‹ Questions monétaires contemporainesChapitre 55 sur 238 · C.-5. — L. Brocard · texte numérisé non relu

C.-5. — L. Brocard

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le lïlon, la grande iaduslrîe aurifère moderoe emploie les procédés de toutes les industries minières; elle creuse des puits et des galeries; elle les boise pour éviter les éboulemeols; elle les protège contre l'invasion de l'eau au moyen de pompes mues par la vapeur ou l'électricité; elle les aère, pour atléauer l'élévation de température, à l'aide de puissants ventilateurs mécaniques ; elle triomphe de la dureté du cristal de roche, qui est parfois extrême, en multipliant te nomhre des ouvriers, en leur donnant des outils spéciaux, en employant au besoin, comme au Transvaal, des perforatrices à air comprimé et des explosifs. Eofia, te minerai une fois abattu, on le transporte dans les galeries, puis on le remonte à la surface au moyen d'appareils mécaniques divers : wagons, bennes, etc. Pourassurerlefonctionnementd'un outillage aussi compliqué, il fautcapter des sources, construire des barrages, établir des turbines, accumuler des approvisionnements de houille et de bois, réunir tout un personnel d'ingénieurs, de conlremattres, de travailleurs manuels, eu un mot, créer à la surface des mines de véritables usines.

Le traitement du minerai de Hlon exige l'emploi d'un outillage non moins complexe que celui que nous venons de décrire et, de plus, des manipulations très délicates. La difficulté est soit de broyer les morceaux de quariz qui contiennent l'or, soit de séparer l'or des sulfures non oxydés auxquels on le trouve incorporé, quand il est pris à des profondeurs où l'eau ne pénètre plus. Parfois aussi il faut l'isoler d'Autres métaux avec lesquels il est mélangé. Pour broyer le minerai, l«s Espagnols, qui dès le xvr siècle exploitaient superficiellement quelques filons dans les mines du Pérou, se servaient d'une aire pavée ou arraslra sur laquelle le minerai était foulé aux pieds des arfTîhaux, puis, plus tard, écrasé par de grosses pierres mues par ta force hydraulique. Ce procédé, encore usité en Californie et dans la Colombie britannique, y est arrivé à un haut degré de perfection. Mais presque partout, il a été remplacé par le moulin à or. Cet appareil, employé pour la première fois dans le Tyrol et en Californie, se composait primitivement de pilons de bois protégés par une ar-

miii beaucoup de techniciens croient ce projet iiréilissble. — Cf. Engineering and Mining 7ouma2,TjenTiarl904. — Ci'. auMi Micbaut, Lei mina d'or du Tranmaal, ïil. Pour creuaer des puits de 1.000 mètres il faul dépenser des années de traTaîl et des millions de frsnci.

LA PRODCCnON DE L'OR. 147

mature de métal qui, soulevés au moyen de la force hydraulique, retombaient sur le minerai. Aujourd'hui les pilons sont Tormés de masses métalliques pesant de 3 à 600 kilogr.; ils sont mus par de puissantes machines, associés par batteries de 15ou 20 el retombent environ 90 fois par minute dans d'énormes mortiers solidement assis sur des fondations de béton. Chaque pilon peut broyer de 4 à 8 tonnes par jour et il existe au Transvaal, aux États-Unis, des compagnies minières qui en mettent en mouvement plusieurs centaines. Ajoutons qu'on prépare le broyage en écartant par un triage les blocs stériles et en faisant passer les autres dans des concasseurs qui en réduisent préalablement les dimensions. Enfin, depuis quelques moi», on tente d'achever le broyage à l'aide d'appareils à cylindres dit te tubes mills » dont on vient de faire l'essai au TransVaal el en Australie. Leur emploi permettra, croil-on, de gagner beaucoup de temps et de réaliser de notables économies'.

En même temps qu'on broyé le minerai, on travaille à en isoler l'or. Pour cela, à l'intérieur même des mortiers, on verse du * mercure qui, s'amalgamanlavec lui, en retient une partie, tandis que le résidu s'écoule sur des plaques de cuivre attenté recouveries également de mercure, dites tables d'amalgamation. Si le minerai ainsi traité a été extrait à une Faible profondeur et par conséquent oiydé par l'humidité, l'inlerveation du mercure sous cette double forme suffit pour absorber l'or dans la proportion de 80 à 85 0/0'. Maïs si le minerai est faiblement oxydé, le mercure n'a plus qu'une action insuffisante. C'est précisément ce qui est arrivé au Transvaal à partir de 18S9 : les perles d'or abandonné dans les résidus s'élevèrent â 50 0/0 el croissaient chaque jour h mesure que le minerai venait de profondeurs plus grandes*. L'industrie aurifère traversa alors une crise redoutable dont elle ne sortit que par l'ioveation de deux procédés nouveaux qui permirent de réduire le minerai non oxydé : la chloruration et la cyanuration.

1 Èconomisu mropéen, 12 août, <> sept. 1904.

* La séparation de l'or d'ttTec le mercure se Tait ensuite aisément par des procédé! que nous ne décrirons pas.

1 Celle difEcnlté ne saurait se produire pour le minerai de placer qui, étant déufrégé «t roulé par l'eau, est nécessairement oxjdc.

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Pour procéderais chloruralion', on sépare.àrBide de moyens mécaniques que nous passerons sous silence, les résidus de l'amalgamation en deux parties : d'un cAlé, les matières les plus légères et les plus pauvres en or, de l'autre, les plus lourdes qui en contiennent parfois jusqu'à 150 grammes par tonne. Ces dernières qu'on appelle les « concentrés » subissent un grillage destiné k en oiyderles parties py ri teuses et on les soumet ensuite <^ t'aclioo prolongée d'un courant de chlore. On obtient ainsi une solution de chlorure d'or, dont Tor est facilemenl séparé; (juant aui matières pauvres en métal précieux elles sont soumises à la cjanuration*. Pour cela, on les subdivise elles-mêmes, par décantations successives dans plusieurs cuves, en deux fractions: la première, composée des parties lourdes et renfermant 60 0/0 de l'or contenu dans l'ensemble, porte te nom d'e* « tailings >■ ou sables ; la seconde, très pauvre en or, celui de « slimes s, ou boues. IjCS tailings, mélangés à dn cyanure de potassium, donnent une solution de cyanure double de potassium dont on exirait l'or après filtrage, dans la proporlion de 80 h 85 0/0 de métal qu'ils avaient conservé. Quant aux slimes, qui contiennent d'ailleurs très peu d'or, ils étaient primitivement abandonnés, mais on a trouvé depuis le moyen de les soumettre à la cyaniiration, parfois même sans les séparer des tailings. Bien plus, on tend aujourd'hui à remplacer par la cyanuralion les deux opérations qui la précèdent, c'est-à-dire la chloruration et l'amalgamation. Si l'emploi de cette méthode, déjà essayée avec succès au Transvaal et en Australie, se généralise, il aura le double avantage de simplifier l'outillage et de substituer au chlore et au mercure un produit beaucoup moins coûteux : le cyanure de potassium *.

Tel est le procédé le plus fréquemment usité, mais dans les régions où l'eau est rare, par exemple dans certaines mfnes

' Kuas. nullftin irimfiiriel de CindaUrU mirUraU. 1902, p 763; R.-G. hén, nulletin de li SoeiéU d'encouragement pour Viniuntrit nad'onafr, juillet IM3.

■ \a procédé inienté en 1887 par Méc Arthur Foresl n'a été iniroduîl bu Tnnttail qu'en 1889.

> L'influence exercée tur la puissance producltve de l'industrie par l« perfectionnement leclinique, n'est traduite en quelque *ort« matériellemaDt par la posai- Inliié de Irailer Incralivement des résidus abandonnés. C'est ce qu'on a Tait particuli^remeot au TransTaal.

