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LA POLITIQUB MONÉTAIRE DES ÉTATS-UNIS

Celle-ci eut lieu à l'automne de 1892 et Grovcr Gleveland fut élu. C*élait uq rude coup porté au parti de l'argent, dont Gleveland était UQ ennemi déclaré.

Nous arrivons ainsi à l'année 1893, qui marque une date dans la question moaéfaire : c'est l'année de la conférence de Bruxelles, de la réforme monétaire aux Indes et de l'abrogation du Shermann act.

La conférence de Bruxelles fut réunie sur l'initiative des États- Unis. Jamais une entente internationale ne fut si proche d'aboutir. L'opposition de l'Angleterre Til encore une fois tout échouer.

Le Gouvernement de l'Indé, voyant qu'une entente internationale était désormais chose impossible, réalisa (out seul sa réforme monétaire el suspendit la frappe libre de l'argent.

Le contre-coupde la réforme indienne fut énorme aux États- Unis, où il se produisit un véritable cataclysme financier. Le prix des matières premières el toutes les valeurs baissaient : or il y a 15 ou 20 millions de titres américains placés en Europe. Les banques tombaient comme des châteaux de caries : il y eut dix mille faillites en huit mois. Les mesures monétaires antérieures, et surtout le Shermann ad, avaient apporté un trouble profond dans la circulation. D'autre part, le président Gleveland et la majorité, d'après les nouvelles élections, étaient très nettement monométal listes or. Qu'allail-on faire des stocks énormes d'ar^ geni, entassés dans les banques?

Le 7 août, la session parlementaire s'ouvrait à Washington. Le lendemain, on lisait le message du président, qui était très catégorique sur la question monétaire : « Le peuple des Etats-Unis a le droit d'avoir une monnaie de bon aloi et stable, reconnue comme telle dans loules les Bourses et sur tous les marchés du monde. Le Gouvernement des États-Unis n'a pas le droit de nuire au peuple par des expériences financières contraires à la pratique et à la politique des autres Étals civilisés; il ne serait pas raisonnable de laisser une confiance exagérée el irrationnelle dans notre force et nos ressources nationales, mettre en péril le bon aloi de la monnaie du peuple américain ». En conséquence, le Gouvernement demandait l'abrogation du Shermann act. Après un débat des plus confus, où l'on entendit plus do deux cents discours, la Chambre des représentants vola la proposition

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aune très grossie majorité. Le Sénat l'admettait aussi, quoique avec une majorité moindre, et le Shermano act étaileofin abrogé eu novembre 1893.

Les achats d'argent, faits en vertu du Bland bil) et du Slierniann act, onlété considérables. Pendant douze ans (1878-1890), on a acheté deux millions de dollars d'ai^ent par mois et, pendant près de quatre ans (1890-1893), 4.500.000, ce qui fait un total de plus de 400 millions de dollars.

En 1878, il n'y avait, pour ainsi dire, pas d'argent en circulation. Nous ne nous occupons pas naturellement des monnaies divisionnaires.

En 1879, on trouve, dans la circulation :

11.000.000 de dollars d'argent, et 12.4)00.000 de certificats d'argent.

En 1893, CCS chiffres sont de :

1) 419.332.777 dollars dargcnt, dont 57.869.S89 en circulation, et 361.463.188 dans les banques;

el de 2) 334.584.504 en certiBcaU d'argent.

Malgré ces échecs successifs, les silvermen ne désarmèrent pas. Ils étaient encore, malgré tout, assez puissants à la Chambre des représentants et au Sénat. Les hostilités recommencèrent dès l'année 1894. La crise financière des États-Unis n'était pas complètement terminée : dans le premier trimestre de celte année, il y eut encore 3.959 faillites. Le président Cleveland avait peut-être agi trop vile et une réaction trop forte contre les idées dominantes auparavant devait amener une réaction contraire. Mais ce qui releva surtout l'ardeur des silvermen, c'est que la campagne bimétallîste commençait en Europe. L'agitation devenait générale et on pensait qu'une solution de la question monélaire n'était possible que par une entente internationale.

M. Bland avait déposé un bill prescrivant la frappe de 288.947.422 mil^onsde francs en dollars d'argent et une èmis- ,sion de certificats d'argent pour une somme équivalente. Le bill fut voté et à la Chambre des représenlauts el au Sénat.

