‹ Questions philosophiqueChapitre 185 sur 193 · VI. A M. de Lourdoueix · texte numérisé non relu

VI. A M. de Lourdoueix

■ Si l'on veolûûre à iimi Uvn llioiinear à'vm «n> tique... qa'aa Uou de me ligiieler oomins bb Infie et eomme ao tAdiliMx, m ■• onlnto 4e Mwlrer que je suie mauvaie lofioiea oa igoorut poliliqiit; qu'on ne tremble pat à chaque propoailion eè Je Mfuliena les intéréte de rhamanité; qu'en fwwwi l'inutailé de net maaimee et lee ibijéii qie fwutnt avoir mee opinion* ; qne l'on ne CMie toir lea avantagée dea pratiquée reçoet. •

•aooAMA. Dm Dém$ m ém pÊkm»

La Liberté est ceiiaioement le oom qui s'est reneontré le plus souvent sous ma plume. A peine un Tolume sufHraii-il à la n*union de tout ce que j*ai écrit pour Texpliquor, la définir, la revendiquer, la défendre, la justifier. Quoique je l'aie toujours sinc(>romcnt aimée, énergiquement défendue, je dois convenir que je no Tai pas toujours comprise aussi clairement qu*('lle m apparaît après vingt années d'études et de oontroverses. Cq n*est que par une succession de transitioDS opérées sur moi-même , transitions dont on retrouve facilement les traces dans ce que j*ai écrit, ce n*est que graduellement que jf suis arrivé à me faire do la Liberté l'idée précise que j'en ai maintenant.

Par Liberté, j entends Taplanissement immédiat on gradod de tout ce qui fait obstacle au développement et à la plénitade de la puissance individuelle.

i'ar Puissance individui*lle, j*cntends tont ce que Thomme dont la raison a été cultivée peut penser, peut dire, peut faire, en ayant le raisonnement pour uuiqueetsooveraiajugede pensées, de ses paroles, de ses actions.

Par Liberté, par Puissance individuelle, j'entends doK k restitution a l'Individu de tout ce qui lui a été indûment p par l'État; j'entends leur indépendance réciproque fin à toute tutelle publique, à toute servitude légale ; j'i la séparation naturelle de ce qui est nécessairement i de ce qui est essentiellement individuel; j'entends, avant l'abolition du service militaire obligatoire et la conveisioB et l'impôt forcé en impôt volontaire.

Conséquemment, dans l'avenir :

Plus de domination de l'homme par l'hommep soit pvfoic

de délégation héréditaire, soit par voie d'élection pcm-

dique; Plus d'assemblée législative, quel qu'en soit le nom, qaek

qu'en soit l'origine, votant à la majorité de ses membres de

lois qui obligent l'unanimité des citoyens d'un État;

Plus de lois positives, lois nécessairement commnniitff* assujettissant à la même règle des facultés dilTérentes et du raisons inégales;

Plus d'autorité factice, plus d'obéissance passive ;

Plus de pénalité légale, c'est-à-dire plus de peines ariktraires, plus de geôliers, plus de bourreaux, plus de maisons de réclusion, plus de bagnes, plus d'échafands;

Plus d'armées permanentes créant et entretenant le risqae do guerre ;

Plus de cultes qui ne soient volontairement salariés ehacu par ses croyants;

Plus d'enseignement contraire à la diversité des aptitodei, c'est-à-dire plus de grades universitaires;

Plus d'inégalité légale entre l'homme et la femme;

Plus d'immixtion de l'État : ni dans la célébration da mariage, immixtion ayant pour effet d'interposer le maire eatie le notaire et le prêtre; ni dans la fixation de la conditioD civile d('s enfants, immixtion ayant pour ciïct de les classer SN bitrairement en enfants selon la loi et en enfants hors la M; ni dans le partage des biens par voie de succession, ittunixtioa ayant pour olfet iU* subiftituer l'action de la loi & rexercice de la v{»lunté du testateur;

IMus de douanes s'opposant à la liberté de consonmiatiDoe! à la ré(!i[u*o(Mté des échanges, à la pacification des penpiescl h i'uiiité du gIob(!.

I . Rien ne faisant plus obstacle à rentier développement des f fteultés de rhomme ; au contraire, tout y concourant de telle I aorte que, par la culture, chaque homme soit tout ce qu*hur ■ninement et socialement il peut être, et qu'entre tous les inr diridus d'un État il ne subsiste plus d'autres causes de supériorité et d'infériorité que les inégalités de nature, inégalités intellectuelles et inégalités physiques, alors la Liberté est un net qui perd toute valeur, car il n'avait de sens que celui qu'il empruntait à la servitude ou à la captivité, de même que la Force est un mot qui n'a de signiflcation que celle qu'il emprunte à la résistance. Sans la résistance, comment eoncevoir la Force? Sans la servitude ou la captivité, conmient eoncevoir la Liberté?

Je nie que Thomme libéré de toute sujétion soit libre. 11 n'est pas libre, car il dépend de sa raison et sa raison ne dépend pas de lui ; il n'est pas libre, car il n'est pas plus en son pouvoir de naître avec une raison droite qu'il n'est en son pouvoir de naître avec une complexion robuste ou avec un ovale parfait ; il n'est pas libre, car il n'est pas plus eo son pouvoir de ne pus naître idiot qu'il n'est en son pouvoir de ne pas naître difîorme; il n'est pas libre, car il n'est pas plus en son p4iuvoir de ne pas naître qu'il n'est en son pouvoir de ne pas mourir ; il n'est pas libre, car il n'est pas plus en son pouvoir de ne pas croître intellectuellement qu'il n'est en son pouvoir de ne pas croître physiquement; il n'est pas libre, enfin, car il n*est pas plus en son pouvoir de ne pas penser qu'il n'est au pouvoir de l'arbre de ne pas pousser, au ponunier de ne pas porter des pommes. Ce pommier, qui eût abondamment donné des pommes d'une qualité supérieure, a été planté dans un sol qui ne lui convenait pas et à une exposition qui lui était contraire : aussi n'a-t-il donné des ponunes qu'une petite quantité et que d'une qualité inférieure, tandis qu'au contraire toi pommier qui ne devait donner des pommes que de qualité très-médiocre, ayant été planté dans un sol CavoraUe et à une exposition propice, s'est surpassé et a donné abondamment les meilleures pommes qu'il pût porter. H ne suffit donc pas que l'arbre fruitier soit d'une bonne nature et d'un bon choix, il faut encore que le sol et l'exposition lui conviennent; il ne faut pas, s'il a besoin de soleil, qu'il en soit privé par le feuillage d'un chêne ou par le voisinage d'un mur. Ce qui est vrai

710 l'A LIHERTÉ

pour le pommior irost pas moins vrai pour HunniiK. Grt homme pensera autremnnict n'agira pas de niêiDe,sdoiifû sera né un siècle plus tôt ou un siècle plas tard, àNev-Tai ou à Milan, à Constantinople ou u Paris, sons tel d^ré à barbarie ou sous tel degré <1e civilisation, selun qn'il m resté inculte ou selon qu'il aura été cultivé. Si rimportaaRC rinfluence du milieu social sont incontestables; si la ncîM. l'instmction, la civilisation sont à rhomme ce qneleuLk culture, l'exposition sont c\ Tarbre, la conclusion qne ftdam cette comparaison se tire d*ello*mHme : c*est qull faut que k société, rinstruction, la civilisation soient font ce qo'da peuvent rtre pour que Tindividu soit tout ce qu*il doit Mt I/homme qui ne milrit pas faute de cîyilisation n*eft fn plus responsable de ce manque de maturité qne la posar n'fst coupable de rester aigre et verte quand elle est privéeàe soIimI. Si cela est vrai, que doit faire, je ne dis pas tnC bomme qui gouverne, je dis tout homme qui pense? Il dffL dans rintérrt de sa propre conservcition, dans TintérM de bk entier développement, dans Tintérrt de sa complète sécurilie. se ser^'ir ihi la puissance do déduction qui est en lai pos; aniôliorer de toute la quanti^^ qu*il représente le mOiea socu! sur lequel il agit, et qui, h son tour, réagira sur Ini ; car moifts ce milieu sera imparfait, plus la sécurité sera lamide, ptv Texistence sera commode, plus la salubrité sera générale, pfab la sant«'^ sera garantie, plus la longévité sera probable, piof li vie, enfm, sera exempte de risques de toute nature. L'hoow nura semé pour n^colter. La société est le fruit du raisoaafment. Le raisonnement étant h la société ce que l'arbre est u fruit, nul, conséqnemment, n'est fondé à se plaindre de b qualité du fruit, s'il n'a fait pour la rendre meilleure tout ce que la science acquise lui prescrivait de faire. Je cherche la vérité pour mon compte, sans attaquer aucune croyance différente (ui opposée ; si l'opinion que j'énonce était admise; fi. d('*jà soutenue par Vauvenargues, elle devait nn jour piénloir, le rapport de riiulividu à la société et de la aociéléà l*!!dividu s(* réduirait à ce simple échange : la société readant i rindividu ce qu'elle aurait nM;u de lui, Tindivida rendaità la sociét4^ ce qu'il aurait reçu d'elle, comme la terre read u laboureur ce qu'elli* a hm.u de lui, comme le labourear imd à la terre tre qu'il a reçu d'elle. L'homme, n'étant pins répilé

