‹ Questions philosophiqueChapitre 183 sur 193 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

• Le prof rèt dm teitoees mortiet m précède jamait et même ne fuit qce de trft-lnlo mIuI det Mi«»neeii phyciqtiefl et maihéflMtiqties» •( de leort «pplicatioM aax «rtt qui en ■•mlfeleai le plw

éloigDés. • DMTUTT M TSACT.

• Le mot dntU s'ett pas eoBtredietoirt «i umi

forcé ; le droit cet U force eoumiae à de* loie povr rnvantage an plut grand nombre. •

BCCCAMU.

Je n*ai point diflcuté pour prouver que j'avais raiton, mais pour vérifier par le raisonnement si j'avais raison; je n'ai point discut<^ pour faire triompher mes opinions, mais pour les soumettre à Tépreuve de la discussion, au risque de les voir s'écrouler ; je n'ai point discuté enfin pour discuter, pour apprendre.

Qu'ai-je appris ?

OiMlla earlitude ai-je acquise ?

098 LE DHorr

Quelle concinsion pnis-je tirer?

J'ai lu beaucoup ; j'ai lu à peu pri-s tout ce qui a rU bprimé sur la matit-rc, objet de ce débat ; j'ai appris peu.

En efTut, plus on compulse d'ourr&ges, plus on int d'auteurs pour savoU' ce qu'il faut défînitirement p Droit, de lu Justice, de la Raison, de la Conscience, i do n!glc aux actions humaines, et moins od sait il qnoi *'<i 1 tenir exactement sur la valeur de chacun de ces molf, ^à 1 ont scr\-i de textes h tant do volumes de gloses. '

I,ii certitude que j'ai acquise, c'est qu'il n'y a qu'an toi droit au monde : c'est le dboitdu plus fokt.

Platon le reconnai'-«ait eu ces termes :

« Dans chaque Ëui, celui qui gouTeme n'ett-il pas to plut f-rtf - Apjiarenimeal. — Chacun d'eux ne Iiil-il pas Im lois à son aviatap : le }ieup1e, (les luis populaires; le monarque, des Inb moMrcbiipM; « ninsi des autres? Kl quand ces lois sont faites, ne dédirrat-iU pas fK la justice pour les gouvernés consiste dans l'observation de ces k»? V jiuiiissent-ils pas celui qui les transgresse comme coupabled'noe sclMi injuste ? Voici dune ma pcnsOo : dans cliaque État, Ja justicfl est Tavuulaije de celui qui a l'iiuiDrilc en main, et par contéquenl dn flm fort. D'où il suit, jiour tout hommt qui suit raitontur, que parlmil b juslice et ue qui est avantageux au plus fort sont la même cbote. >

Aristotc le constatait ainsi :

• Rien n'est plus diflicilc que d'arriver à la vérité lonqa'il s'agil et droit et d'égalité; mais le sort est ent'ore un meilleur juge que la csitciemr du pha fort. Ëgulité, justice, sont le cri des bibles et le (uiiti des puissants, d

Jean-Jacques Rousseau n'est que l'écho de Platon et d'At» tote lorsque, devançant la nivuIuUon de 1189, il dit :

■ L'esjiril universel des lois de tous les pays est de fi lu fvrt l'ontre le faillie, l't celui qui a contre celui qui n'a liee. Urtia- •'iii]Vi.'iiiciit e»t inéviljhk- ei il est sans ciceplion. ■

.Miiluuul [l'i-st que l'échu de Jean-Jacques RouMMUi

après la révolation de 1789, il raonte à la tribune de TAssem- *Mte nationale pour y faire entendre ces paroles :

^ « Un droit reconnu n'est rien, s'il n'est mis sous la sauvegarde d'une Bfsolâctîon suffisante. »

p Enfin, de nos jours, M. Guizot n'est lui-môme que l'écho de i Maton, d'Aristote, de Jean-Jacques Rousseau et de Malouet, dans cet aveu :

« Les droits ne sont rien où n'est plus la farce de les faire valoir. » Ainsi, plus de doute, plus de vague, plus d'Aquivoqae :

LA FORCE, c'est LE DROIT; IL N'T â PAS D'AUTRK DROrr QUE LA

ffORCE, car ce droit est le seul qui soit inviolable, le seul qui porte en lui-même sa garantie nécessaire et sa sanction efficace.

