CHAPITRE III
L'étal de la production et les perspectives d'avenir daiu les prlocipanx ceatree miniers.
Pour résoudre les questions qui formeot l'objet de cette étude, il ne sufGt pas d'être fixé sur le chiffre actuel de la prodnclioa et la quantité d'or accumulée par elle, il Taut encore, autant qu'où le peut, se Taire une idée de la production future, de la proportion selon laquelle le stock de métal existant se trouvera accru dans le délai de trente ou quarante ans. Il est clair que nous passons ici du domaine de la certitude, au moins approiimalive, dans celui de l'hypothèse et que nous ne pouvons plus formuler que des probabilités. Toutefois les éléments susceptibles de servir de hase à nos prévisions doivent être séparés avec soin en deux catégories : les uns qui échappent presque complètement à nos prises, qui appartiennent au domaine de l'imagination plutôt qu'à celui de la science et qui à ce titre ne peuvent être accueillis qu'avec les plus expresses réserves; les autres, au contraire, que nous pouvons soumettre à une critique précise et qui peuvent faire l'ohjet d'une étude scientiGque. Dans la première catégorie nous rangeons les espérances plus ou moins fondées que permettent de concevoir les gisements encore inexplorés qu'on découvre ou qu'on croit découvrir chaque jour; dans la deuxième nous plaçons les données fournies par l'étude des gisements connus, classés el dont la valeur a déjà été mise à l'épreuve de l'expérience par un commencement d'exploitation. C'est à ces éléments que nous limiterons nos recherches et c'est la préoccupation de les mettre en lumière qui dominera l'élude à laquelle nous allons nous livrer.
Les progrès de l'organisation technique et économique de l'industrie aurifère, joints à l'extension de la civilisation el à
t'eiploilatioD des terres nouTelles qui en a été la conséquence, ont multiplié dans des proportions tout à fait imprévues les pays, autrerois si rares, où le minerai d'or est susceptible d'exploitation lucrative. La statistique monétaire française de 1904 n'en mentionne pas moins de trente-cinq' parmi lesquels un assez grand nombre méritent d'être pris en considération soit en raison de leur production actuelle, soit en raison des espérances qu'ils permelteot de concevoir. Abstraction faite de noire vieille Europe, dont le sol, depuis longtemps épuisé, n'apporterait qu'un appoint négligeable à la production moderne, si l'industrie aurifère russe n'en relevait légèrement la statistique, tous les continents sont producteurs d'or. On l'exploite dans sept régions ou États australiens, dans quinze paifs d'Amérique, parmi lesquels les États-Unis qui comptent aujourd'hui vingt-sept états producteurs. L'Asie, dont les richesses minières sont k peine effleurées, est déjï représentée dans la statistique par sept régions productrices et enRn toute la partie sud de l'Afrique se couvre d'exploitations. Nous ne pouvons songer à étudier par le détail, les unes après les autres, toutes ces régions minières; mais cinq d'entre elles : la Sibérie, l'Australie, les États-Unis, le Canada el le Transvaal présentent pour nous, à un double point de vue, un intérêt particulier, qui doit nous déterminer à concentrer sur elles notre attention. D'abord, leur production actuelle réunie représente à elle seule environ un milliard 1/2 soit 85 à 90 O/O de la production totale et c'est par conséquent de son progrès ou de son ralentissement que dépend la production future. Nous avons, en outre, en les étudiant, l'avantage d'observerl'industrie aurifère à différentes étapes de l'évolution qu'elle a parcourue ou parcourt en ce moment, dans la mesure ob les circonstances locales le lui permettent, pour aller de la petite industrie individuelle, à la grande industrie collective et concentrée. A peine esquissée en Sibérie, cette évolution, sans être encore généralisée en Australie, j est marquée moins par la concentration que par un haut degré de perfection technique dans les principales mines; elle s'affirme aux États-Unis et au Canada, où elle est plus généralisée déjà qu'en Australie, par une égale perfeclion dans les procédés d'exploita-
< La production de l'or émane aujourd'hui pour les 7/S de pajs où l'on parle la Ungue anglaite. Curie, loc. aie, p. 4.
LUCIBN BROCARD!
