‹ Questions du jour: l'infaillibilité devant la raison, la foi et l'histoireChapitre 2 sur 44 · I. NÉCESSITÉ D^UNE DIFFUSION FACILE ET CONSTANTE DE LA LUMIERE · texte numérisé non relu

I. NÉCESSITÉ D^UNE DIFFUSION FACILE ET CONSTANTE DE LA LUMIERE

Nous avons toujours pensé que la meilleure manière de juger une question con-* sîste à la juger de très-haut. L'opinion la plus voisine de la Vérité, c'est et ce sera toujours la plus élevée. Il faut se défier des solutions religieuses ou politiques qui renferment quelque élément contraire à la noblesse de notre intelligence et aux batte-

ments de notre cœur. Le Catholique, enfin , cet être né pour les hauteurs, ne doit jamais mériter de s'entendre dire : Altius.

Pour combattre le principe de Tlnfaillibilité romaine, on cherche partout à établir que les défenseurs de cette thèse ont des sentiments étroits ; qu'ils résistent obstinément aux aspirations légitiipes de Tâme humaine et de leur temps; qu'ils sont les ennemis de la Lumière et de la Liberté. Si ces accusations étaient fondées, nous serions énergiquement le premier à proclamer la fausseté de la thèse et ne voudrions jamais consentir, ou, plutôt, descendre à en être Tavocat. Mais ce sont là autant d'erreurs contre lesquelles nous protestons vivement.

« La Yerite doit être ici-bas le plus constamment et le plus aisement répandus qu'il EST POSSIBLE, » tel scra notre point de départ, tel est notre Principe fondamental.

Nous avons faim et soif, pour ainsi parler, de la diffusion de la Lumière, et c'est avec une véritable anxiété que nous promenons partout nos regards pour chercher dans quelles conditions cette diffusion nécessaire

sera le plus rapidement et le plus sûrement réalisée. Il faut, il faut que, quelque part sur la terre, il y ait une Institution, un Oracle, un Tribunal divin, qui, consulté sur toutes les questions primordiales, réponde à tous ces problèmes, et leur réponde INFAILLIBLEMENT. Je vcux quc le dernier des hommes, que le travailleur des champs et des villes, que l'ouvrier et le paysan, le riche et le savant, puissent, au milieu de leurs labeurs et de leurs angoisses, se dire pour se consoler : « L'Infailli- « bilité veille sur moi. Il y a ici' bas quelle qu'un qui ne me trompera pas. » Protester contre l'Infaillibilité, c'est, suivant l'énergique parole de l'évéque de Tulle, «Tevendiquer le droit d'être trompé. »

« Mais les Conciles œcuméniques ne « rempliront-ils pas suffisamment cet office a précieux d'un Tribunal infi^illible ? » Ils le rempliront avec une efficacité et une grandeur que j'admire, mais ils ne seront pas à même de le remplir avec assez de suite ni avec assez de rapidité. L'histoire nous atteste que leur réunion a souvent présenté

— iodes difficultés presque inextricables , et , certes, l'Eglise est appelée à traverser parmi nous certaines phases nouvelles où sa liberté sera peut-être plus douloureusement compromise. Or, je ne comprends plus l'Infaillibilité, si elle est nécessairement intermittente. Je veux que la Source de la lumière soit perpétuellement ouverte; je n'entends pas qu'elle puisse tarir par instants. Telle erreur monstrueuse peut se produire demain , après la séparation du Concile, qui exigera une condamnation rapide. L'Église enseignante, c'est à nos yeux « le Suppléant du cours de Vérité dans le monde » : je ne veux pas que le Professeur divin puisse descendre périodiquement de sa chaire et interrompre son enseignement.

Si donc je crois à l'Infaillibilité, c'est que j'aime les âmes; c'est que je désire qu'elles soient facilement éclairées, sûrement conduites, universellement sauvées !

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