‹ Questions philosophiqueChapitre 192 sur 193 · LA · texte numérisé non relu

LA

Le jtig« de paîi eonftater» le to), meditM^rooe, rtUps- JUieité pooira le Tolenr, C'est fort bien I Hais le valeur, sbiei pani, g«rdera-t-it la meimn Yolée ?

6i e'eit aJiui que toos l'entenilei, qn'en peiuen rhonnéle hSBme, dépoaiUé pu- le faosuire 7 Kt oelmn)! ne dink-t-tl pu, MMome le cocher de flaere bl^né par la ooor : ■ Si cela n'MtpAche pas mon flaere de rouler, peu m'importe I »

Que vouB ne punissiez pas la spoliation , c'est déjà Uen tot ; nais que tous la mainteniet, o^ ne wrait pas p«aalble. Le Mas droit du peuple entier se sonlAverait ooatre eetle fadqniU.

n fkndrait donc obliger le volaor jt reiiit^p«t- l'Objet toIé dani tes mains do légitime propriétaire. La pnbliotté ne nifflrait pas pour contraindre le Tolevr, ear il changenit de résidence, emportant le prix do vol. Il faudrait donc on arrêt de la justice publique pour opérer cette réintégration. Un tribunal est ici nécessaire, et ce tribunal doit avoir, aTeci'ACTOirrf de la loi, des huissiers, des gendarmes, ettoutce qai&it que force reile à la Un dans dos Ëtats ciTilisés.

A ma défÎDition de Vautorité, dont je fais venir la liberté, donnant elle-môme naissance & l'autorité par la déUçatUm, TOUS répondez que « je m'expose à faire croire qoe je suis révolotionnaire. »

Pour TOUS rassurer pleinement à cet égard^ je vdos oîteni cet édit d'un de dos rois, contenant sobetuitiellemeiit la théorie qui voue étonne :

■ Si 11 nition épnMiTût jamaii ce malheur, — l'extinction de la d|^ nastie, — ce serait à la nation menu de le replier par la ia§tm ds «m eJMx. Noui utous que notre couronne n'est k noui que pour le bien et le wlut de l'Ëial; et que, par conséquent, Vhat Mal darfltt k ikvU ie% éitpour dans un tel événement que not peuplée ne Wémtent qa'aytc peine. Moui crayons donc devoir î OM natian n OdèMMM et si innriablement fiiée k la nuiion de set roû, dt M jpoi préomlt k dkoto qu'elle aurait * fairt, li pireit nalheor uriniL •

Vous me demandes ce qui aurait lien si la ponvolr ne tMpeclait pas la liberté que je reconnais, aveo H. Lauretriie, Mre de droit divin. Je pense comme voua.mon eher eonMre, fi'niM lévolation sortirait très-piobobleBWiit de «e «oaflit.

parce que, tont l'ordre social étant dëtrait, la nature hunuin* serait livrée uux mouvements avcuf^les des paseiofiR. H» s'ensuit-il que la nution qui briserait ses institutions pour dm faute de ses gouvemanls aurait eu raison dans cet acte de ntcidc? Les motifs qui militent en fuvear du droit monarehiqop auraient-ils perdu de leur valeur parce qu'un prince Mnit Rorti de ce droit? Je ne le pense pas, et vous ne le croyez pàplus que moi.

Vous m'aideriez sans doute, mon cher conirèrfl, par ntt' force souveraine de la raiton démontrée par U raûaww«eif , ï faire comprendre aux rois qu'ils doivent respecter la libntr. même malgré ses excôs, etaux pcuplesqu'ils doivent maiutnit l'autorité, même avoc ses abus, jusqu'à ce que la civilisatir: ait fait cesser à la fois les cxcôs de la libvrtù ctlesabosdf 1 autorité.

Le snjet de notre discussion est, je crois, k peu près épai»'- T.es principaux urf^nimcnls pour et contre ont été exposés, fl .mire auditoire pourrait nous dire, comme les présidents au\ avocats : n La cauM *^st enlenduo. ■>

Cctti' discuHsioD n commcticv sur une qucstioa de principes, et sur re lorrain nous ctionB bien près de nous accnder. Vous m'nvioit concOdé le pouvoir mdnit avec l'Anâfitt. que vous appeliez ratiunnelle, expression qui répondait, dus ma pensée, au mot légitime. Je vous avais concédé le pemrmr individuel, c'cst-ù-dirL- le ponvoir réservé à tous lea membres d'une sQcittli! libre de se gouverner eux-mèmei, Ar piuverner leur famille et leur fortune, sans rvneoBtrcr i-omm<! olistiicle et mémo comme limite l'autorité gouvenieiiicnlalc, tant que leur dmitet leur liberté ne I' ]>as le droit et la liberté de leurs voisina. Ainai, am radmininlralioii de la chose publique, c'esl-à-dira da ft ^ociaI et des revenus nécessaires à> tous les inl

LA IJBEHTÉ 853

aons; le gouvernement de TÉtat par rapport aux autres îtals, Texécution des lois, la surveillance générale et la proeetion des droits de tous, l'autorité sur les fonctionnaires inliliiés par eux. Aux particuliers, la plénitude de leur liberté in-dessous d'eux, et au-dessus une participation égale à la ource d*oii découle le pouvoir législatif et même le pouvoir (OOYememental, pour le cas où, ce pouvoir venant à expirer lar l'extinction de la dynastie, il s'agirait de la raviver au DOyen d'une délégation nouvelle.

Sur ce terrain de la tradition et de la pratique, nous paraisions du même avis, sauf quelques différences de formules ; et e débat n'aurait pu se prolonger sans manifester notre parbit accord.

Peut-être, par cela même, n'aurait-il pas eu toute l'utilité {ue nous devions en attendre, car il n'aurait pas atteint dans eur profondeur les dissidences qui troublent la société et sus- [>endent son essor vers un meilleur avenir.

Il y a, en effet, en elle d'autres questions que celles qui portent sur la définition du pouvoir et sur sa constitution. On 1 dit queie révolution, politique en 1830, était devenue sonalc en 1848. On n'a pas dit assez, selon moi : elle impliquait iéjà Tordre moral tout entier, non qu'elle eût monté d'un iegré l'échelle des idées, mais elle avait dégagé de son fond re qu'elle renfermait à son origine ; car elle fut philosophique ïii sceptique dans le dix-huitième siècle, avant d'être politique et démocratique dans le dix-neuvième.

Aujourd'hui, comprimée par la force organisée, elle subsiste comme obstacle à la liberté, cachant son terrible pro« blême, qui ne cessera de menacer la société tant qu'il ne sera pas résolu dans l'intelligence de tous.

Les commencements de notre discussion ont donc mis en lumière ce premier point, qui a bien son importance : c'est que, si l'ordre moral était affermi par le travail latent de ii raison publique, la monarchie, telle qu'elle est exposée depuis vingt-six ans dans les colonnes de la GaxHte de Fronet, ne rencontrerait pas de dissentiment dans les esprits éclairés.

Si l'on admet, en effet, que la source du pouvoir est dans la délégation, on réduit toute la différence qui. existe entre la monarchie et la république aux deux sortes de délégations inhérentes à la nature des choses : à la délégation à ienne dé^

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/fm produisant la présidence républicaine, etàladflépÉi à terme indéfini produisant la royauté héréditaire. LanMÉ repréientative réunissant ces deux modes de délégatioa, Tm pour la royauté, l'autre pour l'aBsemblée électire, doit en» lier les républicains et les royalistes.

Ainsi, dans la politique proprement dite, le jxMèm lâ virtuellement résolu et ne laisse en dehors que ecofi veulent le gouvernement direct du peuple, nnpoBdMitll nicale reconnue par Montesquieu et par Rousseau Im-ate: et ceux qui ne voudraient pas de gouvernement dnlD^ri cherchent un état social où le monde irmt de disent les Italiens.

