L AFFAIRE DC SI A M
à Paris en août 1897 parCliulalongkorn. Je vois encore dans le salon en rotonde du premier étage du quai d'Orsay le roi de Siam, dans son uniforme blanc, causant avec M. Hanotaux, alors ministre, ce pendant qu'un violoncelliste s'apprêtait à faire goûter à notre hôte les joies austères de la musique de chambre. Ce dîner et cette soirée furent suivis d'autres entrevues entre le souverain et le ministre français.
Quand il fut parti, la conversation continuai Paris entre M. Defrance et M. Harduin pour la France, Phya Suriya et M. Corragioni d'Orelli pour le Siam. M. Defrance, qui était ministre à Bangkok, ayant rejoint son poste, on causa là- bas après avoir causé ici. Et puis ce fut M. Doumer qui, venant de Saigon, se mêla au dialogue. Enfin, les mois passant, Taffaire fut (le nouveau évoquée à Paris.
Phya Suriya reprit le chemin du quai d'Orsay. De nouveau on y put apprécier sa ténacité vigoureuse, rependant qu'à ses côtés, le conseiller de sa légation, qui était toujours M. Corragioni d'Orelli, employant à défendre les intérêts siamois l'expérience des affaires acquise par lui au service diplomatique de son pays (l'origine, la Suisse, cherchait des combinaisons ingénieuses et souvent suggérait, dans les moments difficiles, la formule transactionnelle qui satisfaisait tout le monde.
Le 8 octobre 1902, on crut qu'on était d'accord. Mais l)ient(n il fallut s'avouer que tout était à recommencer. On recommença donc. Avec M. Delcassé, avec M. Cop;ordan, les entretiens reprirent de plus belle. Le coup de théâtre de la guerre russo-japonaise ne suffit pas à les interrompre: et, le 15 février, à la dernière heure, on finit par signer. C'était là le résultat de sept années de travail.
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Phya Suriya ne le dissimule pas. Les concessions nouvelles, que le gouvernement français a cru devoir demander, lui ont coûté. Et il préfère ne pas revenir sur les stipulations de Taccord qui, aussi bien, se suffisent à elles-mêmes. Par contre, il exprime volontiers les espérances qu'autorise, d'après lui, la signature de la convention. Et il y voit le gage d'un rapprochement sincère entre les deux parties contractantes.
— Je suis, me dit-il, très heureux qu'après bien des mois de négociations, on soit arrivé à cet accord. Pour y parvenir, mon gouvernement a consenti de gros, de très gros sacrifices, qui dépassent ce que nous avons jamais fait dans aucun traité. Seul, notre désir d'entretenir avec la France des relations d'amitié, que rien ne trouble, nous a déterminé à les accepter.
» Je lis dans les journaux que les membres les plus autorisés du parti colonial français se déclarent satisfaits du résultat. En vérité, s'ils ne Tétaient pas, je me demande comment on pourrait arriver à les contenter.
» L'affaire de Chantaboun a été l'occasion des dernières difficultés. J'estime qu'il eûl été préférable que l'évacuation de cette place suivît immédiatement la ratification du traité. Cela, je vous assure, eût facilité le règlement des questions d'application et d'interprétation que soulève l'accord d'avant-hier. Le gouvernement français en a jugé autrement. Nous avons cru devoir lui donner cette preuve nouvelle et décisive de notre bonne volonté. Et nous avons accepté qu'on procédât d'abord à la délimitation. Il est certain que la France apportera dans cette opération les sentiments d'équité et de générosité qui sont dans sa tradition.
» Les commissaires, guidés par l'accord qui, préalablement à la délimitation en déterminera les points
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principaux, sauront donner au Siam ce qui revient au Siam, à la France ce qui revient à la France. Et cette fixation précise des droits de chacun préviendra les complications ultérieures.
» C'est à cela que nous tendons. La France est un grand pays, avec qui nous souhaitons n'avoir aucune cause de conflit. Je crois que le régime d'incertitude, sous lequel les deux peuples vivaient depuis dix ans était mauvais. C'est pourquoi, très sincèrement, et quoi qu'il nous en coûte, je me félicite que la convention de samedi s'y substitue. Je me félicite plus encore que justice soit rendue à cette convention ainsi qu'à l'esprit de large conciliation que mon gouvernement a apporté à la négocier.
» J'ai la confiance qu'elle marquera dans les relations franco-siamoises, le début d'une ère nouvelle. »
Le 29 juin 1904, conformément à l'article 3 du traité, un protocole, destiné à fixer les grandes lignes de la délimitation, a été signé : il a pour conséquence d'assurer à la France la possession de Kratt. Le traité a été ratifié en novembre. La remise des territoires cédés a eu lieu en février 1 905 .