L'ÉPILEPSIE TRAUMATIQUE
est très variable, et nombreux sont les cas où le temps de latence est inférieur à trois mois ou supérieur à dix mois. Cependant, moins de quatre pour mille blessés de tête n'ont leur premier accès d'épilepsie qu'un an 1/2 ou plus après la blessure. On peut donc dire pratiquement qu'un blessé qui n'a pas eu de manifestations épileptiques un an et demi après sa blessure n'en aura vraisemblablement pas.
Causes. — Quelles sont les causes de plus ou moins grande longueur du temps de latence ? C'est la durée de la cicatrisation et la situation de la plaie encéphalique. Toutes les raisons de retard de la cicatrisation (profondeur, étendue, suppuration) sont facteurs d'allongement du temps de latence. De même l'éclosion des accès est d'autant plus retardée que la plaie est plus éloignée des zones de projection du cerveau.
Conséquences. — La durée du temps de latence influe-t-elle sur la marche de l'Epilepsie consécutive? Il ne le semble pas. Cependant l'incubation paraît être plus courte pour les phénomènes jacksoniens que pour les phénomènes généraux.
Qualité de l'Epilepsie. — L'Epilepsie traumatique, en effet, n'est pas, comme on l'a cru longtemps, synonyme d'Epilepsie jacksonienne. Bien au contraire, les accès généralisés sont, chez elle, plus fréquents que les phénomènes localisés et l'on compte 2/3 des premiers pour 1/3 des seconds.
Dans ces derniers sont cependant compris tous les équivalents sensoriels ou moteurs localisés (cécité brusque, paralysie partielle transitoire), alors que nous avons compté parmi les phénomènes généraux les vertiges et les céphalées.
Causes. — De quelles causes dépend donc la qualité de l'épilepsie engendrée par une plaie cérébrale ? Plus les cicatrices sont volumineuses, ou fines mais parsemant tout le cerveau, plus il est vraisemblable que l'épilepsie engendrée sera généralisée. II en sera de même lorsque la plaie siège dans une zone neutre du cerveau, alors que les. lésions des zones de projection sont suivies le plus souvent de phénomènes jacksoniens '.
1. Sur 100 épilep. par plaie pariétale : 49 0/0 accès jacksoniens ; 51 0/0 généralisés.
Sur 100 — — occipitale : 30.22 69,77
Sur 100 — — temporale : 27.27 — 72,72
Sur 100 — — frontale : 14,14 — 85.84
Sur ~m — — du crâne : 120.65 ~279,83
Soit sensiblement : — d'accès jacksoniens, — généralises. 3 ■»
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Ces causes de la qualité de l'épilepsie engendrée sont comparables à celles île la durée du temps de latence. On peut les réunir en une sorte de schéma : Aux plaies multiples cl profondes des zones neutres du cerveau, entraînant d'ordinaire de l'Epilepsie généralisée après un long temps de latence, s'oppose la plaie unique, corticale, d'une zone de projection, suivie d'Epilepsie jacksonienne après un temps de latence généralement plus bref.
Phénomènes propres à l'Epilepsie traumatique. — Il est convenu, Messieurs, que je ne vous parlerai que des caractères de la seule épilepsie traumatique. Aussi, ne vous dirai-je rien de l'aura, des accès, des équivalences, des phénomènes d'épuisement post-paroxystique, qui sont en tout point comparables à leurs homologues du mal comitial.