Cette pensée, mon cher confirëre, avait été la tion de votre vive intelligence ; aussi je n*ai été étonné de la voir bientôt percer dans notre tout accessoire et incidente qu'elle était d*abord, sujet principal et unique de notre débaL

Loin de regretter ce développement, je m'en suis car une controverse établie sur un point aussi rmiiliisiÉM ne pouvait qu'avancer le travail salutaire de l'esprit ftMk C'est surtout sur les points ténébreux de la situation isldlietuelle d'un peuple qu'il est utile de porter la lnniièn.lltibeteurs l'ont compris conmie moi, et Tapprobation hisBiribBk dont ils ont entouré cette discussion m'a prouTé fB% ■ appréciaient l'utilité.

Ce n'est pas seulement au point de vue de Kiitésil méi que la controverse établie entre nous aura été boMs;dbk sera aussi pour vous, mon cher confrère ; car, dsa société bouleversée, quel est celui de nous qui B*a pss éducation en faisant des livres ?

Un de mes amis, devenu depuis l'un des plus seurs de l'ordre social, me dit, il y a trente an » moi, je viens de délivrer mon esprit d'one als|ii !■ » obsédait mon imagination depuis plusieurs amisssi » toutes mes facultés en échec. Je l'ai jetée daa n et, depuis que ma brochure est publiée, je ne poass fhik » mon système. »

C'est bien quelque chose, en effet, d'avoir mis hoisds sri W idée qu'on avait conçue dans un siècle d'iUnsioBS et de iCia

et qoi nous tyrannisait, et de pouvoir librement porter sa vue mr les intérêts réels et sérieux de son tempe et de son pays.

Dans eette controverse si vive, portée sur les questions de l'ordre moral, nous avions peu de chancesde nous accorder, car nous partions de deux points opposés. Tout ce que nous pouvions faire, c'était d'exposer nos raisons dans toute leur force et de laisser le public juger entre nous ; nous avons rempli ce devoir avec conscience : le résultat final n'appartient à aucun de nous.

Si la discussion avait besoin d'un développement pour être complète, je ne le verrais que dans l'exposé du côté pratique de votre système.

SouB le rapport des théories, vous avez tout dit et nous avons tout discuté ; mais l'application de vos idées à l'organisation de la société, aux rapports des hommes entre eux, aux institutions publiques et à la forme de l'existence humaine dans ce système, il m'est impossible de l'imaginer d'après les allusions incidentes que je trouve dans vos raisonnements.

Vous me parlez de la royauté des bonmies supérieurs : est-ce dans un sens positif que je dois prendre cette pensée? Ouelle serait alors la fonction de cette royauté nouvelle? Vous m'indiquez des percepteurs et des juges de paix : par qui seraient institués ces magistrats? Vous employez la langue des compagnies d'assurances pour la substituer à la langue politique. Vous me dites que les primes reçues serviraient à prévenir les risques. — Comment entendez-vous que cet impôt volontaire serait employé? Servirait-il à payer des services de surveillance, de police, de prévoyance et de sûreté? Comment ces services seraient-ils organisés? Par qui les employés seraient-ils nommés et dirigés? Si c'est par les compagnies d*assurances, quelle serait l'origine de Tinatitotion de ces compagnies? Enfin, y aurait-il une instruction publique, un culte, des précepteurs de morale? Tout cela, mon cher confrère, aurait besoin d'cHre indiqué avec cette précision, cette clarté de conception et de déduction que vous savez mettre dans vos écrits.

Vous convient-il dn soumettre cette partie de votre con-

ccption ù la grande épreuve de la discussion contn toire? Je vous suivrai sur ce terrain comme 5ur tous autres.

Mais ce que je préférerais, dans mon afTectioo pooTTi ce serait, mon cher confrère, de vous voir renoncer aujourd'hui h cette brillante utopie de rhumanîté « ton » une société universelle se soutenant sans lois positives, i )> magistrats, sans force armée, sans gouvernants oflki )) sans autres rois que les honmies de génie. ■ Je det ajouter, pour rendre toute votre pensée : sans morale, a justice, sans autorité humaine et même divine, sans rin ce qui semble limiter la liberté. Cette pensée serait-elle a chose qu'un révo détruit h l'avance par la psychologie, p nature humaine, par les sciences philosophiques el pu sciences x>hysiques, — qui nous montrent partout des immuables régissant les rapports des êtres inmiatéridsc! tériels? — Serait-elle autre chose qu'une chimère contui hi raison et à la vérité? Elle serait tellement en debon monde réel, que vous ne trouveriez jamais an moyea i substituer îi Tordre établi.

Le cours dos choses humaines qui, depuis rorigÎH Tunivei's, entraîne le genre humain dans le développa des faits primitifs, selon la grande loi de la traditioo ë progn*s qui veut que l'efTort des générations tende ioTiici mont à so rapprocher de Tidéal divin, sans rompre li ch ({uVlles forment; toute cette force des événements, qne* subirez vous-même, ne vous permettra jamais de mettre i système en exercice, ni même d'essayer son appliealioi qui ne pourrait se tenter sans produire le plus ef&oyahki le versement (]u\in eîit vu depuis le déluge. Non, voo trouverez jamais, croyez-le bien, ni une assemblée, a chef d'État, ni un parti politique quelconque qui voosd il* ]K)uvoir de di'voùter ainsi tout Tédifice social, sur h t Vos idées, contraires en cela à toutes les lois de la statîqi toutes les données de la raison et de rexpérience.

Uussiez-vous vivre pendant des siècles entiers, vous r rit'z avec Viitro utopie, en dehoi-s de la marche des év nients. tournant autnur de rédiiice social sans y trouve \iii(> assez i;rand pour y jeter vus premières assises; ' :iuii«'Z It' sort de tous nos ^^ands nlniiîsles : de Saint-Sin

I \ Ln:i:irri: s..:

rjni nu |»u (Milantri' qu'un CîMiiiclc (juand il lUi'lriulail ctitiun univers; de Fourier, qui, aspirant à chanf^or h; nioiidi' sidéral, n'a pu fonder un phalanstère; deCabet, expulsé de cette learie qu'il était allé créer au delàdesmers, etqui vient de mourir accusé de tyrannie par ceux qu'il avait séduits. Avec votre déToaement très-louable aux idées que vous croyez bonnes, avec Yos brillantes facultés que tout le monde estime, avec Totre courage dans nos luttes civiles, avec cette initiative intrépide des esprits d*élite, ces qualitéê de race^ comme on aurait dit autrefois, vous seriez un esprit dangereux pour les uns, un esprit inapplicable pour les autres, et, pour tous, un esprit inutile à votre patrie, si ce rôle de remueur d'idées que vous remplissez n'avait pas une utilité réelle, même dans les temps de révolution, lorsqu'à force de tourner dans le même cercle, les sociétés se sont créé des ornières où elles risquent de rester captives.

Détachez, croyez-moi, vos regards de ce mirifique système enfanté par l'exagération de votre amour de la liberté et par Tattrait de l'absolu, toujours si fort pour les esprits distingués. Votre passion ne s'égare-t-cUc pas quand elle vous fait préférer l'idéalité do la liberté à sa réalisation possible ? Ne ressemblez-vous pas à ces amants qui conçoivent si pur Tobjet de leur amour, que la pensée d'un mariage leur paraîtrait presque un sacrilège? Si la liberté est belle en théorie, c*est parce qu'elle est bonne en pratique ; et si elle est bonne, ce n'e.st pas quand elle détruit rautorité, qui est bonne aussi : c*est quand elle vit avec elle comme une amie venant de la mr*me patrie et concourant au même but, qui ne peut être que le bonheur des hommes. Venez, venez m'aider à réconcilier ces deux so'urs que nos aberrations ont désunies ; et si vous cntvez que la civilisation, en se développant, peut perfectionner la raison de Thomme, éclairer son jugement, rendre son raisonnement plus juste, son esprit plus droit et s<m cd-ur plus sage, aidez-moi à prouver aux rois que leurinténH est de ne jamais empiéter sur la liberté des peuples, et aux lM*uples que leur intérêt n'est jamais d'aiïaiblir, encore moins île ruiner l'autorité des rois.

