Genèse. Wlll
(i|;l(.INKS liK I.A l'Iidl'IlIKTK Fil.NCIKRE. 89
« (■oiiiiiiiiMMiiir' lie liiliii . iiiinns cncoiv •< iirir riiiiimiiiiiiiih'' tic |i('ii|ile ». Un mir mi ne |iciil |i;is cimcliiic i|ui' le |icii|)li> russe |ii"iti(nic K' régiiiu' ilii t(iiiiiniiiiismi' ajiiaiif, ni (nic le sol a|i|iailiciine au peuplt; russe, ni enlin (|ue la teiTe soit comimiiie à Imis; et cela s'écarte déjà scn-ililriMcnl dr la thèse qu'on [trétenii soiihiiir.
Kn second lieu, si nous oliservons le mir avant l(>s réformes de l'avanl-dei-nier tsai', nous y voyons i|ne ce viir n'est pas propriétaire de son sol, mais (pi'il a lui-niènie un |iropriélaire. Dans ce mir. terres el lininiiies appartienneni ;i un vriniieur; et seigneur el propriétaire sont tout un. (le l'ail n'r-l pas nié par M. de l.avelcye; il reconnaît uiénie « (|ue le )inr jiaye collcclivemeiil la rente an seifiueur ». (lela seul l'ail (Viduler la lliiMiiic. |)è^ i|ue le xil a|ipail ii'iil à un aulic (|u'au /////', le mir iw lepréseule donc |ias le communisme agraire. (!'e-l un villajie. comme tous nos villajies du moyen âge. Il esl la propi'iété privée il'nn lioinme; les paysans n'y sont que des tenancier'- iiii ili'-- vert--; cl la --eiile |iailiculai'il('' e>l que ces paysans, (|i!i paveni eiill('eti\enienl la renie ilii -•ni. nillivenl aussi ce sol colleclncnieiil.
Il l'sl vrai i|ue (pielques I lii''oiiiien> disent : il y a cli jircdtalilrnienl niir ( |iiH|ue ancienne où ce |iro|iriélaire n'existait pas el où la lerie elail possédée en commun pai les paysans. C'est ce (pi'il laudrail démonlrei'. On devi-ail prouver d'abord que ce projiriélaire ou ce seigneur n'existait pas. ensuile ipie ces paysans possédaieni alors la terre en commun. Or voilà deux choses (liinl lin n'a jamais pu 'Innnei' la picu\e, ni même une ap|)arence de preuve. Xu contraire, suivant M. Tcliilcliérin el d'aulres écrivains qui on! éludié ce sujet, il est étaldi ((ue l'associalicui du mir n'exisie (pie depuis Irois cents ans, (pi'elle a été formée à la dale |U(''(i^e de l.'(!l"J. que. Inin d'elle un organisme spontané et antique, elle a élé con-iitiii'e |)ar un acte d'un gouvernement des|ioli(pie. par un iikasi' du Isar Kédor IvaiKtxileli. AvanI celle épo([ue, la lerre russe éla il un olijel de |iriqiii('li'' pii\('e; M. Tcliilcliérin a cilé des actes de douai ion el de testament ipii en l'ont foi. Je sais liieii ipie la (piesiinn esl 1res conlro\eis(''e el reste obscure: mais au-.-i Iniii^leinp-- qu'un
90 OUESTIONS IIISTniilorES.
n'aui'a pus produil ilo (Incunu'iils ([ui iikjiiIiciiI rcMstcnc.' (|i> l'association du mir avaiil le x\f siècle, on (lc\ia (Idiilcr (|ii(; ce mir soil iiiic inslitulion antique et primordiale. i)ans ce que nous savons jns(|u'à |)résent, le mir n'a existé qu'à l'éiioque féodale; il est un des rouages de l'orfianisme féodal russe; il est un groupe de serfs, et c'est le gouvernemenl qui a voulu qu'il cultivât en commun, afin de mieux assurer le payement de la redevance. Loin d'être la propriété collective, le 7?wV est un servage collectif. Voilà du inoins ce (|ue montrent les documents qu'on a. Libre aux lluMiriciens d*es])érer que des documents nouveaux apparaîlidiit pour montrer le contraire. Jusque-là on ne pourra pas alléguer le mir comme preuve que riiumanilé ait prati(pié la communauté du sol.
