‹ Questions neurologiques d'actualitéChapitre 132 sur 153 · BOURGUIGNON · texte numérisé non relu

BOURGUIGNON

jours plus petit que celui des fibres saines dans l'excitation longitudinale (hyperexcitabilité longitudinale des classiques), ce sont les libres altérées que nous exciterons électivenient par ce procédé. C'est donc par excitation longitudinale que nous devons étudier la cbronaxie des libres musculaires altérées.

Or, dans ces conditions, la cbronaxie n'établit aucune différence entre la dégénérescence wallèrienne, la myopathie et la maladie de Thomsen ', mais se montre liée exclusivement à la forme de la contraction. Ce que nous trouvons, ce n'est donc pas la cbronaxie de la dégénérescence, de la myopatbie ou du Thomsen', mais la cbronaxie du ralentissement de la décontraction, du gai vanotonus à début brusque, de la contraction lente avec galvanotonus ou sans galvanotonus, delà contraction myotonique, et le degré de l'altération sera exactement mesuré par la cbronaxie, de sorte que la cbronaxie permettra de voir des différences entre deux faisceaux ayant la même forme de contraction.

Voici les limites de la variation de chronaxie en fonction de la forme de la contraction :

FORME DE Là CONTRACTION. CHRONAXIE.

Contraction restée vive dans tous ses éléments. . De la normale à 10 fois la normale

Ralentissement de la décontraction 10 à 15 fois la chronaxie normale.

Galvanotonus à début brusque De 15 fois la normale à 0S009.

Contraction lente avec galvanotonus 0S009 à 0S0'2.

Contraction lente sans galvanotonus et contraction

myotonique 0»01 à 0*07.

Dans les lésions légères, on ne peut exprimer la variation de la chronaxie qu'en fonction de la valeur normale. Une chronaxie de 0 s. 0003 est une cbronaxie pathologique pourun biceps et une chronaxie normale pour un fléchisseur des doigts. Au fur et à mesure que les lésions sont plus graves, et les cbronaxies plus éloignées de la normale, les différences entre les différents muselés s effacent : la pathologie fait disparaître les différenciations musculaires qu'on trouve en physiologie, de sorte que les plus grandes valeurs de la chronaxie sont les mêmes sur tous les muselés, quelle que soit leur chronaxie normale. C'est pour cette raison que j'exprime les ebronaxies pathologiques, par leur rapport avec la normale, pour les lésions les plus légères, et par une valeur absolue, sans rapport avec la valeur normale de la chronaxie des différents muscles pourles Usions plus graves.

1. (i. Bourguignon. Académie des Sciences, 50 mai 1931 . ReotU nturologîqae, avril

1920. Soc. d'Electrothérapie, juin 1921.

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Au niveau des nerfs, ce n'est qu'exceptionnellement que la chronaxie s'écarte beaucoup de la normale : pour le nerf, de deux choses Tune : ou il y a encore des fibres musculaires excitables par le nerf, et la chronaxie ne dépasse guère 5à6 fois la normale, ou il n'y a plus de fibres musculaires excitables par le nerf, et l'excitation du nerf est inefficace.

Au point moteur, les phénomènes sont très complexes, et, en général, on n'excite pas les mêmes fibres avec le courant prolongé qu'avec les ondes brèves, de sorte que la chronaxie du point moteur n'est pas une vraie chronaxie, mais une sorte de moyenne entre les chronaxies les plus petites et les plus grandes : suivant qu'il y a plus ou moins de fibres encore saines ou de fibres malades, la chronaxie du point moteur se rapproche plus de celle du nerf ou de celle de l'excitation longitudinale.

Nous pouvons donc dire que le muscle sain est homogène et qu'il n'a qu'une chronaxie, qui est la même sur le nerf, le point moteur et l'excitation longitudinale, tandis que le muscle pathologique est hétérogène et présente au moins deux chronaxies, une petite qu'on trouve par l'excitation du nerf et une grande qu'on trouve par excitation longitudinale.

Un seul cas pathologique ramène l'homogénéité : c'est celui de la dégénérescence totale, mais c'est le cas le plus rare. Encore toutes les fibres sont-elles rarement exactement au même degré de dégénérescence en même temps, de sorte que, même dans ce cas, on trouve des chronaxies différentes en modifiant le mode d'exploration : seulement les différences sont moindres que dans tous les autres cas.

