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Procope, Guerre des Golhs, I, I

7,6 QUESTIONS HISTOUinUES.

mains (runcjiarl, les soldais wi^if^iillis, liui-fiondos ol francs ikl'autiv. Mais ce partage, en loul cas, ne lut ni annuel ni jiéiio(li(|uc. Cli;H[iie |iart devint, dès le premier joni\ perpétuelle et hérédilaire. 11 serait |méril de souteiiii- iiu'iiii tel partage fut l'indice d'un régime de communauté agraire. 11 marf|ue, au contraire, (jue les nouveaux venus n'avaient pas l'idée de la communauté et ne l'ont j)as ])rati([uée un seul moment.

Aussi Maurer ne pcut-i! l'ouiiiir aucun exemple, chez tous ces peuples, d'un seul village })ossèdant la terre en commun, ni d'une seule association de inark. Pas un exemple de cela, ni dans les écrivains du temps, ni dans les codes de lois, ni dans les chartes, ni dans les rormule> d'actes. Et l'on ne peut pas objecter (jue c'est là une pui'e omission ; car, dansées lois, dans ces chartes, dans ces formules, non seulement nous ne trouvons pas la communauté, mais nous trouvons exactement le contraire; partout la propriété, l'hérédité, la donation, la vente.

Ces législatioiis ne contiennent même pas le souvenir d'une indivision antérieure. Lorsqu'elles prononcent (jue la terre est héréditaire ou qu'on peut la vendi'e, elles ne disent pas que cela soit une nouveauté. Il est facile à Maurer de prétendre (jue ce soient là des emprunts faits au droit romain : hypothèse commode, mais dont on ne peut donner aucune preuve. A dire vrai, le régime antérieur que les législations germaniques laissent apercevoir n'est pas le régime communiste, c'est la copriipriété de famille. Les traces en sont visibles dansla Loi Salique, dans la Loi Ripuaire, clans les codes des Burgondes et des Thuringiens. La révolution qui s'est faite à cette époque dans le régime des terres n'a pas consisté à passer de la communauté à la propriété, mais de la propriété familiale à la propriété individuelle. L'usage du testament et de la vente a été la priiicijiale marque de cette révolution. C'est cela seulement qu'on peut attribuer à l'inlluence du droit romain; encore me semble-t-il plus sûr d'y voir l'eflet d'une évolution naturelle qui s'est produite chez tous les peuples.

Si Maurer ne peut trouver dans le droit germanique aucun indice de la mari; ni de la communauté, quels sont donc les documents dont il s'est servi pour prouver l'antique existence

do celte niitrlx el de lelle communauté? Regardez son livre avec un peu d'attention, et vous voyez avec quelque surprise (|u'il tire ses textes des recueils de Tradittones. On appelle ainsi des collections de chartes «pii vont du viii" au xiv"" siècle'. Mais ces chartes, au nomhre de près de dix mille, sont, toutes el sans nulle exception, des chartes de propriété j>rivée. Ce sont en eflet toujours ou dr^ lulr^ dr (Idii.ilion. (iii des actes de vente, ou des actes d'échanw de Icrrc, ou des actes de précaire. On ne peut nier (|ue des milliers d'actes de cette sorte ne soient autant de milliers de ])reuves du réj^ime de la pro])riété. On ne vend el l'un ne donne cpie ce dont on est piiipriélaire. Il y a aussi dans ces recueils des actes de jugement, el ils portent toujours sur la propriété.

Notons hien (pi'il ne peut pas y nvnir de dimlc --iir le sens Jcs termes employés. Se peu l -il iiii l:iiiL;;i,iiv |ilii^ clainiuci-c ipn' je trouve dans un acte de 770? « Moi, Wichert, je donne à l'église de Sainl-Nazaire les mans{>s, lerres. cham|ts, prés, esclaves <pie je possi'de en pro[)re; je lais Iradilion de tout cela à l'église pour qu'elle possède tout cela à perpétuité, avec droit et pouvoir de tenii'. donner, échanger et l'aire de ces hiens tout ce qu'elle voudra'. » Et dans un acte de 7S6 : « Moi, lille de

