I. — RAPPORTS DE COÏNCIDENCE
On peut les considérer en partant de deux pôles, le pôle psychique et le pôle thyroïdien. Je vous rappellerai très brièvement cette division, dont je m'étais servi dans mon rapport au Congrès des aliénistes et neurologistes de 1908, à Dijon (Troubles psychiques par perturbation des glandes à sécrétion interne ').
1. Laignel-Lavastjne. Un vol. in-8 de 188 p., Masson, éd., 1908.
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A. — Prenons d'abord le pôle psychique, c'est-à-dire les troubles psychiques dans les syndromes thyroïdiens. Nous les divisons en insuffisance et excitation. Dans V insuffisance thyroïdienne ces troubles sont connus depuis longtemps. Vous savez quelles sont les caractéristiques de l'état mental des myxœdémateux : lenteur, inactivité, inertie.
Ces troubles psychiques peuvent s'expliquer par des lésions histochimiques, qui ont été mises en évidence par MM. Pierre Marie et Trétiakoff, dans un mémoire sur l'infiltration par des sels ferriques des gaines péri- vasculaires de l'encéphale chez les myxœdémateux {L'Encéphale, novembre 1920).
Après viennent les troubles psychiques des syndromes frustes d'hypothyroïdie, série décroissante commençant par Y infantilisme thyroïdien avec puérilisme. Y arriération physique et mentale, le syndrome d'Hertoyhe ou hypothyroïdie bénigne chronique (lenteur, apathie, somnolence, difficulté de fixer l'attention), pour se terminer par le tempérament hypothyroïdien : individus bouffis, somnolents, au nez humide, aux extrémités froides, aux sourcils rares, etc., et la neurasthénie hypothyroïdienne, caractérisée par la céphalée, la lenteur de l'idéation, la fatigue matinale, etc.
Après les syndromes d'insuffisance, voyons les syndromes d'excitation. Mais il semble bien que dans beaucoup de manifestations d'excitation thyroïdienne il y ait plus que de l'hyperthyroïdie, et qu'il existe des perturbations de la glande, de la dyslhyroïdie, et même des modifications d'autres glandes endocrines.
Ce sont d'abord les troubles psychiques des basedoiviens, aujourd'hui classiques. Inutile d'y insister. Mais on doit y distinguer deux ordres de manifestations : ou bien des troubles psychiques, en quelque sorte nécessaires, répondant au fond mental normal du basedowien, caractérisé par l'hyperémotivité, l'instabilité, l'irritabilité, au point que Trousseau disait que le goitre exophtalmique était un état de colère perpétuelle.
Le plus souvent les manifestations psychiques arrivent à s'individualiser assez pour constituer un syndrome indépendant, OÙ existe un véritable état de manie avec agitation, hyperactivité, hvperémotivité et facilité des manifestations coléreuses. Ou bien éclatent des psychoses thyroïdo-toxiques, où l'on voit l'exagération des manifestalions maniaques ; enfin la Fréquence de l'hystérie est depuis longtemps notée.
Il faut ensuite passer en revue 1rs troubles psychiques delà série
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hyper thyroïdienne : ceux du goitre basedowifié du professeur Pierre Marie, ceux des manifestations d'hyperthyroïdie chronique bénigne avec yeux brillants et saillants, dyspnée, tachycardie, angine de poitrine vaso-motrice, instabilité du pouls, palpitations, instabilité delà pression artérielle, troubles gastriques et gastro-intestinaux, constipation ou diarrhée séreuse, polyurie, sueurs profuses ; enfin ceux du tempérament hyperthyroïdien, correspondant à la description magistrale donnée par le professeur Dupré de la constitution hyperémotive.
En troisième lieu il convient d'envisager les troubles de Y instabilité thyroïdienne, dont la première description est due à MM. Léopold Lévi et Henri de Rothschild ] (1911), développement de leur premier travail sur la neurasthénie thyroïdienne (1907, Congrès des aliénistes et neurologistes français, Genève-Lausanne).