Si cette conclusion est vraie, transformer la force est l'unique objet que doit se proposer Thomme aspirant à s'éloigner de plus en plus de l'état de barbarie, pour s'approcher de plus en plus de l'état de civilisation.

Mais comment lu transformer?

En s'appliquant sans relâche et sans exception à ôter en tout et partout à la force matérielle tout ce qu'il sera possible de lui retirer, pour l'ajouter en tout et partout à la force immatérielle.

Qu'est-ce que la barbarie ?

(Ju'est-ce que la civilisation?

La barbarie est l'état d'une société où la force matérielle est tout, où la force immatérielle n'est rien.

La civilisation est l'état d'une société où la force matérielle n'est rien, où la force inmiatérielle est tout.

Par cette distinction, tirée du fond même des choses, on reconnaît que la société, en Fiance, est encore à mi-chemin entre la barbarie et la civilisation.

Guerres, conquêtes, autorité, qu'étes-vous? Vous êtes le droit du plus fort matériellement, nationniement.

Sciences, découvertes, liberté, qu'êtes-vous? Vous êtes le droit du plus fort intellectuellementi individuellement.

Ëchangesy richesses, concurrence, qu'étea-vou? Toa lo droit du plus fort industriellement, commerciiiemeil

Concurrence, émulation, auxquelles toutes les ioôuH tous les arts, toutes les sciences sont redevables de le» grès, oui, vous n'êtes, h votre insu, que la tnuuthniHii la force ! Est-ce que , de fabricant à fabricant* d'iiÉ artiste, de savant à savant, d'écrivain à écrivain, d'onli orateur, ce n'est pas à qui l'emportera par ses pnoèàà, œuvres, ses découvertes, ses écrits, ses discours? EiUii ce n'est pas la lutte incessante de perfectionnements ■ perfectionnements, de travaux contre travaux, derma contre renommées, d'idées contre idées, de talent«(W talents? Voit-on, dans ces luttes intellectuelles, lesdmi gonistes s'épargner moralement les coups que se donon physiquement deux adversaires dans des luttes eorpiri Voit-on le plus fort, retenu par des scrupules, prot^k| faible au lieu de l'écruser? Non; qu*on y regarde bici.1 dcur et la ténacité sont les mêmes; la différence, c'est f lieu de lutter n qui sera le plus fort corporellement, vm qucment, territorialement , à coups de poing, à c<N|i fusil, à coups d(t lois, on lutte à qui seru, le plus fortirii tuollemeiit, iiidustriolloment, commercialement, à OMp génie, a coups de progrès, h coups de solutions; la diA encore, c'est que la domination matérielle profite à ni tandis que la domination immatérielle profite à tous.

, Ainsi, ce qu'on nomme vaguement le Droit n'est, e&iÉ pour qui s'en rend exactement compte, que la force eth transfoimées, que la guerre et la conquête transpoHta une plus haute région.

C'est à cette transformation de la force que conduit ti ment la ligne de séparation naturellement tracée entrée constitue essentiellement la puissance indiuduelle et e compose forcément la puissance indivisible^ conséqoei

Ainsi s'explique Timportance que j'attache à cette li tion nécessaire, aussi facile à marquer qa*il est diflU poser la limite entre le pouvoir temporel et le poufoir tnel, ce que, le il février 1804, l'empereur Napoléon l'i naissait en ces termes :

LEDBOIT H9

r arche en vtin à placer !•• linilit antre leiautoriléf ciiUe et : rexislence de ces limites n'est qu'une cbimàre* »

-*' CMte séparation admise, la force immatéridle est touti la kpDe matérielle n'est plus rien ; cette séparation admise, ce mm M. Guizot a appelé « l'éternel problème des sociétés KoMines u reçoit sa solution sans yictoire ni défaite, sans Wrolution ni réaction, sans excès ni désastres; solution pacîllfoe, solution rationnelle, solution définitive.

Ce problème, que M. Guizot, ministre tout-puissant, .a été Impuissant à résoudre, en voici les termes tels qu'il les avait posés lui-même :

« Deux choses sont aujourd'hui également faibles, également en aminte sur leur avenir : le pouvoir et la liberté. D'où provient ce mal î ITn-t-il pour cause que l'étemel problème denodétiê htmalnêi, la difficulté de concilier ia liberté avec le pouvoir? (\)

Dans ces termes, en effet, le problème est insoluble. On ne concilie pas ce qui s'exclut, on ne concilie pas ce qui est inconciliable : on ne concilie pas le froid et le chaud, l'ombre et la clarté ; concilier ce qui est virtuellement opposé, c'est détruire ce qu'on tente de concilier.