INTUODICTION 711

i4| libre, ne serait pia^ déclaré responsable ; n'étant plus respon- 5^nUe, il ne serait plus punissable. Mais une société d'où le ^ énit de punir aurait disparu serait-elle une société? S«rait««o ^f lidéclin ou serait>ce le progrès? Serait-ce la barbarie ou serait- ^JiM la civilisation? Seraitrce le retour aux lois primitives appel^< Mes : la vengeance du $ang^ le talion^ ou serait-ce l'appUoation y.' daee précepte évangélique : Nepag faire aux auirm et qu'on ,y me vaudrait pat qu'Ut vmt» fittent; rendre h bien pour b mal? II faut être conséquent : ou ce précepte est vrai, ou il est fiiux. \ S'il est faux, pourquoi l'enseigne-i-on, pourquoi le prêchet-on, pourquoi le divinise-t-on 7 S'il est vrai, pourquoi ne lo pratique-t-^n pas, pourquoi n'est-il pas la loi, toute la loi, rien que la loi ? Pourquoi les lois positives et pénales en sontelles la transgression manifeste, la violation flagrante? Si rhomme qui a été assez fort pour se défendre a tort de se venger, s'il a tort de rendre le sang pour le sang, comment la loi peut>elle avoir raison de faire, au nom de la société, ce qu'elle défend de faire à l'individu? Est-ce qu'on peut déléguer le pouvoir qu'on n'a pas? Est-ce que, si l'individu, sous le prétexte de se défendre, n'a pas le droit de se venger, la société, sous ce même prétexte de le défendre, a le droit de le venger en donnant à ce droit un autre nom, en l'appelant le droit de punir? Estrce qu'on peut à la fois admettra et glorifler la vengc^ance collective, repousser et flétrir la vengeance individuelle? Est-ce que le raisonnement, qui est une balance, peut avoir ainsi deux poids inégaux pour peser la même* action : un poids }iour l'individu et un poids pour la société ? Si rindividu, sous prétexte de défense, n'a pas le droit de vengeance, à quel titre la société a-t-elle le droit de punir, c«*lui*ci procédant de celui-l& ? Ln droit de punir ne peut se juiitiflêr, il ne peut continuer do s'exercer qu'en prouvant que, s'il cessait d'exister, la société cesserait de subsister, que sans lui il n'y u point de société possible, qu'il en est le lien nécessaire, qu'il en est la sanction inévitiîble. Hais l'affirmer ne suffit pas, il faut le démontrer, car il n'y a pas un progrès qui n*ait l'té un démenti donné À une affirmation, il n'y a pas un progrè» qui n'ait commencé par être dédaigneusement traiti'* d'erreur par Terreur superbe s'iutitulant la vérité et n*élant que l'impdkture.

L'homme naissant sodable, je n'admets pas la distinction

712 \A UBERTÊ

communément établie entre l'état de naiurt ettàÊtàa^i cette distinction est fausse; ces deux états n'en fooftqi^l distinction vraie est celle qui s'exprime par ces den très-différents : rétat de barbarie et téiat de rétat d'entière barbarie, il n'y a point de crimeSi il '^f i|4| de délits. Dans l'état d'entière barbarie, l'homme qatoali semblable, soit qu'il l'attaque ou soit qu'il se défiaidi^Bàli sa force ; il fait ce que feront plus tard le gaenifrilk»|| narque ; il personnifie le droit du plus fort ; il se ooiUe souverain. Dans l'état d'entière barbarie, l'homineiHili^li proprie ce qui lui manque ne vole pas : il prend eeiâiÛI] encore devenu parle travail la propriété de peiioiiM;liÉi|i en vertu duquel il agit ainsi est toujours le mime M^k droit du plus fort. Conséquemmcnt, dans l'état d'entièntp baric, le mal et le bien n'existent pas, ou s'ils exiifceiÉ,lilii c*est d'ôtre le plus fort, le mal c'est d'être le plu fîàM bien et le mal n'existent que dans l'état de eivilinlioi^* moins développée ; le bien et le mal n'existent pu ment à la force, ils n'existent querelatiTementàb Sous le régime de la force, il n'y a ni bien ni maI;îli*Ti^ mal et de bien que sous le régime du raisonnement; il t*^ tent pas abstraitement, ils n'existent pas imlmrllfinwi'i^ n'existent que relativement, ils n'existent que ■uiiilii<l] donc, ils ne sont que des risques sociaux; donc, c'elkàlifl^ lisation de les prévenir, de les écarter, de les combittitiUj diminuer, de les réparer, de les anéantir, mais sans qn'dk* jamais fondée à porter atteinte à l'inviolabilité, corps ctM|î de la personnalité humaine, qui lui est antéiienie et ■) rieure, sous peine, cette civUisation, de n'être enoorefii barbarie ; sous peine, cette civilisation, den*être encore fi régime de la force devançant le régime da raiaonneiMiL

Sans le droit de punir, la société peatrelle sobwte? d'autres termes, peut-on substituer l'instruction de FlMi par l'homme à la punition de l'homme par rhomme, Isfi n*est possible que par la domination de rhonune sur l'Isa — Telle est la question que je pose.

Dans mon esprit, cette question n*en est plus âne. Ls4 qui était à la surface en a disparu dès que je l'ai eoe qas peu creusée ; mais je comprends que le doute demeure i les esprits qui ne se sont pas livrés au mèoie

iNTHonrcTKix :i:<

i'ilg nn^ (Icniandt-nt rf>iuni(.'nt, sans l<ii- [n'iialcs, as^ooir uwr

'HiComment? — Je vais le dire :

Tériflant successiTement, pnidemment, logiquement, Tapérience, la justesse des réfonnes que j'ai exposées Ib Politique univenelkj réfonnes qui toutes procèdent la néeessité de garantir effleacement l'entier développede la puissance individuelle ; "^ '^ ' b commençant par la réforme du budget et de l'impôt, lesquels le risque de guerre prélève en France plus do millions par an ; en anéantissant ce risque, plus facile à itir qu'à prévenir; en appliquant à la virieulturt^ culture -^4/b l'honmie, les neuf dixièmes de ce que l'État dépense ^annaellement pour apprendre, en sept années, à cinq cent s mille hommes à marcher régulièrement nu pas derrière le 9 tambour, l'arme au bras, et, au commandement de En joue, ■ /feu /à tirer sans sourciller sur leurs semblables, sur leurs I frères; en ne conservant de l'armée que le corps de la genb damerie, augmenté s'il le faut, et fondu dans la garde nm- ^ nicipale, dont il prendrait le nom ; en substituant enfin au c. rteruiement corporel^ qui s'exerce sur de si grandes propori tioDS, le recrutement miellectuelj organisé sur la plus vaste I échelle ; à Tesprit de rivalité l'esprit de réciprocité^ h la paix t mrmée la paix oiturée^ au nationalisme le rationalisme^ à Tan- \ cienne et vieille politique : — la politique intemationaley la nouvelle et jeune politique : — la politique intercommunale; En établissant entre Tindividu et la commune, lieu de sa naissance, le lien sans lequel Tonlre sera toujours la compression sociale, jamais l'expansion individuelle; toujours la répression, jamais la prévoyance ; toujours la tutelle, jamais la raÎFon ; moins un fait qu'un mot, et moins un principe qu'un fait : on se ser^'ant de la mortalitf^, cette loi générale que nul ne peut enfreindre ni éluder, afin d'assurer à chaque commune le revenu qui lui est nécessaire pour s*élever du rang de fraction impuissante au rang d'unité féconde, et devenir ainsi l'institution sociale appelée à résoudre tant de problèmes n'»pétés insolubles, à dénouer tant de noeuds qui ne présentent de difltcultés que parce que l'on ne commence point par le premier d'entre eux ; En faisant de la Corporation, cette commune profession-

714 l'A FJRERTË

nnlle, un puissant auxiliaire de la CommuDe, eetti (ion locale. Kn H ussie, les /lr/<!»/^«fAiA*« forment une c (l'assurance mutuelle de probité. Ils répondent la les autres, et restituent à. frais communs les valeai d'eux pourrait soustraire (I). En France, il a été le constaté que les charpentici*s, qai sont de tous le ceux que l'esprit de corporation unit le plus être soutient le plus fortement, sont aussi ceux qu'on ^ rarement s'asseoir sur les bancs do In police corred (le lacour d'assises. Y rencontrer un charpentier c un fait inouï ;

VjU aprissant par voie d'épuration, en ouvrant les oessain^s au transport, en des lieux choisis et déf elt'et, des individus qu'un fait constaté sur leur 1ns vie (2) aurait mis dans Timpossibilité de résider > Ifur roinmune ayant n»fusé de les interner, leur fa refusé de les ]>rendre sous sa haute surveillance, solvahle n'ayant consenti h donner caution pour e