I-a tûche est difïlcile, direz-vous, les préventions contraires ont de furtes racines, les entr«unements sont puissants, les ahus innombrables, les convoitises ardiMites. les conflits sont

partout ; les prestiges sont détruits, l'édifice lézardé SDF ses bases, et les étais eux-mêmes menacent de se Tout cela serait-il vrai dans la mesure ou vous le croyci, fil faudrait certainement de moins grands efTorts pour réfîn cet édifice, pour opérer des sous-œuvres, poar eonsolider» bases, pour le compléter et l'embellir, qu'il n*en fandiaitpw en élever un autre sans bases solides, sur des plans ineeitaiik et au risque de laisser, en attendant, la société et lliainiiilè exposées à Tintempérie des éléments, aux météores et in cataclysmes, sans avoir même, comme les Israélites d«B k désert, des tentes pour s'abriter, de la manne pour se noiaû et une colonne lumineuse pour se guider.

Ce que je dis à vous, mon cher confrère, je le dis égiliBBct à tous les hommes de liberté et de progrès que le vent te opinions a jetés dans les illusions et dans les mirages. Si to» ces hommes avaient réuni leurs talents, leur énergie, kir dévouement au bien dans les voies de la civilisation traditieitnelle ; s'ils s'cUn'ent efforcés de perfectionner les institotiou. au lieu do travailler à les renverser; de réaliser Tidéal delà grande nation française, tel qu'on en aperçoit les traits principaux à travers les siècles écoulés, au lieu de concevoir rlucun un autre i<léal, sans aucun rapport avec le pa«é. ni même avec le présent, nous aurions réalisé la plus magnifique société politique qui se soit jamais montrée aux regards des intelligences célestes : car, je dois le dire comme fm consolation pour les hommes d'avenir, si la réalité de h société s'est détériorée sur beaucoup de points, son idéal s'est perfectionné et complété. Les rapports des hommes entre eux, ceux des gouvernants et des gouvernés, et tontes les institutions accessoires, sont compris, dans le sens des principes de la civilisation universelle, mieux qu'ils ne Tont été i aucune autre époque, et les aspirations des masses tendent • les réaliser.

Ainsi, mon cher confrère, si vous pensiez avoir payé votre dette à votre idée par la controverse que vous venez de lootenir, nous aurions à traiter des sujets plus pratiques, et dan» lesquels votre sagacité supérieure apporterait sans doute de nouvelles clartés.

Dans le cas contraire, vous auriez à répondre aux qocstiens que Je me suis permis de vous adresser et qui anrant

lA LIBERTÉ

fonr bat de faire juger par l'applioation le système dont diaenn de nos lecteurs peut aujourd'hui apprécier les tfiéories.

J'attendrai donc que tous me fassiez connaître votre détermination à cet égaid, et je vous prie d'agréer rassurance de cordi^e aSèctioa*

H. DE LOURDOUEIX.

A MONSIEUR DE LOURDOUEIX

ïiéilmieur tn chvf </e ht gazette de fbince

Mon clier et trùs-hoiioi-é confivre,

J(^ ferai comme vous, je diviserui ma réponse en

parties.

ItvciprociU' est ma loi, toute ma loi. Et moi aussi, j( tiens compte, sans que vous me le demandiez, du dés ta^^e (]ui résulte pour vous de la nécessité où vous étei discuter avec moi, d'échapper par le vague des génén lîi précision des interpellations.

Ainsi, lorsque, dans ma première réponse, je vous mandé de me donner des p^aranties inviolables que lar SI* ciiiitcnterail de posséder et d*administrer héréditaii ce qui est nécessaii'ement indivisible, eonséquemment i

LA i.i!n:m"f. s6i

r-ans cnipirter abusivcinent sur ce qui est ossonticllemont individuel, vous avez éludé, car vous tous êtes borné à me répondre : « La délégation a toujours été faite sons la réserve » des droits de l'individu. L'individu ne délègoe que la somme » de liberté et de droits qu'il ne peut lui-même exercer. Par- » tout les droits individuels, la liberté et la propriété des » citoyens ont été considérés comme entièrement en dehors » de l'autorité gouvernementale. Mais si la délégation n'a été Il nulle part sans réserve, elle n lié partout les déléguants )> comme les délégués. » Conmient a-t-elle lié les délégués? Quel cas ont-ils fait de la réserve des droits do l'individu? Dans l'application, qu'est devenue cette vraie loi de l'impôt, si souvent rappelée par vous : a Personne ne peut être imposé 9 que de son consentement, à moins que par tyrannie? » C'est ce que vous n'avez pas dit, c'est en effet ce que vous ne pouviez pas dire.

Ainsi, lorsque, dans ma troisième réponse, j'ai insisté pour savoir quels sont les droits qu'une dynastie est apte à exercer et qu'un individu serait inapte à conserver, vous avex encore éludé, ou plutôt vous avez gardé le silence. Effectivement, vous ne pouviez pas le rompre.

Ainsi, lorsque, dans ma quatrième réponse, je vous ai porté le défi de trouver, par voie de supposition, dans toutes les prisons du globe, un malfaiteur, si habile qu'il fftt à se justifier, qui pût défendre logiquement le meurtre et le vol sans prononcer lui-même leur condamnation et la sienne, vous n\ivez pas ramassé le défi ; vous avez donc reconnu que la logique, que le raisonnement interdisent le meurtre et le vol, non moins expressément que les interdit la i^iorale. Efléctivement encore, vous ne pouviez point ne pas le reconnaître.

Vous n'avez pas répondu à cette question : « Quel droit un » homme a-t-il d'en punir un^autre?Où ce droit se pnise-t-il? » sur quoi se fonde-t-il? » En effet, vous ne pouviez pas y répondre.

Vous avez côtoyé ce dilemme, ne pouvant passer au milieu : «Ou l'adoucissement des' peines n'est qu'une transition, ou » elle est une inconséquence; ou il faut donner raison à » Diderot justifiant la torture et h de Maistre glorifiant le » bourreau, contre Montesquieu et Beccaria vantant l'adou- 9 cissement des peines , mais n'osant pas conclure et en

86t LALIBBRTK

» demander l'abolition ; ou il faut reeoimaflre avw ■■ p

» toute action porte en elle sa sanetion, c'est-à-dire m fàê

» ou sa récompense ; que le mal est le mal, paiee qaH n|ai

» de lui-même; que le bien est le bien, parée qo'Qee j

» de lui-même ; que toute récompense nationali

n toute peine légalement infligée font double eapisî;

n sont deux récompenses pour un seiil fiait, dei

» un seul acte; que c'est ajon tr à la peine

n peine artiflcielle : la peine légale. » Vons avei fiîft

Montesquieu et Beccaria, tous n'avez pas conelo, rom^wm

pas osé conclure en faveur de la sanction snflhaaIiiiM

n'avez pas osé conclure en faveur de la peine voloataincato

toute peine arbitraire.

Vous n'avez pas contredit i aven de IIOBteai[aiia : ib » tyrannie a infligé les mêi s peines aos seëlétsk it v )) gens de bien. » Pour vous ooliger à rester mneti 3 a'aal de détacher et de vous présenter une page dn iBBif|nh|i humain. Votre conscience, plus droite que votie iogifos^U imposant silence, ne vous a p »ermis de prendra la de la pénalité légale contre i is innombrables el martyrs!

