‹ Questions historiquesChapitre 61 sur 258 · ll)i(lein, p. tOl · texte numérisé non relu

ll)i(lein, p. tOl

5. Siuil' l'exci'|)ti(in (|iii' Dloiliiic si;.;iiali' pour les ilos l,ip;u-i.

ORIGI.NKS HK LA l'ItoPRlETÉ FdNClÈKE. 95

Cliai|iir lui lui allachc héréclilain-inoiil à la t'amille à (|iii k> sorl l'avail assigné, el c'est pour rela i|iit' /./.^oo; signifia iiéritago el (|ue sors' signifia paliiinoine.

L'inleniicliim ilo vciiiiif la h-iro, rV'sl-à-iliic ijc la ilt'-laclier (le la lamilie |i(Mir la lians|i(iiler à une aiilie laiiiille ou luème pour la donner à l'Elal. a|i|)ar.iil à M. de Lavclejc comme une preuM' <|ni' la Icrre appartenait à l'Iùat. C'est simplement la pi'euve i|ue dans les idées de ces ancii'O-- linnimes elle devait appartenir |iour toujours à la même ianiille. M. dcLaveleye me repiDche d'avoir, dans la Cilr anliquc, attribue celle interdiction de la vente « à l'iulluence de la religion antique ». Celle expression donne une idée inexacte île ma pensée. Ce que j'ai montré, c'est tpie la propriété familiale se rattachait exactement à la ridigion familiale. La vente hors de la famille n'était pas permise, parce i|iic If \icii\ droit et la vieille croyance liaient la terre à la famille. La terre appartenait à la famille, non à l'individu. Il en a été de même, à mon avis, chez les anciens Ceimains et chez les Slaves. De là vient que chez tous ces peuples l'ancien droit ne pcrmellail pas de vendre la terre.

C'est pour la mèmerai-on (jue le testament fut interdit chez les Grecs, chez les Italiens, chez les (jermains, chez les Slaves, dans le premier âge de leur droit. Il fallait (jue la terre passjil nécessai remet il au 111- ou aux plu- proches parents. Pour la même raison encore, la fille n'Iiéiitait |ias; par son mariage, elle eût fait sortir la terre de la famille. Tous ces faits, qu'il est im|ios-ilde «le contester aujourd'hui, sont la mar(|ue évidente de la conslilution familiale de la propriété. Ils sont tout l'opposé il'un régime de communauté.

M. de Laveleye insiste aussi sur Sparte; seulement il omet de dire que la [uopri(''lé privée y fut con-lituée di-s l'origine de la cité, el que cha<|ue /.Arpo; resUi attaché à la même famille jusqu'à la révolution faite par Cléomène, c'est-à-dire durant huit siècles'. En revanche, il pirle de prétendues communautés

I. Cela csl (lOiiiiiiiliv |).ir Iti'r.ulidc liu l'uni, diiiis li.'s Fragmenta hisloricorum grœcorum, de Didol, t. Il, |i. 21 1 ; et \m- Plutar<iue, Vie d'Agis, 5. On peut ajoulcr

96 nlJKSTIONS UISTORIOIIES.

de ficros « (pii auraioiil juué un rôle tivs iii)|i(iilanl {|;^l'^ l'élat social », ce que les textes ne disent pas; il a joule (|nc S|iaitc « avait un domaine commun livs élondu -•, ce donl aucun k'xlc ne |)arle, et i|ue « ce domaine commun servait à sulnenir aux besoins jiabiics », ce qui est contraire à des lexles l'urmels. Il accumule les citations, mais elles sont peu exactes. Il allègue Arislole : mais Arislole ne dil (|u'une chose, c'est (jue les hommes ont commencé par être chasseurs et pasteurs; cela signilie-l-il (ju'élanl devenus agriculteurs ils aient prati<{ué l'indivision du sol? Il allègue Virgile qui dans rEiu''ide dit que les « Auronces cultivaient les terres en commun » ; mais reportez-vous à ce passage; le mot « en commun » n'y est pas : c'est M. de Laveleye qui sans y penser la ajouté. Ainsi lait tout esprit dominé ])ar une idée hxe'. Pour Home, il déclare (ju'il voit u une preuve de la communauté primitive dans les repas communs des curies », et il ne fait pas attention que ces l'opas de la curie n'avaient lieu qu'à certaines l'êtes et étaient des repas sacrés et i-eligieux, ainsi (pie le dit l'ormellemenl Denys d'Halicarnasse qui les a vus, et dont voici le passage : « Les cui'ies avec leurs prêtres font des sacrifices et mangent ensemble aux jours de fêtes'. » Ce n'est pas ici une communauté agraire, c'est une communion religieuse. Supposez un étranger qui, voyant dans nos églises beaucoup de fidèles communier, déclarerait qu'il y voit la preuve que les Français pratiquent l'iiulivision du sol. Je lis encore un peu plus loin : « La Loi des Douze Tables conserve la trace de la propi'iété commune; car à défaut de projiinus agnatus la gens est préférée aux autres agnats. » Il n'y a rien de semblable dans ce ipie nous avons de la Loi des Douze Tables; jamais la (jcm n'a