2° M. de Laveleye ]iasse à File de Java. Il en décrit le régime dans un chapitre plein d'intérêt; c'est la culture du sol en commun ou par partage annuel. Mais je ne puis me dispenser de remarquer qu'H parle toujours au temps présent. C'est un état actuel qu'il décrit. Il se sert des règlements du gouvernement hollandais, de lois de 1855, de rapports parlementaires de 1869. Le plus haut qu'il icmonte, c'est à des règlements de 1806. Cependant, puisqu'il s'agit du problème des origines de la ])ropriété, c'est l'état ancien (pie nous voudrions connaître. Je sais bien que certains disent tout de suite : un tel régime doit être antique; mais un esprit doué de (pielque critique dira au contraiie que rexistence actuelle de ce régime ne prouve rien pour les époques anciennes. Kn effet, nous lisons dans un de ces rapports sur les(juels s'ajipuie M. de Laveleye, que <' ce régime a commencé avec la culture de l'indigo, du sucre el du café, au profil du liouvernement hollandais' ». L'espèce de C(unmunisme dont on nous parle ser-ait donc une institution récente, une création des conquérants européens. Il est vrai que d'autres le font commencer plus tôt, avec la culture du riz". Cela s'explique : « Le riz aquatique exige un système d'irrigation (pii sei'ait impossible sans l'association,
1. M. tli' Laveloyo, De la propriélc collective du mil. (i;lll^ lu Hevuc de Belflique. 1880, p. .'>0 du liiiij;f j pari, 'i. Iliidcin. p. i'.l.
et i|iii par suite coiitliiil à l'exploitalioii en commun. » On a pu conslalor comment ces villanres se formaient : u Plusieurs ramille-» s'cnleiulenl pour étaliliren cKniniiiM un syslrmc il'iiri- •:ation ; l'eau ayant été amenée par la coopération de tous, il en résulte (|ue cette terre ii'rijruée est cultivée par tous'. » Mais on voit bien ici que le sol n'apj)artient |)as au peuple ni à la Iribu; il appartient à un groupe, à une association. Une association (le propriétaires n'est |ias le communisme : c'est unp (les l'ormcs de la projiriété.
11 laul d'ailleurs observer ipu' la propriété privée existe à Java. Sur les vinirl provinces de l'Ile, il y en a six où elle est seule en vifiueur et où on ne connaît pas le n^ime de l'association; il y en a huit où les deux n'i^inn'- son! prali([ut''^ concurremment ; il y en a si\ où \r i V^imr dr l'a^-ocialidii n'existé que pour les rizières et les terres irriguées el lOi l;i pro|)riété privée est seule appliqué-e ;m\ autres terres. De tout cela je ne peux pas conclure ()ue dan> l'île de Java la communauté du ^ol soit une inslitutitui aniicpie, |)rimordiale, naturelle. iNon seulement iiii Ile la voit (|ue dans réhit moderne, mais encore il faut reconnaître qu'elle e-t moin- une communauté qu'une association.
5° L'auteur dit en-iiile ipielipir- mul- de l'Iiide iiiicieime. Je n'insisterai pa- jdii- ipie lui. Il ne cite i|u un -eul texte. C'est une phrase de Néarque, rcd'ficier d'.Mexandre le Grandi Je vais la présenter d'abord telle que la traduit M. de LaVebnci. ensuite telle qu'elle e-t. << Néarque nous apprend (|ue dans certaines contrées de l'Inde les terres étaient cultivées en commun jmr des tribus, (pii, à la lin de l'année, se partageaient la récolte. » Or la phrase i.Mec(|ue signifie : « (-hez tl'autres, les travaux agricoles sont faits par chaque famille en commun, /.y-x /jyr/vif.yy y.otv?,, et lorsque la récolte commune a été faite, chacun i ii prend sa part poui' la muii'riture de l'année*. <> l>n voit (|ue M. de Laveleye avait négligé les mois
