‹ Questions monétaires contemporainesChapitre 56 sur 238 · CHAPITRE II Les réanlUts gAn«ranx de la produetlon de l'or · texte numérisé non relu

CHAPITRE II Les réanlUts gAn«ranx de la produetlon de l'or

Le but que nous poursuivoDs en ce moment est d'établir les ' réeultats de la productioa de l'or dans la période moderne, c'està-dire principalement depuis 1875. Cette date est înléressaute pour nous à un double titre : elle marque le point de départ, tout à la fois, des transformations techniques, qui ont amené un si large développement de l'industrie aurifère et du changement si considérable qui s'est produit dans le rapport des valeurs de l'dr et de l'argent, phénomènes dont on ne peut apprécier la nature et les causes qu'eu suivant pas à pas la marche de la production. Toutefois, comme il est nécessaire, pour l'étude des questions monétaires contemporaines, de connaître aussi eiactemenl que possible la quantité de métal précieux dont nous disposons aujourd'hui et comme une telle connaissance ne peut être fondée que sur l'élude des statistiques les plus anciennes, nous nous efforcerons d'établiraussi brièvement que possible les résultats généraux obtenus depuis la découverte de l'Amérique, sauf à n'insister que sur la période moderne, dontta production, d'ailleurs, sera d'autant mieux appréciée qu'elle -sera jugée par comparaison avec celle du passé.

Sans insistersur lesdocumenls historiques nombreux, quoique malheureusement trop peu précis, dont nous disposons pour établir les résultats de la production antérieurement au xix* siècle et même celle de sa première moitié, nous nous contenterons de renvoyer pour cela à un ouvrage classique où la critique des sources a été faite avec une précision q'ti'it parait difficile de dépasser : les « Malerialieo » de Sœtbeer. Pour la période moderne, nous disposons de statistiques officielles dressées par tes administrations des monnaies de différents pays. Ces statistiques,

en taot qu'elles se réfèreat 4 la produclion ancienoe pour la rappeler, oot étédressées à l'aide de dilTcrents ouvrages historiques, particulièrement celui de Sœtbeer. Quant à la production moderne, elles l'établissent annuellemeot en cenlralisaat des documentsdivers, les uns officiels, les autres privés, fournis par les gouverneinenls ou les sociétés productrices. Nous cileroo!;, parmi elles, la statistique de l'administration des monnaies des États-Unis, la statistique auslralienne dressée par le Stalislical Branch du Registrar geoeral's office de Perlh et ta statistique française. Les deux premières sont établies à Taide de documents distincts, quoique souvent puisés à des sources communes. Quanta la statistique française, elle est établie soit à l'aide des Maleriatien de Sœlbeer, pour la période antérieure à 1884 principalement, soit à l'aide de la statistique américaine pour la période moderne, soit enfin, pour les résultais les plus récents qui ne sont encore fisés que provisoirement, à l'aide de diverses publications périodiques. Les documents dont nous ferons usage n'émanent donc, en réalité, relativement à la période moderne tout au moins, que de deux sources principales: lu source américaine et la source australienne'.

Quand on compare ces deux statistiques, on constate entre elles des diiïérences sensibles, dont les causes sont, d'ailleurs, bien connues. Elles tiennent toutes à l'insuffisance, au défaut de précisiou, à l'inexactitude, souvent aux contradictions des documents originaux qui ont été mis en oeuvre. Abstraction faite de l'imperfection des documents anciens, qu'il faut attribuer, à la mise en pratique relativement récente de la part des gouvernements de la méthode statistique, on relève, dans les documents modernes, des erreurs ou des contradictions qui tiennent principalement à la haute valeur de l'or par rapport à son volunre, à la facilité de le dissimuler qui en est la conséquence et aux intérêts divers, qui poussent les producteurs tantôt à exagérer le chiffre de leur production, tantôt à le restreindre. C'est ainsi, par exemple, que les statistiques relatives à la Guyane française

I II j a aussi une slaliitique de l'administrilion Tniiçaise des mines, «onfxée 1 U slalislique de l'industrie niïaérste en France et en Algérie. Nous U laissons de cSlé parce qu'elle est moins compltte que les précédentes ; on la IrouTe repioduile dans le rapport do l'adininlsl ration des monnaies et niËdailles de M. Arnanni, 190), p. 3i9.