Kn abolissant, dans tous les cas, la peine de mo] d»'s ti-avaux forcés à perpétuité, la peine de la dép peine des travaux forcés à temps, la peine de la d surtout la peine de l'emprisonnement, que Ton pi qui a pour et1V*t de l'éuiousser et de jeter encore dan pins d'ol)scurité et de confusion (3) ; en réduisan di' plus en plus restreints la peine de la reclus l'appliquant qu'aux meurtriers et aux récidivistes; tonnant les anciennes maisons de forco en n travail cellulaire; en organisant le travail rcllula sorte qu'il n'impose h TKtat aucune charge, qu'i

'D r;n[.iiviNE. Kyirtt de i't^rnnftmie jm/itû/ur. 'J) \'(»ir /' Il/If t'''t l't /// pti/ifitjitr Uuirf^'sr//t',

':',} Il TmiIcs |«»; roi m fini' l'on Urfciid iiiii^ chone natiirellpra ou rii'('i*s>:ni*(>, f)ti Ut* r.iil que rPiiiln; niiIliniinAtiMi ceux qtii la

9iU.*«TRfK|L'll

n Li>^ [M>iiii*s infntiiniilort (loivpiil rtn* rur'^Ky |iarcp qup Temp i|u<Mit lin iMiMVoir ili* rnpiiiioii :ill.iil)lit. Li fiurc (l«t l'upîuîiin wà tii'h* ni> <l«iil |>;is iniiiliiT non |i|iis Mir un kmhJ nombre de pd lois, {lan-r i|ur l'iuLiMiii' <i'uu ^r.irnl noinbrt* il'cst UmiIAI ph (le pcrHoiiiic II

ail libre aucune atteinte, qu'il ne soit pas une int «abusive exploitation du travailleur par Tentreprel'il ait enfin le caractère d'une précaution nécessaire l'une peine afflictive;

(liversalisant l'épargne individuelle, devenant ainsi le collective, et constituant une force sociale dont il ne pas qu'on ait entrevu encore toute l'immense puisiependant, par Tépargne individuelle, ce cautionne- 3 chacun donné à tous, par l'épargne collective, ce loment de tous donné à chacun, il n'est plus d'osttirë oit en même temps nsiureur ; il n*est plus d'individu oit rattaché à la société par un lien plus étroit et plus » c^lui de rintiraidation , le lien de rintérét per-

volant par lo bien-être ces deux inégalités trop fortes : \X la misère ;

plaçant la politique à la hauteur où les penseurs l'ont iter, et d'où les ignorants, aidés des pollvons, l'ont fait re par 1 épithète do théories, injurieusement donnée à

qui venait controiier Tabus ou la routine, épithète it ucceptéo, bêtement répétée par la foule, ce qui exomment, en matière de principes, de réformes, de so-

tout ayant été pensé et écrit, rien ou presque rien ippli(]uô ; comment le faux qui paraît vrai est préféré

qui parait faux ; comment on se défie dans les lois de I admire dans les livres; comment on fait ce que fe-

laboureur qui, pour récolter du blé, sèmerait de au lieu de l'arracher; conmient, pour le gouvernes sociétés, les hommes qui ne savent et qui ne pensent ipoitent ton jouis et partout sur ceux qui savent et qui ; comment aussi, prenant de tels pilotes, le navire k tous les vents, touche à tous les écueils et sombre si

(je veux abréger cette sommaire énumération), en l'ère caduque de la tyrannie des lois positives et de ire des h»is pénales, pour ouvrir l'ère nouvelle de alion des lois proprement dites, de ces lois qui, selon lion consacrée île Montesquieu, sont les rapports né- S qui dérivent de la nature des choses. Les choses les hommes, les liuinmes comme les choses ont leurs

711 i.A i,iiii:iiii;

lois, sans lesquelles ni les hommes ni les chosM d'<

Pourquoi ne pas s'en tenir à 068 lois, i il

à l'axiatence et A la cooserratiOD

vants, rhomme excepté? Pourquoi en

en InTenter d'antres moins boni n et moii

lois positives n'ont pas d'autre caose qœ

signe Montesquieu, l'état de guerre (1 ), il

rendre inutile» et les faire tomber en désaétade,i

cet état, aussi nuisible à tous, individus et

contraire à lit loi naturelle qui fait la

sur tous les autres êtres vivants et noo penaants ; il i

substituer la force mentale à la force bmlale, la

ment qui conclut à la réciprocité, et laisse i

à la force, qui n'admet pas de victoire sans défUtei

fuite sans oppression.

Pour défendre le mainUen des lois positives, les passions de l'homme et la nécesùté d'y mettre mai ntpondrai que les passions de l'homme sont ébnùlflBnttv! nées, et qu'elles ont en elleB-mémea leur frein, ruisseau, la rivière, le fleuve, l'Océan ont leurs "ym. foi* sions de l'homme, dont on fait tant de bmii, qndto â^ elles? Où commencent-elles ? Où s'arrètent-^lleaT QoÊÊà tfbordent-elles? L'homme est plos roatioier qnil iie)a< c«lui qui l'est le moins t'est encore bcaDcoop. HafaitaéiAi rtialités efTravantrs, il n'en a pas penr, et il a'elfrayadiftati'imea qu'il R'oflt habitué h ne jamais regarder en hai. Si puï'illanimit^^, comme sa témérité, n'est le plus sovnitfM routine ; élevé dans la persuasion qn'il naît avec des fonnidablns, il le croit, et cette croyance, mâlAe d' el de candeur, celte croyance, où il entre plus de que d'humilité, plus d'erreur que de vérité, il la comme il la reçoit, sans réflexion, sans examen; e'ert iih qu'il lit perpétue. Il serait temps delà combattre et daliiitruirc, car elle est A la société ce que lemonla aatàrdi^ moulé. Passions de l'homme I vous vona vantai on VOS M* décriez; vous n'êtes ni formidables; ni

;i) Eiprit dn l-iit, liv. i, chap. i

éà

INtRODUCnoS 717

m ni un gouffre sans fond, ni un horizon sans Hmites» ni hiiree sans frein. 11 n'y a qu'à vous voir à l'œuvre pour en <œrtain. Sans changer de nature, vous changez d'objets ^ les temps et selon les lieux ; donc il suffit de changer Ajets sans qu'il soit besoin de vous étouffer, même de H dompter. La destructivité, fût-elle une passion, qu'elle Imit rtre utilement appliquée à la destruction de tout ce ^^9ti nuisible.

hsoB les passions de l'homme contre lesquelles il est d'u- (8 de déclamer, sans ces passions, qu'on accuse au lieu kteiiser uniquement l'ignorance et la peur, sans ces passions, Ij^rtent la responsabilité d'actes dont elles ne sont la cause Imi apparence, que serait la société? que ferait-elle? Elles it les lois de son développement, comme une des lois de brce de projection est de dépasser le but pour l'atteindre, •'habitude que nous contractons dès l'enfance, de vivre la I courbée sous le joug des lois positives et des lois pénales ce qui fait croire à l'impossibilité de s'en passer, comme i société était autre chose qu'une lente succession de transnations continues; comme si, pour en citer un exemple, la iété française que nous avons sous les yeux ressemblait à société romaine, au temps où la puissance paternelle était lolae, où l'enfant était assujetti depuis le jour de sa naisice jusqu'à la fin de sa vie, où le père pouvait le mettre à rt, pourvu qu'il eût plus de trois ans, le vendre jusqu'à is fois, l'enchaîner et le faire travailler avec les esclaves ; le fils de famille, même après avoir revêtu la robe virile, me après avoir été promu aux premiers emplois de la cité, cessait jamais d'être mineur à l'égard de l'auteur de son stence; où le consul Spurius Cassius était jugé et exécuté r son père aux pieds des lares domestiques; où les filles lettes pouvaient être exposées ou tuées; où les enfants formes pouvaient, après avoir consulté cinq voisins, être lufTés on noyés; — au temps où la puissance maritale était prème, où la femme était considérée comme la propriété, mme la chose du mari; où, dès qu'elle était entrée dans la lison conjugale, il devenait son maître, son juge, pouvant condamner h mort non-seulement pour le fait d'adultère, lis pour de» faits tels que d'avoir bu du vin ou dérobé des (S ; où la mère de famille n'était regardée que conmie la

