‹ Questions historiquesChapitre 148 sur 258 · Athénée, I · texte numérisé non relu

Athénée, I

vel esprit et une nouvelle religion régnèrent en un moment.

De loul lenips la race ionienne, ou éolienne, à la différence des Doriens, fut inslinctivemenl poussée vers l'Orient; elle ne cessa de convoiter la mer Egée et la presqu'île d'Asie Mineure. Son premier effort renversa Troie; puis les trois générations suivantes, que la tradition personnifie dans les trois descendants d'Âgamemnon', allèrent fonder dix-huit villes en Mysie et à Lesbos. L'invasion des Doriens en Grèce précipita ce mouvement, et for(,\a à briller en Asie une race dont elle arrêtait l'essor en Grèce. Les vaincus du Péloponèse se réfugièrent d'abord dans l'Attique, où des rois issus de leur race ne manquèrent pas de les accueillir. La vanité athénienne prétendit plus lard qu'ils ne sortirent de l'Attique que parce qu'elle était un asile trop étroit pour tant d'exilés"; mais l'expédition des Doriens, qui prirent Mégare l'ionienne, qui tuèrent Codrus, qui forcèi'ent Athènes à changer sa constitution, qui enfin la menacèrent si fort, que les générations suivantes ne j)urent alléguer qu'un miracle pour expliquer leur salut, fut probablement ce qui détermina l'émigration. Vaincues dans le Péloponèse, vaincues de nouveau en Attique, toutes les races malheureuses. Ioniens de l'tEgialée, Eoliens d'Elide, Pélasges d'Arcadie, Dryopes, Kpidauriens, Abanles de l'Eubée, Cadméens, Minyens d'Orchomène, tous", ennemis naguère, unis alors par des malheurs communs, émigrèrent sur l'autre rivage de la mer Egée. Ces colons n'élaient donc pas, on le voit, de purs Hellènes.

Suivant la Chronique de Paros, qu'il faut suspecter comme étant l'organe des prétentions d'Athènes, les nouveaux habitants de Chio faisaient partie de l'expédition (jue commanda iNélée l'Athénien. L'auteur de la Chronique se trompe. 11 est certain qu'ils ne vinrent pas avec Nélée, puisque, dui'ant trois générations, ils ne firent pas partie de la confédération ionienne'. Suivant Diodore, un certain Macareus, issu de

1. Stralion. XIII, p. ôcS2. I':iusanias, III, 2. •2. Tluuydiile, I. 2.

3. Pausaiiias, VII, 2. Uérodote, I, 146, 145, 1-17. Stralion citant Phérécyde, liv. XIV.

■i. Pausanias, VII, i.

MEMOIRE SUR LILE DE ClIIO. TA

rCEgialée, mais qui avait sous ses ordres des hommes de toutes nations, occup Cliio, qu'il laissa à ses descendants'. Pausanias veut que le chef de celle colonie ait été un Euliéen d'ilistiée; il avait été poussé à Cliio par un de ces oracles qui dirifreaient si bien les (Irecs dans leurs émigrations', (juoi qu'il en soit, tous cesauleurs s'accordent à nous montrer les nouveaux mmus comme une jiopulation mélangée. Strabon ne savait ni qui ils étaient, ni de quelle contrée de la Grèce ils étaient partis; l'ausanias se demandait s'ils étaient Hellènes".

Reçus à Chio pacifiquement, ils laissèrent subsister les anciens possesseurs. Les deux populations vécurent unies durant un siècle.

L'hellénisme ne prit le dessus qu'à la quatrième génération. Si les Cariens furent alors chassés, ils durent laisser à la nouvelle race tout ce qu'elle leur avait emprunté en un siècle, leur religion, leurs mœurs et leurs traditions même. Le héros Cretois continua d'être honoré par les nouveaux habitants; au temps de Pausanias on montrait encore son tombeau vénéré'.

Tant d'éléments divers réunis pour composer la population de l'ile nous montrent que cette population devait ressembler fort peu à celle qui occupait la Grèce européenne, et nous expliquent pourquoi, dans la suite de son histoire, elle fut généralement si indifférente aux destinées de l'Europe.

Page 1