C. — Perturbations de l'appareil musculaire volontaire
Ces perturbations apparaissent de la plus grande fréquence et portent sur le tonus, la force musculaire, la coordination.
Si le tonus musculaire peut être troublé par défaut (asthénie, hypotonie), beaucoup plus fréquemment il est troublé par excès, soit qu'il s'agisse de contractures légitimes à localisation monoplégique, hémiplégique ou généralisée, soit qu'il s'agisse de rigidité à type parkinsonien. L'existence de la catatonie dans l'encéphalite léthargique s'est révélée fréquente dans la première épidémie anglaise (1917-1918), puis dans les épidémies allemande et française de 1919-1920. C'est par elle que le malade prend cette attitude soudée ou figée, (pie son visage devient inexpressif et glacé, que les mouvements actifs et passifs sont
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lfiits el difficiles. Lorsque à cette rigidité catatonique, se joint le tremblement des membres supérieurs, le tableau du parkinsonisme est
réalisé.
L'encéphalite léthargique ne s'accompagne pas volontiers de paralysies des membres très prononcées et durables ; ce qui est fréquent, ce sont les monoplégies ou les hémiplégies frustes disparaissant aussi vite qu'elles sont venues et ne laissant après elles que d'insignifiantes séquelles.
Dans de nombreuses observations, l'encéphalite s'accuse par des convulsions à type jacksonien ou par des crises d'épilepsie généralisées (Guillain).
Si les troubles par déficit moteur sont assez rares ou discrets, les perturbations de la coordination des mouvements sont beaucoup plus fréquentes, qu'il s'agisse d'ataxie ou surtout d'asynergie cérébelleuse (Lhermitte et Saint-Martin).
Enfin il n'est pas exceptionnel que les membres où siège cette incoordination présentent des mouvements involontaires à caractère ehoréique ou athétosique.
Ainsi que tous les observateurs l'ont remarqué, de tous les nerfs crâniens, les oculo-moteurs sont de beaucoup les plus atteints ; c'est laisser entendre que, en dehors des IIIe, IVe et VIe paires, d'autres nerfs crâniens peuvent être intéressés par le processus de l'encéphalite. La paralysie ou la parésie de la VIIe paire est relativement fréquente (Sainton, Lhermitte et Saint-Martin) et, fait à remarquer, se présente avec les mêmes caractères sémiologiques et évolutifs que les paralysies de la IIIe paire. Ici comme là, la paralysie est dissociée, parcellaire, extenso-progressive. L'atteinte de la VIIe paire s'accuse par un ensemble de symptômes d'origine cochléaire et vestibulaire : bruits subjectifs, hypo-acousie, perte des réactions vestibulaires, parfois surdité (Vincent) ; celle de la IX' paire par l'agueusie (Sainton), celles îles Xe et XIe paires par des paralysies vélopalatines, laryngées (Combemale et Duhot, Mouriquandet Sanerot), parfois par une paralysie labio-glossolaryngée ; celle de l'hypoglosse enfin par une parésie de la langue accompagnée de trémulation fibrillaire.
1). — Réactions méningées.
Nous avons insisté dans le résumé sémiologique que nous avons donné des différentes épidémies sur la variabilité de la syraptomatologie méningée s'affirmanl ici, et là, au contraire, fa i sa ni complètement défaut.
Lors des épidémies de Vienne (1910-1917), Econome» insistait sur la présence de ce qu'il appelait le « méningisme » et qui n'est autre qu'une réaction méningée plus ou moins franche. Si les symptômes méningés manquaient absolument, lors de la première épidémie française de 1918, ils furent, dans nombre de cas, très apparents dans l'épidémie de 1919-1920. Non seulement la souffrance des méninges s'affirme par les signes classiques de Kerning, de Brudzinski, la raideur du tronc et de la nuque, etc., mais elle est attestée par les réactions souvent très intenses du liquide céphalo-rachidien (Castaigne, Achard).