1. M. de LaTcleye, De la propriété collective du sol, dans la Revue de Belijique, |X8(i, p. 05.
'1. Sli-atioii, XV, I. 6G, édil. Iddot, |i. 6t0 : Ha;' f/Xoi; îi /.x-.'il zv^-'^liv.xi xtt'.ir^ Toj; xip-o'j; Ipyauijiivoj;, îr.xi TjY/.oa''a(u3iv, 3x^ti^xi ooftfo» ÊxsaTOv li; 'y.xz^o^T/t
92 OlIKSThiNS UlSTdRlOUES.
■/.%■:% n^j'^'^i'i%\i.'i . Il aviiil j)ri> |)(iiir une coniniuiiauir' ilc liiltii ci: qui clait une communauté do famille. Je Stiis que plusieurs confondent volontiers ces deux choses. Un esprit attentif s'aperçoit bien vite (ju'elles dilTèrent essentiellement. Qu'une famille, même formant un grouj)e assez nombreux, cultive sa terre en commun, ce n'est pas le communisme afiraii-e, c'est seulement l'indivision de la famille ri l'indivision <lc la |inipriété familiale.
4° M. de Laveleye parle ensuite de la marh tjermaniqne. Il ne fait ici que reproduire le système de Maurer. sur lequel il s'appuie sans (pi'il paraisse avoir vérifié un ^cnl de ses textes.
5° Vient ensuite un chajiitre sur les communautés agraires chez les Arabes d'Algérie, les Maures d'Espagne, les Yoloffs de la côte de Guinée, les Mexicains, les Caraïbes, les Afghans, les Tchérémisses. Sur chacun de ces peuples, on cite quelque récit ou quelque phrase d'un voyageur. .le ferai une simple remarque : c'est (|u"il n'i>st rien de |)lus difficile et de plus rare qu'uni' obser\ation jjien faite. Cette vérité, qui est reconnue dans toutes les sciences, devrait l'être aussi de ceux qui parlent d'histoire. Car l'histoire est justement, de toutes les sciences, celle où l'observation est le plus difficile et exige le jdus d'attention. Un voyageur vous dit en gros que chez les Caraïbes, ou chez les\oloffs, il a vu un partage de terres, ou qu'on lui a dit qu'il s'en faisait un; mais a-t-il observé entre qui se fait ce partage? Est-ce entre les membres d'une même famille, ou entre les cohabitants d'un village, ou enlre les villages et entre toutes les fractions d'une Iribu, d'un peuple".' Il y a là des nuances qu'un voyageur pressé n'a pas pu voir, et qu'un historien également pressé se garde d'examinei'. l'mulant, suivant l'un ou l'auti'e de ces modes de [lartage. le partage a une signification et des efl'ets absolument diflerents. L'étude d'un régime social est chose difficile et on la rencontre rarement dans les récits des voyageurs.
Et [luis, à côté de quebpies faits particuliers (|ue les voya-
TOJ ETou;. Si on lit le chapitre entier, on voit que Néarque, qui distingue les institutions générales des institutions particulières, vopLou;, toj; uièv /.o'.vojç, toùç 5è toiou;, cite ceci parmi les institutions particulières.
ORIGINES liK LA PROPRIÉTÉ FONCIÈRK. '.13
«reurs si},'nalent, il faudrait voir s'il n'y a |ias iraulres faits ((ui coiilii'(liseiil k's iiromicrs. Vous mitez la toire coinmmie chez i|iK'l<|ui's tiihus aralics; mais il faudrait noter aussi ([uc le Corail reconnaît la |iro|iiiélé [irivée et (|nc heaufouji d'Arabes la |iiiilii|iii'nl (lr|iiii- un leinps ininiémorial'. Chez d'autres peuples, vous rencontrez quelcjucs exemples de terres communes, et pourtant il faut reconnaître ipie la propriété priM-e domine de l)eaucou|) chez ces mêmes peuples. Kn Kspagne, jiar exemple, vous dites (|ue « dans certains villages la terre esl répartie chaque année entre les lialHliiiits ■ ». Mais dans comliien de villaf^^es'.' Deux ardents chercheurs (|ui ne demandaient qu'à trouver des preuves de cette conuiiunauté, M. Oliveiia Mailins et M. de Azcarale, ne l'ont trouvée (jue « dans (|ualrc \illajj;es pour loule la péninsule ibérique' ». Peul-c'lre |)ensert7,-viuis (jue ce s(Uil là les restes d'une situation antérieure qui aurait été fiénéi'alc. Nullement. On constate que dans ces quatre villajifs la communautt'" ne s'est l'oiniée qu'au xn" et au xin' siècle de noire ère, et pour des raisons particulières ipie l'on connail. Cette communauté n'est donc ni un l'ait j:énéial ni un lail ancien. M. de Laveleye mentionne aussi une communauli' de \illai:v en Italie; mais cette communauté n'a été con^lilm'c qu'en l"J(),". || s';\>/{\ d'une terre de 2tlOO hectares. (|iii, avant celle dale. ('lail le domaine d'un pi'opri(''laire, c'i'st-à-dire loni le coniraiic d'une comniiinauté. En h'l).~, le [iropi'iélaire, (jui se trou\ait èlre un évè(jue, la donna en pioprt! à ceux qui y élaienl leiianciers et mit |)uur conditi(ui t[u'elle leur sérail cipuimnne. (Quelques faits [larliculiors comme celui-là peuvenl-ils prouver (jue la communauté du sol ail été le réfiimi- de l'humanité aux épo(|ues anti(|ues? ()" Le système de M. de Laveleye serait tro|) incomplet et branlant, s'il ne |i;ir\cnail à y inlrodniic le^ Crées et les Romains. Ici. il ne iàil guère que leprendre les textes de
\. Voir le liviv si |ilciii do l'iiiU ilc M. Eug. RoIil', Oiitjincs de la piopricté immohiliéye en AUiéiic, 1885.
'J. Eiii. (li; Liivfleve. Delà prDpriiHc. \\. 105.
5. Idfin. La piopriclc culleclii'c, il;mv la liiwuf ilc lielyiquc. 1886. p. 2'J-'i4 du l\r,\''K ;i luirt
u uLKSTioNs iiisruiiiurKs
M. Vidllcl. Il ciuil, lui .Kissi, (|iH' la Icgciide (le rrigciror,c'L'st- ;i-(lirc d'un :\L;r |Hiniilir nfi rJHimme nclahoiiruit pas (car c't'st II' liiiil (lislinclir cl osciilii'l de IimiIi' ccHij lôgtînilc), est unc! preuve i|ue 1rs peuples piiss(''(l;ncMl la terro en coiiiinmi au Icinps 011 ils ialiouraieiil ; il ajoule luèiiic que « son esprit esl amené forcémenl à admellre que les poètes aiicrciis peignaient dans l'âge d'or un élal de cioilisalion {sic) dont le souvenir s'est perpétué' ■>. Jl cite donc comme M. Viollel les passages de Virgile, de Tibulle, de Trogue-Pompée, sans avoir l)ien regai'dé si ces passages décrivent un état de civilisation on de sauvagerie. Il cite aussi Porphyre à propos des deux mille dis-' ciples que Pythagore aurait réunis dans son plialaiistJ're. H cite le texte de Diodore sur les îles Lipari, sans voir (|u'il contient t'ormellemenl la constitution de la propriété. Il emprunte deconlianceà M. Viollet ses pages sui' le ropis et les syssitieè Spartiates; lui aussi, il croit que ces repas en commun, dont Aristote nous dit (|ue les Spartiates pauvres étaient exclus, étaient « une institution communiste' ».
M. de Laveleye croit encore que le partage de la teire à l'origine de chaque cité suppose un régime antérieur où la cilé cultivait la terre en commun. 11 n'aperçoit pas (|ue ce partage, ayant lieu au moment même de l'établissement de la cilé, ne vient pas à la suite d'un communisme antérieur. Il est le fait primordial. Dès (pi'une cité émigrante s'est rendue maîtresse d'un territoire, elle le partage en lots de pleine et héréditaire, propriété. Pas une seule année, sauf des exceptions fort rares, la cité grectpie n'a possédé ni cultivé en commun.
Ces lots s'appelaient x.>,r,pot en grec, sortes en latin, parce ([ue dès le premier jour ils avaient été tirés au sort. M. de Laveleye, apercevant ces deux mots, en conclut tout de suite (|ue le tirage au sort avait subsisté annuellement, tl'est une erreui'. Parmi tous les exemples où vous lisez la mention du partage, vous ne voyez pas une fois qu'il fût annuel ou périodique. Toujours il s'agit d'un partage fait une foi^s pour toutes, à perpétuité'.