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II. — RAPPORT DE SOLIDARITÉ

Cette coïncidence s'explique, dans la plupart des cas, par un rapport de solidarité.

Je vais me limiter aux psychoses thyroïdiennes non confusionnelles et non déficitaires, sans troubles intellectuels, caractérisées par des modifications du ton de l'humeur, ce qu'on appelle à l'étranger les psychoses affectives. Nous passerons en revue un certain nombre de critères : critères cliniques, anatomo-palhologiqiies, expérimentaux, thérapeutiques.

1° Critère clinique. — Déjà les statistiques d'asiles montrent un rapport très étroit entre les deux ordres de faits. Phillipps -, en 1919, sur 200 cas de psychopathes, relève 12 % de goitreux, parmi lesquels 70 °/0 sont atteints de psychose maniaque dépressive. Pour analyser les faits je les grouperai en trois séries : la série morphologique ; la série physiologique (il y a une grande ressemblance entre les manifestations d'hyper ou de dysthyroïdie) ; et la série psychologique : manifestations psychiatriques, soit maniaques, soit mélancoliques, soit anxieuses.

Appliquons cette méthode à quelques malades.

Voici M1|e R., âgée de 28 ans. En 1918 elle a commencé par être une anxieuse avec dépression, tristesse, agitation, désespoir même, avec idées de persécution et de suicide. Après quelques semaines, est apparu un goitre. Elle présentait du tremblement, une tachycardie à 120, la tension artérielle à 19-12 au Pachon. Depuis que M. Dujar-

1. Laignel-Lavastine. Sécrétions internes et système nerveux. Iïeuue de méd., août 1914, nov. 1915. p. 602-655 et 776 789 ; et Nerv. and ment, disease monograph. Séries n' 30, New-York, 1919, 59 p.

2. Phillipps. Goitre et psychoses. Journal of mental science, 1919, n° 65, p 235-

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rier a l'ait l'ablation de son kyste thyroïdien, elle se porte bien. Tous les troubles du caractère avaient disparu trois mois après l'intervention.

Il y a ici nettement un rapport de solidarité entre l'hyperthyroïdie t't la psychose.

Voici M"e Georgette, âgée de 19 ans, surnommée dans le service « la Cruche Cassée » en souvenir du tableau de Greuze aucpiel elle ressemble. Elle présentait un corps thyroïde très gros, et en même temps du tremblement, de la tachycardie, de la tristesse et de la dépression avec ennui, pleurs fréquents non motivés, bouffées de chaleurs, anorexie et amaigrissement. Cette impression d'ennui constant augmentait régulièrement dans les cinq ou six jours qui précédaient les règles. Nous nous sommes contentés ici des moyens médicaux, nous avons fait la radiothérapie de son corps thj'roïde, qui l'a beaucoup améliorée au point de vue physique et mental, en atténuant son syndrome de Basedow et sa mélancolie, maintenant disparue.

Je passe à un cas plus complexe : Mme Augustine rentre dans la catégorie des persécutées mélancoliques, ou mélancoliques persécutées.

Elle a un goitre depuis l'année dernière, un tremblement léger des mains, et de la tachycardie. Au point de vue mental, elle s'aperçoit depuis surtout deux ans qu'on la persécute, et pour échapper à ses ennemis elle a songé au suicide. « Dans ce qui m'arrive, dit-elle, il y a un peu de ma faute, mais il y a beaucoup plus de la faute des autres : je suis victime un peu de moi-même, beaucoup des autres. » Pourquoi cette association de deux syndromes ? C'est parce que cette malade a un caractère paranoïaque '.

Comme l'a dit Falret, il faut, chez ces malades, considérer d'une part le fond et, d'autre part, le relief. Ici le relief l'emporte sur le fond. Le caractère paranoïaque dessine le délire qu'a préparé la psychose affective liée aux troubles thyroïdiens.

Je pourrais multiplier ces exemples de syndromes mélancoliques, hypomaniaques ou anxieux liés à des goitres.

Un autre type clinique, mis en évidence par A. Yigouroux, est la dépression anxieuse posl-mênopausique, iwec hypertension et glycosurie. C'est là un type psycho-physiologique très fréquent, où les symptômes d'hyperthyroïdie sont de règle.

1. Il n'en est d'ailleurs pas toujours ainsi, comme vient de le montrer Ceillier, Afin. médicopsychoL, juin-juill. 1921).