donnent des résultats inférieurs à la production réelle, tandis que les sEatisliqucs relatives à la Guyane hollandaise, donnent des résultats supérieurs, parce que, dans ces deux derniers pays, les droits de sortie sur l'or étant moins élevés qu'en Guyaoe française, on exporte, en même temps que la production indigène, une partie de lu production française el hollandaise. Inversement les statistiques de chaque pays, sous l'influence de l'esprit de rivalité qui anime les unes à l'égard des autres les différentes régions productrices, ont un^ tendance marquée à exagérer le chiffre de la production nationale par rapport à celui de la production étrangère. Enfin on peut ajouter que la plupart des statistiques contiennent des chiffres inférieurs à ceux de la production réelle, parce qu'elles ne tiennent pas compte de la quantité d'or, très variable suivant les régions, qui est détourné par les ouvriers, ou extrait par des orpailleurs clandestins'. Aux causes d'erreurs qui résultent de la difficulté de connaître le chiffre exact de la production, viennent s'en joindre d'autres résultant d'un défaut de précision ou de méthode dans l'expression des chiffres connus. Par exemple, certaines statistiques locales ne distinguent pas le minerai extrait du minerai importé, ce qui conduit tantôt k des omissions, tantôt à de doubles emplois. C'est par l'effet d'une erreur de ce genre que les statistiques allemandes mentionnent jusqu'en 1896 une production indigène de plusieurs milliers de kilogrammes, alors qu'elle n'est eo réalité que d'une centaine. La même erreur a été commise pour l'Autriche-Hongrie*. D'autres fois, l'interprétation des statistiques locales est rendue difficile ou même impossible par l'emploi de dénominations dont la signification est mal connue ou variable suivant les régions. C'est ainsi que la tonne dont il est question dans les statistiques des compagnies vaut tantôt 2.000 livres, et tantôt 2.240, qu'au Ueu d'établir toutes les statistiques en or fin, valant 85 sh. par once, on les établit parfois en or brut dont la valeur oscille entre 20 sh. et 7S sh.*.

< Eq Sibérie, la proportiua de roc volé est coniidérablo, elle atteint parfois iO ou 30 OfO. Les diTeries atatisliquss sibériennes sont d'ailleurs remarquables par leura contra die lions. Pour 1895, par exemple, la monnaie de Saint-Pétersbourg accuse DD« production de 43.742 kilogr., et te bulletin de lUtistique russe 36.150 seulement. Cet exemple est l'nn des plus remarquables, mais il n'est pas isoli.

1 Arnauné, loe. cil., 1903, p. 305.

* Curie, 319 et suif.

174 LUCIEN BROCAUD.

Telles sont le» principales causes d'erreur qui, jointes parfois h la négligence, vicient les documenls originaux à l'aide desquels sont établies les statistiques orficielles, et expliquent les ilifTéreoces sensibles qu'on cooslate entre elles. Ces divergences montrent que les statistiques de la production de l'or, dont nous aurons à faire usage, ne sauraient avoir qu'une valeur tout approximative el qu'il serait téméraire de vouloir fonder sur elles des inductions impliquant de leur part une exactitude mathématique. Toutefois, leur valeur scieotilique, ainsi restreinte, ne saurait être mise en doute. Il suffit, pour la faire apparaître, et en même temps mesurer les limites de la précision à laquelle on peut atteindre en pareille matière, de comparer les statistiques australiennes avec les statistiques de la monnaie américaine, qui ont été construites avec des documents diITérents ou avec des documents identiques critiqués par des personnes différentes. On s'aperçoit immédiatement que l'écart qui les sépare est en général faible; c'est ainsi que la statistique américaine évalue la production mondiale de 1891 à 190U, à 10.889.000.000 de francs, tandis que la statistique australienne l'évalue à i26.925.000 livres sterling, c'est-à-dire environ : 10.670. 000. 000 de francs*. Surtout, on est frappé par le parallélisme des variations de la production que constatent les deux statistiques, phénomène qui s'explique d'ailleurs par le caractère relative-' ment constant des erreurs dont tes documents sont entachés. Si l'on dressait à l'aide de la statistique australienne et de la statistique américaine deux courbes de la production de l'or, CCS courbes seraient sensiblement parallèles. De là on peut conclure que les statistiques monétaires dont nous disposons nous donnent de la réalité une image qui, sans être absolument précise, est cependant assez juste pour servir de base à une étude scientifique des phénomènes monétaires.

Nous ne saurions prétendre refaire ici la critique des documents originaux qui ont servi à établir les statistiques dont nous venons de parler. Une pareille œuvre, en raison de la nécessité qu'impose son exécution de rassembler des documents très nombreux et très variés, d'organiser des enquêtes, etc., ne peut être que le fruit d'une organisation collective ayant plus ou

■ Cf. Bulletin de itaiùL, 19Ce, I. 1, p. 466, et Amsimé, loc. cit., IS03, p. 30i.

