CHAPITRE lïï
La <pM«Uoa MoatUlre «■ Meitqae.
La reforme moDélaire dn Mexique, comme nous l'aTODS déjà remarqué, présente un earacfère tout diSërent de celle des Elats- Uois. Elle s'est faite sans dïl^culté, presque sans opposition. Depuis une vingtaine d'années, avec ud gouTernement sage et honnèle, le Mexique a subi une transformation exlraordinaire. Non seulement l'ordre a été rétabli et les finances restaurées, mais le pays a été l'objet d'une véritable résurrection économique; tout un réseau de voies ferrées a été créé; l'agricullare, l'industrie minière et manufacturière se sont prodigieusement développées. Aussi les exportations ont-elles été sans cesse en augmentant.
Les }fou¥ernant.s qui dirigent les destinées du Mexique, en particulier M. Porfîrio Diaz, président et M. Limanlour, mini''Ire des finances, n'ont pas été dupes des progrès de leur pays. Ils ont compris que sa situation ne pourrait pas se maintenir avec une monnaie dépréciée et un change instable. Ils ont su |>roriler d'une nmclioralion, peut-être temporaire, pour réaliser la réforme monétaire et c'est maintenant chose faite.
Le Mexique avail toujours été en principe bimélatlîste, le rapport enlre les deux métaux élant, comme en France, 1 à 15 1/2. L'unité mooclairc est \e peso d'argent ou piastre mexicaine dont la valeur au pair s(!rait 5 fr. 43. La piastre est divisée en 100 ceolavos, et a des sous-multipics de .^0, 25, 10 et 5 centavos. Le Mexique possède aussi des pièces d'or : ta pièce de 20 piastres qui vaut 102 francs, la pièce de 10 piastres, de 5 piastres, de 2 p. SO et d<: ] piastre. Mais en fait, et depuis des siècles, t'or circule peu au Mexique, tandis que l'argent y abonde. Depuis la baisse de l'argent, il n'y a plus du tout d'or en circulation, par
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LA QI:EST10N MONËTArRB AU MEXIQUE. 387
suite de l'effet de la loi de Gresham. A cause de l'abondaoce de l'argent, le Mexique n'a même pas de circulalion de papier. Deux ou trois établisse me ois financiers ont émis des billets; mais ces billets n'oot pas Torce libératoire, et sont convertibles en monnaie d'argent à la volonté du porteur. Du reste, s'ils circulent librement dans les grandes villes de préférence à la piastre, ils sont inconnus dans les petites villes et dans les campagnes. De plus, on émet, pour chaque place, des billets spéciaux qui ne sont remboursables que sur cette place et supportent une prime élevée pour être échangée ailleurs.
La baisse constante de l'argent depuis 1873 avait eu naturellement son contre-coup au Mexique, qui se trouvait n'avoir ainsi qu'une moonaie dépréciée. L'influence de celle situation se manifestait surtout dans le change, qui devenait de plus en plus défavorable.
Malgré sa monnaie dépréciée et peut-être grâce h elle, la production agricole et minière du Mexique se développait. On dit souvent que la monnaie dépréciée agit comme une proleclioa en faveur de l'industrie nationale, qu'elle empêche les importations et favorise les exportations. Ce serait l'effet du change défavorable. Si en effet, le change sur le Mexique étant loO 0/0, il faut h Mexico 150 francs pour avoir une lettre de change sur Paris de 100 francs, c'est, dît-on souvent, comme s'il y avait au Mexique un droit de douane de 30 francs. De même, pour avoir sur le Mexique une lettre de change de 150 francs, il snfflra de 100 francs à Paris. Le commerçant de Paris aura donc intérêt à acheter au Mexique; il bénéficie d'une véritable prime. Sans entrer dans des explications détaillées au sujet de ce phénomène, on peut dire cependant qu'il n'agit pas d'une façon aussi mathématique. Il faut tenir compte de la différence des prix. Dans les pays d'Europe, les index Numbers de Sauerbeck montrent suffisamment que presque tous les prix ont baissé. Or, au Mexique. les prix sont restés stationnaires, aussi bien les salaires, que les matières premières indigènes, et les produits naturels du sol. Mais la différence des prix n'est pas égale à la différence des changes. La hausse du change a d'ailleurs un effet certain sur la production ; elle la stimule. L'expérience montre en effet que la balance commerciale doit toujours i la longue se solder par un envoi de produits. Cela se conçoit très bien : si elle devait
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se solder par ud envoi de ouméraire, il arrîverail fatalement que le pays exportateur de moanaie, perdrait toutes ses espèces. Eu fait, il faut toujours que la balance se rétablisse et ainsi la production et l'exporlation sont stimulés el, par contre-coup, l'importation entravée.
Mais le développement de l'agricullure et des mines, s'il peut être favorisé par réiévation du change, est dû à d'autres causes, en particulier au développement des voies de communication, el au perfectionnement des procédés d'exploitation. A ces deux points de vue, te Mexique a fait, dans ces vingt dernières années, des progrès immenses.
