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510 QUESTIONS IIISTORIOUES.

patries : sa ville iialale d'ahord, puis, au-dessus, la France. Quant à l'Allemagne, il n'a pas même la pensée (ju'elle puisse être en aucune façon sa patrie.

Vous l'avez bien vu depuis deux mois. Le 6 août, la France était vaincue; l'Alsace, dégarnie de troupes, était ouverte aux Allemands. Comment les a-t-elle accueillis? Les paysans alsaciens ont pris leurs vieux fusils à pierre et leurs pioches pour combattre l'étranger. Beaucoup d'entre eux, ne pouvant souffrir la présence de l'ennemi dans leui's villages, se sont réfugiés dans les montagnes, et h l'heure qu'il est ils défendent encore pied à pied chaque défilé et chaque ravin. On a sommé Strasbourg de se rendre, et vous savez comment il a répondu. Or notez ce point : Strasbourg n'avait pour garnison que 2500 soklats français et le iY régiment d'artillerie ([ui est composé d'Alsaciens. C'est la population strasbourgeoise qui a résisté aux Allemands. C'est un général alsacien (pii commandait la ville. L'évoque, (|ue l'on a si durement repoussé du camp allemand, était un Alsacien. Ceux qui ont si vaillamment combattu, ceux qui ont frappé l'ennemi par de si rudes sorties, étaient des Alsaciens. Tous ces hommes-là sans doute parlaient votre langue; mais ils ne se sentaient certainement pas vos compatriotes. Et ces soldats allemands (jui lançaient des bombes contre Strasbourg, qui visaient la cathédrale, qui brûlaient le Temple-Neuf, la bibliothèque, les maisons, l'hôpital, qui, respectant les remparts et ménageant la garnison, n'étaient impitoyables que pour les hal)itants, dites franchement, la main sur le cœur, se sentaient-ils leurs couq)alriotes ! Ne parlez donc plus de nationalité, et surtout gardez-vous bien de dire aux Italiens : Strasboui'g est à nous du même droit que Milan et Venise sont à vous; car les Italiens vous répondraient qu'ils n'ont bombardé ni Milan ni Venise. Si l'on avait pu avoir quelque doute sur la vraie nationalité de Strasbourg et de l'Alsace, le doute ne serait plus possible aujourd'hui. La cruauté de l'attaque et l'énergie de la défense ont fait éclatei' la véi'ilé à tous les yeux. Ouelle preuve plus forte voudriezvous? Comme les premiers chrétiens confessaient leur foi, Strasbourg, i)ar le martyre, a confessé qu'il est Français.

Vmis ("If^, mousieiir. un historien ômiiioiil. Mais, qnund nous parlons du présent, ne fixons pas trop les yeux sur l'histoire. La race, c'est de l'histoire, c'est du passé. La langue, c'est encore de l'histoire, c'est le reste et le signe d'un passé lointain. Ce qui est actuel et vivant, ce sont les volontés, les idées, les intérêts, les affections. L'histoire vous dit peut-être que l'Alsace est un pays allemand ; mais le présent vous prouve qu'elle est un pays IVançais. Il sérail puéril de soutenir qu'elle doit retourner à l'Allemagne parce qu'elle en faisait partie il y a quelques siècles. Allons-nous rétablir tout ce qui était autrefois? E[ aloi-s, je vous prie, quelle Fùirope referons-nous? celle du xvir siècle, ou celle du xv', ou bien celle oiî la vieille (laule possédait le Rhin tout entier, et où Strasbourg, Saverne et Colmar étaient des villes romaines?