E. — Liquide céphalo-rachidien.
Lors de la première épidémie française (1918), l'absence de modifications du liquide cérébro-spinal avait fait considérer celle-ci comme une indication sémiologique importante en faveur de l'encéphalite épidémique. Le développement de l'épidémie de 1919-1920 vint modifier complètement cette manière de voir. En effet, dans de très nombreux cas d'encéphalite authentique, le liquide céphalo-rachidien, soustrait par ponction lombaire, contenait une forte proportion d'albumine et des éléments figurés, lymphoc\Ttes pour la plupart. Déjà Economo et nombre d'auteurs anglais, MM. Barsal, Burger et Focquet, Stern, Tucker, avaient montré que le liquide céphalo-rachidien pouvait présenter et de l'hyperalbuminose et de la pléicytose, mais c'est surtout grâce aux travaux de MM. Netter, P. Marie, Courmont, Achard, Claude, Pic et Bonamour. Sicard. que les caractères chimiques et cytologiques du liquide céphalo-rachidien purent être précisés. A l'heure actuelle, l'existence de l'hyperalbuminose ni celle de la pléicytose ne peuvent être discutées. Mais ce qui apparaît comme particulier à l'encéphalite, c'est, d'une part, que le taux de l'albumine du liquide céphalo-rachidien n'est nullement proportionnel à la quantité d'éléments figurés et, d'autre part, le fait que la réaction cytologique, contrairement à celle des méningites tuberculeuses, décroît à mesure que se poursuit l'évolution de la maladie.
Ce défaut de parallélisme entre l'albuminose et la pléicytose peut être accusé au point d'être une véritable dissociation albumino-cytologique, tantôt en faveur de l'albumine tantôt et le plus souvent en faveur des éléments figurés.
En outre, M. Dopter, M. Netter, MM. Sicard et Kudelski ont révélé une teneur anormale en sucre du liquide céphalo-rachidien ; hyperglycorachie allant de pair avec une hyperglycémie, opposant ainsi de la manière la plus nette l'encéphalite léthargique et les méningopathies
aiguës. Ajoutons que MM. Brasker, Calwell, Goombe, ont constate, mêlées à des polynucléaires, des petits cocci-gram-positifs identifiables au diplocoque de Wiesner.
Quant à la tension céphalo-rachidienne, M Boveri à récemment montré que dans 50 p. 100 des cas celle-ci était augmentée, mais dans des proportions relativement modérées.
F. — Troubles de la sensibilité.
Si, objectivement, les troubles de la sensibilité apparaissent souvent un peu incertains, ils n'en existent pas moins et peuvent parfois prendre le pas sur les autres symptômes. Fréquentes dans les formes d'encéphalite caractérisées par la survenance de myoclonies, les douleurs peuvent atteindre une intensité telle qu'elle pousse les malheureux malades à des crises de désespoir redoutables par la tendance aux résolutions extrêmes, parfois au suicide dont elles s'accompagnent. Douleurs térébrantes, sensations de broiement profond, ces algies se limitent souvent, soit à la moitié du corps, soit aux extrémités, soit enfin à des territoires radiculaires et présentent tous les caractères des « douleurs centrales ». Comme les algies sympathiques, elles apparaissent et s'évanouissent sans qu'aucune cause en apparence soit intervenue et, à l'exemple de celles-ci, elles peuvent s'associer à des phénomènes de répercussivité étudiés à nouveau par M. A. Thomas. Chez une de nos malades, par exemple, l'imminence de la crise douloureuse était annoncée par l'apparition d'une sensation pénible Hmitée à une cicatrice delà cuisse, vestige d'un abcès de fixation.
Des algies nous devons rapprocher les paresthésies, les dysesthésies curieuses dont se plaignent parfois les malades atteints d'encéphalite : sensations bizarres de sable dans les mains, de fourmillements, d'engourdissement, sensations parfois si étranges que le sujet ne peut les définir ni même les comparer avec une autre sensation connue. Avec M. H. Collin nous avons observé, dans plusieurs faits, la survenance d'un prurit excessif généralisé à tout le corps et, selon toute apparence plus accentué dans les régions pileuses ; à tel degré que nous avons vu plusieurs sujets la poitrine labourée de coups d'ongles et de grattages furieux, les aisselles et la région pubienne littéralement épilées en raison des démangeaisons dont ces légions étaient le siège.