Il est à remarquer d'ailleurs que l'augmentation des exportations n'est pas absolument proportionnelle à la baisse del'at^ent. Ainsi, de 1881-1882 à 1890-1891, alors que la dépréciation de l'argent est insigniGante (89 à 84 centièmes de dollars] les exportations mexicaines ont doublé; elles ont passé de 26 à 53 millions de piastres or. De I8dl-l892 à 1900-1901, alors que la piastre est totnbée de 8ià 48 centièmes de dollar, les exportations passent seulement de S3 & 77 millions en 1900-190], soit une augmentation dc20ù 22 0/0.
Du reste, quoique toutes les branches d'activité d'un pajs soient solidaires, elles ont en réalité des intérêts différents et pourse rendre compte de l'effetde la monnaie d'argent au Mexique, il ne faut pas seulement voir un des Intérâtsen jeu ; ilfaut les examiner tous.
Lu balance du commerce du Mexique était d'environ 80 millions de dollars or. Comment le Mexique les payait-il? en exportant pour 160 millions de dollars argent de produits nationaux : 2/3 de produits minéraux et 1/3 de produits agricoles et de bétail. Le bénéfice des exportateurs venait de ce que les frais de production étaient payés en argent, alors que les produits exportés étaient payés en or et que cet or était échangé contre de l'argenl moyennant une forte prime.
L'industrie minière et l'agriculture étaient les plus favorisées par l'étalon d'argent. C'est pour les produits agricoles et miniers que se manifeste surtout la protection dont nous avons parlé. Pourtant les approvisionnements en matériel, en achats de machines, par exemple, se faisaient dans les pays ài étalon d'or, oîi l'on était obligé naturellement de les payer très cher.
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Le développement de l'industrie maouraclurière mexicaine était en grande partie artificie], dû surtoutà un tarif très protecteur. Mais les manufactures souffraient dans une certaine mesure de l'étalon d'argent; les matières premières étaient à un prix onéreux; le combustible était cher et le fret élevé.
Les chemins de fer en souffraient bien plus encore : ils avaient été construits avec des capitaux étrangers; les intérêts et dividendes étaient payables en or, alors que toutes les recettes s'effectuaient en argent. On a calculé qu'une compagnie, le Mexican central Railway perdait 100.000 dollars par an du fait de chaque baisse de i cent sur le cours de l'once d'argent.
Les banques mexicaines souffraient aussi de l'étalon d'ai^ent. La plupart, à cause de cela, n'avaient pas de relations avec les Etals-Unis et l'Europe. Seules, la Banque nationale die Mexique et la Bank of London «/i(/J/ej:ico avaient des capitaux étrangers.
De plus, les capitaux étrangers, surtout européens, n'affluent pas dans les pays à mauvaise monnaie. C'est ainsi qu'il y a quelques années, les fonds mexicains étaient diflicilement acceptés dans les Bourses européennes à cause précisément de la dépréciation de la monnaie mexicaine. Aujourd'hui, on les négocie à peu près partout, depuis surtout que le Mexique a passé à l'étalon d'or.
La monnaie dépréciée du Mexique nuisait aussi à son commerce avec l'étranger, La hausse du change et surtout sa variabilité affectaient les commerçants qui devaient prendre le change à leur charge, non seulement au moment de l'achat, mais encore au moment où ils effectuaient le recouvrement, c'est-à-dire, souvent six ou huit mois après la vente.
Quant aux salaires, il est assez difficile d'indiquer d'une façon précise leurs relations avec la monnaie. Malgré l'étalon d'argent, ils étaient très bas au Mexique. On les a évalués l'an dernier à 37 cents par jour pour les travaux agricoles, et à SO cents pour les autres travaux. Il parait difficile qu'un changement de monnaie puisse les faire baisser encore.
Ainsi donc, en résumé, l'étalon d'argentan Mexique a stimulé, dans une certaine mesure, ta production agricole et minière. Mais il nuisait beaucoup au commerce et aux banques : il empêchait surtout les capitaux d'affluer au Mexique. Cet écueil est particulièrement senti de nos jours, où tes entreprises impor-
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taatessont le plus souveol de grandes compagnies Goanciiires, qui font appel aux capitaux de tous les pays.
Du resle le slimulaot que donne à la productioo un change défavorable est passager. Bientôt le oiTellemenl des pris s'opère el Dalurellemeot la protection ne joue plus, la différence des prix devenant proportionnelle À la différence de valeur des monnaies.
Pendant une vingtaine d'années, le Meiique a profité des avantages que lui donnait une monnaie dépréciée. Il a complètement refait ses finances et, depuis 1860, ses budgets se soldent en excédents. La dette publique est assez Taible.
Elle comprenait, au f janvier 1898 :
Dette payable en or :
C*pit«l 108 .555 . 100
IntéTêtH non perçue 310 428