748 LA LIBËHTË

sœur do son tlls; — au temps où Tautorité do père s'étendait sur tous les membres inférieurs de la gen*^ sur les clients et les colons qui s'étaient grou|>é8 sur la protection de sa lance et de ses pénates ; où l'étranger, en quelque sorte forcé de mendier une humble place au foyer quiritaire, n'obtenait le patronage d'un père qu'en se soumettant à sa sainte et impmcriptiblo autorité ; où ce père pouvait frapper tout membre de sîi famille qu'il jugeait coupable ; où il pouvait présider lui-môme, suivant les rites sacrés, à Texécutilon de ses airèts domestiques; — au temps où la torture, depuis appelée question, était regardée comme inséparable de toute instruction criminelle dans laquelle des esclaves étaient entendus, car les esclaves qui étaient appelés à donner des renseignements à la justice n'étaient crus que sur la foi des tourments de la question, leurs témoignages donnés librement n'auraient eu aucune valeur en justice, la torture seule leur imprimait le sceau de la vérité légale ; où l'accusé offrait loi-mâme ses esclaves à la question pour faire présumer son innocence; où, s'il ne faisait pas cette offre, s'il se refusait à exposer la vie de ses esclaves, raccusation n'avait qu'à fournir caution du prix auquel on les évaluait pour le cas où ils périraient dans les tourments qu'elle avait le droit de leur faire infliger; où la (juostion était donnée à l'esclave per le m«utre qui convoquait pour y assister ses amis et ses botes, lesquels signaient le procrs-verbal des répous(^s faites par le patieut, procès-verbal qui étiiit écrit sur des tablettes qu'on fermait juiurles produire le jour du jugement; où les esclaves, tous considérés comme complices du crime dont l'auteur n'avait pas été découvert, tous considérés comme solidaires les uns des autres, étaient tous mis à mort : ainsi Pedanius Secundus, préfet de Rome, ayant été victime d'un meuilre, ses quatre cents esclaves furent cnvoy<'ïs au supplice sur la demande de Caîus Gassius; ou des esclaves étaient condamnés au cruciflemcnt pour la peine de n'avoir pas consenti à subir l'opération de la castration ordonnée parleur maître, Miuutius Uasillus; où César- Auguste faisait crucifier, sur l'heure, un de ses esclaves parce qu'il avait tué t*t mangé uni* caille du palais; <— au temps où celui qui passait pour enchanter les moissons de sou voisin «Hait puni du dernier supplice, ainsi que faillit périr Furius C.resiiuis, dont 1rs champs regorgeaient de moissons, et qui

INTROmJGTlON 719

o'éeluqppA à racoosation de ses voisios qu'en faisant venir sur le Poram tes gens robustes et bien vâtos, ses bœufs vigoureux et de hante tailki ses instruments de labourage admirablement taons, et qu'en disant : « Mes sortilèges, Romains, les > voilà; je regrette de ne pouvoir vous montrer ni vous

• Importer ici mes fatigues et mes sueurs ; » — au temps où les |Âns graves questions de paix, de guerre, de législation se déoidaîent, sans rire, d'aprte le chant des oiseaux, ab avium gÊmiu^ on selon TobeervatioD de leur vol, aè ave tpicendia ; oè la désobéissance aux augures était un crime capital, où le droit angural était célébré en ces termes par Cicéron :

• QoeUe puissance que cette faculté de tout interrompre par » cette seule parole augurale : A un autre jaurl Quel droit a iMgniflque que celui d'ordonner que les consuls abdiquent!

• Qael pouvoir plus saint que celui d'abolir la loi I » — au tempo où la vaincu judiciairement, débiteur ou délinquant, appartenait au vainqueur conformément à ces termes de la loi des Uonxe Tables : o Que le riche réponde pour le riche; » pour le propriétaire, qui voudra... L'affaire jugée, trente

• jours de délai... S'il ne satisfait au jugement, si personne

• ne répond pour lui, vous l'emmènerez avec des chaînes qui B pèseront* quinze livres... S'il ne s'arrange point, tenez4e » dans les Uens soixante jours ; cependant, produisez -le 1 en justice par trois jours de marché , et , Ui , publiez a quelle est la quotité de la somme due. Au troisième jour de >* marché, le coupable sera mis à mort, ou bien on pourra I» l'aller vendre à Tétranger, au delà du Tibre. Si pinceurs ont •' gagné le procès contre lui, ils peuvent couper et se partager 9 son corps ; s'ils coupent plus ou moins, sans fVaude, qu'ils » n'en soient pas responsables; n — au temps où Pline le Jeone écrivait à Trajan : « Ycici la règle que j'ai suivie à » r^ard des chrétiens que l'on a déférés à mon tribunal. Je

• leur ai demandé s'ils étaient chrétiens. Ceux qui l'ont avoué, 9 je leur ai (ait la même demande une seconde et une troi- 1* sième fois et je les ai menacés du supplice. Quand ib ont » persisté, je les y ai envoyés; car, de quelque nature que

• fût l'aveu qu'ils faisaient, j'ai pensé qu'on devait punir au » moins leur inflexible obstination ; o où Trajan répondait à Pline : « Vous avez feit ce que vous dévies faire, mon cher

• Pline; » où les ongles de fer, les entraves qui écartaient de

force les jambes des martyrs de manière à leur fendre le corps, les bêtes de TAmphithéâtre, les bûchers, le pal, Im haches, la croix, multipliaient sous mille fonnes diverses les tortures et la mort rcsen'écs aux chrétiens qui refusaient de renier leur foi ou de sacrifier aux dieux ; où pour éviter la mort, Prisca, femme de Dioclétien, etDomitilla,8afllle, forent forcées d'y sacrifier; où, pour s'y être refusiés, Dorothée, chef des ofHcicrs du palais, fut étranglé après de longs tourments ; Pierre, officier du palais, fut élevé en l'air, fouetté pir tout le corps, assaisonné de sel et de vinaigre mis sur tes plaies, placé sur un gril et du feu, comme on fait rAtir les viandes que Ton veut manger, lui déclarant qu'il ne sortirait point de cet état s'il ne voulait obéir ; — au temps, enfin, où Néron transformait des chrétiens en torches enduites de résiDe pour éclairer les jardins impériaux, aux applaudissements de tout le peuple, habitué à trouver tout simple et parfaitement juste que pour le récréer on livrât de pieuses jeunes fUles, d'héroïques martyrs aux griffes et aux dents des bêtes féroces du Cirque.

Ni la puissance paternelle, ni la puissance maritale, ni la puissance domestique, ni la puissance publique, ni même la pénalité ne sont plus maintenant ce qu'elles étaient à ces temps que je viens de rappeler sommairement, où ce qui nous paraît maintenant d'incroyables atrocités était alors considéré comme de justes punitions, comme de légitimes nécessités par des hommes tels que Cicéron et Tacite, par des jarisconsultes tels que Paul et Ulpien.

La société s'est déjà transformée; elle se transformera encore. Elle n'est plus ce qu'elle fut; elle n'est pas ce qn'eDf sera. Elle n'est pas ce qu'elle serait, si, n'étant plos hériaiée de lois pénales, elle était contrainte de puiser sa force, sa durée, sa sécurité dans son propre perfectionnement, et de demander plus laborieusement, j'en conviens, an prog^ des choses ce qu'elle se contente, avec trop d'insouciance, de demander au châtiment des hommes.

Sur ce mot Progrès, un grave débat s'est engagé rècemnionl entre M. de Lamartine, qui en contestait la pnissanee, ot M. Eugène PoHetan, qui s*était cru obligé d'en prendre la dt'ffense. Attentif à ce débat, il m*a paru que les deux éloquent»

INTRODUCTION 7tl

lampions avaient Tun et l'autre également raison et égals* ent tort en se contredisant.

Atoc m. de Lamartine contre M. Pelletan, je ne crois pas 1 progrès de Tbomme; mais avec M. Pelletan contre M. de imartine, je crois au progrès de la société. C'est ce progrès i s'appelle civilisation. Je m'explique : l'homme supérieur il nidt dans notre siècle ne naît pas supérieure l'homme des emiera siècles se nommant Homère, Aristote, Piston, Solocle, Euripide, Dcmosthène, Elscbine, Phidias, Praxitèle, «himède , Pythagore , Ëuclide , Hippocrate , Aldbiude , exaodre. L'homme n'est donc pas en progrès sur lui-même. ir lui-même, il n'est pas supérieur ; par lui-même, il n'est 8 meilleur; par lui«même, il n'a pas acquis de facultés nou- Um; par lui-même, il ne vpit pas plus loin, il ne marche 8 plus vite ; par lui-même, il n'a ni plus de génie, ni plus ssprit, ni plus de bonté. Je distingue entre le progrès dirtei l'homme, progrès que je n'admets pas, et le progrès ûi«tt- H de l'homme, progrès que j'admets. Par le perfectionne- Bot des choses, on peut changer le milieu social ; par le angement du milieu social, on peut modifier l'homme en la que, sans être moins cruel, il ne commettra plus les Vme actes de cruauté ; que, sans être moins intolérant^ il ne nbera plus dans les mêmes excès d'intolérance ; que, sans w moinsavide, cette avidité se satisfera autrement ; qu'enfiu, ns valoir mieux pris abstraitement et humainement, étxint is civilisé, consêqunniment moins nuisible, il vaudra mieux nsidêré relativement et socialement. Mais qu'on ne s'y »mi>e point : ce ne sera pas l'être subjectifs l'être abstrait i sera amélioré; ce sera Têtre objectifs l'être relatif; ce ne ra même pas celui-ci, ce sera le milieu social, ce sera l'ennble des choses constituant le progrès continu. Dire que lommc civilisé est supérieur à l'homme barbare, ce n'est s dire que l'homme est supérieur à l'homme ; c'est dire que civilisation est supérieure à la barbarie, que l'instruction ut mieux que rignoranre. Ainsi, quelque chemin que je enne, tout chemin me ramène toujours à mon point de part et à ma conclusion, comme tous les rayons d*un cercle otttissent à la fois au centre et à la circonférence. Mon •int de départ et ma conclusion sont que ce à quoi tout gournrmeiit devrait s'appliquer sansreldchc, eu serait à perfoc-