' l'our les procédés techniques au Transraal, Cf. R.-O. Lévj, îoe. oit.

I^ PRODUCIION DE l'oR. 149

d'Australie et des Ëlals-Unis, on s'etTorce de l'éconoinisep en remplaçant le broyape à l'eau par le grillage qu'on fait suivre de chloruralion et de cyanuralion. Pour certains minerais, très abondants aux Élals-Unis', qui contiennent, avec de t'or, du plomb mélangé de cuivre, d'argent, d'étaïn, etc., on recourt toutes les fois qu'on le peut au grillage suivi de coupellation. Ce traitement, souvent employé dans le Colorado, consiste, après avoir grillé le minerai, à le fondre de façon à former un bloc à peu près pur de matières non métalliques, qu'on introduit dans une coupelle faite avec de la marne, du ciment, ou simplement des os pulvérisés. On place la coupelle dans un four ei la matière poreuse, qui la constitue, absorbe, sous l'influence de la chaleur et de l'oxydation qui en est la conséquence, tous les mélaui autres que l'or el l'argent. L'argent est ensuite séparé de l'or.

Il existe encore d'autres méthodes, variantes ou combinaisons de celles <|ue nous venons de décrire, qu'on applique suivant la nature du minerai et aussi selon les ressources dont on dispose. Parfois même la proportion des métaux autres que l'or renfermés daQ.s le minerai est telle qu'on est obligé d'appliquer simul- (anémentou successivement, en les combinant de façons diverses, les méthodes métallurgiques propres à dilTérenls métaux. Tel est précisément le cas de la veine de Comstock située aux Etals- Unis dans l'état de Nevada. Elle contient de l'or et de l'argentet les variations constatées, au cours de l'exploitation, dans la composition du minerai ont été telles que, combinées avec les variations de valeur du métal argent', elles ont déterminé les propriétaires de cette veine à traiter l'or d'abord comme produit principal, puis comme produit accessoire et enfin de nouveau comme produit principal. Ce n'est pas ik, d'ailleurs, un cas particulier : aux États-Unis l'or extrait des mines d'argent, de cuivre ou d'élain représente environ 500.000 once?, soit 1/8 de la production totale*. Grâce à l'emploi de ces méthodes, adaptées avec tant de souplesse à la composition des minerais divers, la pro-

■ Au Ueiique, l'or est également méUngé à l'urgent. Curie, ho. o 1 La proportion de l'argent l'eat parroi» élevée jusqu'à 55 0,'0. 1 Carie, p. SK>. Il s'agit de la production annuelle.

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portioo de l'or eslrait aujourd'hui du minerai de (ilon varie entre 85 et 95 0/0'.

La description sommaire que nous Tenoos de faire des o[>ératioDS Dccessaires à l'estraclioD e( au Irailemeat du minerai donne par elle-même une idée de la complexité des outillages et de l'importance des capitaux qu'ils absorbent'. Mais les compafçnies minières sont allées, dans la voie de l'extension et de la conceo-tralioQ de leurs entreprises, beaucoup plus loin encore que ne l'exigent les nécessités techniques de l'exploitation; elles se sont souvent laissées entraîner par l'évolution que nous venons de décrire jusqu'aux limites extrêmes marquées par la quantité de minerai dont peut disposer chacune d'elles. On en jugera par les quelques chiffres suivants que nous compléterons d'ailleurs au cours de cette étude. Le rendement mensuel de la mine d'EI Oro au Mexique est de 1 million de francs; celui de la mine de Mount Morgan, dans le Queensland Australien, est de 1.300.000 francs; celui de la Sïmmer and Jack au Transvaat est de plus de deux millions. Dans l'Alaska la mine de Treadwell met en mou- , vement 5iO pilons; elle extrait en moyenne 600.000 tonnes par an et a distribué depuis 1890, 26 millions de francs à ses actioanaires. Dans le South Dakota, la mine de Homesteake adOO pilons, et en aura bientôt 1.100; elle traite 1.400-000 tonnes par an et produit plus de deux millions de francs par mois'. D'ailleurs ces exemples ne sont pas isolés : il existe aujourd'hui dans le monde, 30 mines, situées pour la plupart aux États-Unis et au Transwaal, dont le rendement mensuel varie de la plus grande à la plus petite, entre 800.000 francs et 2 millions. Ajoutons que les compagnies minières ne se contentent pas d'accroître l'importance de leur outillage; elles cherchent aujourd'hui à s'associer, pour accomplir certaines opérations en commun; dans le district minier auquel le Transvaal doit sa célébrité, le Willwatersrand, elles ont même, ainsi que nous le verrons bien-

< Il Ts de soi que ces perfeclionnements ont rendu possible, malgré la compUcttion dei opération!, l'eiploilation de minerais de plus eo plus pauvres. — Li limite d'eiploitabilili nalureUemeut 1res variable suivaut les flions est en général basse : dans les condiliOQS les plus favorables elle ett d'environ 5 grammes d'or par tODUe.

- Le capital miniinuin aéceesaire pour l'iaslallation d'une mine modernt est, selon M. Curie, de 30.000 livres, il s'élève parfois à 100.000. Loe. cit., p, 33K et »43,

'Cf. Curie, loc. cit., pataim. Engineei-ing and Mining Journal, 1904,*! Eoonamiit de Londret, 1904, pasaim. — Michaut, loc. cit., p. 132 et suiv.

LA PRODUCTION PE l'oR. 151

tM, coQslitué de véritables trusts qui dominent la production dn dtstricl loul ealier et ont la haute main sur la spéculation. Gomme il arrive d'ordinaire, l'évolution de l'industrie aurifère et son perfectionnement y a produit une certaine différenciation des fonctions. C'est ainsi que l'extraction et le traitement du minerai, complètement confondus dans la petite industrie, où le même ouvrier, se servant du même instrument, la bâtée, ramasse le sable aurifère puis le lave sous un courantd'eau, se sont peu à peu scindés, dans la moyenne, puis dans la grande industrie, en deuscatégoriesd'opératioastechniquementdistincteset, qu'aujourd'hui, ces opérations lendentà se séparer économiquement par la constitution d'entreprises indépendantes consacrées les unes à l'eslraction elles autresau traitementda minerai. Celte tendance, dont la réalisation complète sera toujours entravée par le poids considérable du minerai d'or relativement à sa valeur, est parliculièreraent sensible dans certains pays, comme le Colorado, où la construction des voies de communication est très avancée et où l'eau nécessaire au traitement du minerai n'est pas à proximité des mîiies; cette tendance pourra aussi se développer là où, le minerai étant très dispersé, il y a intérêt à le concentrer pour réduire les frais delraitement. Dès maintenant ce phénomène est assez accentué pour que des usines de traitemenl, dont le nombre et l'importance se sont accrus sensiblement depuis vingt ans, aient pu s'établir, non seulement dans les pays, d'extraction, mais même, grâce à l'abaissement des frets, jusqu'en Europe. Les statistiques de la monnaie française montrent que des importations ont lieu aujourd'hui dans plusieurs pays tels que l'Angleterre, l'Allemagne, l'Autriche, etc.; en 190Î) l'industrie allemande a produit, avec du minerai importé, 344 kilogrammes d'or 6n'.

