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CONCLUSIONS GENERALES

De l'étude qui vient d'ëlre faite des crises monétaires consécutives à l'abus du papier-monnaie, on Italie et en Espagne, on peut essayer de tirer quelques conclusions générales sur les causes de la dépréciation monétaire, sur les moyens de la faire cesser, et sur les conditions qui influent sur le taux du change, expression de cette dépréciation. De ces causes, les unes sont d'ordre matériel, un certain nombre d'ordre psychologique; le billet de Banque ou d'État étant une monnaie fiduciaire, sa valeur dépend dans une très large mesure d'éléments que l'on ne peut mesurer avec précision. D'une manière générale, la dépréciation monétaire qui se traduit par une crise du change est le résultat d'influences 1res complexes, et c'est une grave' erreur que d'attribuer à une seule cause les phénomènes que l'on constate.

Le système monétaire du pays considéré apparaît comme un factiMir de première importance. Les deux nations dont il s'agit ont été, pendant toute la durée des crises du change, sous le régime du bimétallisme, avec un double étalon d'or et d'argent, avant force libératoire illimitée; mais l'Italie, soumise au régime de l'Union latine, a une monnaie d'argent de 5 lires douée de la valeur inlcrnalionale de l'or sur le territoire des États de l'Union; la frappe de celle monnaie a d'autre part été soumise à des restrictions successives. L'Espagne, restée en dehors de l'Union, possède deux monnaies pour sa circulation intérieure, mais ne peut employer que l'or pour les paiements internationaux; de plus, les frappes d'argent y ont continué jusqu'en 190O. La circulation métallique qui sert de substralum au papier-monnaie n'a donc pas les mêmes qualités, les mêmes aptitudes en Italie et en Espagne ; de là d'assez notables différences dans la manifestation des crises.

LA CIRCULATION FlDtCIAlRE ET LES CRISES DU CHANGK. bOo

II faut se rappeler que l'Italie, par suite de Ja valeur internaiioaate, restreinte, il est vrai, à certains pays, de sa monnaie d'ai^ent, a pu l'exporter pourses paiemeDts, qu'elle a même, à certains moments, exporté sa monnaie divisionnaire, et que, en résumé, ses crises de cours forcé ont été causées par te défaut de monnaie bien plus que par une inflation véritable ; la prime du change en Italie était une prime sur les espèces métalliques et pas seulement sur l'or. En Espagne, rien de semblable : la monoHÎe d'argent n'ayant pas cours international reste dans le (lays; celte circulation encombrée de papier est, par surcroît, encombrée d'argent, double monnaie inutilisable pour les paiements extérieurs ; la dépréciation du papier vient donc bien ici d'une inflation, el l'or qui ne circule pas Tait prime. On a vu que le stock monétaire italien, en 1902, compte 532 millions d'or, 201 d'argent, 917 de papier.el le stock espagnol 415miIlions d'or, 91 1 d'argent, 867 de papier ; l'Espagne a somme toute bien plus de monnaie métallique que l'Italie; mais son or seul a de la valeur, tandis que l'Italie dispose de 733 millions de monnaie à valeur entière. Le défaul de la circulation italienne, c'est la faiblesse du stock monétaire, qui n'est que de oO lires par habitant, tandis que celui de l'Espagne est de 122 pesetas; chaque habitant, en Italie, ne dispose que de 22 lires en tout en monnaie métallique, tandis que chaque Espagnol a 25 pesetas d'or seulement, plus SO pesetas d'argent. L'Italie est néanmoins au pair du change avec son faible stock monétaire, tandis que l'Espagne, avec deux milliards et demi de monnaie (argent et papier) ayant cours seulement h l'intérieur de ses frontières, subit des changes de 36 0/0, doubles des plus hauts changes atteints dans l'autre nation.

En Italie, le svstème monétaire a causé la crise par la faiblesse des réserves métalliques; il a fallu peu d« temps pour que la circulation s'appauvrit dans des proportions inquiétantes ; la crise du papier est venue non d'un excès de circulation fiduciaire mais d'un excès par rapport aux espèces métalliques existantes; la monnaie de papier répondait à peine, en réalité, aux besoins de ta circulation. En Espagne, il y a un excès de monnaie dépréciée par rapport aux besoins du public, et nous avons remarqué que la monnaie la plus dépréciée, c'est la monnaie d'argent qui a la plus forte valeur iotriasèque; le billet fait