Parmi ces manifestations d'instabilité Léopold Lévi et H. de Rothschild ont décrit la psycholepsie, ou chute de la tension psychologique, qui paraît liée dans certains cas à la colloïdoclasie, cette modification dans l'équilibre physique des humeurs, capable de se déclancher sous l'influence de l'introduction dans le milieu intérieur d'albumines hétérogènes, ou même sous l'influence des émotions.
Il est intéressant de voir comment, dans l'instabilité thyroïdienne, des états de psycholepsie sont des manifestations d'endocrinolepsie par l'intermédiaire de la colloïdoclasie.
B. — J'arrive maintenant au pôle thyroïdien des rapports de coïncidence.
Un fait remarquable, et qui n'est en somme que l'exagération en psychiatrie d'une formule clinique de Landouzy, c'est la dualité de la pathologie selon les sexes. Les services de psychiatrie masculine sont essentiellement fournis par l'alcoolisme et la syphilis. Au contraire, les exemplaires féminins se distinguent par la variété, la multiplicité des manifestations morbides, tenant à l'existence d'un organe, l'ovaire, dont les modifications périodiques ont un retentissement psychique tel qu'il illumine véritablement toute la psychologie féminine.
Les débiles mentales ont assez souvent des manifestations thyroïdiennes (myxœdème).
Les délirantes confudonnelles présentent quelquefois des goitres ou des symptômes de dys ou d'hyperthyroïdie.
1. Lkopold Lévi et H. de Rothschild. Endocrinologie. Doin, 1911.
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Très souvent, c'est chez des remines, qui ont simplement des modifications de leur ton affectif, qu'on trouve des altérations thyroïdiennes.
Ainaldi, en 1898, avait remarqué la très grande fréquence des
lésions thyroïdiennes chez les aliénées.
Une thèse de Lyon, due à Moncry, montrait, en 1903, l'augmentation considérable de la teneur en iode des thyroïdes chez les maniaques.
En 1904, Latarget, sous l'inspiration du professeur Poncet, remarquait la fréquence des manifestations goitreuses chez les maniaques et proposait de leur faire une thyroïdectomie partielle pour les améliorer.
Chez les mélancoliques, Biros, en décembre 1904, insiste sur la fréquence des troubles thyroïdiens. Dide et Perrin de la Touche avaient remarqué l'importance des lésions thyroïdiennes chez les mélancoliques et les maniaques ; de sorte que je me croyais autorisé, dès 1908, dans mon rapport, à affirmer que « les troubles psychiques basedowiens apparaissent surtout dans le ton maniaque ou mélancolique. Ce fait peut être interprété dans certains cas comme une confirmation des idées de Krœpelin sur l'unité nosologique de la manie et de la mélancolie constituant la psychose maniaque dépressive.
On peut même se demander avec Parhon et Marbé si certains cas de cette psychose ne relèvent pas d'une perturbation thyroïdienne. La prédominance de la mélancolie d'involution et de la psychose maniaque dépressive chez la femme, précisément comme le myxœdème et le goitre exophtalmique, permettrait peut-être de le penser d ».
Ce que j'émettais à titre d'hypothèse en 1908 est devenu une réalité dans les conclusions du rapport du professeur Parhon-, de Bucarest, en 1910, sur les troubles glandulaires chez les aliénés, où il pose nettement cet axiome, que la psychose maniaque dépressive est en rapport avec les perturbations du corps thyroïde.
Comment interpréter ces faits? Ils sont de trois groupes, au point de vue thyroïdien et psychique :
1. Laignei.-L.wastine. Des tr. psychiques par perturbât. îles glandes a secret, iut , 11)08. Masson, p. 148.
'2. C. Parhon. C.ercetari asupra gîandelor in sécrétions interna in raportul lor tu patologiu mentala. Bucarest, 1910, 450 p.
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1° Myxœdème, dépression, mélancolie ;
2° Basedow, excitation, manie ;
3° Instabilité thyroïdienne, inquiétude, anxiété.
On peut dire qu'il existe des rapports neuro-thyroïdiens, et particulièrement psycho-thyroïdiens. Les uns sont fonction de lésion organique, soit par agénésie (myxœdème), soit par perturbation du métabolisme. Ou bien ce sont des rapports purement fonctionnels, physiogénétiques, réactionnels à des troubles ovariens, ou psychogénétiques, secondaires à des émotions1.