:oaceatratioa plus avaDcée. Eofio en se géaéralisaDt lu Transvaal, elle y a atteint, aussi bien au point de rfeclioii technique que de la coocentration qui y est u'au trust, la dernière étape à laquelle elle semble ais parvenir, là ou ailleurs. '
russe est un des plus grands producteurs d'or du lefois, absiraction faite de quelques dépôts en Finsements importants mais peu exploités encore dans : à la Sibérie qu'il doit cet avantage. La Sibérie, en mme on l'a dit très exactement, toute saupoudrée trouve Boit sous forme de filons à peine effleurés, ous forme de placers très nombreux et riches. L'ex- I minerai y a commencé dès le iviu* siècle dans la Altaï, elle s'est étendue progressivement du Sudrd-Est, aux placers du bassin de l'Yeniasei, du Viekma, de la Lena, de l'Amour, de l'Angoum et lui jusqu'au Kamtchatka. Elle se répartit entre ts miniers, dont les plus importants sont : celui de la é par trois compagnies qui produisent environ 8 & par an, celui de l'Amour, occupé par ta riche com- Zeia, et enfin celui de l'Yenisseï. Les districts miennent ensemble 700 exploitations, dont plusieurs it à l'empereur. Ils occupent environ 30.000 ou-
rogrès techniques de l'industrie aurifère sibérienne lier de pair avec son extension. Elle en est, presque uile aux méthodes de la petite industrie primitive, plus de la moyenne industrie, c'est-à-dire la bâtée,
^ ienne, le sluice très court et, le plus souvent, sans
mercure. Aussi n'exploite-t-elle que des placers et encore se
■ QoDFDij, Économiste français, 10 juin 1897.
■ Cei OQTrieri ont iU aulrefois très miaénble»; ili ont été *ictisie« ds griTM abus; mais leur sort s'est iméliDrè. Ils r^çoiT^nt «ujourd'hui. »r«e le chauffige, la nourrilure et le logemecl, un salaire quotidien qui Tarie entre 60 et 83 kopekt pour un travail de 1! heures. Leur sort est donobien préférable k celui dea payaans ruaaes soumiti au régime du mir. CF. Lerat, L'or «n Sibérie orientale, p. 163.
limite-t-elle trop souveot auit parties les plus riches, recouTraat les autres de résidus doot Taccumulatioa prépare à l'exploitation -de l'areuir de grosses diriicultés. Quant aux résultats du traitement, ils sont des plus médiocres : on abandonne plusieurs décigrammes d'or par tonne dans les résidus.
Malgré le caraclère rétrograde de ces procédés, l'industrie aurifère sibérien ne, grâce à son extension, a pu fournir une production considérable qui s'est élevée de 262 kilogr. en 18ii, à 43.478 kilogr. en 1895. Toutefois, depuis cette époque, bien que les entreprises n'aient cessé de s'accrottre, sa production demeure dans un état statiçnnaire ou même décroissant, ainsi qu'on peut s'en convaincre par la statistique suivante, qui donne en kilogrammes d'or fin la production de la Russie tout entière, maïs où la production russe ne figure que dans la proportion de 20 0/0'.
On voit par là que si la production, générale de la Sibérie ne réussitqu'à se maintenir péniblement $u niveau atteint depuis dix ans, malgré l'augmentation du nombre des entreprises, cela doit venir, évidemment de ce que la production particulière d'un grand nombre d'entre elles tend à s'amoindrir et il en est ainsi en effet. La crise existe à l'état latent : la teneur décroissanle du minerai, jointe A la difRculté grandissante de l'exploiter dans les entreprises anciennes, diminue en même temps leur production et leurs bénéfices; le mal, pour être dissimulé par la mise en exploitation de placers nouveaux, n'en est pas moins réel. Que
> Cf. Amaanê, loc. cit., ]904, p. 265. Il Mlb remarquer que mtlgri le résultat encore faible de la prodnctioi) russts proprement dite, les méthodes sont en gtnérsl meilleurea dans ce paja qu'en SiMrie, mais l'orgaDisalion de l'iDduatrie aurifâre 7 Mt trèa récente; let entreprises n'ont pat encore eo le temps de se déreloppar.