Toutefois la manifestation la plus nette de cette tendance à la différenciation des fonctions, dans l'industrie aurifère, consiste dans la séparation complète et dès longtemps réalisée de l'industrie de l'affinage d'avec celle de l'extraction et du traitement. La scission, favorisée par la haute valeur de I or relativement à son volume et la facilité de le transporter à bon marché qui en

I Amaund, Rapport de l'adminûtration det monnaie i et médailUt, 1904, p. 230, — U est regreiuble que les slatiatiques fournisn à la MonDaie ne aipirent que tarément les lingots du minerai importé.

est la conséquence, a permis à l'induslrie de l'affinage d'aller très loin dans la voie de la concentra lion. Cette industrie est aujourd'hui monopolisée par quelques grandes maisons de Londres et de Glasgow et un- petit nombre d'entreprises de moindre importance établies en France dans les environs de Paris. Ici se pose la question, sj grave dans d'autres domaiues de l'aclivîté économique, de savoir comment les bénéfices de la production de l'or se répartissent ou peuvent se répartir entre les trois industries de l'exlraclioD, du traitement et de l'affinage, si vraiment l'extracleur d'or et même celui qui le iraile conservent la liberté du marché, bénéficient du cours légal que la loi assure à leur produit, ou si les afGneurs nejouent pas vis-àvis d'eux un rôle analogue h celui des intermédiaires qui, dans lecomuierce des céréales, du vin, de la viande, du pétrole, etc., viennent s'interposer entre le producteur et le consommateur? Cette question est dans l'iaduslrie aurifère beaucoup moins grave que partout ailleurs; elle pourrait peut-être et par exception le devenir dans les rapports de l'industrie de l'eitraction et dulrailemenl, parce que les propriétaires de mines, dans un milieu où le traitement du minerai, pour une raison ou pour une autre, esl matériellement impossible, sont exposés à être livrés sans défense à des intermédiaires qui n'ont pas de concurrents ou s'enlendentavec eux et on constate, en elfel, qu'au Colorado certains propriétaires de mines ont été assez fortement rançonnés; mais nous ne croyons pas que le conflit, qui d'ailleurs à l'heure actuelle n'a aucune importance, puisse se généraliser ou prendre'. un caractère aigu, surtout dans tes rapports de l'industrie du traitement avec celle de l'afGnage. Un débouché illimité et à pris fixe, comme celui de l'or, échappe, en elîet, par sa nalure même, à un accaparement durable; du moins ceux qui ont réussi à s'en emparer n'ont pas pour le défendre cette arme redoutable des baisses de prix consenties poiir attirer la clientèle et tuer la concurrence naissante; ils ne peuvent se maintenir sur leurs positions que vis-à-vis d'un adversaire sans capitaux. Or, si celle siluatioa.est parfois celle des petits propriétaires de mines dont le minerai est pauvre et peu abondant, elle n'est nullement celle dos grandes sociétés minières, vis-à-vis des grandes entreprises de traitement, ni celle des entreprises de traitement vis-à-vis des colreprisos d'affinage. Les sociétés minières impor-

LA PRODUCTION DE l.OB. 133

Isoles oat toujours la possibilité, dont elles usent parfois aux Ëtals-Uuis, d'orgaoiser le traitement de leur or dans des lieux, plus favorables que ceux d'extraction; elles se comporteraient de la même Taçon ù l'égard de l'arfÎDage', si elles y trouvaient quelque avantage*.

L'évolntioD de l'industrie aurifère n'a pas eu seulement pour effet, en perfectionnant ses méthodes, d'augmenter sa puissance productive virtuelle; elle a augmenté sa puissance productive effective, en lui fournissant, avec les procédés techniques, les moyens économiques et sociaux de les mettre en œuvre, c'est-àdire le capital, la main-d'œuvre, et même, dans une certaine mesure, un milieu favorable à son développement.

On voit aisément tout d'abord comment la constitution de l'industrie aurifère en grandes sociétés lînancières a pu accroître ses ressources en capitaux. Un capitalisteisoléestnécessairement limité dans son exploitation par ses ressources personnelles elle créditque peuvent lui accorder les personnes en étal d'apprécier sa solvabilité. Au contraire une société Rnancicre qui émet des actions peut faire appel aux capitaux du monde entier. Le morcellement des titres divise les risques au point de les rendre négligeables; la publicité dont on les entoure permet à tous les capitalistes de les connaître ou du moins de s'en donner l'illusion ; enfin, la spéculation, avec les espérances qu'elle éveille si facilement et qui prennent volontiers, quand il s'agit d'industrie aurifère, des proportions démesurées, exerce sur les esprits une véritable fascination, qui a même trop souvent l'inconvénient de mettre le capitaliste à la merci des organisateurs d'entreprises. Or, précisément, l'babitude de constituer les mines en sociétés financières s'est propagée avec le même succès et dans les mêmes milieux que les procédés techniques décrits plus baut : elle rè-

< Lss frais d'arfinage soai d'aiJleurs très faibJcs. Nous tenons de source 9Ûre qu'en FraDce tout au moins ils larient de 5 à 6 Traucs par hilogramme.

' Jusqu'en 1901 l'industrie aurifëre rasse se trouvait à cet égard dans une situalion loule spâcisle. Obligée de liirer tout son or aux usines de l'Étal, celui-d en proBtait pour préleTer sur elle un impôt allant jusqu'à 15 0/0. Celte législalion rigoureuse a, comme nous le verrons, éyé abrogée. — !Jur ses înconvAnienls, Cf. Pierre Leroy- Beau lieu, La rénovation de l'Aaie, p. 46 et suiv.

gne aujourd'hui et se répaod de plus en plus en Austraiie, aux Ëtals-Uais', au Canada, dans beaucoup d'autres centres miniers secoodaires tels que la Rhodésie, le Mexique, et elle est tout & fait génératisée au Transraal.

La spéculation sur les mines d'or, qui était d'abord limitée aux pays producteurs, s'est peu à peu étendue h l'Europe tout entière, partjculièremenl A l'Allemagne, à la France et à l'Angleterre; les litres de certaines sociétés minières, spécialement celles d'Australie et plus encore celles du Transvaal, sont devenus véritablement des valeurs ioteroationales; ils donnent lieu à une spéculation effrénée qui engendre parfois les plus graves abus. Les 3/4 des opérations sur les mines sont purement de jeu et une bonne moitié des aGTaires minières lancées sur le marché, ou comme on dit en Angleterre << flottées », sont organisées par des spéculateurs malhonnêtes qui dupent des ignorants*. Dès qu'un placer ou un filon est découvert, qu'il soit susceptible ou non d'exploitation lucrative et parfois même avant de le savoir, on commence par « monter une affaire », sauf, s'il y a lieu, à s'en débarrasser, au hon moment, entre les mains des naïfs. Il s'agit toutd'abord de publier des essais alléchants ; pour cela on fait appel au concours de quelqu'ingénieur dont la complicité est plus ou moins consciente ; au besoin on se livre à des fraudes devenues classiques, mais qui, avec un peu d'habileté de la part de l'organisateur ou de complaissance de la part de la victime plus ou moins volontaire, peuvent encore réussir: morceaux de minerai riche déposés au fond des puits de prospection ; coups de fusil chargés d'or tirés contre les parois des galeries et simulant à merveille la tache jaune du métal précieux -sur le quartz, etc. L'essai favorable une fois obtenu , on constitue la société en la composant exclusivement d'actionnaires ayant l'honnêteté sans tacompétence ou la compétence sans l'honnêteté. Les premiers sont recrutésparmi les propriétaires et commerçants de province, les femmes crédules, les officiers retraités, tesecclésiasliques, elc, tous gens étrangers à la vie des affaires et faciles à tromper, les autres parmi les professionnels de la spéculation

< Nous verrons plus tain qu'aux Etali-Unia, par l'effet da la concentra lion des forlunei, beaucoup de grandes entreprises minières ont conservé cepenâaol 1t forme

> Curie, p. 338.

