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l'oI^bc, XXXV

200 QUESTIONS IIISTOIilOrES.

A Carthage, Appicn comitte trois partis, celui de Rome, celui de Massinissa. et celui de i;i ilémncralie. Il est vraisemblable que les deux premiers n'en t'niniaieut ((u'uii, ou du moius qu'ils étaient toujours unis contre le troisième. L'an 150, le parti démocratique, qui s'est jieu à peu élevé, est assez fort poui' chasser de la ville les parli>ans de Massinissa et |)our porter son chef Asdrubal au commandement de l'armée carthaginoise. Mais Massinissa assiège la ville, Asdrubal est vaincu; sous l'empire de la peur, le jiarli aristocratique reprend le dessus, chasse à son tour Asdrubal et ses amis de Carthage, envoie à Rome ambassade sur ambassade pour implorer la paix à tout prix, et s'oflre surtout volontiers à livrer Asdrubal aux Romains.

11 est probable que vingt ans plus tôt Rome aurait accepté ces demandes; elle aurait renouvelé un jiacte avec l'aristocratie, contente de lui rendre le pouvoir et d'allaiblir la faction contraire. Mais l'anibition de Rome avait giandi avec sa puissance et avec la docilité des peuples. C'était peu d'être à la tête d'une confédération ; l'édiilce était trop fragile. I.a démocratie pouvait vainci'e un jour chez les alliés; elle pouvait naître même à Rome, et la puissance romaine ('lait renversée. Rome ne voulait plus avoir à compter sur la docilité ou sur la force de ses amis pour tenir le monde en respect : il lui fallait l'empire. Si l'on peut juger des intentions par les actes, il semble qu'elle ait formé le dessein de laisser la démocratie s'insurger' partout, de sai>ir les prétextes de guerre et de vengeance qu'elle pourrait trouver, de confondre pour un moment' tous les partis, |)ouipouvoir tout frapper et tout asservir.

En vain Carthage se soumet à ses exigences, donne des otages, livre ses armes, et lui demande enfin de l'accepter comme sujette. Ce n'est pas d'obéissance qu'il s'agit, mais d'extermination : Carthage doit disparaître ou quitter son rivage, ses ports et son commerce. Ces derniers ordres du consul romain eurent pour ellél d'irriter le peuple qui jusquelà avait laissé faire, et de provoquer un soulèvement démocratique. On maltraita lesdéputésqui revenaient du camp romain ; on jeta des pierres aux sénateurs (jui délibéraient; on rappela

POLYBE OC LA GRKCE CONiJllSK l'Ait I.KS liuMAINS. 'jol

AmIiuIiuI, (•! l'on ivsisia à Itonii'. I.a (liMiinL'iiilir c.iilliauiiKiise, qu'on veiiail de désarmer, lulla pLMulaiil (|ualn' années'.

I.cs mêmes faits se reproduisinMil |ire-iiiie exaclemeiil en Aehaïe. (lallierale, le eliel'de raii^hicialieet l'ami des iioiiiaiiis. élail devenu insupporlalde au |iiii|i|c. l'olvlic raconlc (|u'iiii jour qu'il s'élail liaiuiii' à Sicvonc nul ne \oiiliil |ilu- enlier dans le liain. conime si l'on se lut ivjiardé eomme souillé par l'eau qui avail Inucln'' le corps de cel homme. Kl il l'anl noter que celte iujuic' ne lui l'ut pas faite par les liiiinuii'> (ll>tinjiués de la \ill(', uiai< |iar li' peuple; car l'olyhe remai'(pie (|ne ce jour-là les l)ains élaienl pulilics. Les enfants, ajonle-l-il. s'ils rencontraient (lallicrale en revenant de leurs école>, l'appelaient un traître. Ilau'^ les fêtes, dans les cérémonies |uilili(pies, à la I II lui ne. dan^ les rues, il ('lail piMii>ui\ i par de^ iiiiiiinures et dessifllets.

Il fallut pourtant le supporter jusqu'à l'an IjO, époque de ^a morl. l ne lui deu\ années se ])assent encoiv, et l'cui dcNieul assez hardi pniir renverser ses stalue>: la nK'moire de l'.allicrate n'a plu- d'anii^; llome el l'aristocratie seuil li(qi faildes contre le mouM'uu'nl qui s'annonce. Mai- l'espiil pnidic ne se porte pas tout de suite à l'extrême; ledéliordement de la démocratie est un moment différé par la mémoire de ce tiers parti qui n'e-l plu-. (In relève le> slatiU's de i.veortas. On sendde chercher ces anciens défenseurs, (pie l'on a lro|) ju-u suivis, ces nobles el saj;cs amis de rindé|)endance. On ne les trouve plus. Le fils de Lyeortas était pourtant alors en (irèce; il ne s'offi'il pas à sauver la liberté; il ne prolila |ias de l'idaii populaire, ([u'il eût peut-être calmé el diriiié, pour accomplir l'ouvrajre ipii lui avail été à cœur vin^l ans jjlustôl. C'est que dans riiiter\alle il élail devenu Komain : la liiierlé lui était moins chère, la dépendance moins odieuse. A défaul du lier- paiii. ce fut la démocratie seule qui entreprit de luller contre lîoiue.

Ce mouvement tout po|)ulaii-e e^t clairement indiqué par IVdybe. « La multitude, dil-il. ('tail malade cl en proie à la lièvre'. - Les chefs de l'Klal élaienl hia'iis, Critolaiis, Damo-

1. Appit'ii. De rehus punicis, CiX. Oi. ->. folvlie. XXXVIII, -2.

crilus, qui avaient été exilés au temps de Callicrate et (|ue les troubles qui suivirent ranicuèrent dans leur patrie'. Folybe professe pour eux la haine la plus vive, el les peint comme il a l'habitude de peindre les démocrates : « C'est un ramas de ce que chaque ville a déplus mauvais ; ce sont des impies, des pestes pour leurs concitoyens'. »

Ils agissent comme font partout les chefs du parti populaire : ils abolissent les dettes, ou tout au moins en diffèrent le payemeat. Ils affranchissent et arment les esclaves. Ils se font donner un pouvoir dictatorial, que le peuple ne craint jamais de confier à ses favoris. Les assemblées, jusque-là composées seulement de l'élite de la nation, se remplissent alors d'artisans et d'hommes de bas étage. C'est dans une assemblée de cette nature que les ambassadeurs romains sont insultés".

Diodore parle de violences, d'exils, de confiscations, de proscriptions, qui remplirent alors les villes grecques. Le parti populaire, par précaution ou par vengeance, se débarrasse de ses ennemis, et assure sa vicloire dans les cités avant de combattre l{ome\

Il s'agit encore ici, à vrai dire, d'une lutte de partis. La guerre commence par Lacédémone, et Dianis déclare qu'il ne fait pas la guerre à Sparte, mais à ceux qui troublent la tranquillité de Sparte; et comme on lui demande quels sont ces hommes, il cite vingt-quatre noms de l'aristocratie".

Polybe pouvait-il s'attacher à ce parti? Il était de ceux contre qui la démocratie se soulevait. L'indépendance de la Grèce lui importait peu si la Grèce ne devait être libre que pour être aux mains du peuple. Vingt ans auparavant, la peur d'une démocratie qui n'existait pas encore l'avait jeté dans les bras de Rome. Cette fois c'était bien réellement la démocratie et ses exigences qu'il avait en face de lui.

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