SI
Je dirai peu de chose de lu ])remièrp partie de votre lettre. Vous ffes juge, et juge très-éelairé des questions d'intérêt privé niallieureufienient impliquées dans la publication de tout jnurual politique. Je ne pui*< af^surément vous blâmer d'avoir abandonné à la spé<iiIatioii un navire qui, comme ees ga-
i.A i.ii{i:kti: T^.i
\im:\^ «ri'-|>a^nr (•liai>:«''> <!«' \\)V du Prinu, s" jurtait mal IM'ul-iHre aux évolutions d'un explorateur; j'avais craint que cet abandon ne fût une abdication de voiro vie politique. Vous me prouTez le contraire par une lettre qui estpeut-éh^e le plus brillant écrit sorti de votre plume. C'est Fargument sans réplique du philosophe antique devant lequel on niait le mouvement.
J'accepte donc cette preuve de vie, pour>'u qu'elle ait de la suite ; laissez-moi croire toutefois que si vous avez cédé h M. Miilaud un journal dans lequel, à notre grand regret, vous aviez cessé d'écrire depuis deux ans, c'est que ce journal, créé au milieu de la lutte ardente des factions, avait conservé le pavillon arboré à son origine et qu*il ne pouvait convenir à Técrivain qui vient de tracer ces lignes dans la Gazette :
« Pauvres {tartis! tous, pur loiirs faiilrs, lous^ par lt!unl<*fianro de la liberté, nu* paraissent tombés si bas, qiin les questions qui ne s'élèvtMit |ias k une grandit hauteur au-flessus deux tous et île cliacun d'eux ine M*mbl<*nt puérilei» et iw plus valoir qu'on Irur fuse l'honneur de r'occu- |ier sérieusement d'elles. C'est à cette {wlitique impasaibhs plus tonifrselle que nationale, appartenant au préS4>nt moins qu'à l'avenir, que j'ai voué désormais tout mon temps, toutes mes |>eusées. »
Permettez-moi de vous demander de remplacer le mot universMe par le mot iriBHELLi, et vous aurez exprimé ave<' éloquence la position qu'occupe la Gazette de France, il n'est donc pas étonnant qu'en quittant la Preste^ vous soyez venu dans un journal où Ton ne défend aucune faute, où Ton cherche à élever la discussion dans la sphère des vérités de tous les temps, au-dessus de tous les partis. Vous vous trouverez, mon cher confr<;re, au large et à l'aise sur ce terrain de Iil>ei1é et de sincérité.
Mais je |»arle de liberté, et vous m'avez rajipelé les resti'iclions que la législation apporte à la faculté de tout dire, H ri'tte épée (lu déiit fie (vntravnUion qui lesto, avec quelques autres épées, suspendue sur la priïpriété des journaux. Je ne nierai rien de ces faits, notre chaîne est réelle, mais elle est élastique, et nous laisife quelques mouvements; il eu faut ]»eu pour planer dans les hautes régions de la pensée. En som'i e. iTialirré les épées tirées depuis six ans contre les journaux, la
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Gazette et la Prease sont encore en vie, et il faut espéier qu'elles atteindront, saines et sauves, avec tous les jounaux politiques, le retour de la liberté qui nous est promis, H qui est assuré dans Tavenir. M. Millaud, pour le dire en passant, n*a donc point engagé sur une base imaginaire ses capitaux et ceux de ses actionnaires. En France, on peut joner avec certitude sur la hausse delà liberté comme sur la hausse de la fortune publique.
Je viens à la seconde partie de votre lettre, et ici je reconnais aver. plaisir que nous avons été séparés pur des mots plus que par des questions de principes. Nous voulons Tan et Tautre la liberté ; vous Tavez cherchée en la demandant i tous les gouvernements qui ont passé en France depuis vingtcinq ans; je l'ai cherchée en examinant quels principes de gouvernements pouvaient la produire par voie de conséquence; et j'ai cru pouvoir conclure de la différence de ni» vues, amenant une division et parfois une contradiction dam nos efîoils, que la réunion des hommes qui partent du |irincipe de liberté et des hommes qui partent du principe d'auto* rite pourrait donner la solution du problème.
A cela, mon cher confrère, vous me répondez que, la liberté et l'autorité présentant un véritable antagonisme et une contradiction dans les termes, la conciliation ainsi conçue est une illusion et une chimère; et vous me proposez de substituer au mot autorité le mot pouvoir indivis et d'appeler la liberté le pouvoir individuel.
Si la conciliation des deux principes est à cette condition, cette conciliation est faite, car ce que vous appelez le pouvoir indivis n'est autre chose que le droit politique, et ce que vous appelez le pouvoir individuel n'est autre chose que le droit civil. Os deux droits sont établis par tous les jurisconsultes,
ît leur admission ne peut souffrir entre nous aucune difficulté.