» D'aprèa VEngintering and Mining Journal ds New-York, la prodnolioa a été pour 1904 de 3!.9£2 kilos.
faut-il coaclurc de là relativement à la produclioo future? De- TODS-Dous nous attendre, dans quelques années, quand tous les placers auront été exploités ou du moins effleurés, à voir la production décroître rapidement?
11 en serait ainsi si le minerai était épuisé. Mais telle n'est pas la Térilable cause de l'état stalioonaire de la production sibérienne. Celle cause réside non dans l'insuffisance de la matière première, qui est riche et si abondante qu'un quart à peine des placers connus ont été jusqu'ici exploités', mais dans l'insuffisance des moyens d'exploitation, la surviraoce des méthodes défectueuses, en un mot, les obstacles qui gênent l'établissement de la grande industrie. P'armi ces obstacles, il en existe bien qui sont indestructibles, telle est, par exemple, ta rigueur du climat, qui limite la durée du travail à cent ou à cent vingt jours par an*, la situation des placers en terrain plat et humide, qui ne permet pas de recourir à l'emploi rapide et économique du procédé hydraulique etsuscile, soit pour l'extraction du minerai, soit pour son traitement, de graves difficultés*, la dissémination du minerai sur d'immenses étendues de terrains, qui, si elle n'entrave pas d'une façon absolue l'établissement de la grande industrie, ne le favorise pas non plus. On ne trouve nulle part, en Sibérie, ces énormes accumulations d'or qui, par leur influence magique, ont pu, en quelques années, éveiller la vie économique dans les solitudes désolées de l'Australie de l'Ouest el du Transvaal. Mais de ce que l'industrie aurifère sibérienne comme celle de la Guyane, de Madagascar, du Mexique, de beaucoup d'autres pays, n'a pas une vitalité suffisante pour transformer son milieu et l'adapter à ses besoins, il n'en résulte pas qu'elle ne puisse progresser dans un milieu plus favorable. Or, précisément,
> Les Irois autre!) qaarls sonl presque entièrement concéda à des compagnies qui lei accaparent tans «n tirer parti. Ce soat là des abus qui appellent an changemeat de lAgislatlon. L'împOt au lieu de frapper presque exclusîTemenl l'or produit devrait frapper les surfaces concédées.
' Le thermomètre en hiver descend Ji 30 ou 40 degrés centigrades au-dessous de zéro. Les mines sonl situées, en effet, dans la région où la température est parliculièrameat rigoureuse, la z6ne des forêts et celle des toundras.
* Les placers sont aouTent enfouis sous une couche de terre gelée de 3 ou 4 mètres d'épaisseur. Les travaux d'assèchement et boisage sonl particulièremant difS-
des causes diverses tendent de nos jours à améliorer le milieu dans lequel elle se développe. Ces causes peuvent se résumer en une senle : c'est le progrès économique général et plus spécialement celui de la colonisation russe en Sibérie, qui s'opère avec une certaine lenteur, mais aussi avec rég;ularité. L'industrie aurifère sibérienne s'est organisée dans des régions désertes et incultes, où elle a dû transporter au prix des plus lourds sacri* fices le matériel d'exploitation, les moyens de subsistance et jusqu'aux ouvriers; à l'heure actuelle encore, elle paie pour certains transports à dos de chameau ou de cheval jusqu'à 400 francs par tonne et par kilomètre*. Dans ces conditions, comment pourrait-elle faire usage du matériel lourd et compliqué qu'e&ige l'emploi des méthodes modernes? Mais le progrès de la colonisation, dans un avenir plus ou moins éloigné, lui fournira, à proximité des mines, ou du moins à une moindre distance, les moyens de subsistance et les ouvriers. Il lui donnera aussi des voies de communication rapides et économiques comme le Transsibérien qui, après avoir entravé le recrutement de la maind'œuvre dans les mines, commence aujourd'hui à le favoriser et le favorisera bien davantage quand la guerre avec le Japon sera terminée.