lA PRODUCTION DE L OR. 15S

frauduleuse. En même temps, on Tail appel au coacours d'une presse finaucièi-e spéciale, chèrement achetée, mais admirablement organisée, dont l'iofliience active ne tarde pas à enÛammer les imaginations et à provoquer une rapide hausse des actions. Il ne s'agit plus, dès lors, pour les organisateurs de la société, que d'écouter leurs titres à un taux aussi avantageux que possible et de recommencer'. 11 n'est même pas nécessaire d'aller jusqu'à la fraude pour entraîner le public ; il suffit de le livrer à lui-même, à son igaorance, à ses illusions, à la fascination de l'or et d'exploiter habilement la vérité pour qu'il se lance dans la spéculation avec un entrain qui devient, par moment, une vé- ' ritable furie et provoque des « boums » formidables dont l'histoire des mines d'or nous offre de si nombreux exemples. Qu'il nous suffise de rappeler, pour l'Australie, les scandales retentissants de la Londonderry, de la London and Globe, de la Lakeview; pour le Transvaal, le boum de 1889 qui bouleversa la ville de Johannesburg, y provoqua une crise immobilière d'une intensité inouïe, paralysa en France pendant quinze ans le marché des mines d'or et faillit ruiner l'industrie aurifère au Transvaal, puis le boumdelS9S,qui ruina tant de capitalistes imprudents et permit à des spéculateurs anglais de réaliser un bénéfice de plus de 800 millions'. Même en dehors de ces crises, la fièvre de l'or règne dans le public à l'état chronique et se traduit par un optimisme que l'expérience ne parvient pas h. guérir : on spécule comme s'il n'y avait pas de risques à courir, comme si les filons étaient inépuisables et leur teneur constante. Théoriquement l'acheteur d'une action de mines devrait pouvoir, avec les dividendes, pendant la durée probable de l'exploitation et jusqu'à l'épuisement de la mine, reconstituer son prix d'achat et obtenir, en outre, un profit en rapport avec les risques de l'entreprise. Or il n'eu est pas ainsi, même pour les titres qu'on considère comme des valeurs de placement et qui sont le plus souvent capitalisés à un taux tout à fait excessif.

> Telle est hIod M. Curie U méthode qui > prdiidâ è l'argaDisation d'une bonne moitié dei sociétés miaitrea, toc. cit., p. 338.

* GeoTgai Aubert, L'Afrigtie du Sud. L'un dei meilleun exemples que l'on puitse «ter de ces accto d'enlhousiaime suitIs d'une prompte dépression, est celai de ta Sheba Oold Mining C*. fondte en ISSfl au Transiaal. Lee acLons s'élerérent brnsquement de 2i k 1.250 francs puis relombèreot 6 50 francs, le tout en quelques

Les abus que nous venoos (fe décrire sont, au point de vue social, lout lofait regrettables; peut-être mèmeserait-il bon,aussi biea dans l'inlérét du public que dans l'intérêt des mines, qui négligent parfois la production pour la spéculation et se laissent aller au gaspillage, de prendre contre eui des mesures susceptibles d'y mettre un terme' ; mais on ne saurait douter que l'état d'esprit du public à l'égard des mines d'or combiné aTec les moyens que l'organisalion noancière de la grande induslrie met à la disposition des directeurs d'entreprises pour l'exploiler à leur proQt, ne Tacilile singulièrement leur approvisionnement en capitaux. On ne voit pas comment les mines d'or du Transvaal, par eien)ple, auraient pu réunir autrement un capital qui représente aujourd'hui sur le marché une valeur de plus de 8 milliards de francs et quand on sait par quels moyens elles l'ont obtenu, on oe s'étonne plus que les mines russes et sibériennes, constituées en petites sociétés fermées, qui oe peuvent pas ou ne veulent pas faire appel au crédit public, soient entravées dans leur développement par l'insuffisance des capitaux.

Avec les capitaux qui ne sont qu'un pouvoir de commander du travail, la grande industrie fournit encore aux. producteurs d'or le moyen d'assurer l'exécution de ce travail, c'est-à-dire la maind'œuvre. Il est vrai qu'ici les avantages résultant de l'évolution industrielle apparaissent moins nettement. La puissance attractive de l'or, en effet, a dans tous les temps déterminé vers les régions oii il est découvert des afflux de population, des « rushs », suivant l'expression consacrée, d'hommes venus de tous les points du monde : ainsi la découverte des gisements australiens a provoqué vers ce pays un courant d'immigration tel qu'en deux ans la population sextupla*. Il en fut de même en Californie, et, bien qu'à un moindre degré, dans tous les Ëtals-Unis où l'industrie aurifère naissante a attiré immédiatement des ouvrier^ de toutes tes nationalités : Américains, Anglais, Irlandais. Finnois, Italiens, etc. Il est même à remarquer qu'elle exerce su ries Chinois, toujours disposés à quitter leur pays surpeuplé, parfois aussi sur les Japonais, une influence particulièrement séductrice.

» Cbs ibuï sa produistnl mém* au Transiaal où le caractère ip4cula(if de Hndustrïe aurifère ee manifeste moini fortement que partout aiUeura, — Micbant, loo. cil., p. 14£.

* Cf. Levasseur, La queilion de Cor, toc. cU.

DigilizedbyGoOgle

LA PRODDCTION UB l'oR. 157

Les Chinois se sont transportés en foule, dcsladécouTertcdes gisements d'or, d'abord en Califoroie, puis en Australie et comme, ea raison de leur résistance à s'assimiler la civilisation européenne, de leur esprit d'économie qui les pousse h consommer lo moins possible, pour.envoyer ou emporter leurs gains dans leur pays, de leur tendance k envahir les petites industries et le petit commerce, surtout, peut-être, du taux peu élevé des salaires dont ils se contentent, ils c&citent partout une vive bostililc, on a pris contre eux, aux États-Unis comme en Australie, des mesures prohibitives, tendant à arrêter complètement l'immigration par des moyens directs ou indirects. Mais si, dans les deux régions dont nous venons de parler, la question de la main-d'œuvre est résolue de la façon ta plus satisfaisante, sans que sa solution paraisse avoir une relation directe avec l'évolution de l'industrie aurifère, il n'en est point partout ainsi. En Sibérie, la maind'œuvre est rare et son recrutement difficile parce qu'il doit se faire au loin; la construction du lranssihérien,doat l'achèvemeot aujourd'hui le facilite, l'a pendant ces dernières années gravement entravé et les très rares sociétés qui, sinon par leur constitution linancière toujours très arriérée, du moins par l'importance de leurs ressources, appartiennent à la catégorie de la grande industrie ou en approchent, sont seules capables d'opérer ce recrutement avec un plein succès au moyen de services spéciaux trop compliqués et trop coûteux pour être à la portée des petites entreprises. Au Transvaal, la solution de la question de la maind'œuvre a été, comme nous le verrons, plus ardue encore. Placées entre deux catégories d'ouvriers, les blancs qu'elles ne pouvaient occuper qu'en petit nombre en raison de l'élévation des salaires, conséquence du haut prix de la vie, et les noirs, qui ne venaient qu'en nombre insuffisant, les compagnies minières ont déployé une énergie extraordinaire pour faire triompher, malgré une opposition très vive au Transvaal et surtout en Angleterre, une solution, qui n'est peut-être pas la mL-illeure eu égard aux intérêts généraux de la nouvelle colonie anglaise, mais qui est on ne peu t plus favorable aux intérêts de la production. Elles ont obtenu l'autorisation d'importer de la main-d'œuvre chinoise.. Quand on voit au prix de quels efforts elles ont réussi, quelle pression elles ont exercée sur l'opinion et sur le gouvernement, on se rend compte, abstraction faite des accusations formelles de