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La revanche avnit été prompte Mais lu commerce et la banque s'émurenl. La Chambre de commerce de New-Vork intervint sans relard et le président opposa son veto. Après le veto du président, un bill ne peut être adopté que s'il réunît daos les deux Chambres tes deu& tiers des voix. Il neles obtint pas.

Lessilvermen répondirent au veto du président par une proposition de libre frappe de l'argent. Le Sénat vota même une résolution du sénateur Lodge du Massachusetts, invitant le Gouvernement à négocier avec le Mexique pour obtenir l'autorisation de Trapper en dollars mexicains, à l'hôtel des monnaies des Etats-Unis, l'aident en barres américain. Mais ces propositions n'eurent pas de suite et la lutte continua entre le président elle <:oDgrès.

La circulation de papier approchait de 6 milliards. Les 5/6 de cette circulation se composaîentde papier-monnaie, émis directement par le Trésor américain. Cette circulation de papier n'était pas réductible, puisque tout billet qui rentrait au Trésor devait être remis en circulation. Le président, au début de 1893, présenta un projet de loi pour la réforme de la circulation fiduciaire et des banques; le congrès le repoussa.

Bientôt le congrès invita le président à provoquer une nouvelle conférence monétaire. Les États-Unis enverraient 9 délégués ; C désignés par le congrès, 3 par le président. Le congrès désigna cinq bimétallistes fougueux. Mais le président ne se pressa pas, convaincu qu'on allait encore au devant d'un échec. Il essaya même d'uoe combinaison assez ingénieuse pour faire comprendre la nécessité de l'étalon d'or. Il conclut avec an groupe de banquiers un emprunt de 60 millions de dollars en un 4 0/0 qu'il négocia avec une légère prime, à un cours qui représentait à peu près une charge de 3 3/4 pour le Trésor. Cet emprunt, émis cooformémcnt à un ancien vote du congrès, était payable capital et intérêt en métal. Le groupe acheteur s'obligeait en même temps à accepter, au lieu de ce 4 0/0, un 3 0/0 au pair, à condition qu'il fût assuré payable en or. Cette seconde combinaison eût assuré aux États-Unis une économie de 16 millions de dollars : elle n'en fut pas moins rejetée par le congrès.

Pouréclairer le public, que ces questions monétaires passionnaient, Cleveland prit l'iuitiative d'une campagne particulière

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dans l'Etat de Tennessee, dans l'itlinois, ItMissouri, le Nebraska, rindîana, le lowa, le Kentucky, etc..

Bref, dass le premier semestre de 1895, les affaires reprenaient un peu.

Les sllvermen, las d'attendre la réunion d'une conféreoce inleroationale, demandaient la reprise de la Trappe illimitée de l'argent, avec l'ancien rapport de 1 i 16 (1 k 15,998).

L'élection présidentielle devait avoir lieu à l'aulomue 1896. Ou sentait qu'elle serait capitale dans la question monétaire et dès l'année précédente commençait l'agitation. Les deux partis étaient très décidés et la victoire paraissait indécise. Aussi est-ce avec un acharnement sans exemple que se poursuivit cette lutte célèbre et si connue qu'on a appelée ta bataille des étalons (baltle ot standards).

Dès l'aulomoe 1895, ce fut uoe profusion de journaux, de brochures, de caricatures, de chansons pour et contre l'accent. Partout, ce n'était que conférences dans un sens ou dans l'aulre; des conventions se réunissaient un peu partout et les deux partis s'organisaient. Dans certains États de l'Ouest, régnait un véritable fétichisme pour l'argent. Les partisans d'une monnaie saine, les Sound money men, agissaient aussi depuis le début de 1895. On appella le bill de 1873, « le crime de 1873 ». Le présïdeal Cleveland fut qualifié par un sénateur d'instruhfient de Wall Street, c'est-à-dire des banquiers de New-York. M. Raphaël- Georges Lévy a très bien décrit cette campagne avec tous ses excès'.

