CHAPITRE II
La politique monélalre des J^tate-CnlB.
La loi de 1792 établit aux Ëtats-Unis le double étalon, avec le rapport de 1 à 15 (371 1/4 grains d'argent fin = 24,745 grains 'd'or). Outre les dollars américains, avaient encore cours légal, ans Etats-Unis, plusieurs autres monnaies et surtout les dollars d'argent d'Espagne, qui étaient reçus d'après leur valeur monétaire. Jusqu'en 1853, les principales monnaies en circulation furent les dollars espagnols et hispano-américains d'argent et leurs fractions : le public préférait même, au moins jusqu'en 1825, le dollar espagnol.
En 1634, après l'exploitation des mines d'or d'AUeghany Range, les États-Unis s'aperçurent de la fuite de leur or. leur rapport I i 15 étant inférieur à celui de la plupart des États de l'Europe, qui avaient à l'imilation de la France, adopté 1 à 15 1/2. On établit alors le rapport 1 à 16. Les dollars argent furent, par suite, exportés et ta circulation américaine fut presque exclusivement d'or (le dollar or ne contenait plus que 23-22 grains de métal fin).
En 18^3, les monnaies divisionnaires d'argent américaines furent ramenées à un poids inférieur, pour rétablir le rapport 1 à 15, de façon à prévenir les exportations d'argent. Leur pouvoir libératoire fut de plus limité à S dollars. En 1857, le pouvoir libératoire des monnaies étrangères fut aussi réduit et bientôt elles cessèrent de circuler.
Dans l'intervalle, la découverte des mines d'or de Californie avait eu pour résultat de rendre en fait l'or seul étalon monétaire, sans qu'on ait eu besoin de démonétiser l'argeiit par voie légale. Il y avait aussi en circulation de très nombreux billets, émis par des banques (Sociétés privées sous le con-
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Irôte des divers Elats). Maïs bientôt, pu* suite de la guerre de SécessioD, eo décembre 1861, les banques d'éroissioo saspeodireot leurs paiements, et leurs billets tombèrent en discrédit. La loi du 25 février 1863 autorisa l'émission de billets da Trésor « ^reenbacks » avec cours forcé. En 1864, on transforma le régime des banques, qui deTaicol dépendre, qod plus des gouTernements confédérés, mais du gooTernement fédéral : leurs billets, garantis par des obligations fédérales, auraient cours forcé comme les greenbacks.
L'intérêt des obligations fédérales devait être pavé en espèces. Pour se les procurer, alors que la circulation intérieure était presque entièrement de papier, on exigea les droits de douane en espèces métalliques; ils pouvaient être payés en or ou en aident; en fait, ils furent payés en or et naturellement les intérêts de la dette publique furent acquittés dans la même monnaie. Le surplus du produit des douanes était employé à faire rentrer des greenbacks.
Les porteurs de la dette américaine, surtout en Europe, redoutaient de voir leur dette remboursée en greenbacks; rien oe leur garantissait le paiement eo espèces. Leur crainte était d'autant plus fondée qu'il existait un parti assez fort, favorable au maintien des greenbacks, qui espérait, par une grande abondance de monnaie, augmenter la richesse nationale. C'est la thèse infiationniste, soutenue par une grande partie des démocrates. Ce parti fut battu aux éleclinns de 1868 et la loi du 1 i juillet 1870 spécifiait formellement que les dettes seraient remboursables dans la monnaie ayant alors caractère d'étalon légal et que les intérêts en seraient payés, deux fois l'an, en celte même monnaie.
Kn 1873, on vota un nouveau Code monétaire, dans lequel on introduisit subrepticement l'étalon d'or. On restreignit la frappe de l'argentet on « limita le plein cours légal de toutes les pièces d'argent, y compn.'^les dollars d'argent existants, qui, de concert avec les dollars espagnols d'argent, avaient eu plein cours légal depuis la fondation de la République ».
Ainsi en fait la dette fut payée en or. C'est seulement trois ans plus tard que te public s'aperçut vraiment de la réforme et surtout de son importance. En juin 1876, on constitua une commission de l'argent, qui devait rechercher s'il n'y avait pas lieu de remonétiserle métal blanc; Cernuschi dont les convictions bimé-
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tallistes étaient bieo connues, prît part à ses travaux. Il demandait la réunion d'un congrès monétaire international pour trancher la question du bimétallisme et 5xer le rapport légal des deux métaux. Le rapport de la commission fut favorable à la remonétisatioD de l'argent. M. Bland, démocrate, membre de la commission, déposa un bill rétablissant le plein cours légal des dollars d'argent, et la frappe libre. Il fut volé à la Chambre des représentants, le S novembre 1877, par 163 vois contre 34.