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La -iniu'..'.-. -J-^ pi^'ier doil élre eo rapport avec les besoins mofifUir<;> du p3\-; a-t-elle quelque lifD aiec les quantités de frioriaaîe'|:ji 2^ran(i><>>[il les billeU. avec rencaisse métallique? Il faut te ZitAirAWXrûitier une importance eiagêree auxencais- S4fS ni>:Ulli |'i>-< : pour préciser le rùle de l'encaisse, on peut dire que la cimp>^iti>in 'li: l'encaisse a plus d'importance que v quantité. La qunililê d'or, monnaie intemalionale, ou d'argent Talanl de l'or, comme c'tst le cas en Italie, qui garantit dans une cerUine mesure le remboarsemeot du billet, a son influence >ur la taleur du papier. Quoique )es espèces soient imm'(liili-ee>, elle« peuvent, à un moment donné, entrer en sceue. En E^p^gne, où l'encaisse or est généralement plus faible qu'en ll;»lie. l'argent nVsl pas complèiemeol inutile; si déprécié i^/it-il, il po>-eiJe également une Taleur inlrinsêque réalisable en or. Le rnelal conservé par la Banque a*e$t pas ineiistanl pour la circulation, il joue le rôle de garant invisible. .Mais, si l'encaisse donne certaines garanties, elle ne suffit pas à

,yGoog[c

régler le cours du papier : l'encaisse des banques italiennes ust à peu près la même eti (894 et en 1902, 544 et 528 millions; la circulation de papier est moindre eu 1894, l.t26 millions contre i.i75 «n 1902; cependant, la première année, le change est à 10,97, el la seconde au pair. Bu Espagoe, en 1892, l'encaisse pour 884 millions de billets, est de 190 millions or el 130 millions argent, avec un change de 15,42; en 1903, on trouve 1.601 millions de billets, contre 364 millionsd'oret 478 millions d'argent; le chtinge est à 36,10, et cependant, les garanties métalliques sont proportionnellement plus considérables.

Si les éléments mathématiques fournis par la quantité de billets circulants, par l'encaisse métallique De sont pas les vraies bases de la valeur, du papier, c'est dans les éléments psychologiques qu'il faut chercher de préférence les causes qui font varier le cours du change. Bien plus que la quantité, la qualité du papier-monnaie a de l'importance; c'est une monnaie fiduciaire, et son cours exprime le crédit que le public accorde à la Banque qui l'émet, à la situation financière de l'État qui le garantit, à la situation économique du pays où il circule; une relation assez étroite unit ces trois éléments. Tout d'abord, le crédit de l'établissement émetteur, la confiance que le public accorde à son habileté et h sa solidité, est une cause importante de la tenue du papier; l'exemple de la Banque d'Espagne est particulièrement expressif, puisqu'elle peut, sans cours forcé, faire circuler son papier à un taux supérieur à celui de l'argent. Les Banques italiennes ont, à ce point de vue, présenté moins de garanties; aussi voit-on dans les deux pays se produire des phénomènes inverses : en Espagne, c'est la Banque qui a soutenu dans tes crises financières le crédit de l'État; en llalie, c'est l'Ëlat qui, [)ar l'adnplion du cours forcé, a dû venir en aide au crédit compromis des Banques.

Le crédit de l'Étal influe grandement sur le cours du papier, surtout quand, comme en Italie, une grande partie du papier circulant est émis au nom de l'État et sous sa garantie. Comme l'origine des abus du papier-monnaie est toujours l'emprunt fail par l'Etat aux banques d'émission pour couvrir des dépenses imprévues ou des déficits budgétaires, la situation des finances publiques exerce sur les cours un effet indéniable; la prolongation des déficits inquiète le public, qui redoute de nouvelles

K. FOCKltR.

émissions de papier OU craitil pour le remboursement des emprunts de l'Etat aux banques; le retour aux excédents budgétaires, outre qu'il procure au Trésor le mojen matériel de liquider sa dette, rassuro contre l'éventualité de nouteaux emprunts. La confiance que l'étranger accorde à l'avenir financier et à la solvabilité d'une nation s'exprime par le cours de son papiermonnaie; le cours forcé en France a'a provoqué au plus fort de . ta crise (jur des changes insignifiants. Le désarroi et la coaduile détestable des finances espagnoles ont produit au contraire la crise de 4896; on croyait alors l'Espagne k la veille d'une cataslro|ibe. L'Italie a toujours joui, au moment de ses crises les plus graves, d'un crédit supérieur, puisqu'elle a pu, sauf au lendemain de la première application du cours forcé, soutenir son papier sans qu'il perdit jamais plus de 16 0/0.