Deux questions préoccupaient alors l'opinion, celle du tarif et celle de la monnaie. La candidature de Mac-Kinley aurait dit porter le débat surtout sur le protectionnisme; il n'en fui rien. La question monétaire avait pris une telle place aux regards de l'opinion publique que tout disparaissait devant elle. La plateforme démocratique elle-même disait : « Jusqu'à ce que la question monétaire soit réglée, nous nous opposons à tout changement dans notre législation douanière ». Au point de vue monétaire, le parti démocrate était très nettement bimélalliste. La convention de Chicago choisit comme candidat, M. Brjan, qui la

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veille encore était toat k Tait inconnu et ne dut d'élre choisi qu'à la violence de son discours.

La plate-forme de Chicago étaittrèsnette sur la question monétaire. Elle disait : « Reconnaissant que la question monétaire est aujourd'hui la plus importante de toutes, nous rappelons que la conslilution désigne en même temps l'or et l'argent comme étant les métaux monétaires des États-Unis et que la première loi de frappe, vot^ par le congrès après l'établissement de la conslîtiilioD, fil du dollar argent l'unité monétaire et n'admit la libre frappe du dollar d'or qu'à un taut déterminé sur la base du dollar argent

« Nous sommes ioaltérablement opposés au monométallisme qui a paralysé la prospérité de toute la communauté industrielle- Le moDométalllsme or est une politique anglaise : en l'adoptant, d'autres nations sont devenues les esclaves financières de Londres. Elle n'est pas seulement non américaine, elle est anliaméricaine; elle ne saurait être imposée aux États-Unis qu'en éloufTant cet esprit et cet amour de la liberté qui nous a fait proclamer notre indépendance politique en 1776 et ta conquérir dans la guerre de la Révolution,

« Nous demandons la frappe libre et illimitée de l'or et de l'argent au rapport actuel de 16 à 1, sans attendre l'aide ni le consentement d'aucune autre nation. Nous demandons que le dollar d'argent étalon ait pleine force libératoire, à l'égal de l'or, pour toutes dettes publiques et privées. Nous sommes partisans d'une législation qui empêche à l'avenir les démonélisations d'aucune monnaie libératoire par des contrats particuliers >i.

Ainsi le parti démocrate était bimélatliste national, partisan du bimétallisme aux Étals-Unis indépendamment do toute entente internationale. Le parti républicain au contraire était favorable à l'étalon d'or; mais il ne répudiait pas en principe le bimétallisme international. Voici du reste comment s'exprimait  ce sujet la convention de Saint-Louis dans la plate-forme républicaine du 18 juin :

« Le parti républicain est sans restriction favovable à la monnaie saine. C'est lui qui a fait passer la loi de reprise des paiements en espèces de 1879; depuis cette époque, chaque dollar a valu de l'or. Nous sommes absolument opposésà toute mesure calculée en vue de déprécier notre étalon ou de porter atteinte

RE.NE L&FARr.E.

au crédit du pays. Nous sommes dooc hosliles à la libre frappe de l'argent autrement qu'en vertu d'un arrangement ialeroational avec les priocipaux peuples commerçants du monde. Nous nous engagûnâ à ajipajer un arraugeineat de ce genre. Maisjusqu'à ce qu'il poisse êtrecooclu, l'élaloa d'or doit être cooservé tel qu'il eiïste. Toote notre circulation d'argent et de papier doit être maintenue à la parité de l'or. Nous sommes en faveur de toute mesure de nature à maintenir, d'une façon inviolable, les obligations des États-Unis et leur monnaie, qu'elle soit de métal ou de papier, à I claloo actuel, qui est celui des nations les plus éclairées du monde ».

Les républicains étaient donc partisans d'une entente internationale, si elle est possible, et ils s'eogageaiat à l'appuyer.

Après cette lutte acharnée, la victoire appartint au parti répuitlicain. Mac-KînUy fut élu président de la République, le 3 novembre 1896, par 280 voix contre 167. Le parti ai^entiste ne considérait pas sa défaite comme définitive et M. Bryan disait dans àon manifeste après l'élection : « Les partisans du bimétallisme ne sont pas vaincus. Jusqu'à ce qu'il leursoit prouvé qu'ils sont dans l'erreur, ils continueront à lutter contre l'étalon d'or... L'année 1900 n'est pas loin. D'ici là, l'illusion du bimétallisme international se sera évanouie. Les démocrates, partisans de l'or, deviendront bimétallistes et seront avec nous... car les républicains sont nos ennemis déclarés. Le peuple américain sera prêt alors h demander la frappe libre et illimitée de l'or et de l'argent, dans le rapport de 16 à 1, sans attendre l'aide ou le consentement d'aucune autre nation ».