158 LLCIEN BROCARD.

corruption qui oDl été portées contre elles, qu'une puissance fînaocière moindre que la leur eût couru grand risque d'échouer dans une entreprise aussi délicate'. Toutes ces compagnies minières, au Transvaal et ailleurs, ont-elles toujours assuré à leurs ouvriers un salaire suffisant et des conditions de travail conformes aux exigences de l'hygiène? Ont-elles eu, en un mot, conscience de leurs devoirs sociaux vis-à-vis de leurs ouvriers? C'est une tout autre question. Si, dans certains centres miniers, aux États- Unis, en Australie par exemple, les travailleurs manuels louchent un salaire en monnaie assez élevé", il serait aisé de montrer que dans d'autres, vis-à-vis surtout de salariés appartenant à des milieux sociaux peu éclairés, des abus ont été commis, qu'au Transvaal, par exemple, on a exploité, parfois plusquede rai&on, au détriment d'ailleurs du bon recrutement de la main-d'œuvre, la misère et l'ignorance des noirs, qu'un peu partout l'antagonisme de classe, conséquence habituelle sinon nécessaire du développement de la grande industrie, a pris naissance en même temps qu'elle, se traduisant, du côté des patrons, par une opposition irréductible à toute tentative de leurs ouvriers de se constituer en associations, du côté des ouvriers par des grèves désordonnées telles que celles qui, en 1903*, ont causé un si grand préjudice à l'industrie aurifère du Colorado. Malgré toutes ces réserves, il reste vrai cependant que l'évolution de l'industrie aurifère a joué un rôle important dans le recrutement de la main-d'œuvre. Là même, en effet, où son intervention directe n'a été ni nécessaire, ni effective, par exemple aux États-Unis et en Australie, elle a exercé à cet égard, grâce à son action particulièrement stimulatrice sur les milieux dans lesquels ellese développe, une influence indirecte qui, dans tous les pays, mais spécialement dans les ré-

< Qui pourrait douter d'ailleurs que celte puïssBacc Qoaacière, par les effortt qu'elle a faits pour secouer le Joug de l'idminist ration dei Boers et échapper t. hs tracasseries, u'ait contribua dans la plus large mesure à provoquer la guerre avec rADglelercB 1

1 Kn Australie, le salaire Tirie de i'j i 70 sh. par semaine, aux Ëlats-Unis il est d'eoviron 3 dollars par jour. Dans les Indes, au Canada et au Transvaal surtout, il est beaucoup plus élevé. Curie, loc. cil., p. 10. Il faut observer d'ailleurs qu'en raison du haut prix de la vie dans les centres miniers, le salaire réel est beaucoup moins élevé.

' Les associations d'ouvriers employés dans les mine» d'or n'existent guère qu'en Auatralie ; aux Èlals-Uoi! même las patrons les ont combattues el elles revêteol le plus souvent une forme occulte.

LA PRODCCTIOfi DE h'OR. 159

gions incultes et même rébelles à la civilisation, oîi elle va parfois chercher sa matière première, a acquis une portée considérable, s'étendant noo seulement à ta main-d'œuvre mais à la production tout entière.

L'industrie aurifère, en effet, jouit au plus haut degré de la propriété d'éveiller autour d'elle la vie économique. Ouand elle s'établit quelque part, elle commence, il est vrai, par attirer toutes les activités, en les détournaal, par l'attrait des gains considérables qu'elle permet parfois de réaliser, de leurs anciens emplois. C'est ce qu'on a vu en Californie, où la découverte du minerai d'or exerça une (elle séduction qu'on ne pouvait plus trouver ni agriculteurs, ni ouvriers, ni domestiques, ni imprimeurs, ni même rédacteurs de journaux et que les marins envoyés pour rétablir l'ordre se laissaient comme les autres attirer par les placers'. Le même phénomène s'est renouvelé en Australasie et il se produit encore de nos jours dans l'Australie de l'Ouest. Quand le bruit se répand de la découverte d'un nouveau champ d'or, des milliers de personnes partent à travers le désert, en voiture, à cheval, à bicyclette, pour ne trouver bien souvent au terme di^ leur voyage que la désillusion, parfois la mort. Il arrive même que l'industrie aurifère, quand, par suite de circonstances diverses, elle n'a pas pu se développer assez largement, se constituer en grandes entreprises, absorbe défînitivement les activités elles capitaux qu'elle a attirés, sans que rien ou presque rien en re- , jaillisse sur le milieu qui l'entoure. Tel est précisément le cas du la Sibérie et aussi celui plus net encore de la Guyane française où la décadence de l'agriculture, l'état stationnaire de l'activité économique, qui s'expliquent d'ailleurs pardes causes complexes, en particulier par les fautes de notre administration, ont pu être attribués non sans quelque raison à l'influence de la production de. l'or'. Mais, partout au contraire où l'industrie aurifère a réussi à prendre de l'extension, à se constituer en grandes entreprises, elle a exercé sur la vie économique régionale, en attirant en abondance des capitaux et des immigrants, en fournissant de larges débouchés à l'agriculture, aux industries manufacturières et au commerce, en provoquant la création de nombreuses voies

■ L«Tai)euF, loe. tit.

» Cf. Le»eiUé, Dos. pari. Chambre, 1897, p. 1425.

de communication, l'influeDcc la plus heureuse. Cette ïaDuence stimulante, fruit de la solidarité qui uait les unes aux autres les industries d'une même région, n'est pas spéciale à l'industrie aurifère; elle constitue un phénomène économique très général, dont l'importance même a permis à l'école de l'économie nationale d'en faire le fondement scienlifique de sa doctrine' ; m&is, ce qu'il j a de particulier à la grande industrie aurifère /c'est son incomparable puissance d'expansion, la force eitraord inaire avec laquelle elle réagit sur son milieu, au point d'y hàler le développement économique de iOou 50 ans, ainsi qu'elle l'a fait dans la Californie, le Colorado, les grandes régions productrices d'or des États-unis, et aussi dans l'Australie, particulièrement dans le Queensland, la Nouvelle-Galles du Sud, la province de Victoria. Ce qu'il y a de plus remarquable encore, c'est qu'elle est capable de créer de toutes pièces un centre d'activité économique dans des régions absolument stériles, désertes et où la vie humaine semblait impossible. Telle a été précisément son œuvre au Transvaal à partir de 1887 et- dans l'Australie de l'Ouest à partir de 1892. Le Transvaal, ou plus exaclemenl le Wittwalersrand, aujourd'hui centre de l'industrie aurifère du Transvaal, n'était en 1887 qu'une vaste plaine couverte de buissons épineux, bulayée en été par des torrents de poussière rouge, couverte en hiver d'une boue visqueuse et séparée de tout pavs civilisé par une steppe immense de plusieurs centaines de kilomètres. Aujourd'hui, ou y trouve une ville de plus de 100.000 . habitants, Johannesbui^*, qui forme le centre d'une région mini ère, 'occupée par 1S2 mines et mise en communication avec le monde civilisé par des voies ferrées de plus en plus nombreuses. L'impulsion donnée à l'activité économique parla production de For a été telle, qu'en dix ans, de 1887 à 1898, les importations du Transvaal se sont accrues de 250 0/0 et les recettes budgétaires se sont élevées de 4.905.000 francs en 1887, à 99.207.000 en 1898. Dans l'Australie de l'Ouest l'influence exercée par l'industrie aurifère est peul-èire plus remarquable encore. Les champs d'or, en effet, étaient perdus dans un désert torride à 600 kilomètres de la côte, sans aucune communicalion

■ Caowèa, Comrt é'éeonoinif polUigut, I, p. 131 et paaùm. ' En six moi» on y a *lB>é des constructions pour plus ds trois dùIUoos de ÎÎTraa. — Cf. Rteue twd-afrioaine, 27 juin 1903.