Une oppositioo très vive se manifesta. Le président Hayes semblait disposé à user de son droit de veto. Dans soa message du 3 décembre 1877, il se prononçait contre la remonétisation de l'aident et déclarait que la dette fédérale était payable en or.
Les deus partis employèrent les vacances de Noël à une campagne d'agitation. De grands meetings eurent lieu, les uns favorables, les autres hostiles à la réforme. LesÉlalsdu Sud et de rOuesl étaient en général favorables, tandis que tes États de l'Est, celui de N«W'Yorken particulier, étaient hostiles. Ces derniers demandaient k le loyal paiement de la dette ><. Les Banquiers de New- York n'hésitèrent pas à agir par le fait : ils formèrent une liste noire, de tous les chefs de maison de l'Ouest favorisant le silver movement, résolus à leur refuser toute avance d'argent ultérieure. Ils ne prêtèrent aux États et aux villes de l'Ouest que sur l'engagement formel de rembourser en or.
Malgré tous les efforts, le Blaod bill fut adopté par le Sénat le 13 février 1878, el devint Tact to authorise the coinage of the standard silver dollar and to restoreits légal tender character du 28 février 1878.
La campagne avait eu pourtant son effel. Au lieu d'admettre la frappe libre et illimitée de l'argent, od décida seulement la frappe de deux millions de dollars d'argent par mois. De plus on enjoignait au Président des États-Unis de prendre des mesures pour la réunion d'une conférence internationale.
Le rapport légal antérieur, 1 à 16, était rétabli, plus exactement 1 à 1S,998.
Conformément au vole du Congrès, sur l'initiative des États- Unis, se réunit la conférence de 1878; elle ne put aboutir par suite de l'opposition de l'Angleterre el de l'absencede l'Allemagne. Nous l'étudierons plus loin, en parlant des conférences internationales.
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Apre» le Blaod bill et l'écbec de la cooréreoce de 1878, l'agilalioo monétaire coDlinua : comme lousles compromis, le Bland bill De conleolait per&ODoe. Od repreoail les paîemeots eo espèce* le l"jaoTÎer 1879; mais celle reprise élailplusoomioale qu'eiïeciive. L'habitude de se servir de billeb était trop Torte pour qu'on y renonçât aussi racilement
La campagne était continuée par les producteurs d'argenl, qui désiraient obtenir & tout prix une hausse de ce métal el par les inflationnistes qui s'opposaient à la reprise des paiements en espl>ces. Ils voulaient maintenir les greenbacks, en émettre de nouveaux, si c'était nécessaire et frapper de l'argent, qui était aussi de la monnaie dépréciée. Mais le public ne recevait qu'avec difficulté les dollars d'argent.
D'ailleurs, après le Bland bill, l'opinion fui désappointée par le peu de résultats obtenus. C'est à peine s'il y eut une hausse eensitile de l'argent. Aussi brusquement, lit-oD voile-face.
Le ministre des Finances, M. Shermaaa, essaya de résister au silver movemeal ; il augmentait chaque jour les réserves d'or et préparait la reprise effective des paiements en espèces. Les éleclions au congrès envoyèrent une majorité qui lui était favorable. Les principaux partisans du Bland bill ne reparaissaient pas. La prime de l'or avait d'ailleurs diminué et ta transition devenait ainsi beaucoup plus facile.
\ia 1880, tes affaires des États-Unis s'étaient beaucoup améliorées. Kn 1877, 78 et 79, les récolte» avaient été assez mauvaises en Europe. Il en résulta une augmentation des exportations américaines el une balance dn commerce favorable. Aussi les lÉtats- Unis n'exportèrenl-ijs pas, comme auparavant, les 4/5 de leur pruduclioii argentifère et aurifère. Ils la conservèrent et mirent en réserve l'or qui leur fut apporté. Voici lesrésullats sur la circulation monétaire, d'après le rapport de M- Shermann :
Au I" janvier IIST'J, il exlHtait aux ÉtaU-l'oia:
Ur.. : 278.310.126 dollare.
Arganl 106..'i73.603 —