‹ Questions monétaires contemporainesChapitre 233 sur 238 · S,8S0 «.OM · texte numérisé non relu

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La hausstt du change provoque, en outre, dans tous les pays où elle s'est manifestée, et le Brésil et l'Argentiae n'ont pas manqué de se conformer à cette règle, une conséquence dont il nous faut ici exposer brièvement les caractères. Elle donne naissance à une spéculation qui, si elle ne peut être coinjitéc parmi les causes directes de la dépréciation monétaire et de la hausse des changes, a du moins pour effet, soit de la prolonger plus longtemps que les circonstances ne l'exigent, soit de la maintenir à un taux artificiel qui ne correspond pas à celui que comporte l'élatdes créances et des dettes du pajs dans lequel elle s'exerce.

Voici comment elle manifeste son action. Les exportateurs des pajs à monnaie dépréciée, après avoir vendu leurs produits au dehors reçoivent en paiement des traites sur l'étranger qui valent de l'or. Pour les réaliser, ils s'adressent aux banques qui, employant leurs dépôts bien plus à des opérations de change qu'aux opérations oonnains et fécondes de l'escompte, achètent

• Uelatorio io Minùleria du, Fazrnda. 1903, p. 219 cl s.

82(1 JACQI-'KS 1,Y0N.

toutes les Iraites sur l'élranger qui s'offrent sur le marché. Il ne leur reste plus alors qu'à attendre patiemment la demande CODnne et prévue des importateurs; ceuK-ci soal en effet contraints de s'adresser aux banques alin de solder leurs achats à Taide de traites sur l'étranger, puisqu'il n'j a point d'or dans le pays et que la règle du gold-point ae saurait en conséquence se manifester. Les banques, les maisons de change, les spéculateurs imposent leurs conditions; si, par exemple, elles ont versé à l'eiportateur dit unités de la monnaie nationale pour une unité àe monnaie d'or, elles exigent de leurs acheteurs douze unités Ae la monnaie nationale en échange d'une unité de monnaie d'or et ainsi se poursuit et s'accélère la marche ascendante du change.

Une telle organisation n'est a coup sur concevable et possible qu'au cas où la demande de traites dépasse l'offre, c'est-à-dire lorsque le pays a plus de dettes que de créances sur l'étranger. Elle risque en outre de décourager et de ralentir l'importaliAn et, par là même, de tarir la source de ses bénéfices. Mais les élabUssementsqui pratiquent la spéculation sur le change disposent pour leurs calculs d'une hase certaine; car il est un acheteur de traites, le plus important de tous, qui, chaque année est contraint de faire, à n'importe quelles conditions, des achats d'or pour acquitter des paiements qui ne sauraient être différés; et cet acheteur c'est l'État. S'il ne dispose pas de ressources disponibles lui permettant, sans faire appel au marché, de faire face au paiement de ses dettes extérieures, il est à la merci des banques de spéculation.

Nous avons pris l'exemple le plus simple, en supposant qu'entre l'exportateur etrimportateur,iln'^ avait qu'un intermédiaire, à savoir les banques. Mais il arrive fréquemment, et c'est le cas an Brésil, que, pour plus de sârelé, 1ns banques revendent aussitôt et avec an bénéfice appréciable, leurs traites sur l'étranger à ua acheteur à terme. Or à mesure qu'augmente la série des intermédiaires, le nombre s'accroU de ceux qui béné6cient de la hausse du change et peuvent aisément la provoquer. II est facile en effet aux vendeursde traites, de retenir très longtemps leurs marchandises, tant que le change n'a pas atteint le cours quileurpermeltn de réaliser un bénéfice qu'ils considèrent comme suffisant, tandis que lesacheleurssonttoujourscontraintsà un moment don oéd'eo passer par leurs conditions.

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LA POLITIQUE MONETAIRE DE I. ARGENTINE ET DU BRtSIL. S21

Tels sont les faîls qui se produisent dans les pays qui n'ont pas pour régulariser et dominer les cours des changes soit une baoque d'État soit au moins, une banque étroitement rattachée à l'État et consciente des devoirs que lui doit imposer une situation nécessairement privilégiée.

