Strabon, XIV, p. 6i
5. 'liTr'-savcî"; pmj/wîol È-fivovTo o'. nïp\ KJvaiOjv, oj; saî'. -o'Ckh. twv ^rM■^/ roirjoavia; ^[lZtXiXi eî; Tr,'/ 'O'xr^'^vj T.aiT^<z\-i . "IIv Si KjvaiOo; Xto;, o; /.at -cûv l-iypaç/Oac'vojv 'OuripO'j -o'.7;jj.âTojv TCiv eÎ; 'Ano).).a>va ■c3-;'saji,a£VOV ïjjLvov ),î'y=Ta; -3-o:T|/.£'vai (Scholiaste de Pindare, liémccnnes. 11, 1). Le scboliasle .ijimle que CyiKClluis fleurit dans la 69° olvmpiade; celle date est de tout poiul iuvraisemblable. Si Cyna'thus n'a vécu que deux génération'i avant Tbucydido, cummont celui-ci a-t-il pu attribuer son œuvre à Homère? S'il a vécu l'an 504, comment a-t-il pu inleicaler ses vers parmi ceux d'Homère, qui déjà avaient été -recueillis par Pisislrale? k cette époque, la Grèce avant une nouvelle poésie originale, les rhapsodes n'étaient plus que des récilateurs ou des diascévastes. Enfin comment, à la fm du vi" siècle, Cyuœthus chanterail-il à Délos et parlerait-il des concours institués dans cette île, quand ces concours avaient cessé avant le temps de Pisislrale? (Thucydide, III, 104).
MKMOIRE SIT. L'ILK DE CIIIO. 315
la danse ot tlu cliani; les jeunes filles, prèlresses (rA[)olIon, célébraient sa gloire, el chantaient aussi le héros et les héroïnes ih^s lenips anciens. » Ces mêmes concours que célèhro riivmne à Apollon, une insciipliou, très postérieure assurément, nous les montre établis à Chic. Nous y voyons la jeunesse disputer des prix dr dcuv sortes : à côté de la course, de la lutte et du pu^rilat, la lecture, la récitation épique ou rhapsodie, et la musii|ue ont leurs couronnes. Car à Chio, comme dans le reste de la Grèce, l'éducation se propose pour bul (le développer à la fois et également notre double ualure. Force, beauté du corps, poésie, musique, Chio accorde à tout cela même amour el mémos honneurs; la républii|ue paye les liais des jeux cl des i'écom|ieiises, cl inscrit le nom des jeunes vainqueurs sur li' marbre'.
La littérature changea de caractère avi'c l'élul politique de Chio. Vers les temps de la dominai ion persane, l'originalité du génie ionien s'efl'aça. On vil cesser les concours de Délos, el ce fut dans la Grèce continentale que ceux qui écrivirent alors durent chercher des encouragements et des ins|)iralious. Le Cliiote Xénomède écrivit l'histoire, un peu avant Thucydide, mais ce n'est pas pour Chio qu'il écrivit; peu salisfail d'une réputation provinciale, il lut son œuvre, comme Hérodote, aux assemblées publiques de la Grèce'.
Puis Athènes, qui commanda alors aux cilés, régna avec plus d'empire el moins do conleslalion sur les intelligences; sa supériorité lui donna un ascendant légitime; elle les attira à elle, et fut en possession de leur donner leurs règles et leurs lois, de les inspirer el de les conduire. Si elle ne réussit pas à fonder l'unité politiijue, elle sut créer en Grèce l'unité intelleiluolle. Ion naquit à Chio, mais naquit pour ainsi dire Athénien. Jeune encore il vint à Athènes, où il approcha de Cimou el de celle grande aristocratie qu'il aime à louer dans
1. Btcckti, Corpus inscriplionum grxcarum, n° 2211. Cette inscription parait ùlre (lu ni* siècle ;iv:int J.-C.
2. Denys d'll;ilic;ifnasse, De Thucydide, h. Lucien, Ucrodolus, 5, où quuliiucj (■(lileurs lisent le nom d'.VnaiimèDe, auteur inconnu.
ses ouvrages'. C'est au lliéàlre de Baccluis qu'il fit représenter ses tragédies; car Athènes nuvrail à tout poète sa cité et son théâtre. Sa première pièce fut jouée dans la 82' olympiade% entre les années 452 et 4i9 ; on a conservé le souvenir d'une de ses victoires, en 429; ce jour-là, dit-on, il voulut remercier par un don le peuple athénien, et, en Chiote sensuel, il ne trouva tjue du vin de sa patrie à échanger contre la couronne^ Aristophane, dans sa comédie de la Paix, qui fut représentée en 422, annonce au peuple la mort d'Ion, comme s'il s'agissait d'un citoyen*.