plusifiiis iiulros loxics quL' j'iii i-il('-> (l;iiis imi>ii Éliiilc sur lu propriétc à Spfiric, 1880 [tSouvcllc.s llcclieiclic.s. |i. h'I cl suiv.]. Viiii- niissi l'niiviiim' de M. (Iliiiiilio .laniii'l.

1. Arisliilc, Voïtlique. Vit. 10. Virgile, Enéide. XI, 518. Oc inôme, il i-iU> julien, V, 9, i|iii :uiriiil ilil ((lie les li:iliilaiits di' I.ocits uI do lllu'uiiiiii ciillivaiciil lii lonc fil cdiniuiin. Klicii dil « (|iio les villes de l^oeies el de liliéyinin (iiit. eiilre elles un traité i|iii [leriiiet aux tialiilaiits de l'une de sï'tahtir sur le leniliiire de l'aulic ». De culture cunuuune, pas un mut. — Ces citations siint dans l'article de M. di' Lave- Icve, Revue (le Belgique, 1880, page 9 et suiv. du tirage à pari, "s. Dcnvs. II, 25.

OKICINES DK LA l'ROPRIÉTf: FONCIÈRE. 97

élé préférée aux agnals. L'auteur eite, il est vrai, celte phrase ([u'il attribue à Gaius : In legitimis hereditalibus siiccessio non est; gentiles familiam habento'; mais cherchez celte étrange phrase dans Gains, vous ne la trouverez assurément pas. Ainsi, sur la (irèee et sur l'Italie, M. de Laveleye accumule les textes; mais il n'y a pas un seul de ces textes qui soit exact ou qui ait le sens que l'écrivain lui allriline.

7° Voici maintenant les Slaves méridionaux, c'est-à-dire les Bosniaques, les Serhes, les HulLiarcs. ipii doivent à leur tour fournir un argument en faveur de rindi\i>iiin du sol'. Ce chapitre de M. de Laveleye est le plus intéressant de son livre, le plus curieux, et à mon avis le plus exact. Seulement, je ne vois pas bien ce (ju'il vient faire dans le problème qui nous occupe. Il est très vrai que souvent le village serbe ou bosniaque cultive la terre en commun. Mais ce village est un petit groupe de vingt à soixante personnes; il occupe quatre ou cinq maisons entourées d'un enclos unicpie, et il possède une terre (jui dépasse rarement 'J,') hectares, flegardez-y de près : ce petit village n'est pas autre cIkisc (|u'une famille. M. de Laveleve le reconnaît. Les frères ne se séparant généralement pas, la famille a continué à former un corps indivis, et la propriété n'est pas plus partagée que ne l'est la famille. La culture se fait en commun, et les récoltes sont consommées en commun, sous la direction du chef de famille. M. de Laveleye a décrit ce régime avec amour et avec talent. Mais ce régime n'est nullement la communauté des terres; il est la copropriété de famille. Nous l'avons vu chez les anciens Grecs, dans le plus ancien droit romain, chez les Germains, it nous le retrouvons chez les Serbes. La famille y forme un petit village; elle s'isole sur sa terre, et cette terre est un patrimoine commun dont elle est propriétaire de temps immémorial. Il importe d'ajouter que tous les traits qui caractérisent la pro{)riété familiale chez les Grecs et chez les Germains, se retrouvent ici. Le testament n'existe pas, ni la donation, ni la vente. Tous les membi'es de la famille sont coproj)riétaiies du sol et en héritent uéccssaire-

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