En même temps que le progrès économique fera disparaître les obslacles d'ordre matériel qui s'opposent au développement de ta grande industrie aurifère, il en fera disparaître d'autres d'ordre psychologique et social non moins considérables. Nous voulons parler du défaut d'éducation économique des propriétaires de mines et de l'organisation vicieuse de leurs entreprises qui en est la conséquence. Actuellement les producteurs d'or sibériens sont groupés en petites sociétés fermées analogues ù nos sociétés en commandite, qui portent le nom de « sociétés par compagnons ». Dans ces sociétés, qui fonctionnent sans capital social, les associés versent chaque année entre les mains de l'un d'entre eux, chargé des fonctions d'administration et de direction*, une certaine somme destinée à servir de fonds de rou-
■ n faut ajouter que, let aamiaux devant transporter I utilisable qu'ils fouralageot dâerolt en proportion de la diitaDce.
* L«a antres associés ne sont qtie des bailleurs de fonds ayant droit ■eneot de leur apport «tcc Bue partie des bénéfices.
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lement et qui doit être reconstituée daas ud seul cycle de productioo, soit dans le délai de 120 jours. Cette forme juridique des sociétés miaières est certaioemeot l'un des priocipaui obstacles au perfeclioiioemeat de rindustrie aurifère : outre, qu'eo fait, les associés administrateurs négligeât complètement de remplir leurs fonctions de surveillance et de contrôle * sur un personnel d'ailleurs mal choisi et ignorant*, la nécessité de reconstituer annuellement les avances annuelles, rend absolument impossible l'emploi des macbines et de tous les capitaux fixes dont l'amortissement se répartit sur plusieurs années. Ajoutons que ces sociétés sont, eu fait', très fermées, et ne peuvent faire appel au crédit dans une mesure suffisante. Actuellement les capitalistes russes ne comprennent pas la nécessité d'adopter une organisation plus conforme aux besoins de la production, mais le jour où le développement normal de la Russie fera apparaître à côté de l'agriculture la grande industrie commerciale manufacturière et minière, un état d'esprit nouveau naîtra qui donnera enfin l'essor à la production de l'or'.
On ne doit donc pas désespérer del'avenirde l'industrie aurifère sibérienne. Elle porte aujourd'hui le poids d'un régime économique à évolution lente, contre lequel la constitution de son minerai ne lui permet pas de réagir avec une énergie suffisante. Mais, tôt ou tard, les esprits et le milieu se modifieront; on exploitera l'or de filon jusqu'ici négligé; on reviendra aux placers abandonnés, aux résidus déjà traités, comme on le fait aujourd'hui en Californie ; on abordera les placers nouveaux dont un si grand nombre ne sont encore que délimites et la production aurifère sibérienne reprendra sa marche ascensionnelle.
< M, Levât au cours d'un Tojags qu'il a fait en Sibérie n'a rsnconlrC qu'ja seui adminislrateur sur les placera. Cf. loe. cit., p. S94.
* Ce penonnel eat rebelle A toutes lei méthodes nouTelles ; quand il les applique, il ne uit pas les adapter ; de la des insuccès qui fortifient U routine : c'est ce qui est arriré pour l'emploi du stuice.
) Théoriquement tes parts d'associés saut négociables, mats, en raison du droit de préemption qui appartient aux membres de la société, elles circulent peu et se concentrent le plu» souvent dans une famille.
' L'industrie auril^re russe a été débarrassâe en 1901 d'une lourde gêne : l'obligation de livrer l'or aux usines de Télat à Tomsk, Irkoutik, etc. Loi du 13 inar*
LA PRODUCTION DE l'oR.