M. Bryan considérait donc la victoire de Mac-Kinley, non pas comme la victoire du monométallisme or, mais comme celle du bimétallisme international, qu'il traitait d'illusion.

Mac-Kinley du reste, en arrivant au pouvoir, n'oublia pas ses engagements et il y eut alors, sur son initiative, un essai trës sérieux d'entente internationale. Dans son message, le président déclarait que laquestiondu bimétallisme international serait sans délai l'objet de sa sérieuse attention et que son effort constant tendrait à le réaliser avec le concours des autres grandes nations commerciales. Le comité directeur des sénateurs républicains, demanda qu'on soumit au congrès, dans sa session actuelle, un projet de loi dans le but de réunir une conférence internationale

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LA POLITIQUE MONÉTAIRE D£S ËTATS-L'MIJ. 379

des principales natioos commerciales du inonde pour l'élablissemeot du bimétallisme. Le Sénat, par 46 voix contre 4, e( la Chambre des reprcseotanls, par 279 contre 3, volèpcnl en jan- TJer 1^97 un bill autorisant le président de la République à convoquer une conféreace monétaire internalionaleetànommer les commissaires américains.

Mac-Kinley pensa avec raison qu'il fallait, avant de réunir la conférence, trouver une base d'entente. Aussi désigna-t-il M. Wolcotl, séiiittetir, avec mission de pressentir les chefs du mouvement bimétalliste en Angleterre, en France et en Allemagne. II vint d'abord à titre officieux et sur le rapport favorable qu'il présenta à son retour, Mac-Kioley nomma une commission officielle, composée de M. Wolcotl, du général Payne et de Stevenson, pour négocier officiellement en Europe les termes d'un accord monétaire international. Nous raconterons avec quelques détails les pourparlers qui eurent lieu alors en traitant des conférences internationales. Il suffira de dire ici que les négociations avec la France avaient abouti, mais qu'on se heurta cette fois encore à l'opposition de l'Angleterre, ou plutôt à l'opposition du Gouvernement des Indes, dont la réforme monétaire, c'est-à-dire, le passage à l'étalon d'or, était en bonne voie de réussite. Sa réponse que nous examinerons ailleurs est très nette à cet égard.

La mission de M. Wolcott aboutit donc à un échec. Malgré cela, on ne désespéra pas complètement. « Notre offre, disait M. Wolcott lui-même dans un discours au Sénat américain le 17 janvier 1898, notre offre a été refusée elle refus doit être considéré comme définitif, jusqu'à la faillite complète de l'expérience tentée par le Gouvernement de l'Inde ». Ou conservait encore l'espoir que la réforme indienne ne réussirait pas.

Le président Mac-Kinley avait dit, lui aussi, dans son message du 6 décembre 1897 : » La réforme douanière étant faite, la question de la circulation monétaire est la plus pressante de toutes les questions... »; puis, parlant de la mission Wolcott, il ajoutait : « L'action satisfaisante de notre grande République sœur, la France, qui s'est jointe à ce pays pour tenter d'amener une entente entre les grandes nations commerciales d'Europe, établissant un rapport fixe entre l'or et l'argent, fournit l'assu* rance que nous ne sommes pas seuls parmi les grandes nations

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3ftO RENÉ LAFAROB.

du moDde à comprendre le caractère international de ce' problème et à désirer d'alleindre nne solution sage et pratique.

« Les envoyés américains n'ont pas encore rédigé leur rapport déBnitir. Nous croyons que les doutes exprimés de certains côtés, pelativemenl à la possibilité de maintenir un rapport fixe eoire l'or et l'argent, sont encore susceptibles d'èlre dissipés ».

Mac-Rinley lui-même espérait encore. Pendant que la mission Wolcoll agissait en Europe, des sénateurs américains visitaient la Chine et le Japon pour y étudier la question de l'argent. Ils revinrent, persuadés que la Chine se joindrait aui Etats-Unis dans un accord bimétallique et accepterait le taët d'argent comme base de sa circulation..