Je vous rappellerai aussi 1rs quelques faits observés en particulier par M. Sainton et dans lesquels l'encéphalite s'est accompagnée d h\peralgésie extrême et généralisée. Vn simple frôlement sullit dans les cas de ce genre pour déterminer une violente réaction douloureuse.
Ce phénomène me paraît intéressant à relever non seulement au point de vue sémiologique mais aussi à cause de sa parenté clinique avec le signe Kérandel de la maladie du sommeil des nègres.
G. — Réflectivité.
Les réflexes cutanés sont assez variables, souvent affaiblis, quelquefois abolis ; le réflexe plantaire s'effectue dans de nombreux cas en extension et le signe de Babinski peut être le seul témoin de l'atteinte de la voie pyramidale (Widal).
Pour ce qui est des réflexes tendineux, dans les formes de moyenne intensité, ils sont le plus souvent légèrement exaltés, d'autres fois affaiblis ou suspendus. Tout de même que pour les symptômes d'ordre moteur, la caractéristique des modifications des réflexes est d'être essentiellement variables et changeants. (Guillain.)
H. — Sphincters.
Les troubles sphinctériens ne sont point exceptionnels dans l'encéphalite épidémique, mais ils apparaissent surtout dans les formes sévères, où l'hypersomnie se prolonge, devient de plusen plus profonde et aboutit au coma.
I. — Système nerveux de la vie organique. — Symptômes sympalhicotoniques. — Les manifestations indiquant un état d'éréthisme du sympathique sont beaucoup plus fréquentes que celles que l'on peut rapporter à la vagotonie. Les phénomènes sympathicotoniques consistent en hyperidrose généralisée (Nonne) ou localisée à la face (Kennedy, Khoury, Crebbels, Russel), en poussées de rougeur subite en alternatives de vasodilatation et de vasoconstriction, en exophtalmie (Eisenlohr en tachycardie, en kyperthermie (Economo), en polyurie (4 litres 1/2 à 5 litres 1/2 en 24 heures). (Dopter, Briand et Rouquier, Lapporte et Rouzaud) en ghcosurie avec hyperglycémie (Economo).
J. — Symptômes vagotoniques.
Le plus important est la sialorrhée sur laquelle M. Netter a insisté, sialorrhée accompagnée de gonflement des parotides et de modifications histologiques des glandes salivaires. Nous signalerons sans nous y arrêter, bien que la question mérite une longue étude, les spasmes de l'intestin, que M. Massaria pu observer dans cinq cas et qui conduisirent dans un fait à une intervention chirurgicale. Celle-ci montra un intestin contracté et pâle en plusieurs régions. Nous avons nous-même
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avec notre confrère Aguinet, observé un l'ail du même ordre, chez une malade que nous suivions depuis plus de six mois. Dans ce cas, l'encéphalite débuta par des phénomènes abdominaux qui (iront pensera une appendicite pour laquelle la malade fut opérée ; plus tard, apparurent la diplopic, l'amblyopie transitoire, les secousses mvocloniques.
Réflexe oculo-eardioque. — L'étude du réflexe de Dagrini-Aschner ne fournit guère d'indications sur l'état des fonctions sympathiques ou autonomes. Selon M. Litvack, ce réflexe serait d'autant plus net que l'hypersomnie serait plus prononcée ; pour MM. P. Marie et Bouttier, M. Achard, il serait souvent aboli à la période d'état et tardivement exagéré sans que ces modifications commandent aucun pronostic fâcheux.
K. — Symptômes généraux.
Certains indiquent le retentissement de l'infection sur divers appareils, d'autres ne sont que l'accompagnement obligé de toute pyrexie. Aux premiers se rattachent l'angine du début, les poussées d'arthrite, la synovite (Claude et Dufour), la splénomégalie, l'herpès labial ou facial (Economo), le purpura : aux seconds l'état saburral des voies digostives, la constipation, l'anorexie, l'asthénie.