1. I.i's |iiliici()aiix (lo ces recueils seuil : le Codex diploinaticus el les 6'i///o(/j do tiucleii, 17'28, 1715: le Codex tradilionum Coibeiensium de Falke, I75"2; les J/oHiimc/i/n Boif«, ;i pailir lie 1769; le Codex Lnure.shamensis ahbiili.r diplomaliriis. 17G8; les Subsidia el les ^ova Subsidia diplumalica de Wnrdhveiii, I77"i-I781 : le Codex diploinaticus Meiiuinnia; de Neu^;irt, 1791 ; le Urhnndenbucli pour l'Listuii-e de l;i ié:;icni du l!;is-IUiiri de I.aioiidili't. 1840: les Tradiliones Wizenburgenses de Zeuss, 18i2; les Tindilinnes Fiilileime-'i de Dioiike. 1844, et du iiièiue édileur le Codex diplomatieii.i Fuldeiixis, 18.")(l. Ajmitez à cela quelques oUTragcs où ont été publiés un fii-and nondue d'actes de inénie nalui'e : Meicliellieek. Historia Fiisiiuieiisis, 17'24: lloiilheitn. Historia Trcvirensis diplonmiica, 17Ô7; Scliœpflin, Msalia diplonmiica, \1''2; Wiijand, /lir/iii' [iir Ceschichle W'eslpbalens, I8'iô: liudnianu, RlieingauUrlie Allerlhiimei-, 1819: Mone, Zeilsrliiifl fiir die Ceschichle des Oberrheins, 1851). -- Depuis Maurer, il a été jiublié iilusieuis

recueils, nnlaniuieut ceux de. Reyer. Uriiundenbucli millelrheinischen Territo-

rien. 18tJ0: liindinf;. Fontes rernin lleinensium, 1885: el le Urhundcnbuch der Abtei S. Calkn. I8li5.

2. Codex Laureshamcnsis, n' 11, p. 25-'JG : Ego Wigbcrlus dono ad Sanctiim An;nri»m... in nwnsis. terris, canipis, pralis,... qnantumcunque in his locis proprium habere videor... dono. trado atquc Iransjiindo pcrpelualiler ad possidendum, jure et potcstalc hnbendi, tencndi, donandi, commulandi, tel (juidquid cxindc facerc votucrilis tiberam ac firinissimam habeatis poleslalcin.

58 on-STIONS /IISTORIQUES.

'] liédilon, jr iliniiic il Suinl-Naziiire lout ce inic j'iii en prdprc héi'ilajjfiMlans lels lieux dont voici les noms... ; et tout ce (jui a éU'' ma possession cl pi'0[)rir'l('', je le ti'Mns|i()rlc en la |)Ossession cl ]ii(i|iriélé <le Saint-Nazaire'. ■■ Aillciiis : « Je donne telle terre i|iii m'appartient pour ({iie i'alilié et ses successeurs la tiennent et possèdent à perpétuité'. » Ailleurs encore : « Moi, Wrachaii'c, je donne cette terre qui est de mon dioil propre, aiin (|ue dorénavant Fabhé la possède en droit propre, jure jiwpriw. » Ces phrases sont répétées dans des milliers d'actes. Souvent le donateur ou le vendeur ajoute qu'il tient la terre en héritage, qu'il l'a reçue de son père'. Et l'on peut noter encore que ce dont on est propriétaire, ce n'est j)as seulement la terre arable, c'est aussi bien la t'orèt, le pàquis, les cours d'eau ^ Et cela est répété sans cesse. Et ce n'est jamais une communauté de village ou de )niirl,' (jui lait cette donation ; c'est toujours un particulier.

Tels sont les -recueils dont Maurer va se servir pour essayer de prouver que la communauté existait au moyen âge. 11 est manifeste que tout leur ensemble contredit sa thèse; mais il va en extraire une vingtaine d'actes, et c'est eux seuls qu'il présentera, comme si les autres n'existaient pas. One faut-il penser d'une méthode qui, à seule fin d'édifier un système, cherche

1. Codex Lauycshainensis, n° \i : Doiio ad Sanclum JSdznyiuiii... de propria alode noslra in lacis nuncupaiis... nhicitnque modcrno lemporc incn lideliir esse possessio tel dominatio, de jure mco in jus ac doiiiinntionem S. Nazarii donc, trtido atque trunsfundo.

'i. Ncugart, p. 401. acte de 879 : Donamus... ut perpettialiter leneant atque possideanl. — Melcliell)t'Lk, p. iS et 53 dos Instrumenta : Donamus... rem proprium nostram; p. 67 : Propriam alodem ; p. 50 : Rem propriam... iit possessionem pcrpetuam.

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