avec elle, saos eau pour alimeDler les machines et laver le niiaerai, saos bois pour soutenir les galeries, sans moyens de subsistance pourTaire vivre des travailleurs, sans la moindre terre cultivable. Les colons, installés dans la région côlière depuis 4829, y végétaient dans un état misérable et avaient Tailli plusieurs fois l'abandonner. Or à l'heure actuelle la population de l'Australie de l'Ouest qui n'était que de 32.000 habitants en i890, dépasse le chiffre de 200.000; les champs d'or sont mis en communicatioD avec la cdfe par des voies Terrées dont on a construit 1.35S kilomètres en 1899; l'eau y est amenée par un canal de KO kilomètres qui distribue 20 millions de litres par jour; la ville de Coolgardie, construite au milieu d'un désert, où dans «un rayon de 150 kilomètres il n'y a pas assezd'herbe poUt- nourrir un lapin' », compte, tant dans son enceinte que dans ses environs, à peu près 7S.OO0 habitants et la colonie possède six banques d'émission dont la plus importante a 27^ succursales : « L'or, suivant une observation dont le caractère hyperbolique « n'exclut pas ta rigoureuse exactitude*, fut le talisman qui « accomplit, en moins de dix ans, ce que les tentatives agricoles, « aidées par le privilège de la main-d'œuvre pénale, n'avaient « pas réussi à faire en plus d'un demi-siècle. De l'obscurité etde « la pauvreté de son passt^, la colonie a bondi presque d'un « saut à une place de premier ordre. Ces Argonautes du xix* siè- (> cle ont fondé un El Dorado dans un Sahara ». — Il est inutile d'insister pour montrer que dans l'Australie de l'Ouest et au Transvaal, c'est-à-dire dans les deux régions minières les plus riches du monde, la petite ou la moyeaoe industrie aurifère eussent échoue faute de moyens de travail et faute de moyens d'existence et que d'ailleurs toute autre industrie humaitie eût été impuissante à produire un pareil résultat.

L'analyse que nous venons de présenter de l'évolution technique, économique et financière subie par l'industrie aurifère Dous montre, avant tout examen des faits, que celte évolution a

■ Oreffralh, DeuUohe geographUohe Blâlter, 1897, p. S19. ^Publioation de l'AvttralU de r Ouest pour F Exposition de tSOO, p. 159 et soir. C-S. — L. BnocARO. H

,yGoog[c,

eu et devait nécessairement avoir sur les frais de prodiiclioo, une action réductrice très marquée. La diminution des fraie, en effet, est dans tous les domaines de l'actÏTité économique, la conséquence nécessaire de rétablissement de la grande industrie et de sa concentration; il n'y a aucune raison pour (|ue l'industrie aurifère fasse exception à cette règle générale. L'introduction' du machinisme, le progrès des méthodes métallurgiques, qui permettent d'utiliser des forces phvsiques et chimiques jusque-là ignorées, la concentration des capitaux et des moyens de travail, le développement de l'activité économique dans les centres de production n'ont pas pu ne pas produire ici leur effet ordinaire. D'ailleurs, quand on éludie les bilans des compagnies minières, les rapports aux assemblées d'actionnaires, les rapports de la chambre des mines du Traosvaal, on peut saisir sur le fait l'économie réalisée par l'effet de telle ou telle amélioration. Ainsi, lorsqu'à partir de 1889 on a généralisé, au Transvaal, les procédés de la chloru ration puis de la cyanuration, grAce auxquels la proportion de l'or extrait du minerai s'est élevée de 45 fl/O environ à 85 ou 90 0/0 et cela moyennant une dépense bien inférieure Ji la valeur du surcroît d'or obtenu, on a certainement réalisé une économie sur les frais de production ' et si considérable qu'elle a bientôt permis aux mines d'or du Transvaal de sortir de la crise redoutable an milieu de laquelle elles se débattaient à cette époque. De même on a calculé qu'une compagnie minière qui porte de 60 à 150 le nombre de ses pilons réalise une économie qui varie de 10 à 25 0/0 de la valeur des pilons' et c'est précisément pourquoi on voit certaines compagnies minières, par exemple au Transvaal, la Slmmer li)ast et la Knighl's Central Deep, organiser en commun le broyage de leur minerai, de façon i pouvoir coDstiluer de grandes batteries de quatre à cinq cents pilons. D'autres s'unissent pour mettre en commun les puits de descente, dont elles réduisent aussi le nombre en leur substituant des galeries transversales beaucoup moins coûteuses. Enfin, tout récemment, l'introduction des « tubes mills », dont nous avons précédemment parlé, semble devoir produire un effet analogue: ils

< Nous savons d'ailleurs qu'à ce moment on a pu traiter arec proAt des tailings sbaudonnéi.

> Revue aud-afrioaine, SI lévr'mr 190t.

coûtent sensiblemeot moins que les pilons et on peut, en remplaçant par eui. un certain nombre de pilons, broyer, dans le même temps, la même quantité de minerai. Au reste, dans un régime économique comme le nôtre, qui n'a pour mobile et pour régulateur que le profit avec ses variations, l'évolution que nous avons décrite ne se serait pas produite si elle n'était lucrative. Cependant, quand on sort du domaine de la déduction et de celui de l'observation, appliquée à des faits particuliers, comme ceux que nous venons de citer, pour étudier ta proportion des frais d'exploitation relativement à une quantité donnée de minerai trailé ou d'or extrait par une mine ou un ensemble de mines pendant un certain temps, on est quelque peu déconcerté. Non seulement on constate, d'une région à l'autre et souvent d'une mine à l'autre', des différences énormes qui peuvent varier de f> à 70 francs par tonne de minerai traité, mais dans la même région, dans la même mine, on observe des- variations très fréquentes, très accentuées et aussi bien, on pourrait même dire plus souvent, dans le sens de la hausse que dans le sens de la baisse; la réduction constante des frais de production sous l'influence des causes précédemment analysées, au lieu de se traduire, pour lesproducleurs d'or, par un écart, grandissant sans cesse, entre des dépenses, qui sembleraient devoir diminuer d'une manière régulière et des recettes •produites par une vente à prix fixe, coïncide au contraire avec une mobilité singulière du taux des profils et des dividendes distribués. Tel esl par exemple dans le Queensland Australien, le cas de la mine de Mount Morgan, l'une des plus grandes du monde. Fondée en 4882 au capital de 1 million d'actions d'une livre, elle a devant elle un champ d'or immense qui ne sera pas épuisé avant vingt ans. Son administration est remarquable; elle a adopté les uns après les autres tous les perfectionnements introduits dans les méthodes d'exploitation et en a même plus d'une fois pris l'initiative. Or tandis que de 1882 à 1889 elle a joui d'une prospérité extraordinaire et payé, en sept ans, un million sept cent mille Hvres & ses actionnaires, depuis cette époque, à partir de

■ En 1903, la mine de Treadwell dans l'Alaska dépensait 6 francs par tonne de minaraJ, la Horaeiteake en dépenaail I!; la Sitnnier and Jack an Trantisal M, la mioe de Callao dans le Veneiuelt, 10; Curie, loe. eit, et EoonomUt, 1903.

laquelle cepeodaot oat élé découverts les perfectionaecneDls les plus importants de la métallurgie de l'or qu'elle n'a pas manqué d'adopter, ses dividendes ont diminué de telle sorte que la valeur de ses actions, qui en 1889 était de H livres, est retombée en 190'J à une livre'. Même au Transvaal, oii les dividendes soDl moins variables que partout ailleurs, on constate encore des oscillations considérables. La chambre des mines du Traosvaal a calculé pour un certain nombre de compagnies du Rand, prises parmi les plus importantes, que de 1887 à 1899 les frais d'exploitation par tonne ont élé de 3t sh.2, pour un rendement moyen de 41 sli.9. En 1898, ils étaient de 23 sh. 9 pour unrendemealde 45 sh., et en 1903, ils sont remontés à 26sh.4, pour un rendement de43sh. 1*. — Ces exemples, choisis au hasard, ne sont pas isolés; nous pourrions y ajouter celui de la Sibérie, où l'écart diminue très rapidement dans toutes les enlreprisi-s anciennes, entre le rendement et les frais; celui plus net encore du Canada, où le phénomène a pris une telle importance que la production, ainsi que nous le verrons, en est réduite depuis deux ans dans des proportions énormes; celui de toutes les mines d'Australie enfin, où les Trais par rapport au rendement varient, pour ainsi dire, d'un jour à l'autre.