tionner sans fln les instraments de culture de rhomme, à rendif de plus en plus complet Tatelier social. L'exercice et le tnYail sont de puissants modificateurs. CequeTexercice et le travail font pour les forces musculaires de Tbomme, dont ils accMÏs^ sent considérablement la vigueur et la souplesse, Tétudeetla pratique le peuvent faire non moins puissamment pour ses forces mentales. Combien il s'en faut que la civilisation tirf encore de Thomme tout ce qui est en lui, corporellement Pt intellectuellement ! 11 suffit de comparer entre eux les individus uppar louant à des professions diiTérentes pour acquérir U conviction, plus que la conviction, la certitude que rhomiiK dépend moins de lui-même que de ce qui l'entoure, et que In choses qui lui sont extérieures exercent sur lui une influence si grande, qu'elles 'peuvent changer sa constitotion, et nonseulement sa constitution physique, mais aussi sa constîtntioD intellectuelle, c'est-4i-dire faire naître en lui d'autres idées, lui faire contracter d'autres habitudes, changer ses goûts, ses» mœurs. C'est un fait acquis à la science que le mode d'alimentation do l'enfant qui vient de naître décide delà formation de sa charpente osseuse, et que le rachitisme a le plus souvent pour cause une alimentation insuflisante. C'est «également un fait acquis à l'observation que, par la gymnastique, par le régime, par cette éducation du corps nommée fntratnemeni et eondt /ion, on peut donner h l'enfant, à l'adulte, à rhomme, presque à volonté, cette force, cette souplesse qui nous paraissent extraordinaires, prodigieuses, surnaturelles, dans les athlète» de profession, et qui cependant ne sont que le développement dans leur plénitude de la force et de la souplesse dont le principe est en nous tous. Ce que Backwell, ce grand statuaire de la nature vivante, qui fait de la chair, du sang, des nerfs, ce que Rar}'ti fait de la terre, du marbre, du bronze, oe que Backwell fait du corps dej animal, la civilisation pourrait le faire du corps et de l'esprit de l'homme, si elle s'y appliquait, si elle assignait ce but ù ses efforts. Quel but plus digne d'elle peut-on lui proposer ? Réformer ainsi rationnellement l'homme, ne serait-ce pas mieux que de le punir judiciairement? Lui donner toute la force, toute la santé, toute b beauté, toute la longévité qu'il est susceptible d'acquérir, ne serait-ce pas plus utile que de déplacer telle limite internationale au prix de tout le sang et de tout l'argent que eoûteot

omioDOCTioN m

m et la Tîctoire? Que gagne l'humanité à ce que tel agrandisse aux dépens de tel autre, à ce que tel peuple isoit asservi par tel peuple vainqueur? Que gagne TAun à l'oppression de la Lombardie? Que gagne le Russe issession de la Pologne ? L'Autrichien et le Russe en s plus robustes, plus instruits, plus heureux, plus plus civilisés? En sont-ils mieux conformés? En vivent- I longtemps? Ne vaudrait-il pas mieux conquérir des que des provinces? Ne vaudrait-il pas mieux faire des aires que des opprimés? En Europe, l'homme ne vit nement que trente-cinq ans, lorsqu'il pourrait vivre -vingt-dix ou eent ans (1). Il ne meurt pas, il se tue (3). i d'apprendre aux honmies à s'entr'égorger, ne vaupas mieux leur apprendre à vivre de tonte leur double porello et intellectuelle? Si cela est possible, pourquoi l'entreprendre? Pourquoi ne pas s'efforcer de sortir IX ornières creusées daîns le passé des siècles, l'une par s des bagages de guerre, l'autre par le nombre des lents de supplice? Pourquoi ne pas l'appliquer à eom- 'œuvrc de rénovation sociale, si puissamment commenk par rupplication de la vapeur à la locomotion, et de icité à la télégraphie ? Assurément, c'est beaucoup que lité des cominuuicalions, des échanges des dépêches ; s n'est pas touti 11 y a encore antre chose à faire que fisporter les hommes d'un bout du monde à l'autre : obttMiir d'eux, par la culture, parla civilisation, tout ce en eux. C'est ce qu'on devrait faire, c'est ce qu'on ne . 11 n'est point un gouvernement qui y songe. Parlez ivernements do la conquête d'un peuple, parlez-leur inition de l'homme, ils vous écouteront, ils vous com-

liommo qui ne meiirt pâH d« maladies aeeidenteltoa vil fnUmi ngt-dix ou c<*nt an». »

I durée normaU' de la vie de rhomme «ai d'uo aièola. Una via téroilà donc c«> que la Provideuce a voulu donner à rhomoia. Peu 8, il vBi vni, arrivent à ci* grand terme; mais aniai «XNBbitlipau s foiit-iU ce qu'il faudrait faire pour y arrivwt Av«o aos ont, nos misères, l'homme ne maori pat; il ■• tea. •

prendront ! Mais ne leur parlez point de la culture df l'homme ! Ils ne vous écouteraient ni ne vous comprendraient. C'est un langage encore trop nouveau pour eux. Aussi ne me fais-je aucune illusion, et sais-je paifaitement que je parie pour n'ôtre pas entendu, que j'écris pour n'être pas lu, qae je sème pour ne voir rien germer, rien pousser, rien récolter. Mais c'est en vain que je me le dis, c'est en vain que je me le répète ; ce qui prouve, une fois de plus, que l'être pensant n'a pas plus la liberté de ne point porter d'idées que l'arbre fruitier n'a la liberté de ne point porter de fruits, que ces fruits doivent ou non être cueillis ; ce qui prouve que Vauvenaignes a approché de la vérité quand il a écrit :

a C'est dans la puissance dn nous mouvoir de nous-mèmesy selon If ^ lois de notre ^tre, que consiste la lil>erté. 11 n'y a que Tètre incréé qui puisse être indépendant... Comment se peut-on Ggurer les hommes indépendants? Leur esprit n'est-il pas*crééy et tout être créé ne dépeii«l-il pas des lois de sa création ? Peut-il agir par d'autres lois que par celles de son être?... Je nie que la volonté soit le premier principe; c'est au contraire le dernier ressort de l'àme ; c'est l'aiguille qui marque les lieu* res sur une pendule et qui la pousse à sonner. Je conviens qu'elle détexmine nos actions; mais elle est ello-mi^me déterminée par des nv sorts plus profonds... Qu'entendez-vous par le mal ? Je sais bien que \t> vices sont en nous quelque chose de mauvais, parce qu'ils entrainmt toutes sortes de désordres et la ruine des sociétés. Mais les D]a]iidie> ne sont- elles jtas mauvaises, les ])estes, les inondations?... »

Si cette négation du libre arbitre est juste, en quoi Thomme qui pense est-il {Ans libre que l'arbre qui pousse, que Toiseau qui vole, que le poisson qui nage, que Tabeille qui travaille? Si cette négation du libre arbitre est juste, sur quoi la S04*iété se fondc-t-elle pour punir l'individu qui naît, sous le rapport du raisonnement, de la vue sociale, comme naissent l'aveugle, le borgne, le myope sous le rapport de la vue physique, comme naissent le cul-de-jatte, le bancal sous le rapport du mouvement? Si la libellé est la puissance de nous mouvoir de nous-mrmes, selon les lois de notre être, iK)urquoi ne pas s'en tenir uniquement ù ces lois? Si elles suftlscnt à tous les autres êtres vivants, pourquoi ne suffiraient- elles pas à l'être pensant, qui a de plus qu'eux pour se conduire le raisonnement, Cil rayonnement de la luinièro immatérielle, ce rayo!i-

iMnoDir.TiDN

oement de la raison, ce rayonnement de la vérité, ce rayonnement de l'évidence ? Le raisonnement hnmain serait-il donc QDgQide moins sûr que l'instinct animal? Je ne sanrais le eraire ; c'est pourquoi je conclus au gouvernement de l'honmie par loi-même, c'est-à-dire par sa raison universellement cnltivéa et pleinement développée ; peu m'importe ensuite que ee gouvernement garde ou perde le nom de UBiBTf •

Je précise :

Par ce mot de liberté, si Ton entend que l'homme né sans jugement ou grandi sans culture portera devant la loi pénale la responsabilité de ce fait de nature ou de ce fait de société, je suis logiquement contre la Liberté.

Par ce mot de liberté, si Ton entend que Thonmie aura le pouvoir de faire tout ce que ne condamne pas sa raison plus on moins bornée, plus ou moins étendue, plus ou moins éclairée, je suis conséquemment pour la Liberté. C'est cette liberté que j'ai toujours invoquée pour tous et contre tous, aussi bien pour mes ennemis dans l'opposition que contre mes amis dans le gouvernement, que ce gouvernement se nommât indistinctement Royauté, République, Empire ; c'est cette liberté que j'ai toujours invoquée pour tous les vaincus contre tous les victorieux, c'est cette liberté que j'invoque encore.

LA LIBKRTE

U 31 décembre 1856, la OaseUt de Frana reproduiiiit, d'ifièi 1$ jowoaj riMm, U lettre inimité :

Au gérant dujaumeU l'uniou.

Perii, le It décembre 4M.