Mais bientôt tous ces espoirs allaient être déçus. Non seulement t'Inde ne se plaignait pas de la réforme, mais elle la complétait l'année suivante. De plus, même pendant les négociations, la baisse de l'argent continuait toujours. Les événements semblaientdonc plus forts que toutes les combinaisons pnlitiques. Le secrétaire duTrésor,M. Gage, était d'ailleurs ant'rargentiste el ne cachait pas ses préTérences pour l'étalon d'or. « Les buts que j'ai poursuivis, disait-il en décembre 4897, sont les suivants : forlilïer de plus en plus dans le pays l'étalon d'or; rejeter aussi loin que possible tous les doutes et toutes les craintes sur ce sujet; augmenter ainsi le crédit des Étnts-Unîs à l'intérieur et à l'extérieur ".

L'année 1898 ne fut pas Favorable à l'argent. La guerre avec l'Espagne devenait la principale préoccupation de l'opinion publique; la question monétaire perdait de son importanci;. Le 12juin 1896, dans le Revenue bill, on prenait certaines mesures. Il y avait, dans le Trésor, 109 millions d'onces argent, qui avaient coûté 99.000.000 de dollars et n'en valaient plus que 72 millions. On proposait de monnayer cet argent, ce qui aurait produit 141 millions de pièces d'un dollar. Aprèsdes divergences entre le Sénat et la Chambre, on décida de frapper cet argent, mais seulement jusqu'à concurrence de 1.500.000 dollars argent par mois. Cette mesure, qui semble à première vue une victoire argentisie, n'était admise en réalité que pour faire face aux dépenses delà guerre. Au lieu de faire un emprunt de 500 millions, el d'émettre des obligations pour celte somme, on décida d'émetire seulement pour 350.000.000 de dollars d'obligations.

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Le reste serait comblé par une émission de 150.000.000 de dollars de greenbacks.

Dans les élections au coDgrès qui eurent lieu en j898, la question monétaire n'eut pas de part. La guerre primait tout le. reste. On ne s'en occupa que par accident, comme à l'exposition d'Omaha (État de Nebraska), où l'on organisa un grand débat contradictoire entre les mooomélallistes or, les partisans de la monnaie de papier et ceux du bimétallisme, soit national, soit international. Mais le débat n'avait aucune sanction ni même aucune portée pratique.

Le comité national démocratique décida bien, le 4 janvier -1899, de faire de ta question monétaire la principale question démocratique de la prochaine élection présidentielle. Cette décision, comme nous allons le voir, devait rester presque platonique.

On parlait au contraire d'établir définitivement l'étalon d'or et de consommer « le crime de 1873 ». La Chambre des représentants vota même, dans cette année 1899, par 190 voix contre UO, un bill en ce sens, préparé par le caucus républicain, c'està-dire, par la majorité républicaine de l'assemblée. La guerre ayant préoccupé l'opinion publique et d'autre part la situation économique des États-Unis étant des plus prospères, la réforme Fui assez vile volée par le Sénat, et devint la loi monétaire du 14 mars 1900, dont le titre est :

« Act pour définir et Qxer l'étalon de valeur, maintenir la parité de toutes les formes de monnaie émises ou frappées par les États-Unis, pour refondre la dette publique et pour d'autres objets ».

Celte loi établit d'abord l'étalon d'or. La section I est ainsi conçue : " Le dollar de 25 8/10 grains d'or, 9/10 de fin, tel qu'il a été établi par la section 3511 des statuts des États-Unis, est l'étalon de valeur et toutes les formes de monnaies émises ou frappées par les États-Unis seront maintenues à la parité de valeur avec cet étalon. Ce sera le devoir du Secrétaire du Trésor de maintenir cette parité >>.

D'après la section H, les biHists déjà émis devront être remboursés en or : 0 Les billets des États-Unis elles billets du Trésor, émis d'après Tact du 14 juillet 1890, quand ils seront présentés

en vue du remboursement, seront payés en monnaie d'or

afin d'assurer te remboursement prompt et certain de ces bilh^ls

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le Secrétaire du Trésor constituera un Tonds de réserre de 150.000.000 de dollars en monnaie et lingots d'or, lequel fonds ne sera emplové que pou r ces rachats ".