Soyons plutôt de notre temps. Nous avons aujouid'hui quelque chose de mieux que l'histoire pour nous guider. Nous possédons au xix" siècle un jirincipe de droit puldic qui est infinimeiil [ilus clair et plus indiscutable que votre prétendu principe de nationalité. Notre principe à nous est qu'une population ne peut être gouvernée (|ue par les institutions qu'elle accepte librement, et iju'elle ne doit aussi l'aire |)arlie d'un État que par sa volonté et son consentement libre. Voilà le principe moderne. Il est aujourd'hui l'unique fondement de l'iirdre, et c'est à lui que doit se rallier quiconque est à la fois ami de la paix et partisan du progrès de l'Iiumanili'. (jue la Prusse le veuille ou non, c'est ce principe-là qui Unira par triompher. Si l'Alsace est et reste française, c'est uniquement parce t|u'elle veut l'être. Vous ne la ferez allemande' que si elle avait un jour ([uelques raisons pour vouloir être allemande.

Son sort doit dépendre d'elle. Eu ce moment la France et la Prusse se la disputent; mais c'est l'Alsace seule qui doit prononcer. Vous dites que vous revendique: Strasbourg et qu'il doit vous être restitué. Que parlez-vous de revendication? Strasbourg n'appartient à personne. Strasbourg n'est pas un objet de possession que nous ayons à restituer. Strasbourg n'est pas à nous, il est avec nous. Nous souhaitons que l'Alsace reste parmi les provinces françaises, mais sachez bien <|nel motif

b\-2 «JUESTIO.NS lllSTUlUnUES.

nous alléguons pour cela, llisiuis-nous (juo c'est parce que Louis XIV l'a conquise'.' Nullement. Disons-nous que c'est parce qu'elle est utile à notre défense? Non. Ni les raisons tirées de la force, ni les intérêts de la stratégjie n'ont do valeur en cette affaire. Il ne s'agit que d'une question de droit public, et nous devons résoudre cette question d'après les principes modernes. La France n'a qu'un seul motif pour vouloir conserver l'Alsace, c'est que l'Alsace a vaillamment montré (ju'olle voulait rester avec la France. Voilà pourquoi nous soutenons la guerre contre la Prusse. Bretons et Bourguignons, Parisiens et Marseillais, nous combattons contre vousausujet de l'Alsace; mais, que nul ne s'y trompe; nous ne combattons pas pour la contraindre, nous combattons pour vous empèclier de la contraindre.

A MKSSIianS i.KS MIMSTItKS DU CI l.TK NVANCKI.lyiK DK L'.vri.MKK lit ni>i d;-: tousse

l'aris. I.S uclolire 1870.

Messieurs,

Vous |iivclic/ (hiiis \cisiillus.,L'l CL' (jiic vous |iiv(lu'/. ccn'osl pas la cliaiilc, c'est la liaino cl la «ruorro. Vous iMvo(|U('z le dieu dos comhats. Au uoin ilu Clirisl. vous |in''|iaiv/, vus soldais à l'assaut de l'aii--; ri ((ininic il i'.iul liicii (Idfinci- :i ci'lli' luHc exéci'al)lo les lieliois de la jusiiic cl de la iclinidn, \,,i,s ir|ii-csenlez Paris comme une ville « cori'i)ni|iue. réprouvée de JHeu, daniuée ». cl \uu- ra|i|iele/. daus vos seriuons < la mudcruc Bahylouc ».

Vous maudissez j'aris parce (jiic vou- ne le connaissez pas. Pormellez-moi d'i-clairer votre cliarih'.

Il vous es| hicM larile de dresseï' la lis!,' de uos dé'lauls et de nos vices. Nous sommes le^ preiniei-s à rerennailic ce inril \ a de mauvais en nous: nous l'avouons et le conlessoiis tout liaul, et nous le niellons liieii en vue dans nos romans et sur noire théâtre. Mais il y aiiiail vraiiuenl liop de naïveté de volr(; part à nous juper d'apivs nos eonu-dies. .le vois InCn (jn,. /,/ l'nmilh lîenailon et la Ik-Uc llrlène vous ont scandalisés; mais n'allez pas vous ima-îincr ijue ces pièces soient la peinture évade de noire société. Soyez sûrs (ju'il s'en faut de l;eaucoup (pie loulcs les familles de Paris l'cssemlilent à la lamille Pentoliui. Ne nous |»renez pas trop en pilic'. Il y a des \ices à j'aiis. comme à Pei'liu; mais tout n'y es! pas vice. Ce (pii lait noire d(''savanlage, c'est ([ue les élranjrers IraduisenI nos pièces de llié-àlre et nos romans, et ne les comprennent jias loujoui-. Il Inirairive parfois de |ueiidiv poui- siM-ieux ce ijui n'esl ipie plaisant, et