La chronaxie nous permet donc de dire :

1° La synthèse des lésions musculaires (dégénérescence, myopathie, Thomsen) que j'avais tentée par l'étude de la seule forme de la contraction, est confirmée parla chronaxie.

2° Le terme de dégénérescence partielle doit s'entendre dans le sens de répartition du processus pathologique à une partie seulement des fibres musculaires et non dans celui de degré de la dégénérescence. La chronaxie donne raison à Vernicke et tort à Erb. Le degré de la dégénérescence est révélé seulement par la valeur de la chronaxie.

3° A Y homogénéité du muscle normal, la pathologie substitue V hétérogénéité. On pourrait d'ailleurs en dire autant de la pathologie de tous les organes ; mais le muscle est l'organe sur lequel l'exploration directe met le plus facilement ce fait en évidence.

4° L'évolution delà chronaxie nous permet de suivre de très près celle

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des processus pathologiques et d'en construire la courbe, comme nous avons pu construire celle du développement neuro-musculaire chez le nouveau-né. Je n'ai pas eu, jusqu'à présent, l'occasion de suivre l'évolution (rime dégénérescence, d'une myopathie ou d'un Thomsen ; mais j'ai pu suivre la régénération d'un nerf médian sectionné complètement

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Fig 14. — Evolution de !a chronaxie pendant la régénération d'un nerf médian suturé au poignet.

et suturé au poignet, pendant 15 mois : cette observation a été publiée en détail à la Société de neurologie *, je vous présente ici la courbe de l'évolution de la chronaxie au point moteur, sur le nerf et par excitation longitudinale, avec l'indication du moment OU sont apparus d'obord les fourmillements, puis les mouvements volontaires (voir fig. 14). Vous y voyez (pie dès le premier mois après l'opération, alors qu'on est encore en pleine dégénérescence totale, avec inexcitabilité parle nerf, la chronaxie commence à diminuer, ce qui ma permis de

(î. Bourguignon et Ch. Drium u. Revue neurologiqut, janvier 1921.

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porter un pronostic favorable très précoce, pronostic que les événements ont confirmé, puisqu'au moment où j'ai cessé de pouvoir suivre le malade, la restauration clinique motrice et sensitive était complète, et les chronaxies très voisines de la normale.

Très précieuse au point de vue du diagnostic, la chronaxie l'est peutêtre encore plus au point de vue du pi'onostic et des indications thérapeutiques.

2° Variations de la chronaxie, sans lésion des muscles ni du neurone moteur périphérique.

Dans cette classe d'altération de la chronaxie, les variations sont beaucoup plus légères, sauf quelques cas exceptionnels. Si, dans l'étude de la dégénérescence, la chronaxie a surtout apporté des précisions à des faits connus déjà, au moins en partie, ici, tout ce que la chronaxie me donne est nouveau.

En effet, ces variations légères d'excitabilité échappent complètement aux procédés classiques d'investigation : le seuil galvanique ne donne rien, et le seuil faradique varie avec tant de facteurs étrangers à l'excitabilité qu'on ne peut tenir compte que des variations énormes, comme celles que l'on constate dans la dégénérescence.

Les premiers faits de cet ordre que j'ai découverts sont les répercussions des blessures d'un nerf d'un côté sur la chronaxie des points moteurs du côté opposé. Ces variations sont légères et se font tantôt en plus et tantôt en moins. La loi générale, c'est que la réaction se montre toujours d'abord dans les muscles innervés par des nerfs de même chronaxie que le nerf blessé. Cette réaction ne fait jamais défaut. Elle peut s'accompagner de variations de la chronaxie des antagonistes des muscles innervés par le nerf blessé, mais le fait n'est pas constant.

Les cas dans lesquels on a décrit, exceptionnellement, de la réaction de dégénérescence classique dans les nerfs et muscles symétriques du côté opposé au côté blessé ne sont qu'un cas extrême et rare de la loi générale que la chronaxie m'a permis de découvrir K

Les atrophies réflexes s'accompagnent aussi de variation de la chronaxie de même ordre.

Les altérations de la chronaxie dans ces deux ordres de fait, sont dues certainement au même mécanisme et il faut étendre le sens du terme « troubles réflexes ».

En dehors de ces faits de réaction de la lésion d'un nerf mixte sur le côté opposé, et de la lésion d'une articulation (j'y ajouterais aussi d'un

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