MÉMOIRE SUR L'ILE IIE CUIO
Le jirincipal cflel de la domination persane fui de faire naître à Cliio une faetion nouvelle. Kès (jue les Perses se furent montrés à la Grèce, ils eurent un [larli ilans son sein ; ils tnuivèrent des gens avides pour se vendre, des ambitieux pour leur faire leur cour; riiabitude de faire s;i fortune par l'étranger commença alors dans la Grèce. Les riches, uni(|uemenl désireux de jouir, aimèrent la sécurité persane; les voluptueux furent séduits par les attraits du plaisir : Plutarque cite une courtisane qui gagnait des hommes et des villes au paru du grand roi'. Quelipu>s hommes aussi, Hitigués des efforts que coûte toujours le maintien de l'ordre dans un État libre, imploraient un pouvoir supérieur qui assurât le repos de la cité; las des guerres perpétuelles, fruit de la division, ils demandaient la paix, que l'étranger seul pouvait donner à la Grèce. Ils souhaitaient cpie la Grèce ne dépensât pas son activité et son intelligence dans des agitations sans fruit, qu'elle se disciplinât sous un maître, et que cette discipline développât des vertus que l'agitation transformait en vices. Ajoutez à cela celle sorte d'irrésistible fascination qu'un grand empire a toujours exercée sur cette race, grande d'imagination et de génie, mars faible de caractère.
Ainsi se forma un parti persan, et Chio se vit alors tiraillée entre deux factions, dont l'une la voulait voir unie à l'Europe, encore libre, et l'autre à l'Asie persane. La vie intérieure de la cité fut ainsi altérée. Les amis de la Perse étaient en même temps les amis de la monarchie; royauté et sujétion s'appuyaient l'une sur l'autre. Une volonté nettement exprimée des rois de Perse établit-elle la tyrannie dans les villes, ou les Grecs travaillèrent-ils eux-mêmes à la faire naître? On ne sait; mais ce fut certainement par l'inlluence des partisans de la Perse que le gouvernement municipal fut modilié. Chio perdit alors l'arislocralie qui l'avait si bien diiigée, et obéit à des tyrans. L'un d'eux, nommé Slrattis, a laissé quelque souvenir dans l'histoire'.
La tyrannie fut la chaîne par laquelle les Perses tinrent les cilés grecques. Lorsque Darius porta la guerre chez les Scythes,