* Toulffois le monomélallisme établi n'est pas pnrfail. Les dollars d'argent, déjà frappes, continueront à avoir force lil)ératoirc, mais la frappe en est arrêtée. '< Aucune des dispositions du présent act, dit la section 111, ne devra affecter la qualité tegal tender donnée actuellement par la loi au dollar d'argent ou A tonte autre monnaie frappée ou émise par les Ëlats-Unis ».

Le Secrétaire du Trésor pourra émettre des cerli&calsd'or, en échange des dépôts d'or, qu'il est autorisé à recevoir, et sous certaines conditions. Il ne pourra émettre de certificats d'argentque par petites cou pures, inférieLires à tO dollars, saufdescas spéciaux.

L'argent déjà existant dans le Trésor sera employé pour frapper des monnaies divisionnaires. La section Vlll h ce sujet s'exprime ainsi : " Le Secrétaire du Trésor est autorisé à employer à sa volonté tout lingot d'argent existant dans le Trésor, acheté d'après l'acl du 14 juillet 1890, pour la frappe de monnaie divisionnaire qui serait nécessaire pour faire face aux besoins du public. Le montant des monnaies d'argent divisionnaires en circulation ne devra jamais déf)asser 100.000.000 de dollars. Quand les lingots d'argent, achetés d'après Tact du li juillet 1890, seront employés pour la frappe de monnaies divisionnaires, un montant de billets du Trésor émis d'après cet act, montant égal au coût des lingots contenus dans ces monnaies, sera annulé et non réémis ».

Enfin, pour sauvegarder la possibilité d'un accord inturnalional, on vota sur la proposition de M. AIdrich, une section XIV. ainsi conçue : " Les dispositions de cet act ne doivent pas empêcher l'accomplisscmenl du bimétallisme înternalional, quand les conditions le rendront expédient et possible, avec le concours des principales nations commerciales du monde et à un rapport qui assurera la permanence d'une valeur relative entre l'or et l'argeal ».

Le Sénat repoussa un antre amendement de M. Teller, où l'on disait que le peuple des Etats-Unis favorise le bimétallisme et désire un accord international admettant t'usagc de l'or et de l'argent dans un rapport tel, que la parité |Juisso èlrc mninlenue entre les deux métaux.

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LA POLITTQLE MONÉTAIRE DES KTATSUMS. 383

L'oploioD a donc biea changé depuis quatre ans. Le Sénat n'ose plus maintenant se dire bîmétallisle : il vote simplement un vœu pour le cas « on les conditions rendraient le bimétallisme expédient et possible».

La loi du 1i mars 1900 avait aussi pour but de favoriser l'émission des billets de banque. Jusqu'à présent, ils n'avaient joué qu'un rôle secondaire : au i" décembre 4899, sur une circulation tolalc de !.985 millions de dollars, il y en avait seulement 239-835.000 en billets de banque. Or les billets de banque s'adapteDt beaucoup mieux au\ besoins que les billets d'Etat : la loi de IdOO exige seulement qu'ils soient garantispar des fonds publics américains et les banques peuvent émettre les billets jusqu'à coDcurrence des fonds publics qu'ils ont en garantie.

C'est dans ces conditions qu'eut lieu l'élection prosidcnliellu en 1900. L'impérialisme y joua un bien plus grand rAle que la question monétaire. Les candidats en présence étaient les mêmes qu'en 1896, Mac-Kinley et Bryan.

La plate-forme républicaine parlait bien de l'argent, mais d'une façon plus secondaire. La plate-forme démocratique affirmait les mêmes principes qu'en 189fi, et avec la môme force :

« Nous réaffirmons et endossons à nouveau les principes de la plate-forme nationale démocrate adoptée ^Chicago en 189G et réitérons la demande de cette plate-forme pour un système financier américain, fait par le peuple américain lui-même, système qui restaurera et maintiendra un niveau bimétallique et, comme partie de ce système, nous demandons la restauration immédiate delà frappe libreet illimitée de l'argent avec le présent rapport légal de 16 d 1, sans attendre le consentement d'une autre nation.

u >'ous dénonçons le bill monétaire volé, à la dernière session du Congrès, comme un pas fait en avant par la politique républicaine, qui s'elTorcc do retirer au gouvernement national le droit souverain d'émetlretoule monnaie, soit métal, soil papier et de livrer aux banques le pouvoir d'émellre el de contrôler le volume du papier-monnaie pour leur propre bénéfice ».