Monsieur,

Je ne saurais laisser sans réponse Totre article de ca joor signé Laurentie, dans lequel il est dit que « le joonialisine, tel 9 que je Tai fait, n'a été quun joiuiialisme saos 4oc/r«pie, mêlé » de âdeul et A utopie^ d'aumAire et de fanUaiMie^ qui o'itTtit » rien à faire triompher, puisqu'il ne reposait sur aucuM tmu rietium et qu'il n'avait que des cofirictM dUdées. :»

Qu'appelez-vous doctrine? Qu'appelex-vons conTietioii?

Est-ce que la défense de la liberté, au rii^ue de sa pc^V» liberté, de sa fortune et même de sa rie, a moins de drolti fw la défense de la légitimité à porter les noms de doctrÎM il de coQTiotion?

Journaliste nt dcputé, osUil, pendant plus de TÎogti une seule circonstance où la liberté, cette légitimité èl m'ait trouvé jeté dans d'autres rangs que les siens, pirh| ou Tambition, la cupidité ou la sei*vilité, le calcul oolei Taventure ou la fantaisie ?

S'il est quelqu'un qui puisse dire qu'il m'a jamùil jour, une heure, une minute, une seconde, dans les ceux qui ont renié le lendemain la liberté qu'ils avairati diquée ou acclamée la veille, qu'il le dise !

S'il est quelqu'un qui puisse dire qu'il a jamais vn 1er ma foi en la libellé, qu'il le dise !

S'il est quelqu'un qui puisse dire qu'il m'a jamû ni bordonnor la question de liberté à une question de de régime ou de cabinet, qu*il le dise !

Pour moi, la liberté étant aux gouvernements ce que kl est 21 la forme, et la forme m'important moins qne kf quelle est, sous tous les régimes opposés qui se sont la liberté que je n'aie pas toujours défendue san ji distinguer entre amis et ennemis, ministère et O] royauté, république, empire?

Est-ce que je n'ai pas également défendu la liberté presse et contre les auteurs de la loi du 9 septembre MM. de Broglioy Thiers et Guizot, si éloquemment par M. Hoyer-Collard, et contre les nuteurs de li Ul \ 1 août 1848, MM. Cavaignac, Senard et Marie, et auteurs de la loi du 16 juillet 4850, MM. Rouher et enfin contre tous les promoteurs successifs de toutes sures restrictives?

Est-ce que je n'ai pas défendu la liberté de conscieasl ligieuse contre M. Thiers et ses arou de l'oppoùtioiif sant, en 1845, h M. Guizot, premier ministrê, l'expi France des jésuites et la fermeture de leurs établisseï

Est-ce qu'en janvier 1844, je n'ai pas défendu la lil conscience politique contre M. Guizot et sa majorité fli les députés qui avaient été h Belgrave^Square; et plus mars 1851, n'ai-je pas déposé sur la tribune de l\ législative une proposition ayant pour objet n l'abroi » toutes les lois d'exception par suite desquelles une )) nirtive, infamante ou autre, peines qu'il appartient » ment au pouvoir judicoire de prononcer, est dii

U UBKRTË 7U

> ai^fliqnte par le pouvoir l^iùlotif, au nKïpris de l'article

■ qui déclare que la «éparation des pouvoirs est la pniDiiëre a eoaâitioa d'un gouvernement libre, a abrogation qui implî quail celle de la loi de bannissement du 10 avril 1833?

Est-ce que je n'ai pas constamment défendu la liberté d'enseignement contre tous ses adversaires, auAsi bien sous la royauté do 1830 que sous la république de 1818?

Elst-ce que je n'ai pas défendu la liberté de réunion non moins fermement nprès qn'avant le 24 février?

Est-ce que je n'ai pas défendu la liberté individuelle contrn tontes les atteintes qu'elle a subies, de quelque part qu'elles Tinssent et i quelque opinion qu'appartinssent les personnes arbitrairement arrêtées?

Est-ce que je n'ai pas défendu la liberté de suiDrage contre les auteurs de la loi du 31 mai qui le rastrcignirent?

Eet-ce qu'après le 3 décembre IHÎH je n'ai pas proposé que les journaux non supprimés, mais assujettis à la censure, renonçassent volontairement à paraître, quoique je fusse propriétaire des deux cinquièmes de la Prtite, et que le sacrifloe de ces deux cinquièmes représentât nu revenu annuel de plus de 100,000 francs el un copital de 800,000 francs, ainsi que l'atteste le prix payé par M. Millaud? Est-ce que je n'ai pas fait plus que de proposer cette immolation volontaire : estce que je n'ai pas donné l'exemple, ainsi que le constate le jugement du 13 décembre rendu par M. Caseoavc, préudant U première chambre du tribunal de première instance de la Seine? Est-ce que j'ai été imité? Que devient donc votre distinction entre l'Union eXl&Prea»e, « entre le journalisme qui

■ n'est qu'une conviction et le joamalîsmc qui n'est qu'one

■ affaire? a Lequel des deux journaux, lequel des deux journalÏHmcs a été le plus désintéressé, le plus dévoué h ta conviction ?

Dans cette invariable persistance Jk défendre la liberté pour tous et contre tous, comme étant la seule assurance mutuelle contre les risques alternatifs de la politique qu'on n vue proscrire ceux qu'elle avait ramenés et ramener ceux qu'Ole avait proscrits; dans cette persistance qui, pendant vingt années, ne s'est pas démentie un seul jour et n'a pas eu an seul iMtant de défaillance, ou voyez-vous donc, monsieur, le

caictdj le caprice^ Vaventure^ la /onfotmf Quelle eoimrriiMpta» immuable connaissez-vous?

Et cependant cette conviction de tonte ma double ensfeme de journaliste et de député, quoique ainsi toujours énergiquemcnt soutenue de ma plume et de mon vote, l'ai-je fait triompher? Vous-même, monsieur, avez-vous fait triompher la TôtR. oelle que vous soutenez depuis 4830?

Moi aussi, je vous saurai gré de me le dire.

J'ai rhonneur d'être, monsieur, votre trè^-humble et tic»> obéissant serviteur.

ËMILB DE GIRARDIK.

La Gazette du FrçLfioe ajoutait :

« Phis les titres ioToqnés par M. Emile de Oirardin à la gratitude des amis de la liberté sont nombreux et réels, plus Us regretteront qu'il se soit mis dans l'impossibilité d'en acquérir de nouveaux en vendant à la spéculation l'organe politique qu*il avait créé; et l'on peut se demander, en le voyant transporter si vite sa polémique dans la première feuille qui lui donne ouverture, s'il ne regrette pas déjà lui-même d'être sorti de la lice où il combattait ave tant d'éclat.

n Pour peu que ce retour à la vie d'écrivain soit solide et consistant, nous offrons bien volontiers à notre ancien eon* Mre les colonnes de la Gazette de France pour y discuter ses idées et ses convictions, en le priant de poser les questions, ce à quoi il excelle, et en lui promettant toute la liberté d'allures qui nous est laissée h nous-même.

» Nous nous permettons, ne fAt-ce que pour rengager à accepter cette offre, de lui soumettre une réflexion qui nous est suggérée par la lecture de sa lettre.

» Il se fait honneur dans cet exposé d'avoir été indifférent a toutes les questions « de dynastie, de régime ou de cabinet », qu'il appelle « des questions de forme », et de n'avoir vu que la liberté, qu'il appelle n le fond de toutes les formes de gou- » vemement n,

• n termine sa lettre par cette remarque : qu'il n'a pu Mre triompher cette conviction, malg^ ^ngt années d'une lutte énergique dans sa double carrière de journaliste et de député.

n Ne serait-ce pas précisément parce qu'il a fait abstraction « des questions de dynastie, de régime et de eabinet i>

732 LA LIRERTÉ

que M. Emilo de Girardin n'a pas réussi? Ces question» de dynastie et de gouverirement ne seraient-elles pas quelque chose de plus que des questions de forme ? Ne seraient-eÙi^ pas des questions de principes, dont le plus ou moins delibertc no serait que la conséquence logique?

» Quand vous demandiez la liberté au gouvernement sorti de la révolution de 1830, ne lui demandiez-vous pas ce qa'O ne pouvait donner? Cette usurpation d'un parti qui avait escamoté le pouvoir, bâclé une charte et fabriqué one royanté dans l'intérêt de sa domination, sans avoir consulté la Praocf ni avant, ni après, pouvait-elle maintenir les fictions de soaveraineté nationale qui étaient sa vie? Pouvait-elle subsii^tpr sans restreindre le droit de suffrage, sans fausser Tinstitution du jury, sans opprimer la raison publique par des lois violentes, sans substituer partout l'arbitraire à la justice?

» La liberté, que vous appelez par une belle expression a U u légitimité de tous » , ne pouvait donc subsister sous un gouvernement qui était lui-même la violation de la légitimité universelle.

)) Est-ce que la république de 1848, décrétée à lHAtel df ville sous la pression des fusils de l'émeute démocratique et sociale, n'avait pas puisé dcins son origine la nécessité de comprimer les opinions dissidentes et de contenir par des lois arbitraires la faction même qui Tavait créée? Demandera ce gouvernement la liberté d'action pour toutes les opinions dissidentes, pour tous les droits qu'il avait usurpés, et même pour le parti dont il était issu, n'était-ce pas lui demander de n'être pas un gouvernement, et le forcer à enfanter tout de suite v.e qu'il recelait dans son sein et ce qui devait le tirer de Tanarchie ?

n Si les gouvernements étaient, conmic vous le croyez, de« questions de forme dont la liberté est le fond, pourriez-vous ne piis convenir qu*ici la forme a toujours emporté le fond?