D'une manière générale on peut donc dire que la proportion entre les frais moyens d'exploitution de l'or et la quantité de minerai traité eu un temps donné est très variable d'une époque à une autre, et plus variable encore la proportion entre les £i-ais d'exploitation moyens et la quantité d'or extrait, puisque, comme le montre l'exemple du Transvaal, indiqué ci-dessus, les frais de production par tonne et le rendement en or par tonne peuvent varier en même temps, dans des sens différents'. Comment donc concilier de pareils faits avec l'action réductrice exercée sur les frais de production par les causes précédemment ' analysées?

Il faut pour cela faire une distinction entre les frais de production relatif à un minerai déterminé, dans des conditions données d'exploitation et les frais de production moyens d'une

' Curie, lac, cit., p. 373 ot EcanomUt de Londres, 1W3.

> Miïhaut, p. 60 etsuÎT.

> Les eiemples que nous tToni cilis semblent môme indiquer qufl.dias les enti*ei, l'écarl entre les receUes et les dépenses tend i diminuer.

DigilizedbyGoOgle

LA PRODUCTION DE LOR. ibS

mine ou d'uae région iniuière calculés pour une certaine période par rapport au minerai trailé ou à l'or entrait. Les premiers décroisseat d'une manière continue et délînitive à mesure que l'organisation technique et financière des entreprises minières s'améliore elquelemilieu devient plus favorable à l'exploitalion', les seconds varient avec les diTlicultéâ d'extraction, de traitement et la teneur de l'ensemble du minerai exploité. Or nous savons que l'irrégularité est la caractéristique dominante de tous les gisements d'or, aussi bien au point de vue de la teneur que des difficultés d'exploitation. Il n'existe k cet égard entre les régions minières que des différences de degré, le minimum d'irrégularité se trouvant au Transvaal et le maximum en Australie. Dans ces conditions, on comprend que les frais moyens, malgré les progrès réalisés par la technique, subissent, d'une époque à une autre, des variations considérables. On peut même affirmer, ainsi que nous avons pu nous en apercevoir déjà, qu'ils ont une tendance k s'accroître dans une exploitation donnée à mesure qu'elle se développe. Cette tendance ne s'explique pas seulement par la difficulté de poursuivre le minerai dans les profondeurs du sol et l'augmentation de dépense parfois très considérable' qui en résulte; elle lient encore et principalement k aneparticularité de la nature des gisements qui constitue l'une des manifestations les plus nettes qu'on ait jamais observée de la loi rdu rendement non proportionnel. C'est l'abaissement graduel de la teneur du minerai en profondeur quand il s'agit de filons et parfois aussi en étendue quand il s'agit de placers. Dans un champ d'or, le métal précieux est habituellement distribué par masses plus ou moins compactes autour ou au delà desquelles la teneur du minerai décroît plus ou moins vile, mais progressivement et, pour ainsi dire, en dégradé. Dans les filons, il n'y a en général qu'un point de concentration assez près de la surface et la teneur faiblit ensuite à jiartir d'une certaine profoudeur ; dans les placers il y en a plusieurs, irrégulièrement répartis, qui portent en Sibérie le nom caractéristique d' u yeux

< L« réduction des l^ais a élé telle que dans tes conditions les plus favorables l'or coûte moins k produire que tes aulres mélaui. — Curie, loc. oit., p. S.

* Oq a cftlcDlé qu'au TransTaal pour rreuser un poiU de E.OOO mitres, il faudrait on traTail de Tanntes et une dépense de 25 millioas de francs ayant d'avoir eitrait un seul gramme d'or. — Michaut, Les minei d'or du Tramvaal, p. 50.

166 I.L-C1KN BROGIRD.

de la mine » et auxquels l'industrie aurifère du pays borne d'ailleurs le plus souveat son eiploitaliou. Sans doute il ne Tant pas se faire de la teneur décroissante une conception rigide et inflexible, y voir une loi absolue, se manifestant partout et dans chaque filon avec une régularitémalhéinalique; il y a des cas particuliers dans lesquels elle ne s'applique pas, il y a même des centres miniers tels que le Transvaal, oit son action est moins seasible*; il y en a d'autres comme l'Australie où elle est masquée par l'eitraordinaire irrégularité de distribution du métal précieux; mais il n'existe pour ainsi dire pas un champ d'or où l'extension de l'exploitation au delà d'une certaine limite ne se traduise par une réduction progressive de la teneur moyenne, par conséquent par une tendance à l'élévatioa des frais de production par rapport à l'or extrait et même le plus souvent par rapport au minerai traité, surtout quand on étend l'exploitation en profondeur'. Ce phénomène, qui apparaît avec éclat dans la période de décadence de tous les champs d'or, se produit de très bonne heure au cours de l'exploitation ; il tend déjà à se généraliser en Californie el dans beaucoup de provinces australiennes; on le perçoit plus oedement encore, en Sibérie el surtout au Canada. Il a été observé h titre particulier dans les champs d'or les plus riches par un très grand nombre de techniciens', -et si quelques autres, comme M. de Launay* ont nié son existence, c'est parce qu'ils s'en sont formé une conception trop absolue dont l'examen des

■ Gâpendant elle eil p«ut-$tre poiir quelque chos« dans l'éléTalion des TraiB de production consistée *u Transvatl en 1901. — D'aUleun dans le Wittwatenrand il ; a de nombreuse) séries de filons obliques et superposés, dont la teneur est tris inégale ; on n'eiploite guère aujourd'hui que les deni plus rîcbes, le « main reef » et le « main reef leader », mais ai on lente un jour d'exploiter les autres, leur teneur étant beaucoup plus faible, le joue où on les abordera, les frais de production auront une tendance à croître très sensiblement, sinon pat rapport au minerai traité, du moins par rapporta l'or eitrait.

' tl existe en Australie des Hlons qui, à la surface, donnent jusqu'à 60 grammes par tonne et au delà de SOO mètres n'en donnent plus que 10 ou (2.

* La tendance à la teneur décroissante se manifeste moins pour tel ou tel Blon en particulier que pour l'ensemble d'un cbamp d'or. M. Curie signale k chique instant dans les mines qu'il a visitées daui tous les pa;s du monde, la teneur décroiaaantê en profondeur : ainsi le champ d'or de Kalgoorlie, dans l'Australie de l'ouest, a perdu, selon lui, la moitié de sa tbIpup en profondeur, loo. «il., p. 130,

* RtBue gétt^raU dei Sciencra, 30 ivnl 1900. — Un s'est fait eu sens inrerae une fausse idée de la teneur diïcroisiante quand on a mis en doute au TransTial la valeur des def.pleveU ou mines qui exploitent en les recoupant de dislance eo distanc« les Aloas de minerai, dont la direction, dans ce pays, est oblique.

LA PRODUCTION VE l'oR. IftT

faits leur adémootré l'ioesactitude; ils oat confondu la tendance avec la loi, la loi empirique avec la loi abstraite.