Le déficit budgétaire est, en même temps qu'une cause psychologique active, une cause matérielle primordiale de la dépréciation monétaire; c'est l'impossibilité de \;ouvrir les dépenses par des ressources normales qui oblige l'Étal à battre monnaie par l'intermédiaire des banques. L'emprunt a pour origine soit une guerre, comme en Italie en 1866, soit la négligence ou l'imprévoyance finascicrcs, qui amènent les Gouvi-rnenienls à employer en temps normal une ressource faite pour les cas de détresse. C'est là l'origine de la deuxième crise italienne et de la crise espagnole. Pour la régularisation de la valeur monétaire, l'équilibre budgétaire et môme les evcédenls sont la première condition h obtenir; les excédents permettent <i l'Elai de rembourser sa dette aux banques sans créer de nouvelles dépenses, permettent au besoin de couvrir le service de nouveaux emprunts. L'équilibre financier est le minimum que doit s'imposer l'État qui songe à restaurer sa circulation. La preuve en est fournie par l'Italie, qui n'a pu terminer sa première crise que par l'établissement de l'équilibre budgétaire et l'emploi des excédents, qui a vu naître la seconde pour avoir négligé ses finances, et n'en est venue à bout, de même, que par le retour aux excédents budgétaires. M. Villaverde a compris cette nécessité inéluctable lorsqu'il a entrepris de lutter contre la crise du change espagnol; il a commencé par équilibrer le budget.

Entin, à côté du crédit des banques ou des États, se place

l.A CIRCULATION FIDUCIAIRE 1!T LES CRISES DU CHANGE. 0U9

l'activité économique de la nation ; c'est f.n réalité le support de l'an et de l'autre crédit; si la prospérité économique s'accroît, si k'S transactions et la production sout actives, la situation àvs banques d'émission et les recettes de l'Éiat en sultissent le contre-coup ; les événements qui peuvent accroître le développemeu t de I iadustrie et du commerce national doivent donc se refléter aussi dans les cours du cliange.

La preuve de l'imporlance des causes psychologiques, de l'élémenl jnoral dans la valeur do papier est Tournie par les cours du change qui coïncident avec des événements importants; le fait est surtout remarquable en Italie, oii le change a fait preuve d'une sensibilité particulière; la vie politique de la nation, crises miiiistérielles, déclarations de guerre, traités de paix, traités d'alliance, ruptures et ententes commerciales se traduisent par des bonds ou des chutes du change. On a pu noter également combien, en Italie comme en Kspagne, le dépôt, l'adoption ou le rejet de projels de loi tendant soit directement, soit indirectement à modifier la situation monétaire ou financière ont été en corrélation avec d'importants mouvements du change.

Il faut examin'er enfin une cause des crises du change à laquelle on donne souvent une importance essentielle ; c'est la balance des comptes, qui met en regard la totalité des créances et des dettes étrangères d'une nation et se traduit par un solde créditeur ou débiteur, par une importation ou une exportation de monnaie métallique servant aus paiements internationaux. Pour les partisans de ce système, l'état des dettes et des créances eitérieures du pays est la vraie base du prix de l'or par rapport au papier; le taux du change exprimerait donc exactement la situation des règlements extérieurs du pays. Théoriquement, la balance des comptes devrait en effet être traduite par le change ; un pays qui doit beaucoup à l'étranger, et pendant de longues années, verra disparaître plus d'or qu'il n'en importe, et s'il veut revenir à la circulation normale, conserver chez lui des espèces métalliques, il faut qu'une tendance naturelle des paiements les y maintienne, qu'il soit pluscréanciertjue débiteur, ou tout au moins qu'il y ail équilibre.

Pratiquement, le libre jeu de cette tendance rencontre quelques obstacles : tout d'abord une part importante de la balance des comptes est représentée par la balance commerciale propre-

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ment dit», par le solde des importations et exportations; or, la hausse du change produit un effet certain : elle ralentit les importations et stimule les exportations; par conséquent, le change élevé (end à diminuer le déficit de la balance commerciale, s'il y.8 déficit, ou à augmenler l'excédent s'il existe déjà : voilà donc un phénomèue qui agit dans le sens d'uoe diminution du déficit de la balance des comptes. En second lieu, l'existence d'uo pays constammentdébiteur, pendant de longues périodes, sur l'étranger, est un fait très rare ; très peu de pays ont une balance invariablement avantageuse; quand il s'agit, comme pour l'Espagne, ou l'Italie il y aquelqucs annces,de paysayanl une situation économique de second ordre, mais en progrès, il y a une alternance de soldes créditeurs et débiteurs, avec une lendance favorable ou défavorable, suivant les époques. L'hypothèse d'une fuite prolongée d'or par le seul jeu de la balance des comptes est donc rarement réalisée.