LA PRODUCTION DE l'oB. 175

moios le caractère ofRciel. Nous sommes doDc obligés de considérer comme documents origioauic la statistique américaine, la Btatislique australienne, la statistique Trançaise, et aussi les statistiques offlcielles de production nationale publiées par les pays producteurs d'or'. Nous croyons que ces documents sont à des degrés divers digues de confiance, mais nous n'hésitons pas à donner la préférence, toutes les fois que nous le pouvons, & la statistique aniéricaine. Elle est, en effet, le produit d'enquêtes annuelles approfondies menées par une administration dont l'expérience est aujourd'hui éprouvée et dont la bonne organisation, universellement appréciée', nous offre les plus sérieuses garanties d'exactitude. Toutefois comme cette statistique américaine est reproduite par la statistique française de la monnaie qui donne les chiffres de production en kilogrammes et en francs, c'est, en dernière analyse, à celle-ci que nous nous référons, sauf à emprunter aux documents précités les indications qu'elle ne contiendrait pas.

Laissant de c6té ta période antérieure h la découverte de l'Amérique, dont la production est mal |connoe et ne présenle d'ailleurs aucun intérêt au point de vue de l'étude des questions monétaires contemporaines, nous admettrons, avec le plus grand nombre des historiens, que l'or existant en I i93 représentait une Taleur de trois ou quatre cents millions de francs et nous rechercherons de combien celte valeur s'est accrue depuis celte époque en envisageant successivement trois périodes : la première qui va de U93 à 1830, la seconde de 1850 à 187S, et la troisième de 187S à 1903.

Pour la première période la statistique française nous donne les résullals suivants en moyennes annuelles*.

< Un bon nombre d«3 slalistiqnea de celle dernière catégorie sont reproduites par M.AmsDDé lisns ion rapport annael. Cr. 1904, pooim.

* U. Arnauné admet également que la statistique américaine constitue pour la prodDCtioa des métaui précieux le document le plus précis, loc. cil,, 1903, p. Iiv.

1 Ces statistiques ont été dressées à l'aide des traraux de Sœlbeer, d'Alexandre de Humboldt et de la statistique américaine, en prenant pour base une valeur de 3.iU fr. U par kilogramme. CT. Aroauné, loc. etc., 1904, p. 343.

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Celte production pour 358 aanées repcéseale un poids de 4.752.070 kilogrammes el une valeur de 16.367.600.000 francs. Très faible par comparaison avec la production moderne, elle marque cependant déjà UD progrès considérable dà à la découverfc des mines d'or d'Amérique et malgré un léger fléchissement aucomm(>ncement du m* siècle, ta progression, au cours de cette période, n'a cessé de s'accentuer d'an siècle à l'autre. Dans la dernière fraction décennale de la période, la production, sous l'influence de la mise en exploitation des gisements californiens et auslraliens,s'élève brusquement do 20.289 kilogrammes à 54.759. C'est le point de départ de l'ère de prospérité qui va de t850 à 1875 et qui précède ta grande expansion de la fin du xii* siècle. Les résultats ont été les suivants en moyennes annuelles'.

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' Amgon*, lot. cit., p. 34i.

LA PRODUCTION DE l'oB. 177

La produclioa totale pour ces vingt-cinq années est de 4.775.625 kilogrammes représentant une Taleurdel6.448. 500. 000 francs due principalement aui mines des Étals-Uais et & celles d'Australie. Ce n'est pas encore l'âge de la grande industrie aurifère ou, du moins, elle ne s'organise encore qu'eiceptionoellement, mais les méthodes commencent à s'améliorer : on pénètre plus profondément dans les placers ; oo s'attaque parfois à l'or de 81on et surtout, à mesure que les gisements exploités s'épuisent, des découvertes nouvelles, en Australie et aux Étals-Unis principalement, permettent, non seulement de combler les vides, mais même d'accroitre la production. Aussi la progression estelle remarquable : ta moyenne annuelle, qui de 1841 à 1850 n'était que de 54.759 kilogrammes, s'élève de 1851 à 1875 jusqu'à 201.000 kilogrammes; on produit plus d'or dans ces vingt-cinq ans que dans les 358 années qui avaient précédé.

A partir de 1876, point de départ de la production moderne, la progression s'accentue encore et prend une allure vérilablemenl extraordinaire. Deux causes y ont contribué : la constitution de la grande industrie aurifère, avec les améliorations d'ordre technique et financier qu'elle comporte, qui ont permis de tirer un meilleur parti des gisements déjà connus et en second lieu la découverte au Transvaal en 1887, dans l'Australie de l'Ouest en 1892, sur le territoire du Yukon en 1896, de gisements nouveaux, dont les deux premiers, tout au moins, dépassent par leur richesse tout ce qu'on aurait pu imaginer jusque-U. Nous ne parlons pas de beaucoup d'autres gisements de moindre importance, mis en exploitation depuis trente ans, qui, par leur nombre, ont contribué dans des proportions notables à augmenter la production. Sous l'influence de ces causes la production annuelle a donné depuis 1876 les résultats suivants' :

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