Vous avez passé, sans voua y arrêter, à côté de esHi |i^ position : a La guerre et la conquête sont la yhilsfMS à D l'humanité, non moins que le menrtre et le toI siaft h » violation de la société, n En eflet, vous ne ponviei y arrêter; si habile que soit votre plume, die eftt essayé d'expliquer pourquoi des arcs de triomphe à la et à la conquête, pourquoi des éohafauds an toI et an tre? Aussi ne Ta-t-elle pas essayé.

Vous n'avez trouvé rien à répliquer à cette léfntatisB èi vous-même par vous-même, à cette condamnation de h royauté par votre théorie, ou de votre théorie par la rojaaii: a Si la liberté et lautorité peuvent être conciliées. slois bi » roLs sont impardonnables d'avoir tous, partout et toi||S1ti i> traité la première conmie étant ineonoUisble avec la Wh )) coude. Ils ne sont excusables que si elles sent inceap*' B tibles. » J'ai pu dire, enfin, que j'étais plus royaliste qse vous ot que vous étiez plus révolutionnaire que moi, sans qsr vous pussiez prouver le contraire.

J*arrive maintenant à votre dernière réponse où, potr

laubbrté mè

topper à la précision des observations qui précèdent^ irons us réfugiez dans les hauteurs des générdités sur le langage main. Vous prétendez que, pour rectifier quelques mots de langue française, il faudrait créer d'autres idées, d'autres a logiques, un autre monde intellectuel, un autre uniTers. Mi- ce pas, mon oher confrère, prétendre quelque peu ip? N'est-ce pas effectivement ce qui a lieu sous vos yeux sons les miens? Ne voyons-nous pas le progrès des idées >difier le sens des mots? Est-ce que, par exemple, depuis e les mots Autorité et Liberté font partie de la langue franiae, Autorité et Liberté expriment les mêmes idées, les imes rapports? Est-ce que l'Autorité au dix-neuvième »cle est ce qu'elle était avant le dix-septième? Est-ce que la berté, si incomplète qu'elle soit encore, a le même sens ne le régime de l'égalité civile que sous le régime de la Bsalité féodale? Est-ce qu'Autorité et Liberté avaient le 6me sens, exprimaient les mêmes choses, les mêmes rapirlB le 5 août 1789 que le 5 août 4788, le 0 août 1830 que le août 1829, le 25 février 1848 que le i9 février 1847? EstH)e i*Autorité et Liberté ont le même sens, expriment les mêmes pports en Russie qu'en France, en France qu'en Angleterre, I Angleterre qu'aux États-Unis? Est-ce que mots et idées ne irient pas selon les temps et plus encore selon les pays? Si s idées se rectifient, si les choses changent, est-il indifférent le les mots qui n'ont plus de sens, ou qui n'ont plus qu'un ns faux subsistent ou se rectifient? Non, non, cela n'est pas différent, et comme ce que je pourrais dire à ce si:yet ne ludrait certainement pas ce qu'a dit à cet égard M. l'abbé upanloup, évèque d'Orléans, dans son très-remarquable iscours de réception à l'Académie française, le 10 no- 3mbre 1854, vous me permettrez de m'effacer pour le laisser urler :

« Je ne crains pan de le proclamer, la granunairs, le dietkmnaire »nt k la littérature d'une nation ce que le fondement» avec tes fartit «ses, est à l'^ifice. Qus di»-j«? Oan* ce vifint et immortel édiSee » lettres, la grammaire, le dictioDDaire oe sont pas seuleoMiit à la lasy ils sont au centre, ils sont au faite; ils fortifleot, ils porteat tout*

» Non, je ne suis pas de ceux qui comptent les mets pov peu de lose.

» Rien n'est {telit de ce qui appartient à rhunuinilé et lui vientdf Din.

n Les mots sont à la pensée de rhomme ce que le regard est 2 l'àme, une lumièro, une physionomie.

» Ils la réfléchissent, ils la révèlent, et rhomme, réduit à la peaséc sans la parole pour l'exfirimery aurait perdu une partie de ta poiaaMe et de sa grandeur.

N La parole et la pensée, voilà donc les deux ilhisCres piérufjatites qui constituent dans l'homme la dignité de sa nature ! Voilà lei dnx krces par lesquelles il s'empare des choses, les exprime, les attire i lai et tes possède. I^ pensée n'y suffit pas seule; rhomme m p9Ê9édt M' lement que ce qu'il a bien nummé,

» Les choses, en ce monde, sont le grand intérêt de rhananilf: après les choses, les idées qui les représentent; après les idées, le» mots qui les expriment. Mais la corrélation est si étroite id, et le ficn si fort, que les mots ne peuvent périr ou se corrompre sens entralMT cl sans perdre ou corrompre avec eux les idées et les choses.

u C'est ce qui fait à mes yeux la puissance non-senlement de toQt homme qui parle, mais d'un enfant qui bégaye.

« Toutes les fois qu'un homme, qu'un enfant a parié, a dit nn ani, j'écoute, je regarde attentivement : à nioms qu'il n'ait perdu la nîjoo, il y a une lumière quelconque dans sa parole.

» On dit quelquefois : Ce sont des querelles de mots, et on dédaigne ; on a tort, il faut écouter toujours : comme s'il poaïiit y aw cntn*. les hommes des querelles où les mots fussent peu de char! comme si toutes les plus grandes révolutions humaines, bonnes ou mauvaises, ne s'étaient pas accomplies par la puissance des mots, c'fftà-diro par la puissance dos idées et des choses que les motsexpriBent!

» Non : dans le genre humain tel que Dieu l'a fait, /es jrmiiisi fw- Tvllos fir mots révèlent iwjours le combtU de ijrandee idées, «f loni Cssjours dei querelles de tjrandes choses.

0 Li paix ilu monde fst dtins V harmonie da mot$, des idêe$Hdts choses.

» Et viûKi pourquoi le dictionnaire d'une nation est à mes jeux une a grande puissance !

» Si les nations do la terre sont aujounl'hui si étrangement tronbléfs si les n)yaumes les [>lus puissants semblent incliner à leur rmoe, cn\ que depuis longtemps déjà cette harmonie n'existe phis.

n Les choses les plus importantes au bonlieur et à la sécurité publie sont sans accord entre elles, et il y n un proftmd ditmitHmêuî mt to vlées qtii les rrprfsentent et sur les mots qui le» expriment.

» Toute idée est une puissance qui s'appuie sur une famille plus ou moins iionibrtMise do mots analogues, qu'elle crée à son usage et qu'elle éclaire; ou, plutôt, elle se transforme et se révèle en eux; kiors cfs mots ))articii)enl à s<i puissance, expriment sa valeur, représenlpot m

LA UBERTË 865

me, réfléchissent sa lumière à divers degrés et avec des nuances ivenes» dans la société et dans le commerce des intelligences humaiai. Tout cela fait cette grande chose que j'ai appelée le bon schs des mots, s Maisy parmi ces mots dépositaires et représentants de l'idée, chaon a son rang, et pour ainsi dire sa mesure d'autorité; il en est qui lercent un plus haut empire sur les esprits, dont l'action est pins pit>nde dans le monde intellectuel, et dont Tobscurcissement ou la chute nécessairement un plus grand, un plus funeste retentissement : ce Mit les mots supérieurs, ceux que l'idée a élevés à sa plus haute vaïor, en les pénétrant de sa plus vive lumière, et qui par là sont de- BDUs pour les hommes comme la vérité présente.

• Mais qui ne le sait? il y a dans le monde, en face de la vérité, le lensonge et Terreur ; à Tencontre des idées vraies, les idées iausies.

» Si la vérité se manifeste par la lumière des idées Traies, le men- Mige et l'erreiu* essayent d'usurper sa place et de s'introduire à la leur trompeuse des idées fausses.

9 L'idée fausse, l'erreur, ce qui n'est pas, se trouve natureUement ins lumière et sans nom ; c'est une puissance de néant, essentiellelent usurpatrice dès qu'elle veut paraître quelque chose.