Quelle que soit l'opposition à laquelle se heurtent les mesures tendant à l'amélioration du cours du change, il n'est pas douteux que les Gouvernements brésilien et argentin ne soient désormais résolus soit h la inaintenîr soit à l'accélérer. Ils nepeuvent ignorer que si la hausse interrompue du change conduit fatalement les États à la banqueroute, la baisse, du moins, tend à les ramener au pair du change et à la reprise des paiements en espèces, c'est-à-dire à la situation normale des pays prospères.

Les symptômes que présente la situation monétaire et financière de ces deux Étals nous permettent-ils de conclure qu'ils y parviendront bientôt etsanspeine?ATraidire it nous semble que la reprise des paiements en espèces ne saurait être considérée comme devant être très proche; toutes les circonstances ne lui sont pas encore favorables et le Brésil comme l'Argentine ne pourront réaliscrcetlerérorme que lentement et progressivement.

Les anciennes erreurs ne sont pas encore complètement oubliées et les causes qui, dans tes deux pays, ont failli entraîner la banqueroute n'ont pas entièrement disparu. Un mouvement révolutionnaire dont les motifs et les conséquences sont encore mal connus a. récemment encore, éclaté au Brésil, et, à peine était-il dompté que le Parlement décrétait une réfectian complète de la flotte de guerre qui doit faire, pour plusieurs années, peser de lourdes charges sur les finances brésiliennes. Des conflits prolongés et successifs se sont produits, durant ces dernières années, entre l'Argenline et le Chili, à propos de la délimitation de la frontière des Andes ; en 1902 la guerre faillit éclater; de part et d'autre on arma et des vaisseaux de guerre furent à grands frais achetés en Europe; seuls l'intervention et l'arbitrage de l'Angleterre purent ramener la paix. Ni au dedans ni au dehors, la paix n'est entièrement assurée dans les Républiques de l'Amérique du Sud que nous envisageons.

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L'une et l'aulre onl repris depuis t900el 1901, les coDsé(|[iences des emprunts moratoires, dont les effets cessaient alors, leur ayant permis d'équilibrer leurs finaoci-s, le paiement intégnl des intérèls de leur dette extérieure; il ne semble pas toutefois qu'elles puissent d'ici longtemps opérer une conversion avantageuse leur permettant d'en réduire le taux. Les chaires dila délie extérieure se sont d'ailleurs accrues durant ces dernières années. En 1893 la délie extérieure de la République ArgentÎBf s'élevait, nous l'avons vu, au total de 43.347.958 £. En 1900 cetl<dette étail de 45.453.744 £ à laquelle il convient de joindre, d'une pari, tes dettes payables en or des provinces argentines et du chemin de fer Transandin dont le Gnuvernemenl avait assomé la charge, soit 31. 384. 147 £ et. d'autre pari, la dette flottante et les dettes des Trésoreries, soit 10.146.310 £, ce qui forme un total de 86.984.201 £'. Le ministre des Finances estimait que le service des intérêts de cette dette exigeait environ 45 0/0 des ressources totales du budget argentin.

La dette extérieure brésilienne s'élevait au 30 juin 1898, avant le '< Funding Loan >< à 34.310.400 £. Elle atteignait, en 1904, 65.917. .H97 £, en y comprenant l'emprunt de 6.500.000 £ récemment contracté pour les travaux du port de Rio-deJaneiro, les émissions de v Rescision Bonds n faites en vue de venir en aide à diverses banques brésiliennes, et l'emprunt du chemin de fer Ouest de Minas, repris par le Gouvernement ', Ces 65 millions de livres sterling représentent, comme inlérètsannuels, une somme de 2.923.488 £.

En6n, si la circulation fiduciaire diminue au Brésil, quoique lentement, il n'en est pas de même en Argentine. Cet Etat n'a pris que des mesures restreintes et passagères tendant à la réduction d'une circulation excessive el presque exclusivement composée de papier-monnaie; d'autre part, la pratique qu'il a adoptée de représenter par de la monnaie de papier convertible, tout l'or qui vient se réunir dans la caissede conversion est dangereuse à bien des points de vue. Elle accroît la circulation de papier- monnaie alors qu'il serait de toute nécessité d'en réduire l'importance el elle ne prépare nulkinenl la transformation fu-

I Slatesmani Yearbook, 1902, p, 580.

* Relït^rio, 1903. p. \>m.

