CHAPITRE VI
Littérature, arts, religion à Chio dans l'antiquité.
Il esl assez honoriil)Io pour un ptniitlc qui n'a conservé qu'un seul souvenir <\o toute ranti(|uit('', que ce souvenir soit celui d'Houière. J'ai déjà dit que les Chiotos montrent son école, son berceau, sa tombe. C'était l'usage dans les anciennes cites grecques, amoureuses de la gloire littéraire autant (^l'envieuses de toute autre, de représenter des poètes sur leurs monnaies : Chio gravait Homère sur les siennes'.
Je ne chercherai pas à juger le procès éternellement j)endanl entre les sept ville- ijui Mmlairnl avdir dmiué naissance à Homère, et (|ui ne se doutaient pas (|u'uii jour on en viendrait à nier l'existence de ce même poète. Cliio a du moins en sa faveur le témoignage formel de Thucydide'; Simonide et Théocrite appellent Homère le vieillard de Chio"; Aristole fait entendre qu'Homère, sans être né à Chio, y a vécu et s'y est vu honoré*. F>'auteur de la Vie d'Homère attribuée à Hérodote lui fait passer une partie de sa vie dans l'île, et l'historien Éphore désigne Volisso comme fe lieu de son séjour"; enfin, Sirabon raconte, à la vérité par une double invraisemblance, que Lycurgue rencontra le poète dans celle Ile'. Les Chiotes
1. On peut en voir deui au musée de Vienne, où le poète est gravé tcnnni V Iliade a la main.
2. Ttiucydide altrihue à Homère VHijmne à Apulloti hélien, dont l'auteur indii|Ui' Chio comme sn pairie (Tliucvdidi", III, 104).
-,. Th.-ocrile. UUjlles. VIII, iT; \\ll. '218. i. Arislole, Rhclorique, II, '2'), édit. Didot. î>. Etienne de Hvzance au mol FtoX-.îiô;. 6. Strabon, X, p. 48'i.
.ivaient consent'' jiixju'aii nom de l'esclave d'IIoraèro', et, plus hardis que les habitanis des autres villes rivales, ils se vantaient de garder dans leur île la famille du poète '.
Ce n'est pas assez ]iour prtniver qu'ILmière soit né à Cliio; c'est j)lus qu'il n'en faut pour prouver qu'il y est né des poètes. On ne se vante pas d'avoir produit Homère quand on est étranger à la poésie. Homère n'est pas un personnage isolé dans son temps ; plusieurs poètes autour de lui ont pu illustrer plusieurs villes, et lorsque son nom eut obscurci tous les autres, chacune, se souvenant qu'elle avait eu des poètes, crut avoir eu Homère.
Si Homère n'est pas né à Chic, toujours est-il qu'une partie des vers que nous avons sous son nom y ont été composés. Le Chiote Cynfethus était regardé comme le plus remar(|uablc des Homérides. Rhapsode infidèle, et poète lui-même, il intercala souvent ses propres vers parmi ceux de son maître. Ou cile parliculiêrement . comme son ouvrage l'Hymne à Apollon Délien". L'auteur de ce chant désigne Chio comme sa patrie : « Si quelqu'un vous demande, ô jeunes filles, quel chanteur vous charme le plus parmi ceux qui fréquentent cette île de Délos, toutes alors puissiez-vous répondre : « C'est l'homme u aveugle (jui habite la montagneuse Chio ».
Apollon Délien est le Dieu de la poésie; c'est par des chants qu'on l'honore, car de lui viennent les règles de l'harmonie. Des jeux étaient institués en son honneur à Délos. « Là les Ioniens charmaient le dieu en disputant le prix du pugilat, de