M4 QUESTIONS IlISTOli Inl'ES.

pour un travers iiéiiéral ce (|ui n'esl (ju'uue grotesque exception. Vous ignorez sans doute un double Irait de notre caractère : l'un est que nous aimons à parler de nous; l'autre est (jue nous aimons à en parler en mal. Quand nous essayons de nous peindre, nous avons une projjcnsion à nous peindre en laid. Nous rions volontiers des défauts des étrangers; nous rions encore plus volontiers des nôtres. Aimez-vous mieux le puéril orgueil et l'imperturbable contentement de soi que l'on remarque chez un certain peuple que je pourrais nommer? One ne se trouve-t-il à Berlin des auteurs comiques pour peindre avec esprit les ridicules et les vices, les défauts du caractère et ceux de l'esprit? Nous en ririons un peu; mais nous aurions assez de sens pour ne pas vous juger tous sur quelques traits de vos comédies.

Nous ressemblons en un point aux Athéniens de l'antiquité. Eux aussi, ils se plaisaient à dire du mal d'eux-mêmes. On sait le grec à Berlin et un y lit Aristophane ; mais je suppose qu'on ne juge pas les Athéniens d'après les plaisanteries de leur poète. Car ce même peuple qu'il bafoue si impitoyablement et qu'il représente comme le plus léger, le ])lus versatile, le plus corrompu de la Cirèce, c'est celui qui a combattu le premier et le derniei' pour l'indépendance grecque ; c'est le glorieux vainqueur de Marathon, c'est le glorieux vaincu de Chéronée. Et nous, les Parisiens, nous qui ne savons pas cacher nos fautes et nos travers, nous qui lançons contre nousmêmes la moquerie et la satire, que faisons-nous depuis des siècles que d'être les jiremiers à ti'availler et à combattre, soit ([u'il s'agisse de la grandeur du pays, soit qu'il s'agisse des progrès de l'humanité? Aujourd'hui même, si vous étiez témoins de ce qui se passe de ce côté-ci de nos murailles, si vous voyiez toute celte population qui prend les armes pour défendre l'honneur et l'intérêt de la France, et peut-être en même temps l'honneur el l'intérêt de l'Europe ; si vous assistiez à cet effort unanime «jui s'accomplit sans forfanterie, sans jactance, non j)our faire de l'effet et pour se vanter, mais simplement pour remplir un devoir; si vous observiez nos vrais sentiments, (pii ne sont plus de la fanfaronnade, mais (jui sont

QUESTIONS CiiNTKMI'iiliAI.NES. 515

plutùl une ivsi-nalioii caluic ri un dL'scsj.uii- courafreux; si vous regardiez ce Paris à cpii tout nian.|ue, excoplé le ca'ur, vous ne diriez plus que c'est une vil],, rormuipur ,.| ,v|.rouvéè de Dieu et Vi.us ..'...eriez plus i-a,,,.rler la niuderno liainlone. Cessez dune de nous jeter ces ridicules accusations, "et ne failos pas semblant de croire que la religion et la luoiale ont intérèl à ce que Paris dis|.araisse de la lace de la terre. Je vous