LES PSYCHOSES THYROÏDIENNES

Aux inductions tirées des séries de faits précédents on peut objecter :

1° Qu'il s'agit de manifestations fréquentes en pathologie et que cette fréquence des goitres et des psychoses affectives explique qu'on rencontre souvent leur coïncidence chez le même sujet ;

2° Que pour des troubles thyroïdiens pareils (augmentation de volume), on voit des manifestations psychiques très différentes ;

3° Qu'enfin, on peut avoir des manifesta-

nts

l-'ig. 1. — Femme de 31 ans : Manie délirante, n" 886. tlOnS thyroïdiennes , Tnyroïde : Formol, paraffine, hématéine-éosine.

sans aucun trouble Zeiss. oc. H. obj.8mm. ,.•,,., j . „

On remarque, entre des vésicules normales pleines de coiloide ehro-

DSVChiaUe. mophile à prédominance basophile, des acini avec ou sans colloïde

' ^ . bordés de cellules épithéliales cylindriques. On voit même dans

Néanmoins, nOUS Sa- une vésicule une papille épithéliale qui s'enfonce dans la lumière.

vons que pour avoir

des manifestations psychiques il faut une prédisposition mentale. Donc, on peut concevoir que les gens qui n'ont pas eu ces réactions psychologiques ont une résistance cérébrale supérieure. Dès (pie celle-ci baisse, ces manifestations apparaissent.

2° Critère anatomo-pathologique. — Je vais vous projeter des coupes, dues à mon collègue et ami M. Roussy et sur lesquelles vous verrez les amas lymphoïdes, les groupements de cellules éosinophiles, la prolifération de l'épithélium des vésicules qui devient cubique et forme des papilles intravésiculaires, modifications typiques des acini basedowiens.

Voici maintenant un cas de manie (n° 886 de ma collection) où l'aspect de la thyroïde est analogue aux préparations d'hyperthyroïdie obtenues expérimentalement par ablation thyroïdienne partielle. On voit des vésicules petites, àépithélium proliféré et qui tend à devenir cylindrique. (Figure 1.)

Voici un cas de mélancolie délirante (n° 885 de ma collection) chez une

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femme atteinte de rétrécissement niitral, accompagné d'une sclérose thyroïdienne telle que les vésicules ont complètement disparu sous la sclérose et qu'entre les anneaux de celle-ci on ne voit plus que quelques

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l'ig- 2. — Femme de 54 ans. Mélancolie délirante avec asystolie terminale dune maladie mitrale.

Thyroïde : formol, paraffine, hématéine-éosine.

Zeiss. oc II. obj. 4 mm.

Sclérose thyroïdienne atrophique intense. On remarque la disparition des vésicules et la persistance de quelques acini avec ou sans colloïde disséminés dans une sclérose conjonctive adulte considérable qui a transformé l'organe en un bloc fibreux. Au centre de la préparation, lésion d'artéritc.

îlots de cellules acineuses limitant encore par endroits une lumière où persiste une petite goutte de colloïde. (Figure 2.)

Voici enfin l'adénome colloïde enlevé à notre première malade. On y remarque la grandeur des vésicules bordées d'épithélium cylindrique. (Figure 3.)

Malgré leur diversité ces lésions ont un lieu commun : la quasi-constance de la cellule épithéliale cylindrique, qui parait être l'expression histologique de l'hyperthyroïdie.

«î° Critère expérimental. — J'arrive au critère expérimental.

Déjà, a priori, la multiplicité des faits expérimentaux doit mettre en garde. Il en est ici comme en thérapeutique. Lorsqu'il y a trop de médicaments il est probable qu'aucun n'a de valeur sérieuse. De même, plus les tests expérimentaux sont nombreux, moins il y en a de utilement bons. Je me contenterai de vous enumérer les principaux.

Lœvi a décrit \amydriase après introduction de 3 gouttes d'une solution au millième d'adrénaline dans le cul-de-sac conjonctival. Har-

LES PSYCHOSES THYROÏDIENNES

rower ' a signalé la tachycardie à la suite de l'administration d'extrait thyroïdien à dose progressive pendant 3 jours ; Gœtsch, la formation d'une aréole blanche cerclée de rose et plus tard lavande, à la suite d'une injection sous-cutanée d'une solution au deux millième d'adrénaline. L'aréole lavande persistant 4 heures après l'injection serait

Fig. 3. — Femme de 25 ans. Mélancolie anxieuse par goitre kystique. Thyroïde : formol, paraffine.

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