En passant de Sibérie en Auslralaste, dous arrivons dans une région où les difficultés d'organisation inhérentes au milieu, quoique très différentes de celles que nous venons de signaler, n'étaient cependant pas moindres pour l'industrie auriTère, mais où, en raison de la constitution du minerai, du milieu social, et de l'éducation économique des propriétaires de mines, l'évolution de la production, bien qu'encore inachevée a été cependant beaucoup plus rapide qu'en Sibérie. Le point de départ de la production de l'or en Austratasie remonte à 1850 '. Depuis cette époque jusqu'en 18!)â date de la découverte des mines de l'ouest australien, elle n'a cessé de s'étendre à des régions nouvelles. A l'heure actuelle elle a envahi le continent tout entier. — Dans la Nouvelle-Galles du Sud, elle est organisée sur 82 champs d'or occupant une superficie de 1 1 .000 kiloniëlres carrés. Dans l'État de Victoria, trois veines d'une étendue considérable, réparties entre les districts miniers d'Ararat, Baliarat, Maryhoroiigh , Beechworlh, Rutherglen, etc., sont exploitées par plus de 600 compagnies minières. Dans le Uueensland, 25 champs d'or sont en activité. Chacun d'eux n'a guère que quelques milles carrés de superficie, mais certains comme ceux de Gympie, Mount Moi^an, Ravenswood, Charters Towers, etc., sont particulièrement riches en métal précieux. Enfin, dans l'Australie de l'ouest l'industrie aurifère dispose de 19 champs d'or dont la superficie totale est égale ù deux fois celle de la France et dont certains comme ceux de Kimberley, Murchison, Coolgardie, Ëast Coolgardie, North Coolgardie, Mount Margarel, etc., passent aux yeux de certaines personnes pour les plus riches du monde, ou ne peuvent être mis du moins en comparaison qu'avec ceux du Transvaat. A côté de ces régions minières, dont la richesse est tout à fait exceptionnelle, il en existe d'autres dans la Nouvelle-Zélande, l'Australie du Sud, la Tasmanie, la Nouvelle-Guinée dont l'importance quoique moindre n'est nullement négligeable.
L'organisation de ces entreprises minières s'est heurtée pres-
■ Sar les débuts de l'eiploitation, Cf. L«TaaseQr, La qutilion de toi", loe. oit., p. 59 et iniï.
\m LUCIEN BROCARD. '
qii« parlout, spécialement dans l'Auslralie de l'ouest, à des difficultés considérables, dont nous avons déjà donné quelque idée et qui, par leur gravité, sont comparables à celles que nous avons signalées en Sibérie, l^ chercheur d'or australien a eu à lutter contre la chaleur el la sécheresse, comme le chercheur d'or sibérien contre le froid el l'humidité. Dans les malsons de lôle ondulée où il vit le plus souvent, la température oscille entre 0* centigrade en hiver, et 45* en été. Presque partout l'oau lui a fait défaut; il l'a payée jusqu'à 5 francs les dix litres, et cerlaincs compagnies la payent encore 30 centimes te litre. Enfin il a eu à souffrir de rinsuflisance ou de la rareté des voies de communication. En 1897, dans l'Australie de l'ouest, les transports pour certains champs d'or ne pouvaient encore se faire que par camions et coulaient jusqu'à 250 francs par tonne et par kilomètre'.
Toutefois, entre le milieu sibérien et le milieu australien il y a deux différences noiables. D'abord le minerai australien, principalement dans l'ouest, est plus riche que le minerai sibérien, mais surtout il est moins dissémine ; il se rencontre par masses compactes. On y trouve des pépites énormes comme le fameux << Welcome siranger » qui fut vendu 300.000 francs et dont la découverte, avec quelques autres do même genre, a exercé une influence déterminante sur le développement de l'industrie aurifère dans l'état de Victoria, de même qu'en 1892, l'aventure d'un nommé Bailey qtii, parti presque seul pour les solitudes de l'Australie de l'Ouest, en revint avec sept millions, décida du sort de celle région. Encore aujourd'hui, malgré le développement de l'exploitation et la teneur décroissante qui commence h se faire sentir dans certaines régions, on rencontre partout des poches exiraordiiiai rement riches; la teneur moyenne elle-même est très élevée : celle du bon minerai varie entre trente et trenle-neuf grammes par tonne*. La deuxième différence qui sépare le milieu sibérien du milieu australien, c'est le degré d'éducation économique des propriétaires, des directeurs et même des ouvriers des mines. Alors que le milieu sibérien est enlisé dans des traditions anciennes qui le
< Pisire Leroy-Bfiulkii, Les nouuelUt Saeiité» anglosoixonnei, p. 64. * Le rindeinent mnTen par loone dans l'AusIralin de l'Ouest • été en 1902 da 84 sh. Revw Sud-africaine, mars J901.
paralysent, te milieu australien qui se rapproche en cela de celui que nous reocoutreroDs biealAt aux États-Unis, est esseuliellemeol favorable aux idées nouvelles; l'esprit commercial el industriel y est développé et les avantages de la grande production y sont connus et appréciés.