Je reconnais d'ailleurs volontiers que ces deux mots ne prélentent pas entre eux cette opposition apparente que vous trouviez entre Tidée d'autorité et l'idée de liberté. En effet, le pouvoir indivis, que vous appelez aussi I'état, a une sphère d'action parfaitement déterminée et qui n'empiète en rien sur la liberté des individus. Vous appelez cet État a tin pouvoir » , vous lui concédez « thérédité » ; vous concevez même « la légitimité » de ce pouvoir héréditaire. De notre côté, nonseulement nous vous concédons, mais nous maintenons, avec Vous, que ce pouvoir héréditaire et légitime ne saurait porter lucane atteinte à la liberté des individus. Il y a longtemps )u*an de nos confrères, M. Laurentie, a écrit dans une autre feuille cette belle pensée : « La liberté est le droit divin. » V^ous avez complété ainsi cette maxime : a La liberté est la i légitimité de tous, n
J'ajouterai, comme développement, que la légitimité est ine idée universelle s'appliquant à tous les actes do la vie lamaine qui sont en rapport avec le droit, et que c'est parce [Quelle est universelle et divine qu'elle est un principe, et la >a8e même de l'ordre social. C'est sur cela que je me fonde K>ur soutenir que la liberté et l'autorité, qui tiennent au même [principe, ne sauraient être inconciliables; que leur contradic- ;ion u'est qu'apparente, et que la substitution des termes [iroposée par vous, mon cher confrère, ne prouve qu'une chose : c'est, comme je vous l'ai dit dans ma première lettre» que vous excellez dans l'art de poser les questions, qui est l'art de les résoudre.
C'est cet accord sur le fond que je vous demanderai la permission de prouver dans cette troisième partie de ma lettre.
Je suis autorisé à induiro du moipontoir, appliqué par vous à ce qui eM indivis c);)nslVt:it i^ocial, que vous admettez un«
délégation de cette liberté des individus pour former le pouvoir indivis.
Sans délégation, en effet, il n'y aurait que ranarchîp. Sus elle, point de magistrats pour veiller à la police des cita, pour appointer les diiïérends des citoyens, pour avoir ue législation obligatoire pour tous, pour commander les arméei nécessaires h la défense du territoire, pour protéger et assurer la liberté des individus. Yainement on concevrait rassociatioD comme une (t^surance mutuelle et rimi>ôt comme une prime volontaire, sans délégation il n'y aurait point de commis pour Icf^ polices d'assurances, point de comptables pour percevoir la prime, point d'administnitcurs pour faire jouir les a8«urA« des avantages du contrat. La société serait détruite de fond en comble, que je. me chargerais de la refaire avec la délégation. (>t de rétablir logiquement et légitimement toutes les institutions communales, provinciales, gouvernementales et royalts. avec ce que vous appelez Yht'rMité conséquente, la légitimitr.
Cette délégation , fille de la liberté , est donc mère à^ Tautorité. L'autorité n'est légitime que lorsqu'elle est en rapport aver la délégation. Il ne peut y avoir, dans la nature de* choses, (jue deux sortes de délégations, celle qui se fait u terme délini et celle qui se fait à terme indéflnL
Dans la première, vous trouvez la délégation A vie et la délégation qui embrasse un certain nombre d*années, dét*Mniiiié dans le mandat. C'est la présidence triennale ou quinquennale des républiques. C'est aussi le mandat des dépottV dans les monarchies représentatives.
La seconde sorte de délégation, celle qui est indéfinie, pM faite h une dynastie : c'est la royauté héréditaire.
Os délégations d*autorité, également légitimes, ne sont j.'irnais sans réserve. Il est évident que les individus ne délèguent que la somme de liberté et de pouvoir qu'ils ne peuvent cux-méiiies exercer. Partout les droits individuels, la liberté c( 1,1 pnipriété des citoyens ont été considéi*és comme nntièrenieiïl en dehoi-s de l'autorité gouvernemenf-ile. En Pranee rn^nie, ni.'ilfrré les violations que ces droits ont subies dans If i:(iurs «k's Ti^es et dans les lévolutioiis, on les a toujours invoqués cnnnne antr*i'ieurs à tous les pi»uvoir^, comme iuhérenL« il rimnïîiiiité. C'est dans r<* p.iys «jue celle maxime, qui n*»>uluait («nis ci's drjiits, avait pris racine dans les idées : « Vvx-
peut être imposé que de son consentement, à e par tyrannie. »
1 délégation n'a été nulle part sans réscrvei elle a les déléguants comme les délégués. Dans les repune peut destituer un président avant le terme légal mdat; dans la monarchie héréditaire, la nation »ntestib1emcnt dans la plénitude de son droit de à Textinction de chaque dynastie. Sept siècles emblée do Soissons, Voltaire écrivait dans la
m usage antique et tacré parmi noai, la luorl 8ur le trùnc étend ses rudes coupa, du sang des rois si chers h la patrie les derniers canaux la source s'est tarie, iple au mAme instant rentre en ses premiers droits, choisir son matlrc... Klc.