vois lever les l.ras au ciel et. tout pleins de c , ii„n,

appeler la colère de Dieu sur les aluiniinalions de la vie parisienne. Que voulez-vous dire? Faites-vous allusion à l'existence d'une certaine catégorie de personnes (jui tiennent, en effet, une trop grande place dans un ou deux île nos (|iiarliers? Ces! là sans doute ce qui vous rend si inquiets pour noire honneur et notre conscience. Mais quittez ce s.)uci; je puis vous direcpie plus du tiers de ces personnes-là nous viennent de l'Allemagne, et qu'on en compte à peine une mu- ,|iv ,(,,1 ^oit née Parisienne. Ce sont surtout les étrangers (jui les Ibnl vivre et qui entretiennent leur tiain insolent. Ouant à ce (pie pense d'elles la population de Paris, vous le sauriez, messieurs, si vous aviez entendu les silllels et les huées dont elle poursuit leurs voitures. On ne vous a donc pas dit qu'elles ne peuvent pas se montrer impunément dans les (piartiers qui sont viaiment parisiens?

Vous vous démenez dans vos chaires contre notre luxe. Laissez donc les grands mots et les phrases faciles. Luxe n'est pas vice. La vérité toute simple est que le luxe est l'effet naturel de la richesse. .Notre luxe est le même que celui de toutes les grandes capitales. Berlin aurait bientôt autant de luxe (juc nous si, délinitivement vainqueurs, vous réussissiez à emporter chez vous notre argent et nos d(''|i(uiilles.

Le luxe de la France est le Iruil très légitime de son travail et de son activité intelligente. Paris est, avec Londres, la ville d'Europe qui travaille le plus. Ce qui la distingue surtout, c'est qu'elle travaille dans tous les genres à la fois. Aucune ville n'a autant d'ateliers qu'elle, et aucune n'a autant d'écoles. Voyez tout ce qui sort de ses mains ou de son inlelli-ence! comptez tout ce qu'elle donne à l'Europe d'objets manufacturés

Mii (jLESTIii.NS IIISÏIIIIIUL'ES.

l'I (i'olijels il'iirl, (le livres cl de liiMcaiix, di' rdiiiaiis cl d'iiiiivrcs scienliliques, ol diles s'il csl une ville an inonde |ilns laborieuse et plus producirice.

Et c'est contre cette ville ([lie vous vous acharnez dans vos sermons. Je vous crois sincères, messieurs, mais vous vous trompez sur nous cl vous ne nous comprenez pas. Or, songez bien à ceci : votre erreur n'est pas un crime, mais elle vous en fait commettre un ; car elle vous entraîne à prêcher la guerre, qui est le plus grand de tous les crimes.

Voilà trois mois (pie nos deux peu[)les sont en lutte, mais vous distinguez aussi bien (|ue nous (pie cette guerre a eu tour à tour deux laces Ibit dillérentes. Adiré vrai, deux guerres se sont succédé l'une à l'autre : la première a commencé le 15 juillet et s'est terminée le 2 septembre; la seconde a commencé le 19 septembre, à l'entrevue de Ferrièrcs entre votre ministre el le nôtre. La première a été déclarée par la France, et la France a été vaincue. La seconde a été déclarée par la Prusse, et Dieu n'a pas encore prononcé.

Ces deux guerres sont également horribles el impies. Vous avez, nous dit-on, condamné la première; il faut èti'e bien aveugle ou bien enivré par le succès pour ne pas condamner aussi la seconde. Vous ne pouvez pas ignorer qu'aujourd'hui, comme il y a trois mois, il y a une jiuissance (pii attaque et une autre qui ne fait (jue se défendre. Dès lors, si l'on vous demande de (juel côté est le droit, vous ne devez pas hésiter à le dire.