En fait, pour les pays que nous éludions, lorsque le phénomène de la balance défavorable s'est produit, il a été aidé par des causes différentes et dirigées dans le même sens; en Italie, pendant la période qui sépare les deux crises, la balance commerciale a accusé de forts déflcils; des quantités importantes de numéraire ont émigré; plus encore ont disparu sans émigrer, dès que la prime sur l'op a fait des espèces une marchandise avanlageuse. La cause adjuvante a été ici la faiblesse du stock monétaire italien, qui s'est épuisé trop rapidement; s'il avait été plus abondant, il aurait résisté sans crise à une période de déficits assez courle ; la mauvaise administration des banques d'émission s'y est ajoutée pour précipiter et aggraver la crise ; i partir de 1887, par l'efTel du régime commercial adopté par l'Italie, l'écart enire les exportations et les importalionsdiminue. Dès 189i, les paiements extérieurs de l'Italie élaienl couverts par ses créances, et cependant la crise du change s'est prolongée jusqu'en 1902, En Espagne, au plus fort de la crise du change et dans les années suivantes, la balance des comptes était favorable.

Donc, la balance des comptes défavorable est une condition préparatoire importante de la baisse du papier-monnaie, elle crée une prédisposition à la hausse du change, mais pratiquement, pour les raisons que nous avons énoncées, elle ne suffirait

pas à ta provoquer si d'antres coodilions n'étaienl réunies, en particulier un régime inonétaire défectueux ; la balance défavorable, dans un pays dont la monnaie osl normale, ne peut faire hausser le change au delà du point de sortie de l'or. De même, si une balance créditrice peut créer un milieu favorable à la baisse du cbange, si elle est une condition nécessaire de la reprise des paiements en espèces après une crise,ene no suffit pas il assainir la circulation. Elle a en défînilive, une influence sur la prime de l'or, mais elle n'en règle pas le cours.

En précisant ainsi son rôle, qui reste fort important, on reconnaît qu'elle est une des conditions matérielles de la dépréciation monétaire; pour agir sur la balance des comptes et la rendre avantageuse, on dispose de plusieurs moyens : d'abord l'amélioration de la balance commerciale proprement dite; la diminution des paiements étrangers, en particulier par le rapatriement des litres de la dette, mesure qui agit tout d'abord comme condition aggravante du cbange, par les règlements étrangers que nécessitent les achats, avant de se traduire par une économie sur les coupons payables en or. On a pu noter également l'importance que prennent les titres négociés en Bourse dans les règlements internationaux; grâce aux bourses de valeurs, la balance peut être d'un jour à l'autre modifiée par des ventesou des achats entre nations, qui transportent presque instantanément le solde créditeur d'un pays à un autre; l'Espagne, en établissant une différence de traitement entre sa Dette extérieure et sa Dette intérieure, a rendu les titres difficilement mobilisables et s'est privée d'une monnaie internationale précieuse.

A toutes les causes qui, réimies et combinées, agissent sur la dépréciation monétaire, il faut ajouter une cause accessoire importante, que l'on voit naître partout oîj apparaît la prime de l'or; c'est la spéculation qui exploite aux dépens du pays la prime sur l'instrument des paienienls extérieurs, qui le raréfie artificiellement et maintient les coursa (a hausse; l'Italie en a souffert, l'Espagne plus encore, puisque la Banque elle-même s'y appliquait. Contre la spéculation cambiste, on a mis en jeu divers procédés : le paiement en or des droits de douanes, la création d'organes spéciaux pour l'achat du change (Symlicat des francs, projet du bureau de change); les Banques italiennes, d'ailleurs

fermemenl maintenues par le GouTernement.ae se sont pas engagées comme la Banque d'Espagne dans la spéculation, et oat surtout mieux compris leur rùle, qaî consiste à maintenir les capitaux dans le pays pour enrager la hausse du change; on sait combien la politique de la Banque d'Espagne en matière d'escompte prête à la critique et quelle responsabilité elle a dans la persistance des hauts cours du change.

Ces rapides observations, résumant les faits constatés dans les crises italiennes et espagnoles, montrent combien la dépréciation monétaire soulève de problèmes varies, et qu'il est bien impossible, en réalité, de comprendre la diversité des phénomènes qui s'y manifestent dans des formules simples; chaque cas demande un examen détaillé de tous les éléments du problème pour la découverte de solations efâcaces, eiaclemeol adaptées - aux circonstances qui provoquent la crise du change.

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