CHAPITRE I Caractère des campagiies bImâlallIsleB en Europe
Ed Europe, la baisse de l'argent a eu soq elTet sur la politique monétaire de presque tous les pays. IVIais la queslioD.si elle a été parfois vivement discutée dans certains milieux, n'a jamais passionné l'opinion publique comme en Amérique. En dehors de la France qui a peut-être un intérêt direct à la hausse du métal argent, à cause de l'abondance de monnaie argent qu'elle a dans sa circrilatlon, les autres Etats ne seraient bimclallistes que dans un but de protectioa. Or l'influence de la monnaie sur les prix, ainsi que les avantages d'une monnaie dépréciée, son! des phénomènes trop complexes pour être compris dn public, surtout français. Il importe peu, semble-t-il, que la pièce de cent sous soil une monnaie légale ou une monnaie divisionnaire, puisque, dans les deux cas, elle permet d'achcler la même quantité de marchandises.
Aussi les discussions monétaires sont-elles toujours restées le privilège de quelques-uns. Après la guerre, en 1873, l'Allemagne suspendit la frappe libre de l'argent et démonétisa ses thaters. L'invasion d'argent qui en résulta, en France et daas les autres États de l'Union latine, amena cetle-ci à suspendre à son tour la frappe libre en 1876. L'argent, perdant ainsi ses principaux débouches, baissa natureliemeat tous les jours davantage.
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De 17? rnocs lekilog, qa'il valait eo 1873, il tombai 142 francs ea lft79.
t^Ue bai&se constante et qoi s'acceotaa par la suite, apportait UD (rouble proroad dans la circulation monétaire. L'orderenait ainsi eeul étalon et il eo résultait uoe baisse des prix. On voulait donner à l'argent son ancien pouvoir monétaire, pensant Taire hausser le cours de toutes les marchandises. On trouTC cette idée dans le fond de toutes les conTÎctions bimétallistes. Ain^ la raison d'Mre de toutes ces campagnes fat un espoir de protection de la production nationale, en particulier de l'agricolturc.
Sans entrer dans une discussioa détaillée de la thèse bimétalliitte, il est pourtant nécessaire d'en dire un mol, pour comprendre l'agitation qu'on a faite en son nom.
La crise économique dont on a souffert, iiy a quelques années etqui semble en partie terminée, vient de la baisse générale des prix, qui affecte tes sources mêmes de la production, surtout de la production agricole, et aussi de leur instabilité, qui nuit beaucoup au commerce- La cause de cette baisse ne vient pas, dit-on, d'une surproduction générale, mais uniquement de causes monétaires. Jusqu'en 1871 , le monde était presque en entier au régime du double étalon. Aujourd'hui, l'argent a disparu du stock monétaire en usage dans li-s relations internationales. L'or est resté seul et doit remplir les fonctions que remplissaient autrefois l'or et l'argent. Il s'est « apprécié ». Il y a eu contraction de l'or qui a aujourd'hui une valeur intrinsèque plus considérable qu'autrefois. Or comme il sert d'étalon et que s»valeur nominale reste la même, les prix ont naturellement baissé. Avec la même quantité d'or, on se procure plus de marchandises qu'autrefois. Aujourd'hui, « la couverture est trop courte ».
Dans les pays i étalon d'or, cette situation est encore a^ravée par la concurrence des pays ù monnaie dépréciée, par suite de la dilTércuce du change. Dans les pays n étalon d'argent, en effet, les prix ne se sont pas sensiblement modifiés el, avec la même • quantité d'argent, on obtient à peu près la môme quantité de marchandises qu'autrefois. Or, par suite de la différence de monnaie et des prix, plus encore que de la l>alancc commerciale, le change subit de grandes variations. Ainsi, en décembre 1902,
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LES CAtlPAGNHK BIUËTALUSTES EN EUROPE. 401
100 fraocs eo or fraoçais valaient au Mexique 258 fr. 57, alors que 100 francR en piastres du Mexi^iue valaient en France 38 fr. 67. Celle différence agit comme une prime à l'exportation «t une barrière à l'importalion. L'acheteur européen s'adresse de préférence aux pays à monnaie dépréciée, car it paye la traite sur ces paye meilleur marché que sur tout autre. C'est ainsi, pour reprendre l'exemple précédent, qu'en décembre 1902, il aurait acheté pour tOO francs une traite sur le Mexique qui aurait valu au Mexique 258 fr. 57. Au contraire, le change défavorable oblige le Mexique à se suffire à lui-même sans acheter au dehors. Pour payer 100 francs à Paris, l'acheteur mexicain serait obligé d'acheter une traite sur Paris qui lui coûterait 258 fr. 57.
Tel serait l'effet des variations du change. Il semble bien que les pays à monnaie dépréciée trouvent à celte situation un assez grand avantage. Mais cet avantage est temporaire. 11 agit comme un stimulant assez factice. L'équilibre se rétablit bientôt entre les prix; ei les pays exportateurs restent avec leur monnaie dépréciée et un change instable, sans avantage en retour. « 11 eo «si, comme on l'a dit pour le Mexique, de ces épanouissements artificiels comme des fiévreuses floraisons que l'art des horticulteurs sait provoquer à un moment donné et qui laissent ensuite la plante anémiée et languissante ».
On peut remarquer aussi que la baisse des prix n'est pas universelle, ce qui devrait être si la cause en était uniquement monétaire. Les loyers et les salaires ont subi une augmentation. La baisse s'est surtout fait sentir sur les objets soumis à la concurrence des pays neufs, comme le blé, dont beaucoup vient do la République Ai^entine. La facililé des transports et les perfectionnements de la fabrication ont aussi contribué à la baisse pour une grosse part.
Quoi qu'il en soit, les himétallistes voulaient donner à l'argent son ancien caractère de monnaie légale. Presque partout, nous allons constater des mouvements en ce sens. Mais une (elle mesure ne pourrait pas être prise par un État isolé. Le fait par un pays, comme la France, d'ouvrir seul ses Monnaies h la frappe libre de l'argent, n'aurait pas suffi à en faire hausser le cours et aurait pu avoir de fâcheuses conséquences, puisqu'il aurait amené utie fuite de l'or. Dès le début, on comprit la nécessité