Sous l'influence de ces causes, et par l'eflet d'actions el réactions réciproques, tendant, les unes à améliorer le milieu pour satisfaire aux besoins del'iaduslrie, lesautresà éleverl'industrie au niveau du milieu amélioré, celle-ci a rapidement évolué. Tout d'abord elle a eu à sa disposition et dès le début une maind'œuvre abondante composée d'immigrants attirés par le bruit de la découverte de grosses pépites. Venus primitivement comme chercheurs d'or isolés, ils se sont ensuite présentés comme salariés des compagnies; cette afHuence rapide de toute une population de travailleurs manuels, aux idées sociales très avancées, émigrés d'Ecosse, d'Irlande et d'Angleterre', se superposant à la classe traditionaliste des squatters, contribua laidement k développer en Australie, en même temps que des tendances démocratiques, un esprit novateur dont profita la grande industrie aurifère. — Parmi ces immigrants se trouvaient des Chinais; accueillis d'abord avec empressement par les propriétaires de mines, ils leur procuraient le bénéGce d'une main-d'œuvre active à bon marché. Depuis cette époque et pour les raisons que nous connaissons, ils ont comme de coutume excité contre eux l'hostitilé des blancs. Dès 1881 on interdit l'immigration chinoise sous prétexte de petite vérole ; on la limita ensuite en proportion du tonnage des navires; puis on établît une taxe d'immigration de 250 francs par tête. Enfin h partir de 1898 une prohibition formelle fut édictée ; aujourd'hui la main-d'œuvre chinoise, écartée parles ouvriers blancs, ne joue plus dans les mines d'or qu'un râle insignifiant. S'il reste dans le pays environ 43.000 Chinois contre lesquels l'hostilité ci'olt au point de devenir inquiétante*, & peine un millier sont occupés dans les mines, le plus grand nombre à traiter pour leur compte les résidus à la bâtée, mais on ne saurait nier qu'ils ont joué un
■ QuelqaM-nns avûeol pris part au mouTement chirliste de 1S18.
* C'eit donc b tort que Us partisans de la main-d'œuTre jaune au Tranavaal ont invoquA l'exBmple de l'Australie pour moatrer >Tec quelle facilita on peut ta d4barraaaer des Chinoia quand on D'en a plus besoin.
rdie utile dans la constituUon de la grande industrie. Klle dispose aujourd'hui d'eOTiroD 100.000 ouvriers blancs dont le salaire varie entre 87 fr. 50 et 100 francs par semaiDe.
En même temps que l'industrie aurifère australienne attirait les travailleurs, elle éveillait la vie économique autour d'elle, contribuait au développement de l'agriculture soil indirectement en lui procurant des débouchés, soil même direviemeni en lui fournissant de l'eau pour les irrigations' ; elle déterminait aussi la création de diverses industries manufacturières, la fondation de villes, la construction de routes clde voies ferrées. Nous avons TU déjà comment elle a constitué un centre économique dans les déserts de l'Australie de l'Ouest. Elle a exercé une influence de même nature, quoique moins sensible, dans les autres régions australiennes. Des villes comme Sydney, dans la Nouvelle- Gai les du Sud, Melbourne, Ballarat et Bendigo dans l'État de Victo-, ria, etc. doivent leur origine ou tout au moins leur développement rapide h l'influence de l'industrie aurifère. Celle-ci, à son tour, a trouvé dans ces centres d'activité économique un point d'appui qui lui a permis de se transformer rapidement. Elle a modifié ses méthodes, mis en pratique les procédés techniques les plus perfectionnés, qu'elle a su parfois adapter aux particularités de son minerai avec beaucoup de sagacité*. Au point de vue financier elle a adopté la forme des sociétés par actions et fait appel avec succès aux capitaux du monde entier. La spéculation a même pris en Australie une importance tout i fait excessive; elle n'est nulle part plus désordonnée et plus malhonnête; sur deux cents mines » flottées h dont les actions acquièrent parfois à la Bourse une valeur considérable, trois ou quatre, tout au plus, sont susceptibles d'une exploitation lucrative'. — Cependant, malgré ces abus, des sociétés importantes et nombreuses ont été constituées pour l'exploitation des placers et surtout des filons. On en compte 600, de valeur très inégale d'ailleurs, dans l'État de Victoria, 250 dans le Queeosland*, etc.; on peut
' Il en a Ué ain^i tout particulièrement dans l'État do Victoria.