Malgré tous les efforts du parti démocrate, ou toul au moins d'une fraction de ce parti, et surtout de M. Bryan, l'opinion publique se préoccupait de questions nouvelles et l'élection se fit principalement sur l'impérialisme. Mac-Kinley fut réélu lu

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6 novembre 1900, avec uoe majorité un peu plus considérable que celle de 1896, par 292 voix coulre 155 à M Bryan.

En 1896, la campagne ai^entiste avait eu du succès surtout dans les régions agricoles de l'Ouest. Les fermiers croyaient au bon ^effet de la hausse de prix. Us soufTraient alors de la crise agricole ; on leur avait dit quêta cause en était oniqiietnunt monétaire et ils étaient tout disposés à le croire. En 1900, malgré le maintien du statttquo monétaire, ces fermiers avaient vu la prospérité revenir et ne tenaient naturellement plus à modifier la situation. Aussi les Étals de l'Ouest, furent-ils eu 1900 favorables aux républicains, La clientèle des démocrates se composa à peu près eiclusivement des onze confédérés du Sud qui votent toujours de parti pris pour les démocrates, du Keotucky, du Missouri et de quatre petits Étals des Montagnes Rocheuses. En réalité c'est seulement dans les Montagnes Rocheuses, pays des mines d'argent, qu'on trouve encore des silvermen déterminés. On peut dire que la seconde élection de Mac-Kinley en 4900 fut le coup de grâce porté à l'agitation bimétalliste. Désormais les Étals-Unis sont définitivement à l'étalon d'or. Pour qu'un changement soit possible, il faudrait supposer un revirement complet de l'opinion publique, bien difficile à penser. D'autant plus que, depuis 1 900, les Élals-Unis ont traversé une véritable ère de prospérité. La balance du commerce leur est généralement favorable : leur circulation monétaire est caractérisée par une augmentation constante de l'usago de l'or.

En 1903, lors des pourparlers, entames pour essayer d'aboutir à la slabilisalion du change inlernational, le Gouvernement des Elals-Unis se défendit d'ailleurs de toute arrière- pensée bimétallique et le mémorandum présenté au Gouvernement français par la commission américaine du change international s'exprimait ainsi : " Il n'est pas dans l'intention de notre Gouvernement de fuire un e(I«rl pour ressusciter la question d'un accord bimétallique inlernational. Il reconnaît en effet qu'un accord de cette nature, quels qu'en aient pu être les avantages, tly a quelques années, est maintenant écarté du domaine de la politique pratique. H.

Le parti démocrate lui-même a, peut-on dire, accepté le fait accompli dans la récente élecliou présidentielle do 1904. La convention démocrate se réunit à Chicago au mois de juillet 1901

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LA POLITigCE MONÉTAIRE DES ËTAT3-UM^. 3ft5

pour établir la plate-forme du parti et choisir son caodidat. On rédigea la pïate-forme, et, pour éviter un nouveau désastre, on décida de laisser de câté la question bimétallisle et de n'en pas dire un mot. Puis on choisit comme candidat le juge Parker, qui télégraphia aussitôt : « Je déclare qu'A mon avis, l'étalon d'or est solidement et irrévocablement établi et j'agirai en conséquence dans te cas où l'acte de la convention serait ralifié par la nation. Comme le programme adopté par vous Tailsilence sur ce point, il faut faire connaître mon opinion h la convention. Si celle opinion n'entre pas dans les vues de la majorité, je vous demande de refuser immédiatement la nomination de ma part, a&n que vous puissiez élire un autre candidat avant de vous séparer». A l'annonce de cette nouvelle, qui dérangeait (ouïe la combinaison de la convention, M. Bryan, quoique malade, quitta sonliletse rendità laconvention pour défendre encore une fois l'argent. En 6n de compte, la convention décida que la dépêche honorait l'envoyeur e( par 774 voix contre 19!, la nomination de M, Parker fui maintenue.

C'est l'acceptation déSnitive, et à une majorité écrasante, do l'étalon d'or par ceux-là mêmes qui en avaient été jusque là les adversaires les plus acharnés.

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