Thucydide, VIII
2. 'A/E'.pwTov, a-jTcIno'.o'i (Sophocle, Œdipe à Colone, t. 605).
5. Straijon, XIV, 55, p. 6-13 : 'As'.oji;! yojiao'vov îy.TZf/ çécojîï -Syi 'E/.J.r,vtxtûy. — Alhénée, I [c. 59, cdil. K.iibcl], |i. 52 : X»;'.£aT«To; h-':/ i X;o;, -/.ai Toi X:'oj Ô xs/.oûijlcvo; 'Apîoii'.o;.
220 QUESTIONS II ISTOIiinl'KS.
coupés à aimlo ilroil par une jHMilo ihaîue qui, a.urani de l'ouesl à resU se tcnniue au cap Sainte-IIélèue. Ces deux montagnes et, la mer forment un Irian-le, au luiliru duquel se trouve la ville. Lnrs.iue. d'une hauteur, vous renilira>sez du re-anl, vous diriez d'un vaste jardin. La nature présente queLpielois de plus beaux paysages, elle n'en présente pas de plus riches. La vue, bornée par ces trois lignes que forment la mer et les monlasines, ne tombe que sur une immense touffe d orangers, toujours verts et toujours fleuris. De la mer. le voyageur en arrivant à Chio les voit s'élever en ami-hithéàtre sur une lonoueur de plusieurs lieues. Des navigateurs assurent .pi au m.us de mai File entière, la mer (pii rentoure, et jusqu'au conlinenl asiatique, sont embaumés de l'odeur des orangers. Un estime que celle plaine produit soixante millions d'oranges. L'oranger exi^e beaucoup de travail et, de frais de mllur.': et cependant le produit net .l'un hectare de terre plantée d'orangers est évalué dans l'île à lUOO .m 1200 francs. ^ Ouan.l on sort de la ville par le coté du midi, on -ml une route qui. pendant trois lieues, est entièrement bordée de murs : c'est une séi-ie n.ui interrompue de maisons de plaisance et .le jardins. Les jardins de Chio sont renommés; vous y trouvez peu de fleurs et nulle allée d'arbres stériles comme en Europe; ici tout respire moins de luxe et plus de richesse : ce ne sont qu'arbres fruitiers. Un large puits profondément creusé fournit de l'eau au moyen d'une roue qu'un cheval fait mouvoir, et des rigoles la distribuent au pied de tous les
arbres. .
Les Chiotes aiment passionnément leurs jardins. ,1 ai vu ceux d'entre eux .pie la ûuerr.; de l'indépendance a chassés de leur pays et a poussés à Syra; le commerce les enrichit; leur nouvelle patrie leur offre des ressources de toute espèce, et pourlanl ils V vivent à contre-cœur. « L'île est arule, .Usent-ils Syra n'a' pas d'oranoers, pas de campagne autour d'elle; il faut vivre à la ville. >> A Chio, on ne vit pas à la ville; on y vient cha.pi.' jour pour les intérêts du commerce, et chaque jour aussi on relourne au milieu des orangers.
Les habitants distinguent trois parties dans l'île : le pays d'en
MÉMOIRK SIU L'ILE DK CIIIO. -221
luuil 1111 (lu nord. 'E-xvujy(o:x, li' pays d'cii lias, Ky-otyiôzy.. iiiii commeniT au village de Ijthi, el la plaine qui entoure la ville. Cetti'distinclion est fondée sur la nature même : entre ces trois fractions de l'ile tout dillere, l'aspect des lieux, la nature du sol, les productions. Le «pays d'en haut » a les nionlairnes plus hautes, plus escarpées el totalement nues à leur sounnel. Ftii moins au fond des vallét>s le sol est riche el [)ni|)re à toutes les cultures. Dans la partie méridionale, les hauteurs s'abaissent, les pentes deviennent moins raides et les sommets enx-mèmes peuvent être cultivés. Mais le sol est presque partout mai<fre et pierreux. Il y a des terrains qui se refusent absolument à porter des céréales et des arbres à fruit. C'est |)récisément sur ces mêmes terrains, et là où aucune plante ne pousseiait avec avantage, que les Chiotes ont une des principales sources de leur richesse, l'arbre à mastic.
