LA POUTIQUK MONÉTAIRB DE L'ARGENTINE ET DU BRÉSIL
Cependant, les Quctuations de la balance du commerce et ce fait que la valeur des exploitations tend de plus en plus, en Argentine comme au Brésil, à dépasser celle des importations constituent l'élément le plus favorable à la reprise des paiements en espèces à une date relativement rapprochée. Il y alà, ai toutefois les dettes envers l'étranger résultant d'emprunts contractés par l'État, les provinces, ou des sociétés industrielles et commerciales, ne s'accroissent pas parallèlement, une cause normale d'af- Qux d'or qui doit faciliter et hàtvr celte réforme. Voici la progression qu'a suivie, en Argentine, durant ces dernières années, l'excédent des exportations :
Atatéa. Impratatlona (Peu* or). Eiportadoiu. EioAdenti.
Au Brésil, en 18!)7, l'exportation était de 26.7S2.224 ^ au regard d'une importation qui s'élevait à 21.567.660 £. En 1900 l'importation n'était plus que de 20.000.000 £, tandis que l'exportation avait atteint 34.000.000 £'. La différence entre l'importation et l'exportation s'accroît d'année en année dans une proportion considérable. C'est ainsi qu'en 1901 l'excédent des exportations sur les importations était de 268,861 contos de reis, alors qu'en 1902, il atteignait 410. H7i contos de reis.
Mais il convient d'observer que les produits agricoles constituent de beaucoup l'élément le plus important des exportations argentines et brésiliennes; le solde créditeur que ces deux Étals possèdent de ce chef sur l'étranger est donc à la merci, ou d'une mauvaise récolte, ou d'une maladie du bétail contre laquelle tous les États importateurs édicteraient aussitôt, et le fait s'est fréquemment présenté, des mesures prohibitives.
Voici quelle fut, durant les années 1902 et 1903, la proportion des différentes classes de produits dans l'exportation totale argentine :
1 SUtesmau's Yearbook, 1902 et 1904. Articlag : Argentins et Brésil.
JACQUb;S LYON.
Pe<«o
— agricoles
- da k chasse. - ~ divers
Le chiffre annuel de l'exportation île chaque produit a^ïricole est soumis à <les fluctuations très nombreuses et très brusques. En igOO, l'Argentine exportail 198.000 têtes de moutons vivants e.t 23.000 en J90i ; en 1900, 2 millions de tonnes de blé, cl 650.000 en 1902. Il est vrai de dire, d'autre part, que l'exportation de la laine passait de 100.000 tonnes en 1900 à 197.000 tonnes en 1902, et celle du beurre de 2.000 livres en 1900 à 9.000 en 1902.
Au Brésil, la situation est à peu près la même,' avec cette aggravation qu'un seul produit agricole, h savoir le café, représente à lui seul, parrojs plus de la moitié de l'exportation totale du pays; c'est ainsi, qu'en 1903, l'expoitation totale du Brésil s'élevanlà S70.823 cobIos, celle du café atteignait 509.598 codtos'.
Si favorable que soit donc, à l'heure actuelle, surtout par rapport à ce qu'elle était il y a quelques anuées, la situation des deu\ Républiques, on voit que leur prospérité est encore exposée à bien des dangers et que la réalisation de la réforme monéiaire aura encore bien des obstacles à vaincre. Leurs niiaistresdes Finances ne manquent pas d'en avertir les parlements en leur faisant part de leurs hésitations et de leurs craintes, n Nous courons le risque, dit en Argentine J.-M. Rosas, daus son exposé du budget de 1893, d'être exposés, par suite d'une mauvaise récolte ou d'une crise économique, à de redoutables dangers. J'espère que pareil fait ne se produira point. Cependant une telle crainte nous doit inspirer une très grande prudence dans la marche que nous suivons à préseot' ». Au Brésil, Léopoido de Bulhoes dit en t903 : « L'œuvre de réparation est h peine commencée ; elle exigera enci>re bien des sacrifices pour être menée
< Fttlatorio. 1903, p. 90. L'aiporlation du caoutchouc sedévelappe «rec ddc rapidité surpreuBDle : olle représentait eD 1896, llij millions de francs «tsUeignait, en 1903. 240 millions, ce qui équivaut environ à la moitié de la valeur du café importé-
■> Memoiia. tS99. p. 26.