L'erreur du passé, Terreur de tous les temps, rerreur de tous les gouvernements a été de chercher vainement à cotinhir ce qu'il fallait s'appliquer judicieusement à iéportr.

Qu'est-ce que la Liberté ? — C'est le pouvoir individuel.

Qu'est-ce que TAutorité? — C'est le pouvoir indivis.

Ce qui est indivis peut-il être à la fois indivis et individuel? Ce qui est individuel peut-il être à la fois individuel et indivis? Évidemment non. (Jne Ton renonce donc alors à cet accouplement contre nature, a ce supplice qui condamne deux pouvoirs : le jjouvoir indivisible et indivis^ l'État, et le pttuvoir rationnel et individuel, l'Homme, à traîner au bout de la même chaîne le môme boulet! Qu'on les délivre donc tous les deux.

(1) ouizoT. Des Moyens de gouvernement.

qu'on lenr rende donc, sans hésiter, à l'un et à raiitR,rc tière liberté de se mouvoir, chacun dans son orbite!

Telle est ma conclusion, et par elle j'arrive à rendit h| pensée humaine non moins inviolable que la vie hanuÎM.

Un homme n'a pas plus le droit d'empêcher un autre hm de penser, celui-ci fût-il intellectuellement infirme et dilonil qu'il n'a le droit d'empêcher un autre homme de vivre, fût-il corporellement difforme et infirme.

La société n'a pas plus de droit contre le «laij^firf qu'elle n*en a contre le malportant. (1)

Mais comment guérir le malpensant ?

En ne faisant pas ce que fait rallopathie, en faisant ee^ fait l'homéopathie, en procédant par les semblables et wm par les contraires; en n'opposant pas la force matérieDe ah force immatérielle, mais en opposant la force immatrmlkâ

la force immatérielle.

Ou le Droit n'est rien, ou le Droit est Tinviolabilité humaisintellectuellement et corporellement.

Lorsqu*on remonte des lois au Droit, comme on remonti* tir Tenihouchure d'un fleuve ù sa source, on reconnait que x droit ne saurait exister à demi.

(ju>st-cc que le droit assurant à l'homme la propri^tr dr son corps, mais n*assurant pas la propriété de son esprit?

Est-ce que l'homme vaut par son corps plus que par > r esprit? Est-ce que son esprit est moins saci^ que son rùrp<^

Le droit, qui met h la valeur corporelle de l'homme on prii si haut et à sa valeur intellectuelle un prix si bas, est on drsl qui ressemble beaucoup à un corps humain d'où l'esprit «ïî absent : c'est un droit idiot.

Et c'est ce droit-la qu'on vante ! et c*c8t ce droît-i& àem\

f\) Platon était lo^qiie : il condamnait également à' la mort le mfr^ put iritcllpctuellenient trt It' vuutri'fmt oorpon>lli>inent :

» giiAiit à ceux dont l«* «orps ent mal i*uiihlitué, on les laÎMeim muirr cl .>ii pu ri ira de murt ceux dont I Ame est njturi>IU*int*nl m^hiBir i: iiicitin^iblc. M

L'Éitit, ou iti Hipubliqite^

[ on voudrait que je fléchisse le genou avec respect, que nasse le front avec superstition ! — Non. droit-là, c'est encore la barbarie, la barbarie n'a pas discontinué de régner, Thomme n*a [us la propriété de son corps qu'il n'a la propriété de son ; où la civilisation règne à demi, Thomme a la propriété i corps, mais il n'a pas la propriété de son esprit où la ation règne pleinement, l'homme a Tentière propriété 1 esprit, comme il a l'entière propriété de son corps : *^tte entière propriété de soi-même qui constitue le seul qu'il soit possible à ma raison de reconnaître distinctef le DROIT INDIVIDUEL DU PLUS FORT mtellectueUement y fiquementy industriellement^ commercialement ^ succédant it au DROIT COLLECTIF DU PLUS FORT matériellement y numétenlj légalement^ territorialement ; le seul Droit, enfin, qui t pas un vain mot.

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