» Ce nvsi donc pas sans raison que, dans notre amour pour la liht'ité, nous avons attaché une grande importance aux questions de gouvernement, qui sont pour nous des qneiiioDS de principes. Nous nous sommes efforcé de ramener les opinions de notre temps à Tidée du droit universel, convainca que si cette idée était respectée dans le pouvoir, elle devenait réalisable dans la société, attendu que tout empiétement

I Ugùmiii de tous est une usorpatioii, et qu'il n'y a pas de lOOTernement légitime qai ait intérêt à se faire nsurpateor.

» A la vérité, tous nous dites que nous n'avons guère été dos heureux que vous dans les efforts de notre vie en faveur les principes. Mais la faute n'en est-elle pas un peu aux homnés de liberté qui ont suivi votre exemple? Si vous n'aviez M» été aussi complètement indifférent aux questioos de droit lans lés révolutions de notre époque, pour ne voir que le foit, mit-être aurions-nous aujourd'hui, dans toute sa plénitude, eiie liberté que nous regardons, ainsi que vous, comme a la

Intimité de tous )> .

» n ne serait certes pas plus raisonnable de sacrifier la H- «rté au principe d'autorité, que de faire abstraction de ce irincipe dans la défense de la liberté.

n Le problème social est la conciliation de ces deux princi- 168 ; et, par conséquent, la solution de ce problème pourrait »îen être dans la réunion des efforts des bonmies de liberté t des hommes d'autorité. Quand les défenseurs de ces deux rincipes se font défaut les uns aux autres, la cause de l'autoité est perdue pour un temps et la cause de la liberté est enore plus compromise.

» Mais est-ce un motif pour tomber dans le découragement t pour désespérer du bien sur la terre? Nous ne le pensons as ; car nos fautes doivent nous éclairer, et, sans la foi dans !S principes, quel homme pourrait vivre?

» Si nous prenions trop au mot la lettre de M. Emile de Giardin, nous devrions en conclure que ce n'est pas seulement 81 démission de journaliste qu'il nous a donnée, ce serait aussi & démission d'homme politique, car il unit sa carrière de éputé à celle d'écrivain pour montrer l'inutilité de sa double ctîon.

)» Mais s'il en était ainsi, s'il renonçait à tout jamais à la triune et 21 In presse, il aurait anéanti en lui non-seulement le ubiiciste, mais le citoyen et l'homme politique, c'est-à-dire homme lui-m(^mc ; car nous sommes créés pour l'état de soiété, et hors de cet état, que serions-nous?

n Le parti pris pnr M. Emile de Girardin ne saurait donc 3 justifier par des raisons générales; car si ces raisons sont mdées, tout le monde devrait les admettre et agir d'après Iles. (Ju'nrriverait-il alui*s? L'humanité t^imbcraitde la haute

734 lA LIBERTÉ

sphère où elle est placée dans le néaat d'un sensualisme qui lui-même ne pourrait durer, cor la dissolution sociale IVmporterait en se développant.

» Nous croyons donc que la vive intelligence de notre ronfWîre le ramènera, un jour ou Tautre, dans cette arène dont elle la fait sortir, et que son êloignement de la vie politique sera comme ces retraites momentanées que s'imposent quf^lqueibis les honmies engages dans un trop grand mouvement didées et d\ifraire.s, afin de se recueillir et d'examiner Ieur« voies, et dont ils sortent pour recomTioncer, dans lîcsronditions plus fortes, ces luttes du bien contre le mal, qui sont toute la vie de Thumanité.

» H. DE LOURDOUEIX. »

C'est ainsi qu'a pris naissance la currespondauce qui va sui^Te.

A MONSIEUR DE LOURDOUEIX

Rédacteur en chef de la (;azcttk de frahce

Janvier 1857.

Mon cher et très-honoré confrère,

L'offre publique et spontanée que vous me faiteii de m'ouviir les colonnes de la Gazette de France ne me surprend point de votre part. Divisés sur la question de forme de gouTemement, la question de liberté nous a toujours trouvés réunis : aussi la même main qui épargna ITmon^ le Journal dee Déèate^ le Siècie, f^appa-t-elle, en 1848, la Gctette de France et la Prêtée, supprimées Tune et Tautre par deux décrets signés Cavaignac.

Ce que tous faites si courtoisement pour moi, mon cher confrère, je l'eusse fait pour tous non moins cordialement en pareille occurrence.

J'accepte donc votre offre; seulement, je vous demanderai de me permettre do diviser ma réponse en deux parties : partie personnelle, pour n'y revenir jamais ; et partie générale, pour y revenir quand un nouvel appel de vous m*y ramènera.

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Il y a loiifctt-nips, bien longt(*mps que j^avais le désir dv m*af1'ranchir de la lourde responsabilité qui i>èsc sur le rédacteur en chef d'un journal quotidien, alors surtout que la pn^ priété de ce journal représente un capital considérable, de nombreux intérêts engagés et Tunique fortune de planeurs veuves et de mineurs ; ce désir remonte à dix aontes. Deu\ fois, en 1847 et en 1849, j'aurais pu me retirer, mais il eût fallu vendre mes paiis de propriété de la Presse, avec les droits qui y étaient inhérents, à des combinaisons politiques, ce qui eût été tiixé immanquablement d'achat honteux, sinon de ma plume, du moins de mon silence ; deux fois je refusai, précisément parce que c'étaient des combinaisons politiques; plu.« Uird, j'aurais [)a divisor les 100 parts de propriété de la Presse en 4000 actions de oUO francs, et réaliser ainsi une somme égale h celle de 800,000 francs que m'a proposée M. Millaud, tout eu consenant mes fonctions de rédacteur en chef et de gérant; mais, loin de céder aux pressantes instance» de plusieurs de mes coîntéressés, j'y ai résisté, parce que, s'il est vrai qne la Presse doimera, pour l'exercice 1856. 300,000 francs de bénéfices, il est vrai aussi qu'il sofiBt, sons le régime actuel, de deux contraventions commises dans le délai de deux années pour entraîner de plein Avii la suppression judiciaire d*un journal. Or les chances de contrayentions involontaires sont, vous le savez, si nombreuses, qu*fl est presque impossible de les prévoir et de les prévenir toutes, et qu'il y a dix à parier contre un pour deux contraTentioni commises en deux ans. Cette probabilité est telle, que je n'ai point voulu exposer à un risque presque certain une somme de deux millions demandée k des actionnaires abusés par nn intérêt de 15 pour 100. M. Millaud, spéculateur consonuné, se pn^sentant à moi avec ces trois avantages : le premier, de n'incarner absolument en lui aucun parti iiolitiqne; le second,

I,A LinERTE 737

leconnaiire parfaitement ce qu'il achetait; le troisième, de le prétendre nullement imposer à la liberté de ma plume auïune restriction d'aucune nature, je me suis empressé d'accepter de M. Millaud ce qui lui seul, peut-être, était assez lardi pour offrir; je me suis d'autant plus empressé, qu'il me lonnait l'assurance et qu'il était do son intérêt de ne pas ihanger la ligne du journal et d'en garder les principaux rélacteurs.

Loin de regretter, mon cher confrère, ainsi que vous pa- •iasez le croire, loin de regretter d'être sorti du journalisme, 6 m'applaudis tous les matins d'avoir recouvré l'entière lilerté de me livrer à l'étude approfondie de questions que je te pouvais qu'effleurer. La preuve de la sincérité de cette délaration, c'est que, depuis que j'ai vendu mes deux ciniiièmes de In Presse y la direction d'un autre journal politique ;uotidien m'a élé offerte, et cette direction, je l'ai refusée sans lésitation.

Des ouvertures aussi m'ont été faites dans la supposition où 1 me conviendrait d'être candidat aux élections prochaines du lorps législatif; ces ouvertures, je les ai également déclinées, I ce n'est pas vous qui m'en blâmerez. Mais de ce que je me étire ainsi de la mêlée des partis, s'ensuit-il nécessairement, ion cher confrère, que, selon vos expressions, « j'anéantisse

en moi non-seulement le publiciste, mais le citoyen et

IHiomme politique?» Je ne le pense pas, et permettez-moi or ce point de différer encore d'avis avec vous. Ne saurait-il looc y avoir une politique supérieure aux partis, politique do tiéditation ou politique d'application ? Pauvres partis ! tous, AT leurs fautes, tous, par leur défiance de la liberté, me paaissent tombés si bas, que les questions qui ne s'élèvent pas . une grande hauteur au-dessus d'eux tous et de chacun d'eux ae semblent puériles et ue plus valoir qu'on leur fasse l'honleur de s'occuper sérieusement d'elles. C'est à cette politique npassible, plus universelle que nationale, appartenant au irésent moins qu a l'avenir, que j'ai voué désormais tout mon emps, toutes mes pensées.

Cette conclusion nie sert naturellement de transition pour rriver îi la seconde partie de ma réponse.