atioD, toujours faite sous la réserve des droits de existe donc toujours virtuellement dans les races au-dessus de ces races, pour en produire de noules eus déterminés. (]'est cette puissance qui fait des rois; c'est elle qui fuisait dire, par un abus de i Louis XIV : <• L'État, c'est moi; » et a Napoléon : premier représentant du peuple français, »
yez, mon cher confrère, que l'autorité se trouve vec la liberté , dans ma théorie comme dans la rquoi donc combattrions-nous, vous et moi, dans opposés? Pourquoi les hommes de la délégation à ni et ceux de la délégation à terme indéfini i ennemis les uns des autres? Pourquoi se maudit se détesteraient-ils mutuellement? En vérité, je ais guère. I^es différences d'opinions qui les partaluraient justifier ni ces haines, ni ces violences; le iliscutent-ils pas ensemble leurs idées et leurs
^ — nous sommes bien forcé de le dire — en dehors étions lii' droits, de ]»nnciiM'> et de liberté, il y a la , qui aiqrirtirnl à un autre esprit, qui ne cherche
:4S LV LIBERTi:
la vérité que pour la combattre, la morale que peu: la vi les conditions de l'ordre que pour les trouLlor. l (jui avait créé tous ces partis au-dessos dosqueU toi i^tcs placé, qui maintient leur vieille tactique et leur n Aidez-moi, mon cher confrère, à dégager ropini.o p de SOS enroulements, comme nous ▼ avons échapir nu^mos. (Vest le grand, c'est Timmeose service qurk naux peuvent rendre maintenant à l'humanité.
(Vest cette Révolution qui, je pense, voil* f'^u: réponse à cette (jucstion que vous m'adressez : '■ y> 1) pas de gouvernement légitime qui <iit iatérêt à ! ) usurpateur, pourquoi le gouvernement de la Ke«ti > a-l-il empi<''té sur la liberté de tons? »
11 me semble que le chapitre de M. de Vaalabelle.c nièrement dans la Gazette, en montrant les députas Kl \ainsde 1815 conspirant avec les Hollandais et le? G pour mettre sur le trône un prince étranger et re l'rauce protestante, répand assez de lumière sur cette lie iu>tre histoires pour me dispenser de rapprofoDdir veux pas, d'ailleurs, vous attirer sur ce terrain, etjëi de terminer cette lettre, déjà trop longue, en voos uiou cher confrère, l'assurance de ma hanté estime et ^euliments dévoués.
U. DE IX)rRD(X En.
f A MONSIEUR DE LOURDOUEIX
Rédacteur en dœf de la gazcttê d£ feancc
Mon cher et très-honoré confrère,
En qaoi sommes-nous d*accord?
Eo qaoi différons-nous d'opinion ?
C'est ca qu'avant tout, il convient de préciser.
Vous dédarez que nous voulons l'un et l'autre la liberté.
Maîa d'abord, sur ce premier point, ôtes-vous bien sûr que
nous soyons d'accord? Par ce mot : la Liberté, entendez-vous
tout ce que j'entends? Allez-vous aussi loin que je vais et ne
TOUS arrêtez-vous pas à mi-chemin, en compagnie de M. de
Mootalembert et de M. Cousin, de M. Guizot et de M. Barrot,
autrefois divisés par elle, aujourd'hui réunis ? Admettant le
principe, en admettez-vous toutes les conséquences sans
reculer devant aucune d'elles et sans en excepter une seule?
Je ne serais pas, mon cher confrt're, obligé de vous poser rc8 questions, si vous aviez fait ce que j'ai fait, si vous aviez défini ce que vous entendez, vous, par la Liberté. Vous la nommez, mais vous ne la définissez pas ; vous la gloriflez, mais vous ne lu déterminez point.
C'est cependant co qu'il serait nécessaire do faire, si vous
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tenez à ce que les conditions do cette controverse soient égaks des deux parts, et si vous ne voulez pas qu*ellc sVtermsen une interminable querelle de mots : « Le peuple prend ks » mots pour les choses », a dit avec raison Ferriùre. Ne fusons pas comme le peuple, u Tant que les hommes n*auroBt n que des mots pour s'exprimer, il faudra peser ces motsv, a dit Mirabeau. Pesons-les. v Un dialogue entre on métaphy- » sicicn et un phrénologiste est impossible dans l'état aêliid » des choses; le premier n'entendrait pas le second; je » m'en suis assuré par plus d'un essai. Le phrénologiste, sH » comprenait le psychologue, aurait besoin, presque à chaque )> mot, de lui faire une leçon appuyée de descriptions m^ x> rielles pour donner à ses phrases un sens qui fût à la portée » de son intelligence », a dit Broussais. Rendons le dialogue possible entre nous.
