‹ Questions historiquesChapitre 112 sur 258 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Polybe à Rome.

Qu'on se figuiT un Imliiliinl (l'une rilé Lii('i(|n(' iiiiivanl à Rome; il osld'aliind rr;i|i]i('' ilc l'élencluc d'une ville (jui coniiile 5(100(10 citoyens. 11 n'y voit pas la Lrillanle areliileelure cl l'art aimable de la Grèce, mais des monuments qui l'étonnent par leur grandeur, et où tout est pour la durée. 11 entend parler une langue moins liaroKinicuseet moins riche (pic celle de sou pays, mais plus sonore et plus superbe. Au lieu d'un peuple causeur (]ui se promène sons les portifpics, il voit des hommes qui, au sortir des luîtes du barreau, vont s'exercer au soleil du Champ de Mars et se jeter ensuite dans l'eau jaune du Tibie.

A'oilà ce (pii frap])e ses premiers regards: (pi'il observe Uome de plus près, il est plus surpris encore. H voit une cité sans partis et sans guerres civiles, une conslitution qui l'onctionne régulièrement, des institutions (|ue lien n'altère encore, une science politique inconnue à la (Irèce, un art militaire supérieur, du patriotisme et des vertus civiles.

11 est ébloui par le spectacle de la puissance romaine; il rencontre des monuments de victoire, des trophées, des statues de vainqueurs, cl teul ce luxe de gluire (pie Rome a imaginé pour inspirer de l'orgueil à son peuple et de la crainte aux étrangers. 11 voit la pompe des triomphes, et celle des funérailles qui les renouvellent ; le souvenii' encore vivant d'une guerre telle qu'aucun peuple n'en a jamais traversé de pareille; toutes les nations du monde connu (|ui s'y donnent rendez-vous; les ambassades qui s'y pressent, les unes implorant des secours, les autres offrant leur soumission, pres(jue toutes en habit de su])plianl.

l'nl.VIiK OC LA GltKCE rONOIISE PAU LKS ROMAINS IS."

iiii lui l'ii coslumcd'affrariclii, il le sriial se laissant salinMilii lilif (If (lieux. Il ne se pouvait pas (|u'iin li'l siierlaclc ne lit iiaitrc dans l'ànu' do ce Grec, je iw dis pas seiilomcnl celle adiniratinn iju'il |i(Uivail éprouver à la vue de IWlalanle Allii'ncs, mais i|ur|i|m' chose du senlinienl cl du icspect tju'il accordait à la ni\iiiiir-.

Il laul liicii (pic celle fascinalidu fût irr('si^tiM('. (larde lous les (m'ccs (pii (inl vécu à Rome, soit comnie (itai^cs. sdil cduiuie ambassadeurs, el pour peu ([ue leur séjour ail (•l('' de (pichpie durée, il n'en est aucun qui n'y soit devenu adiiiiraleur de Rome el qui ne l'ait servie dans sa patrie à son retoui-. Itome se sentait celle force; un de ses moyens de !:af,nier des partisans élail d'allirer les hommes chez elle el de se montrer.

Celle force d'assimilation a été telle, que la |)opulatiou i\v. celle ville, renouvelée sans cesse depuis son origine, a toujouis été animée d'un même esprit. On devenait forcément lomaiu à Rome.

Ainsi l'dj^lie fut coïKjuis. Il (le\iiil l'iidiiiiriileiii' du peuple (jui asservissait sa patrie et qui le perséculail lui-même.

Mais rien ne fui plus capable de gagner l'olybe h Rome que le spectacle de son aristocratie. Il jugea Rome d'aprJ-s ses propres idées. S'il la préféra à toute la terre, c'esL ([u'il y trouva la réalisation de lous ses vœux sur le gouvernement des cités; c'est que « à ïhèbes et à Athènes la multitude tienl tout en sa main » ; c'est que la Crète dont on s'obstine à vanter la sagesse, « est gouvernée démocraliquemcnt » ; c'est que Sparte est disputée entre son arislocralie et son parti populaire, (|ui tous deux s'autoriseul du nom de I.vcurgue; c'est eniin (pi'à Cartilage « le peuple domine dans les délibérations ;•. au lien (|ii'à Rome c^ l'autorité du sénal est encore entière' >■.

Mais luule aristocratie n'est pas bonne aux yeux de l'oKbe. Nous avons vu ses principes sur la politique et sa prédilection poui les gouvernements mixtes. Quelque fortement attaché qu'il soit à l'aristocratie, il en redoute les abus, et veut que dans l'inlérèt de la liberté, comme de la paix, un mélange de

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