‹ Questions historiquesChapitre 134 sur 258 · MÉMOIRE SUR L'ILE DE CIIIO · texte numérisé non relu

MÉMOIRE SUR L'ILE DE CIIIO

rmiil I oiir r.'cevoir im'-mo des vaisseaux dv iiwvviv. I.ili- a riicun- au sud-ouesl le porl de Catophana, et au sud-e-l nue graude rade {Mcfialo-LimunI) eutre le eap Saiiilc-Ilélène el le eap Sainle-lrèiie. Il est reman]ual)le que la ville seule inaiii[ue d'un port naturel : eeini qu'elle possède esl l'œuvre des liomines; deux longues digues, sans lesquelles il n'existerait jias, le ferment du coté de la mer et ne laissent euliv elles (pi'uue étroite entrée. Ce port même est presipie eonildé par les terres que les pluies et les torrents auiruciit chaque année des liautcui's \()isiues; il ne peut aujipunriiiii ifcrxnir que de liés petits navires; encore (pu'lques années, il sera entièrenieut eomhié, et il attestera une fois de plus l'insouciance et l'inertie du ginivernement turc.

I.c climat (le l'île est d'une salubrité parfaite. Les anciens y nul (pielquefois placé le séjour des bienheureux', comme si l'on se fût rap|ielé (|u'elle avait été haliilalile. cultivée el heureuse quand, sur la cote voisine, l'homme avait enciu'C besoin de tliiiger des lleuves et d'assainir des marais pour chasser les maladies pestilentielles. Aujourd'hui môme, leclimal de l'ile est réputé un des plus sains du Levant ; il n'est ])as rare devoir les médecins de Constanlinople el de Smyrne ordonner à leurs malades un voyage à Chio. L'ile avait autrefois des eaux thermales dans les environs de Cardamyle ; la source en esl épuisée ou oubliée.

A (!hio l'hiver esl moins froid cl uiiiiii> pluvieux qu'à Athènes, l'été moins chaud qu'à Oinstanliuiqile. Les ardeuis lin ^olcil de juillet cl iraiiùl -nul presque tdujnnrs tempérées par les vents du mnd. ipii sdufUent périodi(|ueuu'nl eu celle ■maison, (lotie tem|iéralure est favorable à la variété des produclicuis de la terre. Son inlluence sur rimunue esl égaleineiil bienfaisante; elle n'énerve ni le corps, ni les caractères.

Quels i|ue soient ces bienfaits de la nature, c'est enciu'e le travail de l'Iiumme qui a fait le plus pour la [irospérité de Chio. .\ peine un quart de l'île est-il cultivable ; la terre est maigre

t. Poinponius Mélii, II, 7. Dioilore de Sicile, V, 82.

presque partout; souvent elle fait complètement défaut, et le sol est (le roc. Les montagnes sont stériles comme en Grèce : ou le granit est à nu, ou il ne porte que de petites broussailles sèches et claii'scmées. A Chio, sauf quelques exceptions, la première condition pour avoir du blé et des arbres a été de leur créer un sol (jui les portât et les nourrît. Les Chiotes, plus que tous les autres Grecs, sont de laborieux et habiles agriculteurs ; on est surpris de voir tout le parti qu'ils savent tirer de leur pays. Il suffirait de dire, pour leur éloge, que leurs jardiniers sont recherchés à Conslanlinople, dans tout le Levant, en Grèce, et jusqu'en Italie ; c'est une opinion accréditée que la terre s'améliore entre leurs mains. A Chio on ne voit pas de champs en friche ; toute terre qui peut produire est cultivée, et là où vous trouvez la stérilité, vous ne devez vous en prendre qu'à la nature. Les hommes labourent leurs champs avec des bœufs ou à la main, et pour certaines si'mences ils ne craignent pas de retourner la terre à plusieurs reprises. Ils ont travaillé ces montagnes mêmes qui semblaient se refuser à toute culture; ils les ont taillées en gradins, et sur les degrés ils ont réuni le peu de terre végétale qu'on juit trouver sur le granit. Chaipie montagne forme ainsi un escalier, dont chaque marche porte des oliviers, des vignes ou du blé : c'est une conquête faite sur le rocher. Nul ne sait quelles générations ont exécuté ces travaux.

Le plus grand éloge que les Grecs et les Orientaux fassent d'un pays, c'est de dire : il y a de l'eau. A Chio des sources nombreuses donnent une eau fraîche et bonne à tous les usages; mais ces sources sont encore, pour la plupart, la conquête difficile et glorieuse de l'homme. Sa main les a été chercher dans le sein du rocher; pour parvenir jus(prà elles, on a creusé le granit, on a taillé des voûtes qui pénètrent fort avant dans le roc, vont saisir les sources, leur tracent un chemin et en amènent l'eau dans des aqueducs qui la distribuent savamment dans les campagnes. Plusieurs de ces travaux, dignes des Romains, sont attribués aux Génois, qui ont gouverné l'île au xiv' siècle; je les crois plus anciens. L'île de Chio. dès le temps de Thucydide, était d(''jà remarquée pour

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sa belle agriculliirc', et il fallait ({u'elle eût alors ces sources et ces aqueducs.

Les Chioles ont porté clans l'agriculture le même esprit qui les distingue comme commerçants. Ils n'aiment pas les cultures faciles; ou ne les voit pas, comme dans quehjues provinces de la Grèce, semer du maïs, uniquement parce (pic limais coûte peu de peine. Ils semblent dédaigner le lilr luimême et préfèrent se livrer à des cultures qui exigent plus di' soins, mais (pii rapportent aussi davantage. Ils calculent toujours ce que la récolte produit d'argent, et non ce qu'elle coûte de travail.

Le coton vient bien dans l'île, grâce aux trois labours qu'ils savent donner à leurs champs.

La culture du mûrier et l'élève des vers à soie forment une des principales occupations des habitants des campagnes; l'île exporte annuellement de 18 à :2'2 000 kilogrammes de cocons.

L'olivier est un arbre qui n'exige presque aucun soin, qui se passe de l'homme', et sur le(juel sou industrie a |)eu de prise. Cet arbre est peu cultivé et réussit peu dans lîlc ; par une singularité rcniaripiablc il n'y |iro(luit ipic ton-- le» deux ans. Les Chioles n'en entrelieiuient que ce qu'il leui' l'aul pour leur consommation d'huile.

Les amandiers, les ûguiers, fournissent d'abondantes récoltes, que l'on exporte chaciue au née.

La vigne est iiarlieidiJ'remeut cultivée dans la partie septentrionale, et le vin de Chio est encore recherché comme au temps de Strabon et d'Athénée \

La plus belle partie de l'île est aux environs de la ca[)itale : cette plaine, (pii a cinq lieues carrées de superlicie, est couverte d'orangers. Les monts Provatia, qui s'élèvent au centre de l'île, se dirigent du sud-ouest au nord-<,'st et aboutissent à la mer, à environ deux lieues au nord de la ville. Au midi, ils sont

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