Vous voyez d'ailleurs aussi clairement (|ue nous le caractère étrangement nouveau de celte seconde lutte : il ne s'agit plus ici d'une guerre entre deux armées, car la France n'a plus d'armée. La Prusse fait la guerre, il faut qu'on le sache bien, contre une populati(ui civile. C'est la population civile (|ui est attaquée, qui est menacée dans ses biens, dans sa prospérité, dans son honneur, dans son existence même. C'est une population civile (|ui est arrachée à ses travaux, et qui, absolument désarmée hier, est forcée aujourd'liui de prendre les armes pour défendre ses maisons et ses cham|)s, ses enfants et ses femmes. C'est une populalioii civile (jui vous attend sur les

orESTIO.NS CONTEMPORAINKS. 517

remparts ilc Paris; c'est une |iii|iiil,iii(iii n\\\c (|iii -c li'\i' dans les provitUTs pour venir à nolic senmrs.

Voilà pourtant, messieurs, la guerre que \uus approuvez et que vous louez dans une chaire qui se dit chrélieiuic. C'est à cette Ixiucherie d'hommes ipie \(ius poussez vos soldats. C'est une ^nierre de cette nature (|ue vous placez sous l'autorité de la religion. De l(Uis temps le-; concpirranls et les destructeurs ont osé se dire les Ih'anx de Dieu cl Ir^ iiistiiimenls de sa ciillif. Miiis vous. pa>teins d'âmes, vous devriez savoir mieux (|ue personne ([u'il l'aul y regarder à deux l'ois avant de mêler le nom de Dieu à nos luttes crimiru-lles. Vous, ministics du Cliiisl. vous invoipiez le dieu des comlials. \ous connaissez iliiiic un dieu qui aiinr la \iiilriicc ri la gui'i'i'c'.' (Juaiil il non-, le fusil à la main, nous invoquons le Dieu de paix el nous n'en connaissons pas d'autre.

L'OEI VUE

fusti:l ue col la N( .es

L"Inslitu( de France, sur la présentation de l'Aradémic française, a décerné en 1891 le giand prix biennal à r(ciivrc histori(|ue de M. Fiistel de Coulan>;es. Guizot, Nisard. Thiers, k-s ])lus irrands écrivains de la France contemporaine, avaient reçu celle léconipense nationale : Flnslitut, en l'accordant à M. Fuslel, a montré quelle place il lui assignait, raliliant ainsi le jugement (pie les collègues et les élèves du maître regretté avaient depuis longteni|)s porté sur son œuvre.

M. Fustel se rattache à la lignée des vrais écrivains français; son style sobre et net, son art dans l'exposition, l'habileté de ses synthèses, en font un maître incomparable dans l'art d'écrire et de composer : il a la langue claire et lumineuse qui fut celle des littérateurs contemporains, About, Mérimée, Sainte-Beuve; mais il a plus de force et plus de hardiesse. En même temps, ])ar l'étendue et la puissance de ses vues historiques, il est l'égal de Monlescpiieu : aucun historien français n'a dans ce siècle doté de plus de vérités la science historif]ue. Fnlin, la sûreté de ses informations, la rigueur avec laquelle il a lu et il explique les textes, les scrupules de son érudition, font de lui un héritier des grands chercheurs bénédictins des siècles passés, des Mabillon, des Montfaucon.

La i)remière œuvre de M. Fuslel de Coulangcs a été la Cité antique. Ce n'est qu'un livre de 500 pages; mais le monde ancien y revit tout entier, depuis les origines mysté-

a I.Œl'VTiE liF, FISTEL HE COULANGES

rieuses île l;i riunille cl de la cité, jusqu'au ninmenl nù les lois de Iloinc cl la rcligidii du Christ font une seule patrie de tant d'Elals hostiles cl de cultes isolés. L'historien s'altache surtout à montrer quelle part la religion a eue dans la Formation des sociétés d'autrefois : elle a créé la famille, elle a fait vivre la cité; et, à la lîn du livre, c'est encore la religion <]u'on rehouve. achevant la fusion des peuples commencée par les armes de Rouie. — L'iniluenee exercée par la Cité aniiqtii' sur les érudits de iintre temps est incontesiée. même hors de Frnnce; elle a enfin donné h l'étude de l'antiquité sa voie vérilable, elle a montré pour ainsi dire qu'elle a été l'ànic de la vie ancienne. — Ajoutons que ce livre est d'une lecture qui passionne, et nous connaissons des maîtres d'universités étrangères qui le donnent à lire à leurs étudiants pour leur révéler à la fois le sens de l'antiquité et les beautés de la langue fiançaise.