Les Equivalents localisés. — Je vous signale toutefois, a propos des équivalents, la fréquence toute particulière avec laquelle on rencontre dans l'Epilepsie traumatique des phénomènes d'inhibition ou d'excitation d'une ou de plusieurs fonctions cérébrales ne durant que quelques instants. C'est ainsi qu'on relève fréquemment les hyperesthésies ou au contraire les anesthésies transitoires consécutives aux blessures du lobe pariétal ; les scotomes scintillants ou les cécités temporaires -après lésions occipitales ; les perceptions musicales ou les surdités passagères après atteinte du lobe temporal ; les troubles du langage de type dysarthrique ou dysphasique suivant la situation de la plaie encéphalique dans l'une ou l'autre des zones décrites par M. le professeur Pierre Marie. Quant aux parésies localisées brusques et transitoires, elles constituent des équivalents au même titre qu'une crise convulsive localisée après blessure de la frontale ascendante et sont suivies des mêmes phénomènes d'épuisement post-paroxystique. Ceuxci, du reste, que la crise soit généralisée ou localisée, sont toujours plus prononcés d'un côté, ce qui prouve bien qu'entre ces deux manifestations épileptiques, il n'existe pas une différence aussi nette qu'on a bien voulu le dire.
Les Prodromes. — Vous ave/, dû remarquer, Messieurs, que lorsque j'énumérais la série des phénomènes épileptiques communs au mal comitial et à l'épilepsie traumatique, les prodromes de la crise n y figuraient pas. Cet oubli était volontaire : c'est que certains des signes précurseurs de l'accès ont été décrits à propos des crises consécutives aux plaies de tète.
Si tous les prodromes subjectifs de la crise comitiale ont pu être relevés dans l'Epilepsie traiiiuatique, certains signes précurseurs oh-
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jectifs appartiennent en propre à cette dernière. Je veux parler de la tension anormale de la cicatrice et de l'inégalité pnpillaire temporaire.
Un temps variable avant l'accès : de un jour et demi à un quart d'heure, le blessé ressent autour de sa brèche crânienne de légers chatouillements, qui bientôt font place à un agacement comparable à celui d'une mouche courant autour de la plaie. Puis, lorsque cette sensation est devenue plus douloureuse, et pour peu que l'épicrâne fût assez souple, on peut constater la disparition de l'impulsion et du battement delà cicatrice. Bientôt celle-ci se tend, et de creuse quelle était devient au contraire bombée et saillante au dehors. Vient-on à soustraire du liquide céphalo-rachidien par la ponction lombaire ? la surélévation cicatricielle persiste, ce qui prouve bien qu'il s'agit d'une véritable dilatation du cerveau. Tension et douleurs augmentent ; le blessé, en proie à de violents maux de tête, reste prostré ; et c'est lorsque cette hernie cérébrale est tendue au maximum que la crise éclate brusquement.
Beaucoup plus rare est l'inégalité pupillaire temporaire, qui apparaît, elle aussi, un temps très variable avant le début de la crise. Tantôt la pupille la plus grande est homolatérale à la plaie cérébrale, tantôt au contraire elle est située du côté opposé, sans que nous ayons pu trouver de règle fixe à cet égard.
La constatation de ces prodromes objectifs a la plus grande valeur et nous verrons tout l'intérêt qu'elle présente au point de vue du traitement. De toute manière, il est toujours utile d'attirer sur eux l'attention du blessé, qui sera averti de l'imminence de l'accès. L'un d'eux, dans ce but, ne palpait-il pas tous les matins sa cicatrice qu'il appelait son « baromètre à crises »? C'est qu'en effet, lorsque les prodromes existent, ils apparaissent avant chaque accès ; bien plus, leur modalité indique souvent la violence de la crise qui se prépare. Nous avons connu des blessés qui partaient en promenade alors que certains prodromes les avertissaient qu'un équivalent épileptique allait se dérouler ; ces mêmes blessés restaient au lit lorsque d'autres prodromes annonçaient l'imminence d'une crise convulsive.
Traitement des Epilepsies traumatiques. — Voici, Messieurs, les principales caractéristiques de l'Epilepsie traumatique, tout au moins celles qui donnent des indications sur la modalité du traitement à appliquer.
Epilepsie aiguë. — A ce point de vue, reprenons, si vous le voulez bien, les causes les plus fréquentes de I'Epilepsie aiguë.