» Pauvre, indigente, stérile par elle-même, inaperçue, elle sent le psoin de s'emparer de la lumière, de l'influence et des mots enfin qui «it la richesse de l'idée vraie, de l'idée rivale : inféconde et isolée par Ml impuissance naturelle, il faut qu'elle se donne une famille et comme n État où elle règne par l'étendue do ses affinités, et de là puisse dominer % intelligences. Pour cela, elle s'introduit d'abord dans le langage, seul loyen, pour elle, d'arriver UM ou tard à envahir sûrement les esprits.

• L'histoire en fait foi : jamais «ne idée fimae n'est entrét dan» le londe, si rê n'est p*tr Vusurpatiwi des mots justes dont elle s'emprrrr , ! dofil elle altère plus ou nurins le sens ; cor, dans les grandes luttes de i pensée humaine, les opinions, les partis contraires ont leurs mots, Mmne, dans les luttes des nations, les armées ont leurs étendards.

• Mais alors il se passe l(»u jours quelque chose d'extraordinaire et qui ppelle l'attention de tout sérieux observateur.

» Alors il s établit en apparence, dans le langage et entre les mots, lais réellement au fond, dans les iiées et entre les rhosesy ces chocs teribies qui ne sont, à vrai dire, quune des phases de la lutte étemelle ntrr le rr'rf et le faux, entre le fden et le mat, »

Que faire, je vous lo demande, quand ces chocs terribles p ffont établis entre les mots et les choses? Si Ton change les hoses sans rtiangor les mots, ceux-ci ne diront plus alors e qu'ils disaient, le sens en sera alors considérablement Iti^ré, conséquemmcnt arbitraire. Vous voyez donc, mon

cher confrère, qu'il est prudent de redresser les motsemnCif temps que les choses, si Ton vent mettre fin à ces chocs tnribles, si éloquemment rapportés et décrits en ces terma par M. révoque d'Orléans :

A Lh charité, l'humilité, la miséricorde, Vhumfmiié même, apièf qiatrf mille annexes de bannissement, ne sont rentrées dans le mloiide for par cette force supérieure qui se nomme le témoignage du sang.

» Elles avaient été bannies de la terre à ce point, que ndéeroèmfyqoc k Nouvcnir, en étaient à peu près eiïacés dans la mémoire des homiiiH : la langue humaine ne savait presque plus les redire, on les blasphéoiii.

)) La miséricorde était une faiblesse, un vice de comr : Mùerkordm (tnimi vitium est, disait le plus sage des philosophes.

» Humilitas, l'humilité, était synonyme de bassesse. Cariiaê ne désignait non de pins que l'amitié ; et les relations que rhnmaBlé, humanitns^ établissait entre les hommes n'allaient guère ta dett àt la politesse et des bonnes manières.

v Pour les restituer au monde, ces grandes idées, ces grandes choses, il fallut faire violence au langage humain, et donner un sens snhlime à des mots vulgaires; mais les mots, les hommes et les chose» résistèrent; rempire,runivers,touts émut; des flots de sang coulèrent ■

Trois révolutions, depuis soixante ans, ont éclaté ea Ffmnee au nom delà Liberté. Le lendemain de ce triomphe, que signiflait ce mot, que désignait-il? Aujourd'hui mém^., à VhMie oii je vous réponds, le mot Liberté signifle-t-il plus, iriatîvement à ce qu'il devrait signifier, que ce que signifiait le mot /Ifimanitas, à Tépoque rappelée par M. Tévèque d'Orléans, relativomont k ce que le mot Humanité signifie maintenant? Ai^^v/é signifie encore servitude comme ^fumtViYos alonglemp signifié b.issosse.

Fausse et incomplète, dites-vous, serait la langue ob le mot Autorité ne signifierait plus a un homme qui ordonne et Il des hommes qui obéissent, des maitros et des serviteon» » des patrons et des ouvriers, des pères et detf enfants, i Fausse et incomplète, eussiez-vous dit en l'année liOO, serait la langue où le mot Fét}dalité ne signifierait plus un suzerain ayant des vassaux, lo serf faisant pailie du fief, soumis aux rnrvi'îes, aux banaliti^s, enchaîné à la glèbe et ne pouvant disposer de lui. Eh bien ! en iH57, que signifie, que désigne, t'M France, le mot Féodalité ? Ce mot ne sert plus qu'à dési- ^Mier un état social qui a cessé d^exister. Le mot Aolorité U-

U LIBERTE 8e7

lime n'a déjà plus la signification qu'il avait, il y a un siècle, 'MiTrierà patron, puisqne maintenant Touvrier en désaceoirâ ree eon patron est libre de le quitter. En réalité, Touvrier obéit plus, il vend son travail et il en reçoit le prix, mais sans maie cesser d'être maître de sa personne ; il peut changer à m gré de patron et de profession, ce qu'autrefois il ne poalit pas faire. Rien également n'enchaîne plus le serviteur 1 maître. Ils sont réciproquement libres de se quitter. Le ot Autorité n'a conservé toute sa puissance que du père à enfant, tant que celui-ci pas n'a pas atteint l'âge de raison. m dans ce cas le mot Autorité ait conservé toute sa puisinee, cela s'explique naturellement par l'absence de raison iffleante dans l'enfant ; aussi cette exception, loin de contreire l'opinion que je soutiens, la corrobore-t-elle justement. renez votre loupe, mon cher confrère, et examinez de près Dire société à demi renouvelée : vous verrez que, — la queson mise à part de gouverné à gouvernant, de soldat à ofBier, d'enfants mineurs à père, mère ou tuteur, — il n'y a lus, dans le sens strict du mot, il n'y a plus d'homme qui ordonne à des hommes qui obéissent »; il n'y a plus que des lommes payant un salaire à des hommes qui le reçoivent, iprèe ravoir débattu et gagné. Que tout contribuable soit ibre de payer ou de refuser Timpôt, à commencer par l'impôt lu sang, comme déjà tout ouvrier est libre d'accepter ou de «pousser le siilaire qui lui et>t proposé, et la question de gou- 'emement sera bien [irès de sa solution. Alors le mot Autorité l'exprimera plus que la soumission passive de l'enfant mileur â la volonté paternelle ; et encore sera-ce une question i examiner et à approfondir que celle de savoir si, pour brmer la raison de l'enfant, il n*est pas rationnel, il n'est [ms lécessaire de procéder exclusivement par le raisonnement, a persuasion, la patience, au lieu de procéder par la force, 'intimidation, le châtiment, qui, le façonnant de bonne heure i la servitude par Tobéissance passive, le préparent ainsi à la yrannie.

Vous me suppliez, mon cher confrère, u de ne pas passer » légèrement sur l'existence de la raison universelle, de la » morale universelle, de la justice éternelle,» trois choses lont une seule rendrait superflues les deux autres, car elle les jDpiique. Pourquoi adopterais-je de grands mots contreditt»

Iêê^

868 l^ LIBERTÉ

par les faits, lorsque le raisonnement me suffit à démontrer que toute société n'est que la mise en ap|liaii de ce principe : Aepas faire aux auire$ ce gu^om «e vmkiàfê que Us autres vous fissmt; conséquenunent ne pas tner, à\m ne veut pas s*exposer au risque d'être tué ; conséqvHHl ne pas voler, si Ton ne veut pas s'exposer ao risque flh volé ; ne pas outrager son père, si Ton ne vent pas f*ap«i au risque d'être outragé, à son tour, par son fik; m )■ violer ni suborner la jeune fille, si Ton ne veut pas l'opai au risque de voir sa propre fille subornée ou violée; m )■ vendre à faux poids, si l'on ne veut pas s*ezpo8er n d'acheter soi-même à faux poids; ne manquer, enfla, aucune transaction, dans aucune circonstance, à h foi, à l'équité, si Ton ne veut pas s'exposer an risque flta victime de l'iniquité, de la mauvaise foi, sans avoir k hAk s'en plaindre. Cherchez bien, et vous verrez qns feoife k société se résume dans un seul mot : Réciprocité. La lAJpN cité est à l«i société ce que le pendule est au cadran. Qh A société dit réciprocité ; qui dit niciprocité dit raisoi qui dit raisonnement dit tout ce que vous voulez : vcrselle, morale universelle, justice étemelle, puîsqneknisonnement détourne de tout ce qui est mal et csadHl i tout ce qui est bien. Passons donc.