L'autre grande œuvre de .M. Fustcl de Coulanges, Histoire des Institutions politiques de l'ancienne France, est beaucoup plus étendue (elle a six volumes). Mais, comme la Cilc antique, elle est achevée, complète, et forme un tout d'une singulière unité. C'est, elle aussi, un chef-d'œuvre de construction. M. Fuslel y éliulie la formation du monde féodal et moderne, connne dans l<i Cite antique il avait étudié celle du monde ancien : à vrai dire, ces deux ouvrages font suite l'un à l'autre. Le tome premier nous montre la Gaule barbare et divisée, soumise, civilisée et unifiée par Rome; le second volume nous fait assister au grand événement, i'invasion, qui est à l'origine des nations modernes; nous voyons, dans le troisième, ce que sont devenues, sous la monarchie barbare, les institutions politiques de Rome ; dans le quatrième et le cinquième volume, nous assistons à la formation d'institutions nouvelles, purement aristocratiques, qui se développent en dehors de l'Etat; enfin, dans le sixième volume, ces institutions aristocratiques nous apparaissent grandissant sous les derniers Mérovingiens, supplantant peu à peu la monarchie

L'Œivnr: m fi stki. ni': cnri.ANGEs s

rt SOS lois, ol arrivnnt. sniis Ips diM-niois Camlinfiinns, à s'imposera la société et à IKlat. La IVMjdalili' a liès ioi-s iciiiplacé le régime monarciiique léj^ué jiai- l'Élal romain. — M. Fiistel de Coiilaiif^es s'intéresse surtout à la Franee dans cet ouvrage : cependant, c'est l'histoire de rEuro[ie entière dont nous y suivons le développement: car Rome, l'Invasion, la .Moiiaicliie liarhare. la Féodalité ont tour à tour gouverné les grands pavs de l'Furope : au i-este, s'il y a des dilTérences entre les institutions de chacun d'eux, M. Fusiel les indique. — Des noies fort longues et soigneusement revisées l'ont de ce livre un répertoire liistoiiipie comparable aux nieilleuis (|ue rAlleniiigne ail proiluils.

Dans trois volumes, deux intitulés Recherches, un qui va paraître sous le lilro de Questioiis, M. Fustel de Coulanges s'est attaché à quelques institutions ou à quehpies faits qu'il s'était borné à eflleurer dans ses grands ouvrages. L'origine de la propriété lui a fourni en particulier trois mémoires, les plus importants qui aient |iaru sur celte cpiestion si con trovcrsée, depuis ceux de Sunniei-Maine et de Laveleye. Son étude sur le colonal est justement célèbre. Ses recherches sur les .Archontes athéniens avaient donné lieu à do longs débats : la découverle d'un traité nouveau d'.Vristole vient de donner aux théories de M. Fustel une solemielle conlirmation. Les mémoires sur les Druides, sur (iliin, sur l'olyhe sont des modèles d"ex|)osili(Ui. — Les qualoize études dont se couqjosent ces liois volumes ont toutes une giandc étendue.

On ne peut terminer celte Notice sans mentionner ici la part qu'a prise à la ])ul)lication des derniers livres de; M. Fustel de Coulanges. son élève, M. ('. Jullian. professeur à la Faculté des lettres de Hordriiux.

.V la lUdrt de M. Kusirl. deux volumes seulemeni de VHistoire des Insliliitidiis, la MoïKncliic Frunquc el ï Alleu, avaient paru; le reste de l'ouvrage était, soit complètement et longuement rédigé, soit rapidement esquissé. .\vee mie S(ru|>u-

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