Traitement chirurgical. — Qu'il s'agisse d'hématome péridural,
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d'abcès méningé ou cérébral, d'esquille ou de corps étranger irritant la COrticalité : toutes ces causes sont localisées ci évacuables ; c'est dire que le traitement chirurgical est le seul indiqué quand bien même par la suite il entraînerait des cicatrices méningO- encéphaliques devant entraîner plus tard de l'Epilepsie durable.
Traitement médical. — L'épilepsie aiguë peut encore relever d'irritations encéphaliques diffuses ou profondes : l'hémorragie intra-ventriculaire, les méningites diffuses, l'encéphalite aiguë non suppurée. Ces lésions ne sont pas accessibles chirurgicalement, c'est dire que le traitement médical s'impose. Autant que possible, celui ci doit être causal, et négliger le symptôme épilepsie pour atteindre sa source.
Epilepsie durable. - Ces remarques peuvent s'appliquer au traitement de TEpilepsie durable. Seules, les crises relevant de traumatismes pénétrants, n'ayant pas lésé la dure-mère, doivent être soignées chirurgicalement.
Traitement chirurgical. — Autrement dit, il n'y aura indication opératoire que lorsque la radiographie du crâne aura décelé d'une manière précise l'existence d'un cal exubérant de la table interne du crâne (parfois dû à une mauvaise plastie), ou un corps étranger compris entre l'os et la dure-mère intacte.
Traitements médicaux. — Il est compréhensible que toutes les autres causes de l'Epilepsie durable étant des cicatrices méningées ou encéphaliques indestructibles chirurgicalement, indiquent la nécessité d'un traitement uniquement médical, malheureusement encore sgmptomatique . On améliorera l'Epilepsie, on cherchera à diminuer le nombre des accès ou la violence des crises, mais on ne pourra lutter directement, contre ses causes, qui, nous le répétons, sont, non point les plaies méningo-encéphaliques,mais les cicatrices qui les comblent.
Tous les traitements médicaux appliqués au mal comitial ont été mis en œuvre pour lutter contre l'Epilepsie traumatique.
Pratiquement on peut réunir les médications les plus usitées en trois groupes ; celui des bromures, celui des composés bores et celui des Uréides.
Les Bromures. — Vous connaissez certainement, Messieurs, la posologie des Bromures, réunis entre eux ou isolés, administrés ou non suivant la méthode de Toulouse et Ricliet. Aussi me bornerai-je à vous rappeler les inconvénients de Cette médication : bromides si elle est trop prolongée, affaissement intellectuel constant particulièrement pénible pour les blessés épileptiques condamnés à un emploi de bureau.
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Le Bore. — La Médication borée, outre l'acide borique peu usagé, compte deux principaux représentants. Le biborate de soude (alias : borate, borax, orthoborate) est d'un usage ancien. Nous avons pu le prescrire en cachets, mieux supportés (pie les solutions où l'adjonction de glycérine est obligatoire. Le tartrate borico-potassique vient d'être récemment révélé comme anti-épileptique par mes Maîtres : MM. Pierre Marie et Crouzon, et mon collègue et ami Bouttier qui vous en donnera tout à l'heure les caractéristiques bien mieux que je ne saurais le faire" moi-même. La médication borée a l'avantage de n'avoir aucune action déprimante sur les fonctions psychiques de l'individu ; en outre, elle est d'un emploi pratique et n'expose àaucuneintoxication. Malheureusement, ses représentants ont une action inconstante dans l'Epi lepsie traumatique, et nous verrons combien sont raines les cas où ils peuvent être utilisés.
Les Uréides. — La médication par les Uréides est assez récente. Ses représentants dérivent des somnifères connus ivéronal et dial (diethylet diallyl — malonylurée). Vient-on à remplacer l'un des radicaux « éthyl » du véronal par un radical « phényl » ? ou bien adjoint-on au dial un radical « phényl » ? on obtient deux puissants anli-épileptiques peu somnifères : le luminal (ou Gardénal) et la dialacétine. Ces deux produits donnent les meilleurs résultats dans le traitement de l'épi— lepsie traumatique. Ne déprimant pas le psychisme du blessé, ne lésant pas le rein même après un emploi prolongé, on ne peut reprocher aux Uréides que l'obligation de les employer continuellement. Dès que l'on cesse d'en administrer, les crises en effet reparaissent plus nombreuses que jamais.
