‹ Questions historiquesChapitre 222 sur 258 · II. BIENFAITS DE LA BO.MKNATION GÉNOISE · texte numérisé non relu

II. BIENFAITS DE LA BO.MKNATION GÉNOISE

La niahone était proprement une compagnie de piihlicains qui gouvernail l'Ile. Les piiblicains et les mairhands sont des maîtres durs et égoïstes; ils gouvernent pour eux et non pour leurs sujets; ils gouvernent moins qu'ils n'exploitent. Mais quand ces marchands et ces publicainssont intelligents, ([iiaiid ils savent que leur intérêt le [jIus clair est dans la prospérité du pays qu'ils administrent, et (pie la richesse des sujets est la source de celle des maîtres, celte connaissance de leur intérêt personnel est la garantie d'un bon gouvernement. Les Génois exploitèrent Chio, mais si bien qu'ils l'enrichirent elle-même. L'île a oublié ce qu'elle leur doit; mais si le souvenir de leurs bieufails s'est éteint dans la mémoire des hommes, le sol, la ville et les villages en portent encore les vestiges et les l'niits.

La ville actuelle est leur œuvre; et, toute défigurée qu'elle est par les récentes dévastations, on peut la voir encore par la pensée telle qu'ils l'ont faite. Elle fut construite, au milieu de l'Orient, comme une ville européenne, c'est-à-dire avec ordre, symétrie et commodité; les rues, alignées, se coupèrent à angle droit, s'ouvrirent pour former des carrefours ou des places; les maisons s'élevèrent avec trois ou quatre étages, bâties en pierre de taille, et leur façade, d'une architecture sévère et assez grandiose, présenta cette image de la richesse solide que l'on voit dans les anciens hôtels de Gênes.

Les villages eux-mêmes portent encore témoignage d'une ancienne richesse. Cardaniyle, Volisso, Mesta, l'yrgi, Xénita, Thymiana, d'autres encore, sont moins des villages que de petites villes. Les rues y sont alignées et pavées, les maisons y out plusieurs étages et sont souvent bâties en pierres de taille; ils ne diffèrent de la ville que pour la grandeur.

Ce ne sont pas les Justiniani qui ont les premiers entouré de murs la ville et les villages ; le désordre des derniers siècles de l'administration byzantine avait déjà contraint les peu|iles à s'éloigner de la mer et à s'abriter derrièi'e des murailles. Après la chute de Constanlinople, la piraterie ne fit qu'aug-

MÉMOIRE SUR I/ILE DE Cllld. ÔÔ7

iiienler; In haine de la servitude et la dilTéiviue de religion IMiiiiiiil j 11-1 ifier aussi bienlespiralesdelamernuelesKlephles lies monhiiriu's. Les Italiens eux-mêmes s'autorisèrent de leur litre de chrétiens pour exercer ce brigandage ctuitre les Turcs'; les Turcs l'exercèrent par représailles. La piraterie, rendue ainsi presque honorable, ne s'arrêta plus, n'eut plus de frein; liii'nlôt elle ne distingua plus l'ami de l'ennemi; elle remplit et dévasta tout l'Archipel. L'insulaire, aussi bien que le navigateur, eut sans cesse un ennemi à craindre et un combat à soutenir; il eut à défendre par les armes sa vie de chaque jour et sa récolte de chaque année. Les Génois s'appliquèrent à relever ou à entretenir les fortifications des villages, et élevéicnt dans les cam[)agnes un grand nombre de tours, où le |iaysan put mettre à l'abri sa vie et ses richesses. Lorsqu'on suit le rivage de l'île par mer, on aper(,-oil -.ur chaque éminence une petite loiir ronde. Là les Génois avaient organisé un système de vigies; dans chacune de ces tours une sentinelle était au guet jour et nuit, et dès qu'un navire suspect éUiit signalé, les paysans, avertis, couraient aux anncs ou se léfugiaient dans leurs villages'.

Conire un ennemi moins incessant, mais plus redoutable, les (jénois fortifièrent la ville. La forteresse, qui se voit encore aujourd'hui, fut bâtie parles Zaccarias. Vers 1 iiO, alors qut les Turcs étaient maîtres de la mer et allaient assiéger Constanlinople, les Jusiiniani entourèreni d'un mur la ville elleniéme". On voit encore, du côté du noiil-ouesl, (juebjucs restes de constructions.

L'île de Chio, durant six mois, n'a pas une rivière, pas un torrent; l'agriculture dépend donc d'une sage distribution qui ménage l'eau des sources. De nombreux aqueducs ont été élevés ou rétablis par les soins des Génois'.

1 . \ Chio, lorsqu'une mère veut efli°ayer son enfant, elle le menace des pirates florentins ou pisans; pour lui dérendre d'aller jouer sur le bord de la mer, elle lui

dit : "Es/OVTI'. 0! <I>'.05EVf.V0:.

Page 1