Enfin, vous y consentez, mon cher confrère : ne

plus sur le mouvement, marchons; ne discutons plwnrh raison universelle, au rebours de laquelle marche l'i raisonnons. Il vous plaît d'adopter la forme du dialogae, L'un de nous deux, comme dans le dialogue de Platon iv il Royauté, ne s'appellera pas Socrate. et l'autre l'Étraofw: Vm de nous deux, comme dans le premier entretien Saint-Pétersbourg, de J. de Maistre, ne s'appelleim p (]omte et Tautre le Sénateur ; chacun de nous gaidera le

hii appartient; votre nom est Autorité; le mien est irté.

vons la parole :

AtJTORrrÉ : Une nation étant composée d'individus, si \e de tuer n'est dans aucun de ces individus, elle ne rra être dans la nation en vertu de ce principe logique : ) qui n'est dans aucune partie d'un tout n'est pas dans le ot. » Donc on peut concevoir les nationalités sans guerres iDS conqui^tes. La preuve que les nationalités ne sont pas iose dont la guerre est l'effet, c'est qu'il y a des guerres tes dans Tintérieur des nations. Il y a même des guerres dividu à individu, des duels et des brigandages qui sont conquêtes à main armée faites par des particuliers sur tires particuliers. La division de l'humanité en nations ne donc rien à la question, puisque les individus eux-mêmes orgent. Si le raisonnement est impuissant contre la guerre I conquête, c'est qu'il est d'abord impuissant contre le irtre et le vol. •

k UBBRTÉ : S'il est vrai que ce qui n'est dans aucune partie 1 tout n'est pas dans le tout, il eit également vrai que ce n'est pas dans le tout n'est dans aucune de ses parties, s parions sérieusement. Est-ce que le conquérant, qu'il omme Annibal, César ou Charlemagne, se croit un meurr punissable autrement que par la défaite? Alors même 1 noie les champs de bataille dans des flots de sang, tuer ïi pas ridée qui lui apparaît, il ne voit que sa patrie qu'il audit ou qu'il venge ; il ne voit que les arcs de triomphe lui seront dressés à son retour, que les acclamations qui Uueront, que l'histoire qui transmettra son nom à la posté en le glorifiant. Donc, l'idée de guerre pourrait encore sister dans une nation où n'existerait plus l'idée de meurtre. , sans doute, on peut concevoir dans l'avenir les nationa- 3 sans guerres et sans conquêtes, comme on peut eonce- * une femme qui n'ait jamais de fils, mais peut-on eoncevoir Bis qui n'ait pas eu de mère? Est-ce que les nationalités 4)nt pas filles de la conquête? Est-ce que, sans les oonquèCes, aurait eu des nationaUtés? Les nationalités sont à l'homa- I ce que les fractions sont à l'unité. Pour qu'elles exigtant,

870 L*A UBERTË

U faut qu*on la divise. Doit-on s'étonner qne dn civiles éclatent au sein d'une nation, quand on choisît année ce qu'elle renferme d'hommes les plus beau, ki|hi vigoureux, pour les exercer au maniement desarmeielàta de tuer sans hésitation celui qu*on décore du nom d'i sauf à lui rendre le lendemain le nom d'allié qu'on ki la veille? Entre la guerre et le meurtre, plus j'y moins j'y vois de différence, sinon que la guerre est le nationalisé, tandis que le meurtre est la guerre îadifil» lisée. Désapprenez, cessez d'apprendre aux nations àff'( égorger, à s'entre-dépouiller, et vous verrez presque les cas de meurtre et de vol devenir de plus en pins paraissant de plus en plus barbares. Depuis qu'il y a souvent de guerres, est-ce qu'il n'y a pas inconi beaucoup moins de duels? Est-ce que l'honneur qui n'i tait autrefois de satisfaction que les armes à la main mence pas à parler moins haut que la raison, à m^^me quelque peu suranné et presque ridicule? D^jà, B 7 a vingt ans, on eût honni le batailleur qui, après avoir mortellement en duel son adversaire, s*en fût éloigné ment ; il y a dix ans, on trouvait convenable que I'Imhhw fs avait eu le malheur d'en blesser ainsi un antre 8*1 désespéré et allât s'asseoir au chevet de son lit pour b gner ; maintenant on trouve moins puéril et plus sonii, barbare et plus honorable de s'expliquer et de nepas se que de se battre et de ne pas s'expliquer. Rodomonts, leurs, spadassins sont déjà à Tétat d'anachroniame. Qns (!e dans vingt ans, si la paix dure? Ce que M. Dupin et b jsrisprudence ont commencé, les mœurs l'auront aebevé : Ba'y aura plus, mùmedans Topinion, aucune différence entra rto* micide par suite d'assassinat et l'homicide par suite Les gouvernomonts étant aux nations ce que les aux mineurs, que diriez-vous d'un tuteur qui, donné à son pupille l'exemple du meurtre et du volt s'i rait que celui-ci Timitât? Du tuteur ou du pnpiUai Isfuri te deux doit à l'autre l'exemple qu'il couTienl de saintl Ne serait-il pas logique et rationnel qne les gueiw ments, qui qualifient de crimes le meurtre et le «el, qaibi flétrissent et les poursuivent, commençassent par lenooscri jamais aux guerres et aux conquêtes? Qui les

LA LiBERTË 871

yoMqu'ils uê iftlàvent que d'eux-méiiMt? Est-ce donc aux poiiilles à faire preuve de plus de raison que les tuteurs? Alon U imit renverser les rAles, alors il faut émanciper les pupilles et interdire les tuteurs ; alors il faut [riacer ceux-ci sous la Uttelle de ceux-là ; c'est une conséquence rigoureuse contre laquelle s'émousse la plus habile, la plus opiniâtre argumentataon. Renoncez donc à dire que si le raisonnement est impuissant contre la guerre et la conquêto, c'est qu'il est d'aliord impuissant contre le meurtre et le vol. Autant vaudrait soutenir que le (ils est antérieur au père dans Tordre des générmtions.

L'xurùuri : Détracteur de la pénalité légale, soyei donc conséquent : ou déclares le raisonnement sufDsant pour détruire la guerre et la conquête, ou reconnaissez-le insufiisant pour détruire le meurtre et le vol. La pénalité légale que je défends est très-naturelle, car elle naît de l'idée de justice. iTest votre pénalité à vous qui est artificielle et arbitraire ; elle est artificielle, parce qu'il vous faut inventer Y/rucripticn de vie et créer à force d'art un état social différent de celui que la civilisation a produit; il vous faut décider arbitrairement que le vol n*est pas un délit, que le meurtre n'est pas un crime, et punir cependant le voleur et le meurtrier que vous déclarez innoceuts, La Presse^ pas plus que la Goutte de Fnmce^ n'a été frappée par la prnalilé légale ; elle l'a (^Xé par un coup d'État, et le coup qui a frappé ces deux journaux est un titre d'honneur pour eux. Vous entendez bien que la civilisation aurait étendu partout votre système d'assurances : donc, votre Caîn, votre Juif errant ne trouveraient à vivre sur aucun point du globe et seraient réduits à $ expatrier de la terre par un suicide. C'est ce qui arriverait certainement si votre système était praticable. Si la justice vraie, la justice jyête^ la seule que je veuille défendre, eût été appliquée à Athènes, Socrate n'aurait pas été condamné; si toutes les fiiimes de la justice légale avaient été observées, le Rédempteur de l'humanité n'eût point été crucifié, ainsi que l'a doctement démontré M. Dupin. 11 vuus paraît plus simple de supprimer la justice humaine que d'essayer de la perfectionner.