Voici, Messieurs, les principales médications anti-épileptiques les plus communément prescrites à l'heure actuelle. Lesquelles emploierons-nous dans l'Epilepsie traumatique durable? Reprenons encore une fois ses causes et ses lésions.
Choix du médicament. — I. S'agit-il de petites lésions fines, disséminées, occasionnées par un traumaslisme non pénétrant ? Comme dans l'Epilepsie maladie, la médication borée donne de bons résultats. Prescrivez 3 à A grammes de tartrate borico-potassique, à prendre quotidiennement, en plusieurs prises, et vous verrez disparaître les manifestations épileptiques dans la proportion de 3 sur 4. Si, cependant, celles-ci sont encore trop fréquentes, donnez, outre le tartrate, dix ou vingt centigrammes de gardénal. Grâce à cette association, vous supprimerez environ dix crises sur onze.
IL Par contre, il est inutile de prescrire le tartrate borico-potassique
i-i /'. béuac.i •/•:
lorsqu'il s'agit il'Epilepsie relevant d'une volumineuse cicatrice méningée ou encéphalique. Donnez du gardénal, d'abord trente centigrammes quotidiennement, puis diminuez peu à peu cette dose jusqu'à l'obtention d'un seuil au-dessous duquel les crises réapparaissent. De temps à autre, cessez cette ration quotidienne, mais avec les pins grandes précautions. Parfois, rarement il est vrai, vous aurez l'heureuse surprise de constater la disparition des crises. Mais ne vous hâtez jamais de parler de guérison ; souvent il ne s'agit que de longues rémissions et, s'il survient un paroxysme, il peut avoir des conséquences d'autant plus terribles qu'il est plus inattendu.
III. Car vous n'userez de ces médications continues que lorsque les accès ne sont pas annoncés par des prodromes. Si ces signes précurseurs existent d'une manière nette, vous tenterez d'employer un autre mode de traitement. Celui-ci consiste adonner journellement une médication continue à très (et même trop) faibles doses ; exemple: un gramme de bromure, ou un gramme de tartrate borico-potassique, ou encore dix centigrammes de gardénal. Mais le blessé sera toujours porteur de 5 grammes de bromure dissous dans 15 centimètres cubes d'eau, ou encore de 5 cachets de un gramme de biborate de soude, ou bien encore de trente centigrammes de gardénal. Dès l'apparition des prodromes il avalera cette forte médication anti-épileptique et son accès avortera sept fois sur huit environ. Parfois vous pourrez ne pas donnerai! blessé de traitement quotidien, le simple fait d'avaler sa provision portative arrêtera l'évolution des accès.
Cette méthode a l'avantage de ne pas soumettre le rein à une fatigue continuelle, qui, si minime soit-elle, a tout de même des inconvénients.
Voici, Messieurs, les principales caractéristiques et les causes de l'Epilepsie traumatique. En regard des lésions, vous trouverez dans le tableau ci-contre l'indication du traitement à opposer à leurs conséquences.
Ces règles, vous les appliquerez, hélas ! trop souvent, étant donné le nombre si important des blesses de tête laisses par la guérie et celui toujours croissant relevant de la trépidante vie moderne. Mais n'oubliez jamais, Messieurs, que lorsqu'il s'agit de soigner des epileptiques, quels qu'ils fussent, à côté du traitement médicamenteux, vous deves toujours instituer une véritable cure morale. Un îles devoirs primordiaux du médecin, dansée cas, est de rassurer les pauvres blesses, el de les soutenir dans leur vie tout entière dominée par la perpétuelle
anxiété de la survenue d'une crise.
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