Je n'assigne, moi, à la liberté de l'homme aucune aatK limite que celle naturellement tracée par sa raison socialement cultivée et pleinement développée. Je ne divise pas ce qui eit indivisible; conséqueinment, j'admets que ce qu'il est libfv de penser, il est également libre de le dire, et que ce qu'il est libre de penser et de dire, il est également libre de le faire, Siiiis qull soit arrêté par la crainte d'aucune pénalité Ugt^^ sans qu'il ait à redouter d'autre juge que lui-même. Je cunteste h la société le droit de punir. Ce qu'elle qualifie erima et délitiy je le qualifie erreurs et risques. Ce qu'elle oonibat par la loi, ce raisonnement de la société, ce qu'elle eombat pir rintimidation, ce frein impuissant qui déshonore la bouche humaine, je le combats par le raisonnement, cette loi de l homme, je le combats par la civilisation, ce niveau ascendant qui marque le progrès continu. Telle que je la eoniiieBds et telle que je l'ai définie, la liberté est la sapprewioa gn- (luelle do tout ce qui fait légalement ou socialement obstacle au plein développement do la raison individuelle par ion propre essor ; la liberté est la séparation ratiomieUe de oe qsi constitue essentiellement le itouvovr inditidml et de oe ^i compose nécessairement le /touuoir indimSf séparation la pto simple à opérer, puisqu'il suffit de trucer entre cea deux poevoii-s parallèles la ligne suivante de démarcation : — Tootoe qui, de sa nature, est indicisibk et ne saurait être individuiliié appartient nécessairement au pouvoir inHiris ; tout oe qaîy de
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tient esseiiticllemeot au pouvoir indivûiuel, A aucun litiv, sou.^ ^Ocun prétexte, je ne reconnais au pouvoir indivis le droit de restreindre le pouvoir individuel. Ne lui en donner, ne lui •n laisser aucune possibilité matérielle, sans cependant affaihBr Taction de la civilisation, sans en ralentir la marche : tel tel le problème social dont je crois avoir trouvé la solution, «C dont je n'hésiterais pas à faire la preuve par l'application, dussé-je donner pour garanties du succès ma fortune, ma liberté, ma vie.
Ainsi entendue, ainsi étendue, voulez-vous, mon cher confièro, de la liberté que je veux ? Si ce n*est pas de cette liberté que vous voulez, de laquelle voulez-vous? Spécinez-cri la nature, marquez-en la limite. Vous parlez du u retour de ta liberté qui nous est promis u . Pour que la liberté revînt, il faudrait qu'elle fût partie ; pour qu'elle fût partie, il faudrait qu'elle WX venue. A quelle époquo Tavoz-vous jamais vue résider en France? Vous dites qu'on y peut jouer avec certitude sur la hausse de la liberté comme sur la hausse de la fortune publique. (Jui eût joué à cette hausse de la liberté s'y fût ruiné. Quand donc cette hausse a-t>clle eu lieu? Est-ce avant 1789? Est-ce de 1789 à 1799? Est-ce de 1799 à 1815? Est-ce de 1815 à 1830? Est-ce de laiO à 1848? Est-ce du 24 février 1818 au 2 décembre 1851?
Après vous avoir interpellé, mon cher confrère, et demandé si nous étions d'accord sur la liberté, je m'interroge, à mon tour, et je me demande en quoi nous différons d opinion sur la Délégation^ que vous dites être la flUe de la Liberté et la mère de l'Autorité? Vous vous déclarez autorisé à induin^ du mot pauvmr appliqué par moi & ce qui est indivis, que j'admets (lune délégation de cette liberté des individus pour fori> mer le pouvoir indivis. »
Rationnellement, mon cher confrère, je n'admets pas plus quo l'homme ait besoin de retrancher une partie de son pouvoir individuel, autrement ditLiberti^, |iour en former le (louvoir individuel, autrement dit Autorité, que je n'admets qu'il ait besoin de retrancher de son corps un pied, une main, une oreille, un a*il, une dent, un cheveu, pour en former le corps social.
Je laisse en commun ce qui, absolument, ne saurait
LA IJBERTt
rtrc partage ; je laisse indivis ce qui, nécessairement, est indivisible, nicn de plus, et cela suffit pour composer la c^o^E