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LA POT.lTI(JLE MONÉrAIRK DE l'aRGENTINK ET DU BRÉSIL. 82:1

ture du papier-monaaie incoaverlible en véritables billets de ban- 4]tie payables en or. Toul le numéraire dont dispose la Caisse de conversion n'est en effel que l'exacte représentation du papier convertible qui se trouve entre les mains du commerce et que celui-ci peut, à tout moment, éclianger <à ses guicbels contre de l'or. La circulation monétaire argentine qui, d'après les comptes présentés par les ministres des Finances, étaitaii3l décembre i902,de290 millions de piastres, alteigoaitau 31 décembre 1903. 293 millions. Il est vrai que, grâce au paiement en or des droits <le douane, celte somme s'accroU très vile et que, deux ans après, au 31 décembre 1904, elle atteignait la somme de 30 millions. Ouant à la Caisse de commerce elle disposait à cette dernière date d'une somme de 34.605.717 piastres-or transformée en «lonnaie de papier remboursable h vue et par là même immobilisée. Quant aux sommes d'or variables chaque année dont <ltspose, non plus la Caisse, mais le fonds de conversion que gère le bureau de change de la Banque de la Nation, elles ne servent que nominalement à la conversion puisqu'elles sont destinées uniquement, comme nous le savons, à procurer du -change sur l'étranger tant au Trésor qu'au commerce argentin.

Au Brésil, nous avons vu qu'une loi de 1899 organisait un fonds iJe garantie constitué à l'aide de certaines ressources en or du budget. Mais une crise des banques privées qui éclata en 1900 -contraignit le Gouvernement brésilien à disposer, comme d'ailleurs l'j autorisait la loi prévoyante, de la presque totalité de ce fondsquT, en 1902, ne se composait plus que d'une quantité d'or correspondant à environ 10.000 contos, au regard d'une circulalion de papier-monnaie atteiguiint 476.534 contos'.

L'examen des budgets de ces dernières années prouve également que l'équilibre des finances du Brésil et de l'Argentine, et nous savons quelle action directe et prépondérante il exerce sur leur situation mpnétaire, n'est pas encore entièrement rétabli et que les bases sur lesquelles il repose sont encore chancelantes. Le rapprochement des recettes et des dépenses budgétaires de l'Argentine de 1898 à 1902 en sera la meilleure preuve; notons toutefois qu'il convient de considérer l'année 1902, oîi le conflit

02 i JACQUES LYON.

argento-chilien atteignit sa période la plus aiguë, comme udp aooée exceptionnelle'.

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Au Brésil les budgets ont été en déficit jusqu'en 1898. A peu près équilibrés en 1899 et 1900, iis ont fourni enfin des excédeols durant les deux aunées suiTaoles. En 1901, en effet, les receltes se sont élevées à 43.744 coalos-or et 285.571 coatos-papier, alors que les dépenses n'étaient que de 93.318 conlos-or et 283.694 contos- papier. En 1902, les recettes atteignirent 43.620 contosor et 255.015 contos-papier et les dépenses 34.650 contos-orel 251.763 contos-papier.

Cependant, même en admettant que ces chiffres orficiels, nécessairement empreints d'un certain optimisme, soient tout à fait exacts, il résulte de teurexamen plus attentif que les recettes en or du Gouvernement ne couvrent pas entièrement les dépenses qu'il lui faut faire en cette monnaie. Prenons, par exemple, le budget de 1901 ; les recettes en or se inonlèrenf cette année à 43.746 contos. Mais, sur ce total, il n'est de réellemeal disponible entre les mains du Gouvernement qu'une somme de 2j 976 contos provenant presque exclusivement des revenus de la douane ; le complément de ces recettes est constitué par les 7-833 contos du « Fundîng Loaa » dont il n'appartient pas au Gouvernement de disposer et par 6.050 contos verses au fondsde garantie et également intangibles'. Ces recettes en numéraire du Gouvernement brésilien ne lui suffisent pas en tem[e normal pour faire face à ses dépenses en or qui, cette même annéf 4901, s'élevaient à 43.318 contos, et il en résulte, en ce qui concerne rétablissement du budget, une cause permanente de trouble et de déséquilibre.

I Mcmorias del Deparlamento de Hacienda. EeonomiiU françaU ei Bec européen, passim.

* Relaloria, ilfS, p. 4 «t a.

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