U UBERTÉ : Détracteur de la publicité pénale, consentes

ÏA LIBERTÉ

à ce que je convertisse l'impôt forcé et mnltipie ci fi» ■ ^ pôt volontaire et unique; consentez à ce que je n» place le i*ecrutement militaire obligatoire par Fcalh ment volontaire transitoire, lequel fnit du senrîee mb b drapeaux une carrière et n*en fait pins une ewvée, hfâ substitue la liberté au servage ; alors, je le dédîm, b raisonnement me suffira pleinement et aisément povC^ truirc la guerre entre nations, je devrais dire ponrlil former en guerre contre la barbarie, pour ehangerkii quêtes en progrès, pour fermer Tère de la Rivalité et rère de la Réciprocité. Aussi bien entre nations qn'enln ticuliei^, la Réciprocité dénoue et simplifie tout ce qm i et complique la Rivalité. Moralement, le Bien^c'ert qui fortifie, tout ce qui entretient la Réciprocdté;lellalvflrit tout ce qui TafTaiblit, tout ce qui la détmit, comme ment le bien, c'est tout ce qui fortifie, tout ce qin la santé ; le mal, tout ce qui l'affaiblit, tont ce qai la fttruit.

Cette simple notion, cette claire définition du Biea d éi Mal me suffit pour asseoir inébranlablement ma poblicMéf^ nale, que vous qualifiez de pénalité artificielle. Ooi, f viens, elle est artificielle, mais comme Test aosà réverbère qui dissipe l'ombre de la nuit propice teurs. Si la pénalité logalc que vous défendes est relie parce qu'elle naît, dites-vous, de l'idée de quoi donc la publicité pénale que je propose seraî^^ls naturelle, puisque vous l'avez vous-même qualifiée lité? L'instrument de pénalité est indépendant de FUlt i> justice; il dépend du degré de civilisation; ce nleift pah justice qui a aboli la torture, c'est la ciTilisalioa; ee B*al pas la justice qui a supprimé la roue pour SMlbe 1 ■ place la guillotine, c'est la civilisation ; ce ne som pM h justice qui renoncera à la pénalité légale pour lilicité pénale, ce sera la civilisation, qui ne sur la pente de radoucissement des peines, pente qne cée Beccarîa, et que de Maistre a été impniannt à U Mr remonter. Loin de créer un état social différent dseehifv la civilisation a produit, V/nscriptian de m$ n'en est qm h cuiiséqucnce. Qu'importe que je n'appelle pas le menilieM crime et le vol un délit, si j'appelle un meurtre, le meortn^

61 un Tol, le vol ! Inscrire sur la Police d'assurance de Pierre que telle année, tel jour, il a assassiné Paul de telle façon : voilà ce que vous appelez déclarer Pierre innocent t Est-ce Ifc une réfutation sérieuse? Ai-je donc absolument besoin pour constater un fait de le qualifier? Ne me sufOt-il pas de le constater? La culpabilité, si elle existe, ne réside-t-elle donc {MIS dans le fait en lui-même ? Ne réside-t-elle donc que dans la qualification? Si c*est la qualification du fait qui eh détermine la culpabilité, ne risque- t-on pjis de punir, comme crime, de la peine capitale, tel fuit qui, dans un autre temps, sera tout au plus réputé comme une erreur dont il appartiendra uniquement à la vérité de faire justice? Ce n'est pas seulement par un coup d'État que la Gazette de France et la Presse oot été frappées. Combien de fois la Gazette de Francs n'at»elle pas été poursuivie et condamnée de 1830 à 1847, en exécution de la lé^slation pénale, alors en vigueur contre les crimes et délits de la presse ? Kst-ce que la Presse n'a pas été poursuivie et condamnée en 4850 pour avoir pris la défense da suffrage universel contre le suffrage restreint par la loi du 31 mai ? Est-ce que M. NefTlzer n'a pas été condamné à une année de prison, qu'il a faite à la Conciergerie, parce que la Presse avait donné le titre do Message à une réuhion de citations toutes textuellement extraites des (JKuvres du prince Louis-Napoléon? Ce qui prouve que la publicité pénale est une idée juste, c'est que vous ne pouvez Tatltiquer qu'en tombant dans l'exagération la plus extrême. Ainsi, pour représenter Calo réduit h » n'expatrier de la terre par un suicide n , il vous faut supposer l'univers entièrement ex])loré, entièrement peuplé, entièrement civilisé. Plus de contrées inhabitées, plus de vastes déserts, plus d«) hautes monlugnos, plus de forêts vierges, plus de peuplades sauvages, plus de populations à demi civilisées I En admettant qu'A force de victoires remportées sur la barbario, la civilisation en arrive là un jour, t*e jour-là est-il prochain, et n'y a-t-il pas, au contraire, lieu de craindre qu*avant qu'il se lève il ne s*écoule plus de siècles encore que n'en compte le pas.sé? CaTn, avant d'être exposé à ee risque dont vous le menacez, n*aura niallipureusenient que trop d'espace et trop do temps devant lui. L*objeotiun tombe donc d'elle-même. La seule justice, dit(fs-vous, que vous veuillez défendre, est « là justice Juste i>;m'disj si vous ne ^Miuvez

874 l'A (.IBBRTA

me citer un seul État, un aenl HÎècIe, où elle ail «xcluiTMol régné dans le passé, quelle garantie me donoez-Tou qn'dk régnera dans l'avenir, que l'innocent n'y sera pas réputé cnminel et que le juste n'y sera pas jugé et condsinné pirlt fort? Lii publicité pénale, étant à la pénalité légale oa fuir chronomètj-e est au sablier, remplace lu pénalité l^alcaù ne supprime pas ce que' vous nommez la justice hamiÎM. Non, elle ne la supprime pas, elle la perfectionDe,

L*Ai:TORtTÉ : Vnus dites que la pénalité qoi réanlte de U publicité inhérente à la simple canstatation du iait • est ce 11 qu'elle est »; mais, comme il s'agît de choisir entre cetk pénalité et la pénalité existante, si celle-là est mauraiw ri que celle-ci soit lionne, cela fuit bien quelque chose. Je vou renvoie le paragraphe où vous me demandez s'il faut supprimer In puhliciition des faillites parce qu'il y a des faillis, et U rormiilil4'; des protùts parce qu'il y a des débiteurs qui or payent jkis ItJurs billets à l'cbùance, car c'est vous qui denUDdez qu'on supprime lus greiïiis et les tribunaux parce qu'il ; y a des abus dans les formes de la justice actuelle. Vous lupprim>.-2 lu l]iinti>. puisque vnus fuites du crime une simple fuie de cali'ul. II n'y il pus de hoot^' iii se tromper dans une addilion. Pourquoi, ne voulant pas que lu hnntc s'attache au crint, cumptez-vuus sur la houle comme devant être un frein cootrr le crlm<>? Sorti;ï. ai vous le pouvez, de cette inconséquence. Lu justice sociule est encore plus prévoyante que la publicité pénale, ctu", uvcc la peine de mort, elle protùge encore plu «■l'Iicucemeiit lu jeune fîUe contre le risque d'être mariée à lia meui'tner. Kllc supprime l'usEassin, tandis que vous lui laiaiei la chance de eaelii-r son identité en dérobant l'Ioacriptioa de vie d'un htium'-te homme qu'il aura tué etde faire de DonTelIcs victimes. Comment les percepteurs pourraient-ils avoir d« doubles dff fenilieii d'Inscription de trente-cinq millions d'habitanls, et y inscrire :iu fur et a mesure de leur constalatioa h-.-i fails et gestes Je ihocun '. (Juant au juge de poix, seratl-tl biujdurs itssez ciKirugeux pour ins<:rire sur ces feuilles la véiîti, rien que lu vériti'-, toute la vérité'? Vulm publicité pénale flit (liinc im|)ratii'iibU>. H n'y a pas de loi au monde qui ptt obli* >;er un liuiiinii-i'i porter sur lu front un écriteau qui le tlélrinit • t lui ferait refuix-r |tartOMt le pain et l'eau. Non-seuleBimt jf