Si l'on peut juger de son style et de son talent par une vingtaine de fragments très courts, on trouve que la sagesse et la tempérance furent ses principales qualités, et l'on s'explique le jugement de Longin, qui oppose son style, toujours égal et toujours soigné, à celui de Sophocle, qui s'élève plus haut, mais qui a ses chutes\ Ion a composé aussi des ouvrages en prose, des comédies, des dithyrambes, des épigrammes, des hymnes, des chansons de table". Il paraît avoir cultivé tous les genres sans avoir été original dans aucun ; bel esprit et homme de goût, il obtint dans tous un rang honorable plutôt (jue le premier rang.
C'est à peine si l'on retrouve quelque trace du dialecte ionien dans les fragments qui nous restent de cet écrivain; à quelques formes près, qui même ne paraissent jtas dans ses fragments tragiques, c'est la langue d'Athènes qu'il parle. Après lui, les écrivains chiotes n'écrivent plus dans la langue de leur patrie. Le dialecte ionien, dédaigné de la littérature, ne se conserva plus que dans la langue du peuple et dans les inscriptions'.
1. Ion, dans les Fragiiioils des liislorieiis, Didot, fragments 5, C, 7, 11. l'iutarque, Vie de Cimon, 9, et Yic de Périelès, 5. '2. Suidas, au mot 'lûv.
ô. .\rgument ad Hippolytum, Euripide. Suidas, au mot 'AOr|VaTo;. A. Aristophane, Pax, v. 854,
5. 'Ao'.â-T(U7o; xa\ Èv Tô> f^atpupà) -îvtt] y.szaXÀiYpaçriiJiévo; (Longin, Sublime, c. 35).
6. Scholiaste d'Aristophane, Fax, v. 855. Athénée, X, p. -447.
7. Les formes en eu; des noms patronymiques sont très fréquentes dans les inscriptions de Chio, et cela nous explique ce que dit un scholiaste d'Homère {Iliade. 111, 10 (Dindorf, p. •156]) : 'Ev Èviai; twv ÈxSdociov, ttj -s X''a... ly^TP»"^™ « IlJTs ripîj; -/.opuoTja'.v ». (Cf. Cauer, Uelectus. n° 153.]
ÎIÉMOIKE SIK L'ILE DE CUIO. 317
I/intlépentlancc littéraire de Ciiio dura moins encore que son incK'jicnilance politiijiie.
Lors([iu> na(]iiil la s()pliis(if|no, les Cliiolos furent îles premiers à s'y ili-liii|iii('i-. l)eu\ de-- inlcilociileurs de Socrato, dans VEulhijdème, sont doux (ilildhs (|iii s'étaient élalilis à Tliurium pour faire le commerce de cet art nouveau'.
Cliio n'eut pas d'di'aleurs, mais des rhéteurs. La Irihuiie ne tint une {grande plaee ni dans sa vie politi(|ue, ni dans sa littérature. Elle ne connut (pie celte éloquence qui ne soulève pas les masses, et qui est raniUMMiicnl d'une aristocratie ictlrée. Isocrate enseijina cette éloquence à (iliio, où il fonda une école'. Théopompe, son disciple docile, cultiva surtout le genre épidielique: son caractère âpre et agressif semblait l'en écarter; mais l'exil et l'absence de tribune le contraignirent à se borner à ce (pie lui avait appris son maître. Il allait donc de ville en ville et pronon(;ait des discours dans les panégyrics, assenibb'es plus calmes (pie celles de la place publi(jue". A cette époque, on pérorait sans autre but (pie de montrer son talent, sans autre fruit que de s'être fait écouter. L'éloquence avait même ses concours, comme si elle eût été une pièce de |ioi''sie. Aux funérailles de Mausole, sa veuve organisa des jeux et comme un tournoi de rhélori(|ue; les orateurs de la Grèce vinrent s'y disputer le prix, et ce lut Tli(''opompc ipii l'empoila'.
Du pan(''gyri(pie des hommes, l'éloquence passa bientôt au panégyri(pie des dieux et des personnages mytliol()gi(|iies. (laucalus, frère de Théopompe, fut un de ces rhéteurs dont parle Platon, qui ne passaient pas de jour sans composer de grands discours en l'honneui- d'IIereule ou de (juelquc autre dieu".
Tht'opom|)e a écrit au^>i l'histoire, mais eu rhéteur, (licéron compare ironi(juemenl la pompe de sou slyie à la simplicité de Thucydide".