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à bonne fin, c'esl-à-dire, pour pouvoir procurer au pays la pcorganisalion de notre crédit, la valorisation de notre monnaie, l'accroissement de notre production, la constitution de réserves métalliques et la disparition du cours forcé » ',
Il nous semble que de cette brève étude historique dans laquelle nous nous sommes efforcé d'étudier el d'analyser, d'abord les fautes qui avaient entraîné le Brésil et l'Argentine au régime du papier-monnaie avec toutes ses conséquences, puis la politique que ces deux États ont suivie aGn de revenir à une circulation monétaire normale, doivent ressortir les principes essentiels dont cette politique est constituée, les éléments qu'elle ne saurait négliger pour parvenir au but qu'elle se propose.
Puisque le débordement des dépenses budgétaires et l'eiagération de la dette extérieure ont été les causes déterminantes de la maladie dont a souffert le corps social, il importe, avant toulfs choses, de réaliser l'équilibre bridgétaire, de réduire les dépenses de l'État au strict minimum sans toutefois nuire au développement de la prospérité du pays el, s'il n'est pas possible de dimi- Duur le fardeau de la dette au moyen des conversions, de veiller du moins à ce que les recettes ordinairesdu budget suffisent à en acquitter les intérêts. Mais de pareils remèdes ne suffiraient pas h eux seuls à effacer toute trace des maux causés par le bouleversement de tous les principes, par l'oubli de toutes les règles impérieuses et strictes qui doivent gouverner les finances d'un État. La massb du papier-monnaie doit peser encore sur les cours du cbangi» longtemps après que l'équilibre budgétaire aura été définitivement rétabli.
Tant qu'elle reste dans la circulation, la sécurité des commerces d'exportation et d'importation ne peut être complète, et le cbauge ne saurait atteindre le pair. En pareil cas, en effet, il reste toujours défavorable quand bien même il résulterait de la balance générale des créances et des dettes du pays que ce dernier est, en définitive, créancier de l'étranger. Ouoiqn'il soit exact de dire que, dans les relations d'Étal à État, les marchandises s'é-
■ Relalorio 1903. p. vnr.
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changent contre des marchandises, il est du tnoias certains païemeotsqui sont acquittés par les débiteurs étrangers en numéraire, c'est-à-dire en or, puisque c'est la seule monnaie internationale, ne seraient-ce que les dépenses Taïtes par ceux qui vovafïent dans des pays à monnaie dépréciée. La valeur effective dé la monnaie de papier étant, par suite de son accumulation, inférieure à sa valeur officielle et légale, l'or s'échange, non pas contre la quantité de monnaie nationale déterminée par cette valeur officielle et purement nominale, mais bien contre une quantité supérieure et d'autant plus élevée qu'ont été nombreuses les émissions de papier-monnaie. Les banquiers de ce pays font connaître chaque jour au public le \au\ auquel ils consentent à faire de semblables échanges.
En second lieu, le fait que la marchandise qui sert de moyen de paiement international et qui estPor ne circule pas librement dans le pays, exerce sur le change une influence déprimante. It est rare, en effet, qu'un pays soit toujours et continuellement créancier de l'étranger; à certains moments, et sans que la situation puisse être considérée comme dangereuse, car l'équilibre se rétablit bien vite, ses dettes dépassent ses créances et il lui faut, pour s'acquitter, exporter de l'or. Rien de plus simple si cette monnaie circule librement dans te pays; si, au contraire, le pays est un régime du cours forcé, les débiteurs se voient contraints, à l'aide de leur monnaie de papier, d'acheter de l'or, et, de nouveau, la prime sur ce métal exerce son action et se reflète dans un cours défavorable du change.
Le rôle de l'État ne saurait donc se borner à réformer les finances publiques et à assurer l'équilibre budgétaire, quoique, par là même, il exerce déjà une bienfaisante influence sur la situation monétaire du pays. Son action a vicié la circulation monétaire, seule son intervention peut l'assainir.