Cet arbre est un lenlisque : c'est la même forme d'arbre: c'est le même tronc sortant à peine de terre et donnant naissance à plusieurs tiges branchues (|ui se subdivisent en rameaux; c'est la même hauteur de six à neuf pieds; c'est enfin le même feuillage, à cela près rjue les feuilles de l'arbre à mastic sont un peu plus longues el d'un vert un peu plus foncé. En un mot, c'est le même lenlisque qui en tous lieux esl stérile et qui à Cliio a le privilège de sécréter une gomme |irécieuse.
Olle singularité est remarquable, et l'on ne sait s'il faut l'attribuer à une faveur spéciale de la nature ou au travail des hommes. Samos, Lesbos, Kara-Bournou ont le même climal, le même soleil, et, ce semble, le même sol cpie Chio; les lenlisqucs y sont aussi nombreux et n'ont pas moins de vigueur. Ou ils ne sécrèlenl aucun atome de gomme, ou le peu de parcelles (|u'on en peut recueillir n'a aucune saveur. IVut-ètre à (Ihio un long travail des générations anciennes a-t-il modifié celte plante, en la douant de ])ropriélés nouvelles; ])eul-ètre le secret de celle culture s'est-il transmis dans File, de siècle en siècle, avec ces mille petites recettes auxquelles la science et le raisonnement ne suppléent pas. Et pourtant les lentisques poussent avec la même abondance dans la partie septentrionale de l'île
Cl CCS mêmes Chioles ne réussissent pas à leur l'aire in-oduiie ,lu ma-^tic. Tracez une ligne qui, parlant de Lithi, aboutisse à Calimasia; au nord de celle ligne vous ne trouvez plus un grain de cette gomme. Il y a là comme une barrière naturelle et mvslérieusc que le mastic ne francbit jamais. On a tout essaye, on a transporlé deslentisques du Midi, et avec eux des cultivateurs- on a toujours échoué. A Rhodes, à Lesbos, on a fait les mêmes tentatives, avec aussi peu de fruit. Les Chiotes, ne sachant à qui ils doivent un bienfait si particulier, 1 attribuent à la faveur d'un saint. Saint Isidore a souffert le martyre àChio au nf siècle, et c'est, disent-ils, de son précieux sang qu'est né l'arbre à mastic. Sans doute avant le christianisme ils l'avaient déjà fait naître du sang de ipielque divinité.
Ces arbres sont petits, de chélive apparence et sans beauté; à les voir clairsemés et plantés sans ordre, on croirait qu'ils ont poussé au hasard et d'eux-mêmes et on les prendrait pour des arbustes sauvages. Il n'en est rien. Le paysan ne les iail pas venir de graines, parce .pie les graines produisent rarement des arbres qui portent du mastic; mais il multiplie lepieds en les provignant, et c'est pour cette raison qu'on les voit réunis en gros pelotons écartés les uns des autres. Le principal travail des cultivateurs consiste à choisir les meilleurs pieds pour les multiplier. Vers les premiers jours du mois de juillet on fait des incisions sur le tronc et sur les plus fortes branches. Durant un mois, la gomme distille lentement par ces ouvertures qu'on lui a prali-iuées, s'échappe en petites larmes et tombe à terre, où elle tracs autour de 1 arbre un cercle blanc. -Vu mois d'août les paysans ramassent cette .romme avec la terre qui y est adhérente et qu'ils détachent en la faisant sécher à 1 air.
Le mastic est généralement blanchâtre; on estime surtout celui qui est friable, ferme, sec, transparent à l'œil et éclatant. Sa saveur un peu acre plaît surtout aux Orientaux; les femmes de Smvrne et deConstantiuople le mâchent pour parfumer leur haleine ou le font brûler dans des cassolettes. Soluble dans re.prit-de-vin, on en fait une liqueur qui se vend sous le nom de mastic dans tout le Levant. Les Occidentaux ne l'emploient