L'tiiterpi'llntiun qiin tous m'oilreascK, aun c

pst celle-ci :

0 N'est-ce [HiP [jr(^utiu<.niMil |iarce qae vuat ivix U . la qumlion ilo fumio ito gDUveniQinoiit k lu qoestioa ihil >lu suborilonuer la qiitutioii île libwl^ h la quoiiioD M I vcruemeDt, n'est-w pu prédséroiail parc» que vtnuUit r<tnt nux que«tjcins de droit iàna l«â révMuUom d» ■ |H)iir 110 voir qm* h fait, que (ous to-« eSaia ea bms't' Miiil rcslfi» infrut-liiciuiî ■

Cnminent nous entendre, muo cher conft^re?Ollii*1 vousnppdez Ifi Droit, je Vappa\lv Iv Fait, d wqiwra**! irii'z In Fait, je le nonimu lo /h-oiï. L'iiérédîii du poimf>l laquelle ddrive lit liîjfitimitfs des dynasU^^, «tUo bÉrtJil»fl.I sdou vous, pstuii droit inviolable, n'e»U selon moi. ^•1 fuit viutorieus. Hopcndant je n'ÎDâiMt^ pat, Apr^ tort, p| m'importe que le iMumir indivis .loit tii>r4clitaire (iq aatÀf tif, ait été transmis ou ait été surpns, s'il R'cxetryt «n ti' tioa du pouvoir individuel! Cfî t]uî ni'impnrii* attiqDB c'eHt qae le pouvoir individuel rentre ea pleine |iimiw tout C» qui lui a éU dérobé par h poitmir indirù, «Bt • imposteurs de ta grandeur natlonnle ot d« l'titilité poMi^

Iliun de plus fm-ile qni; de tracer In limilo ftitn le pi indivis et lo pouvoir mdividuet; rirn de pli» itifBcOe, M ■ traire, que do marquer où finît Vtiuiorité. ab i /ih«rfi-. Sonfftrz donc que je me wrvc, do [«nVénow, i \iri'»Kutnn qui ont l'avantHgt- de sultstitaer Ir panDéG

l'ail tugonÎHme «t de possMcr une précUîoa (jui c

tornies que roi\» employez qaand voiii» ditoi :

« [|iiesoriiitciTt(ktiiiMptu5rai«)nDable<l«MCTif)trlB A^nM uJ ci()0 irTiuïtn-rt^ qU'- île faire abslratiiMi du «! |«in:ipi> tltn* |t ^ de la liborté. Le (iroblâme iocial est la coDcilbttun ile cm tiaata

LA UBERTÉ 739

[lesy et psr conséquent la solution de ce [tfoblèoie pourriU bien être iêMÈê la réunion des eiïorts des hommes de liberté et des hommes d'autorité, (iuand les défenseurs de ces deux principes se font défaut le^ uns aux autres, la cause de l'att^ort^é est perdue pour un temps, et la cause de la liberté est encore plus compromise. »

Groyoz-moi, mon cher et honorable confrère, le problème social est insoluble dans les termes où tous le posez et avec tes mots que vous employez. Autorité est un mot qu'il faut vous décider à rayer du vocabulaire politique ; reléguez-le avec le mot de féodalité dans le dictionnaire du passé : autorité est un mot qui n'a plus de sens où Tesclavago et le servage ont cessé d'exister. Point d'autorité sans Tobéissance passive ; point de liberté sans la soumission volontaire. Conciliez donc la soumission volontaire avec Tobéissance passive ! Illusion ! illusion I Mais passez*moi le pouvoir indivis tel que je le comprends, tel que je Toi défîni, matériellement impuissant à porter jamais aucune atteinte au pouvoir individuel, et à ce prix je vous passerai volontiers l'hérédité conséquente, la légitimité, quoiqu'il n'y ait et ne puisse y avoir, en matière de gouvernement aussi bien qu'en matière de sciences, d'arts ou de littérature, de légitimité rationnelle que la supériorité relative. Je veux être accoomiodant : concédez-moi l'Individu, je vous concéderai TÉtat ; seulement, mon cher plénipotentiaire, ayez qualitf'; pour conclure avec moi ce rapprochement. Donnez-moi des garanties que la royauté se contentera d'administrer héréditairement ce qui est nécessairement indivisible, conséquenmient ce qui est indivis, sans empiéter abusivement sur ce qui est essentiellement individuel. Des garanties I... Ne vous blessez pas que je vous en demande ; car, si vous ne pouvez me citer un seul pays, un seul, ni dans \v passé ni dans le présent, où la royauté héréditaire ait fait justement la part de l'État et la part de l'Individu, où elle se born<' scrupuleusement à régir Tun sans assujettir l'autre, quelle confiance voulez-vous que je mette dans vos paroles?

Vous dites qu'on demandant la liberté au gouvernement sorti do la n>volution de 1830, uu gouvernement sorti de la révolution de 4848, je leur demandais ce qu'ils ne pouvaient l>as donner; mais si le gouvernement restauré en 1815 était

TtO LA LIBERTÉ

le seul qai pût l'établir, que ne l'K-t-il Tait? De bonne foi. le iS juillet 1830, la somme de liberté en France était-elle pin grande que le 23 février 1848 etqoele 1" décembre 1851?!/ droit de suffrage était-il moins restreint et l'institution dn jury plus respectée 7 Y aTai(-il plus de justice et moins d'arbitraire? Concluant contre vous, la RestaantioD n'aTaît-elle pas prouvé qu'un gouvernement — j'adopte to» expresnoos — pouvait fort bien être A la fois Imitant et taurptUnr? Répondez franchement. Avec moi, mon cher confrère, il m saurait vous en codter d'être impartial ; car je n'accuse ni ne défends aucun gouvernement. Sij'enaccnaais oa si j'en défendais uu, il me faudrait, pour rester équitable, les défendit ou les accuser tous. Ce qui les condamne à mes yeux o&t en même temps ce qui les absout : leor ignorance. Et cette ignorance funeste qui les met tous en péril subsistent aussi lonfctemps qu'on n'aura pas restitué à la Liberté et à rAutarih* leurs rentables noms, qui sont : Puissance individuelle et Puissance indivise, noms qui ont cet avantage de porter en eux-mêmes leur définition.

Recevez, mon cher et honoré confrère, la noavcUe assQrance de mus sentiments dévoués.

EMILE DE GIRAJIDI?!.

A MONSIEUR EMILE DE GIRARDIN

Cher et honoré confrère,

Je savais depuis longtemps que vous étiez au-dessus des calculs de Tesprit de parti ; car, en pénétrant par la force de votre pensée au fond des questions, vous y aviez entrevu les principes, et leur vue porte grâce, comme le visage des rois. Par cette étude de toute votre vie, vous avez conquis la pleine indépendance de votre esprit , tandis que d'autres n*ont trouvé dans la presse politique que Fesclavage du leur. Je n'ai donc pas été surpris de vous voir accepter la discussion devant un auditoire formé par l'attrait sympathique d'opinions qui ne sont pas les vôtres ; et pendant que le S^U disait : u Nous doutons que M. de Girardin accepte la proposition de » la Gazette », moi je vous attendais.

C'est que le Siècle n'entend point comme nous les discus-

sions enin journaux. Pour lui, la polémique se définit comme

Grotins dé&iit la guerre : a L'art de faire le plus de mal pos-

a rible à ses ennemis. » Pc ur nous, cher confrère, c'est Fart

l^|l||^bnlni de bien pos i pays et à rhomanité, en

HlHilMll ii bonne foi les ren lies à toua, afin d*op4rer,

dans CCS v^rii(^s, Tunité des intelligences, l'union des cœur« et raccord des volontés, et de d«îtruire ainsi les divisions, (ilii^ de rerreur, les malentendus et les confusions, œuvres de h passion et de la discorde.

Ma dernière discussion avec le Siècle a montré d'une manière frappante Tabus de cette vieille tactique des partis, mon adversaire ne citant de mes arguments que ceux qui lui fournissaient Toccusion d'impntcr h mes opinions des faiU barbares, condamnés par olb^s; d'offrir h son auditoire des rrimcs au lieu de raisons et du sang au lieu de lumière. Me« réponses mutilées et tronquées ne figuraient dans ses coIoDne^ qu(^ comme les i*épliques àiins les rôles du comédien, servant seulement à lui faire répéter les fusées de déclamation qu'il sait par co'ur.

I) est bien temps d'en finir avec ces plaidoyers iiii les deux avt)cats, placés dans la même chambre, mais à deux fenêli*? n])poséos, parlent à deux tribunaux dont l'un nVnlcnd pasre qu'on (lit à l'autre. Df^nx publics pnrtirulicra ne prûseutent-ils ])as à la pensée Talliancf; de (k'ux mois fort étonnés de s* tmiiver ensemble» ?

A'oiie apparition si i»i'ès de moi, mon cher confrère, pst dune un fait nouveau dans l'histoire de la presse. Vous dimnez un gland exemples aux écrivains de notre époque, vnuç faites preuve d'une* générosité et d'une force de dégagement peu communes. La foi que vous montitiz dans riniparlialité et les lumières des lecteui'S de la Gazette est lionuraLIe |iour vous comme pour eux.

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