Celle iulervention est double. Elle tend, d'une part, à la réduction de la circulation fiduciaire non garantie par le rachat du papier-monnaie et. d'autre part, à la stabilisation du change, c'est-à-dire à l'établissement d'un rapport fixe entre la monnaie nationale et la monnaie d'or et au maintien de ce rapport durant une période de temps telle qu'il puisse apparaître comme correspondant à la situation monétaire et financière du pays. Le moyeu employé pour parvenir à ce dernier résultat consiste à
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réunir un stock d'or assez considérable pour pouvoir, à uo momeni déterminé, décréter la convertibilité du papier-monuaie ta or au taux que comporte le rapport qu'on a contribué à déterminer et à assurer.
Ici, une double observation s'impose, et sur la nature de ce rapport, et sur le chiffre que doit atteindre pour que la conversion soit réalisable le stock d'or de l'État. Il n'est ni nécessaire ni désirable d'attendre que le change soit revenu au pair ; ce serait différer trop longtemps la réforme, car on remonte le courant plus lentement et plus difficilement qu'on ne l'a descendu; d'autre part, comme nous l'avons déjà vu, la plupart des émissions de papier-monnaie ont été lancées alors que leur valeurétait fort audessous du pair, si bien que les rembourser au pair serait faire hénéficier les porteurs, au détriment du Gouvernement, d'une prime souvent considérable. EoSn il serait dangereux de bouleverser soudainement et complètement tous les rapports qui se sont établis dans l'intérieur du pays entre la valeur de la monnaie dépréciée et les prix des marchandises ou' des services. Pour ce qui est du stock d'or, il est bien évident qu'il n'a pas besoin d'égaler la valeur, même réduite ainsi que nous venons de l'indiquer, de toute la circulation fiduciaire du pays, il suffit qu'il représente une fraction de cette valeur, qu'on évalue généralement, quoique d'une façon toute arbitraire et empirique, au tiers.
Jusqu'à présent, ni le Brésil ni l'Argentine n'ont réussi à se plier à toutes les exigences d'une temblable politique; ils n'ont adopté que fragmenlairement les réformes qu'elle comporte et qui coastitueot un tout indivisible. Le Brésil a déjà réduit dans une proportion assez sensible sa circulation de papier- mono aie, mais il ne parait guère s'être efTorcé de réunir un stock d'or suffisant pour pouvoir, d'ici peu d'années, décréter la convertibilité du papier-monnaie. Les réserves d'orde l'Etat argentin sont beaucoup plus considérables, mais il en use de telle sorte qu'elles ontpour effet, loin de la réduire, d'accrnEtre la circulation fiduciaire. Et cependant, il suffirait à ces deux États d'un effort relativement faible pour compléter leur système et pour en assurer le succès futur.
Il est. encore un dernier terrain sur lequel l'action de l'Etat est utile et nécessaire. 11 lui appartient de libérer le budget et le commerce national de la sujétion que fait peser sur eux la spécula-
tion tloDl Dous avons plus haul analysé los caractères, et d'empêcher, ea même temps, que les cours du change ne soiaol, par ■ton action, artilïciellenient élevés.
Pour atteindre ce résultat deux procédés ont éCé mis en œuvre. Les créances de l'Étal sont toutes payables eo moonaie dépréciée, à l'eiceplion d'une seule qui est constituée par les droits de douane. Ceux-ci étant, théoriquement tout au moins, supportés par l'étranger, l'État peut eiiger qu'ils soient totalement ou partiellement acquittés en or. De la sorte, îl peut réunir une quantité de monnaie suffisante pour pouvoir se libérer de toutes ses dettes payabti^s en or. Les banques de spéculation perdaot la fructueuse clienlèle de l'État sont alors con- Iraiotes d'offrir au commerce des conditions moins désavantageuses que par le passé. C'est ainsi que, depuis quelques années, une série de lois est venue ordonner, tant au Brésil qu'eu Argentine, qu'une fraction des droits de douane, serait payable en or.