* Cf. KusB, Progris réeenti de la milallurgU de l'or dam l'Auttralie oeeideiilale (Bulletin trimeitriel de la SociM de linduttrU minérale, 1902, p. 7631.
* Carifl, loc. cit., p. 337 et tl8 et suir.
* Il ; arait dan» l'Auitralie de l'oneat en 1809, 3S,994 pilons et 361 coTet da cjïiiuralion.
citer, dans l'État de Victoria, la mine de Soiith-German qui ii la fin de 1900 avait traité 12) .000 toones, et payé 326.000 livres de dÏTidendes, dans le Queensland ta grande mine de Moant-Morgao dont nous avons déjà parlé, et qai, nous le savons, est l'une des pins HcheBdu monde, dans TAtistralie de l'Ouest, les mines de Boulder-Perseverance qui produit mensuellement i. 638.000 francs, de (Joldenhorseshoe qui produit 1.560.000 francs, de Great-Fiogail, de Great-Boulder, d'Ivanhoe, et dans la Nouvelle- Zélande, la mine de Waibi.
Cependant si l'évolution de l'industrie aurifère en Australasie est beaucoup plus avancée qu'en Sibérie, elle n'y est ni généralisée ni achevée. Il existe dans presque toutes les régions minières, même dans l'Australie de l'Ouest, un très grand nombre d'entreprises privées de peu d'étendue où l'on met encore en pratique les méthodes de la petite industrie. Leur nombre est particulièrement grand dans la Nouvelle-Galles du Sud, dans l'État de Victoria, la Tasmanie, la Nouvelle-Guinée etc. et elles sont, au point de vue des procédés d'exploitation, en arrière de vingt ans'. Les compagnies elles-m^mes, si elles ont adopté les méthodes de la grande industrie, n'en sont pas encore au régime delà pra.duction concentrée. Les plus grandes mines, qui ailleurs s'étendent sur des centaines d'hectares, n'en occupent pas plus de cinq à dix, les plus importantes, au maximum quarante. Alors qu'aux États-Unis et au Transvaal il existe des batteries de plusieurs centaines de pilons, en Australie, abstraction faite de quelques grandes mines comme Mount Morgan, et d'aulres situées surtout dans l'Australie de l'Ouest, on n'en trouve guère qui dépassent le chiffre de 45 pilons. Cet étal de choses s'explique en partie par certaines dispositions des lois minières, en général peu favorables aux grandes concessions. 11 tient aussi, dans certaines régions, par exemple dans l'Étal de Victoria, à ce que beaucoup de concessions ont été faites à des chercheurs d'or ou àdes ouvriers des mines enrichis, qui n'ont pas les connaissances techniques suffisantes pour comprendre l'utilité des méthodes nouvelles et pour en organiser l'application, mais il s'explique principalement par l'irrégularité extraordinaire de la teneur du minerai qui ne permet pas de mesurer par avance avec une précision
■ H. Carte leur reproche des vices de méthodes qu'il qoaMe de • honteai >.
„Googlc.
IVi LUCIBN BROCARD.
sur&sante la richesse d'ua champ d'or et par coQséqueoi de dél«rmîaer l'importaoce de capiUui qu'oa peut amortir avant son épuisement. Les erreurs commises ont été si fréquentes, les déceptions et les ruines qu'elles oot entratoées si nombreuses que, malgré les avantages de la production concentrée, la prudence pousse les capitalistes à réduire au minimum les dépenses d'installation.
Bien qu'incomplète pour les raisons que nousvenoos d'indiquer, l'évolution de l'industrie aurifère en Australie s'est manifestée cependant par un large développement de la production, ainsi que le montrent les chiffres suivants empruntés i la statistique française'.
> Let iralualiOQS qu'alla contisnt ont été tiré«s Aei malérîaui de 3œtbeer pour la période de (851 > 18St, de» rapports anouels de la monnaie des Btats-Uni( ponr le* aoDées 18e& à 1891, du st«tîitical register poar les années 189t 1 1900, da rapport de la monnaie de Londrei pour les années 1901 h 190!, da Financial Cbrooi' de (numéro du ÏO féTrier 1904) ponr l'année 1903, Aruaaé, loo. cit., 1904, p. 354.
lA PRODUCTION DE L OR.
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