La loi de la teneur décroissante du minerai, qui, (elle que nous venons de la déânir est donc bien une réalité, constitue pour la grande industrie et surtout pour ses bénéficeB, quand elle cherche à tes augmenter en développant sa preduction, une menace redoutable. Le danger est d'autant plus grand qu'une société minière oe peut pas, à moins d'être constituée en entreprise volante, comme beaucoup de celles qui effleureot aujourd'hui les mines de Sibérie, régler sa production d'après des principes mathématiques et l'arrêter au point précis où lés avantages de l'extension et de l'économie qu'elle permet de réaliser sur les frais généraux necompensent plus les inconvéaienls de la teneur décroissante. 11 faut, quoi qu'il arrive, continuer la production, aborder chaque jour de nouveau minerai, ou se résigner à subir les conséquences qu'entraîne la suspension du travail : dégradation des puits et des galeries, détérioration des machines, dispersion du personnel, dépréciation des actions, difficullés de toute nature, dont nous pouvons mesurer aujourd'hui la gravité par la lenteur avec laquelle les mines du Transvaal ont repris leur exploitation après la guerre. Une entreprise minière ne se résigne à une pareille exirémité, où elle court le risque de trouver la mort ' , qu'après avoir perdu tout espoir de revoir des jours meilleurs et si cet espoir lui reste, si faible soit-il, elle continueà produire sans bénéfices, ou même k perle, en attendant souvent plus que de raison sa r,éalisalion. Or, précisément, dans l'induslrie aurifère, jusqu'au moment où les champs d'or mis en exploitation sont complètementépuisés, un tel espoir n'esl jamais perdu, non seulement parce que la teneur de tous les filons n'est pas toujours décroissante, parce qu'elle ne Test parfois que faiblement, sans exclure, à certains moments, la découverte de poches plus riches qui relèvent pour un temps la teneur moyenne du minerai, mais parce que après avoir épuisé un filon h teneur nettement décroissante, on peut encore, en creusant des galeries dans différentes directions, découvrir un autre filon aussi riche que le précédent au début

> U eil à craindra que quelquss-unes des mines daTransTaaine ae relère du coap qae leur a porté la guerre.

de son esploilalioo ; c'est précisément ce qui est arriyé en Nouvetle-Écosse où lescompagnies minières, après avoirvégété pen- (lantde longues annéesàexploiterdes âlons iDctinés, irès courts, il teneur rapidement décroissante, ont fini par s'apercevoir que, sous chaque filon superficiel épuisé, il j en-avait plusieurs autres superposés suivant une direction parallèle'. Dans ces conditions et eu présence de ces faits sur lesquels l'optimisme humain, surtout quand il s'agit d'or, fonde habituellement des espérances démesurées, on peut poser en principequ'uneenlreprise minière cède le plus souvent à la tentation de s'établir par* tout où quelques chances de succès se présentent et, une fois établie, de pousser son exploitation, malgré l'élévation progressive de ses frais moyens, jusqu'aux limites les plus extrêmes de ses ressources en minerai et en capital. 11 suffît d'ailleurs, pour vérifier expérimentalement cette déduction, d'observer le petit nombre d'entreprises de mines d'or qui donnent des dividendes; ainsi, au Transvaal, où l'exploitation est de date récente, où la distribution de l'or dans tes gisements est remarquablement régulière, où, par conséquent, la loi de la teneur décroissante n'a pu exercer jusqu'ici qu'une influence négligeable, un quart des mines, tout au plus, paient desdividendes réguliers et le bénéfice net total de reiploitatîoneDl899,à laveillede la guerre, c'est-à-dire à l'époque la plus brillantede son histoire, àl'époque aussi où les procédés techniques ont alteintleplushaut degré de perfection, ne représente guère plus de 3 0/0 des cinq milliards de capitaux qui j sont consacrés *. Si on pouvait faire le même calcul pour l'ensemble des régions productrices du monde, on aboutirait à un résultat beaucoup moins favorable, et, peut-être, verrait-on que la rémunératTon moyenne du total

i Farjbaull, The Goid measurcs of Nova Scotia and Deeii. Mining. Ottara, 1899, Hsuscr, loc, cit., p. 163.

) NouB nous sommes baii pour faire eu calcul sur les donaies fournie» par la Chambre dea mines, et par Sir Percy Fitipatrick président de la Raod mine, qui a établi qu'en 1899 le bénéfice net total de l'indualrie minière au Transvaal aiait 4\t de 41,4 0/0 de l'or produit, soit par conséquent, la production a^aol été de 3T7 millions de francs. 3 Jf. 09 0/0. Cf. Thdrj, Condition de l'exploitation minière au Transnaal, p. 6- H est Trai que les 5 milliards dont noua parlons représentent une majoration considérable du capital initial, due précisément t l'importance des dividendes distribués ; mais le fait que, dans une industrie aussi aléatoire, l'angmenlation de valeur des actions a pu réduire le taui du dividende à 3 O/OJest par lui-mSme très significatif.

des capitaux employés à ta produclion de l'or ne s'écarte pas beaucoup de OV

De là on peut conclure que si Ih réduclion des frais de production de l'op, combinée avec la fixité du prix, a pu permettre à une minorité de capitalistes de réaliser des bénéfices élevés, son résultat économique général a été un élargissement du champ d'exploitation, proportionnel k la réduction des frais relatifs à chaque catégorie de minerai ; les frais moyens, tels que nous les avons définis, diminuent dooc peu, ou du moins, leur diminution, quand elle se produit, ne peut être durable; elle est en quelque sorte neutralisée par l'extension de la production, le déplacemenlde la limite d'esploitabilité.

Ainsi quand nous envisageons, dans leur ensemble, les effets produits à l'égard de l'industrie aurifère par l'évolution de son organisation technique, économique et financière, nous voyons qu'ils peuvenlse résnmer en un seul : l'augmentation de sa puissance productive grâce àlaquetle il a été possible d'exploiter avec une rapidité croissante une quantité toujours plus grande de minerai qui, autrefois, eût échappé à nos prises. L'industrieaurifère, ramenée aujourd'hui aux moyens d'action dont elle disposait en 1850 ou 1860, traverserait en ce moment, faute de matière première exploitable, une crise aiguë qui n'aurait cessé de s'accentuer depuis trente ans. Réduite à n'exploiter que les placers superficiels, dans l'impossibilité matérielle d'aborder le minerai de filon, le regain d'activité que lui avait donné en 1850 la découverte des placera californiens et australiens, serait, depuis longtemps, neutralisé par l'épuisement des champs d'or les plus accessibles. Les gisements de l'Australie de l'ouest et du Transvaat ne lui donneraient presque rien et seraient peut-être complè-

< La r^maDàratioD moyenne dont MnéficieutrEnuniblfdetcapitiui enployéapar lu induslries, quelles qu'elles soîeDt, est d'ailleurs plus faible qu'on ne le croit ginéralemeDl, mais dans l'industrie aurifère, qui est par eicellenceuue industrie de spècolalion, létaux mojen est beaucoup moi n 3 éleié encore; nous verrons plus loin qu'en Aiutralie sur 201) mines constituées, 3 eu 4 tout au plus sont susceptibles d'une ei> ploiUtioD luemtiTe.

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temeatiaconQiis.ceux du Yukoo teraieot ignorés oa abandonnés, et la production, réduite à cent cinquante ou deux cents mitlioos par an, décroîtrait rapidemeotcbaque année. Au contraire, grâce aux transformations que nous avons décrites, l'industrie aurifère est en état d'exploiter tous les gisements importants, quelles que soient les difScultés d'extraction et de traitement et elle a pu ainsi donner à sa production une extension extraordinaire, dont nous allons mesurer la portée en étudiant, dans les slatistitiques mondiales ses résultats généraux.

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