Le tant pour cent des droits de douane payable en or a, d'ailleurs, été très variable, ut, tant au Brésil qu'en Argentine, souvent abaissé et relevé suivant les besoins auxquels le Trésor jugeait avoir à faire face. Il a été parfois de 2 A/O, mais il a, eo certaines années, atteint jusqu'à 25 0/0. Avec l'accroissement de la prospérité du pays, le produit en or des droits de douane o'a casé de s'élever. Au Brésil, en IdOO, les droits de douane rapportèrent au Gouvernement {3.254 conlos or, 24.087 en 1901 et 4i.H7 en 1904. En Argentine, de février à novembre 1904, les droits de douane ont rupporlé 4.213.006 piastres or. Si avantageuse que puisse être une semblable politique, elle ne doit toutefois être employée qu'avec discernement et mesure parce qu'elle risque, en surélevant les droits de douane, de ralentir l'importation et de diminuer la source la plus féconde des revenus du Trésor.
Le dernier procédé consiste à organiser, sous la direction ou le contrôle de l'Etat, un établissement chaîné, à l'aide des ressources que celui-ci lui assure, d'acheter du change et de le revendre, à des conditions normales, soit aux commerçants, soit au Trésor. Tel est le bureau de change organisé par la loi argentine de 1899: tel est également celui dont M. Villaverde, en Espagne, prévoyait la création, dans son projet de loi de juin 1903, qui fut rejeté par les Certes. Urâce à son action, le cours du change
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doit parvenir à refléter exactement, sans être faussé par la spéculation, le rapport qui existe entre les créances et les dettes d'un pays.
- Cette banque ou ee bureau d'Étal a également pour mission de régler et de réduire les mouvements trop brusques de hausse et de baisse du change que provoque, chaqueannée, te défaut de concordance entre les périodes d'importation et celles d'exportation. L'importation, en effet, se répartit, sur toute l'année, tandis que l'exportation ne se produit que durant une période déterminée et restreinte. Pendant certains mois de l'année les importateurs ne peuvent se procurer du papier de change sur l'étranger qu'à des conditions très onéreuses. Or la banque d'Etal peut régulariser la création des lettres de change, en envoyant, comme le font les bureaux de change argentins, une partie de ses réserves d'oraux banquiers étrangers qui lui servent de correspondants. Elle crée et vend ensuite aux importateurs, au fur et à mesure de leurs besoins, les lettres de change sur ces banquiers, lettres dont elle couvce le montant en achetant les traites reçues en paiement par les exporlateurssurces mêmes places. Les banques étrangères n'hésiteront pas à lui faciliter sa tâche si elles savent qu'elles ont en caisse une quantité d'or suffisante pour pouvoir se rembourser elles-mêmes en espèces, au cas où la valeur des traites résultant de l'exportation ne suffirait pas à couvrir le crédit accordé aux importateurs.
Tout nous amène doncà cette conclusion que l'État seul, grâce à une politique dont nous nous sommes efforcé d'esquisser les traits, peut guérir les mauxqu'il a causés. Mais sijudicieuse et si bien dirigée que soit son intervention, ses efforts seraient inefficaces et vains, si la tâche n'était point facilitée par le développement, de l'activité économique du pays. Au cas où, dans ce pays, toutes les énergies individuelles resteraient engourdies et inertes, où toute l'activité du corps social serailcomnie épuisée parles crises qu'il a traversées, où les forces naturelles, les sources de prospérité et de richesse resteraient inexploitées faute de Iravailetfaute de capitaux, toutes les réformes organisées par l'Étal ne réussiraientà le galvaniser. Mais la situation actuelle de l'Argentioo et du Brésil est très loin d'offrir de pareils aspects. L'activité qui règne dans touleslesbranchesde la production, l'accroissement de la prospérité publique, l'afflux des immigrants, le grand nombre
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des capiuus êlraagers qui Tieanenl se placer daos tooLes le5 entreprises agricoles ou iadustrieltes, toul prouve que les Républiques de l'Ai^eolioe et du Brésil, si leurs GouverDemeats savent les guider dans la bonoe voie et persévérer dans leur flcavre, parviendront bieatôl à assurer i leur popolatioo les bienfaits d'une circulation jnonélaire Dormale,
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