, au besoin, d'évoquer l'affaire, restituent à nos protégés lie sérieuses garanties. Il suffira à nos représentants d'y lenirla main.
» Donc, je vous le répète, bon traité, qui sera certainement ratifié et qui mérite de l'être. La clause négo- (iue hier, qui nous donne Kratt et qui subordonne it l'exécution des engagements pris sur ce point TévacualioQ de Chantaboun, était indispensable. 11 nous fallait !iiî gage. Nous l'avons. J'ajoute que Kratt est un port L^xcellent, qui nous sera tout à fait précieux. La restilulion de Chantaboun, où nous avons dépensé 9 ou 10 millions, vaut bien cela. Et le gouvernement a très hien fait de ne signer qu'à cette condition.
>i Les articles du traité qui visent notre action économique dans le bassin du Mékong, n'appellent aucune observation. Le terrain, à la suite de cet accord, esl liien préparé. Profitons-en, comme aussi de la détente (jui résultera de Taccord même, pour ouvrir à notre industrie et à notre commerce des débouchés nouveaux. »