LA UBBRT* «79

itîeiiB le mot te', mais je maintiens les mots déjuges et de tribunaux, et à leur suite cette idée d'autorité que tous youdriex exclure, car un homme s'étant approprié la maison d*un smtre* qu'arrivera-t-il? Le voleur, après que le vol aura été constaté, gardera-t-il la maison volée? Que vous ne punissiez pas la spoliation, c'est déjà bien fort; mais que vous la mainteniez, cela ne serait pas possible. Le sens droit du peuple entier se soulèverait contre cette iniquité. 11 faudra donc obliger le voleur à réintégrer l'objet volé. La publicité ne suflirait pas pour y contraindre le voleur. Conséquemment, il fiaadra un arrêt de la justice pour opérer cette réintégration. Un tribunal sera nécessaire, et ce tribunal devra avoir l'autorité de la loi, des huissiers, des gendarmes, et tout ce qui ftût que force resté à la Un dans nos Etats civilisés.

LA LiBEBTi : Yous dltcs, vous, que la publicité pénale est mauvaise, mais vous ne le prouvez pas ; je dis, moi, que la pénalité légale n'est pas bonne, et je le prouve l'histoire à la main de tous les siècles et de tous les pays ; l'histoire à la main de tous les martyrs de la religion dans laquelle nous sommes nés tous les deux ; l'histoire à la main de tous les martyrs de la liberté (je ne parle pas de la liberté telle que je U conçois, je ne parle même pas de la liberté telle que vous l'admettez: je parle de la liberté se faisant aussi petite et aussi humble qu'il soit possible de l'imaginer); l'histoire à la main de toutes les sentences que la postérité a revisées et cassées ; l*histoire à la main de tous les supplices qui ont été inventés, qui ont été appliqués, et dont on ne peut, sans frémir encore, lire seulement la description. Je n'ai jamais compté au nombre de ceux qui veulent la fin sans vouloir les moyens; conséquemment, dès que je veux la publicité pénale, je veux tout ce qui est nécessaire pour l'établir, et c'est ce dont vous vous convaincrez en ouvrant la poutiqub umvBRSELLt, au livre YI, iDiïiulé: Justice universelle ; chafitre i*': Organinatùm judiciaire ; et chapitre n : lié forme pénale (i), livre qui se termine par cette page :

(i) Voir Ist pigei 131 148, 1S8 et tSO d« m fotimif .

876 lA LIBERTÉ

a En donnant pour unique châtiment au f^rime rommù le ni» constaté, que fait la société ?

» Elle oblige ainsi le coupable à fuir au bout du inonde le lieii dr sa faute; elle l'oblige, non [tar un texte de loi, main par l'impossibililr absolue de s'envelopper dans l'ombre.

» Si la publicité, telle qu'elle peut être constituée, faisait luir» b hunière dans cette nuit qu'on appelle /(/ société^ l'on n'aurait pluâbesM ni d'écbafaudsy ni de bagnes, ni de maisons de force et de correction, ni de Code pénal, ni de jury.

» Alors le devoir de la justice scruit extrêmement simple, car il se bornerait à constater que tel individu a commis tel jour, en tel lieu, \é meurtre, toi vol, tel faux ou tel autre acte condamné par la conscioer publique.

« La peine de mort et toutes les peines afflictives pourront doncêtr^ abolies tlès que la société sera administrée comme elle peut et cùmm elle doit l'èlre.

» d'est dans l'indébilitc du crime constaté que doit être la pimititiB du crime commis.

» C'est l'unique supplice qui fut infligé par Dieu au meurtrier d'Abel.

» Dieu ne (*ondamna pas (Laïn a mourir, il le condamna à vîne.

» Il ne voulut pas qu'il fut tué.

« 12. Vous serez fugitif et vagabond sur la terre.

» 13. Caïri répondit au Seigneur : Mon iniquité est trop gnadepoir

» tMi obtenir le pardon.

» 1 î . Vous me chassez aujourd'hui de dessus la terre, et j'irai lue et- » cher dp devant votre face. Je serai fugitif et vagabond sur la terrt. M {Jmconqw flùtic tut* trouverfi, rue turrti.

» i-"!. Le Seigneur lui réfiondit : Non, cela ne sera pai; mais quîeooqiv » tuera Oaïn^ sera puni tK's-sévi'^reinent. Et le Seignmr mit ira tigne rur » Ctitfi, afin ifiif eux Qui /v trouri'ru.vut ni* h- tuas^ni poinîm

)> 16. (^aln, s'étaiit retirr de devant la face du Seigneur, fut m| » iur ta tfrrc, »

uBNfcse, ehap. rv.

tt Amendes et donunai^es-intérêts ;

» Haut*; surveillance de la famille;

M Internat de la comnnme;

» Tr:in<portHtion hors tie la patrie :

i> Voilà, en quatre lignes, tout le nouveau Code pénal!

•) \ oilà (duuuent, au nit^yen de \' Itisriiption tU vie, c'est-à-dire d' Muiple feuille de papier, on jHMirniit arriver, par le perfectionneiDea i!r radiiiiui>tration [»ublique, à la plus importante des réformes pénales ù ratiiiiitlon de IouIcn 1o> peines ufnictives. »

Parce que je nomme erreur ce que vous nommez crime, IMLTce que j'en fois une faute de raisonnement ou de calcul, ce qui est la même chose, vous dites que je supprime la honte. Où donc avez-TOus vu que je la supprimasse ? Loin de la supprimer, j*en accrois la puissance afTaiblie par la pénalité légale qui a ennobli jusqu'à la peine de mort en faisanttomber la tête de l'homme de bien non moins impitoyablement que la tête de Thomme de mal. Vous dites qu'il n'y a pas de honte à me tromper dans une addition : croyez-vous donc que l'orateur qui prit un jour, à la tribune, « le Pirée pour un nom « d*homme » ne rougit pas jusqu'aux oreilles dès qu'il fut avertît de sa méprise par l'explosion des rires de l'assemblée T Combien d'hommes ont journellement honte de leur ignorance, quoique l'ignorance ne soit pas un crnne? Est-ce qu'on n'a pas souvent honte d'actes que le Code pénal ne prévoit, ne qualifie, ni ne punit 7 Est^e que parfois même il n'arrive pas d'avoir honte et de rougir de telle pensée fugitive qu'on se hAte de refouler, mais qu'on craint d'avoir laissé percer? Un mensonge n'est pas un crime; il est peu d'hommes cependant qui, pris en flagnint délit de mensonge, ne se déconcertent et n'aient honte d'avoir menti. Moins encore qu'un mensonge une maladie est un crime ; cependant, il est telles maladies qu'on n'avoue pas sans honte. La pénalité légale a surtout pour fondement la crainte, la publicité pénale a surtout pour fondement la honte. Ce que je maintiens fermement, ne dites donc pas que je le supprime inconséquennnent Mais ce que je ne puis vous contester, c'est que vous n'ayez raison contre moi quand vous dites que la peine de mort protège plus efficacement que l'Inscription de vie la jeune fille contre le risque d'être mariée à un meurtrier. Avant vous, Danton avait déjà exprimé cette pensée par ces paroles célèbres : a II n'y a que les morts qui ne il revieimeiit |>as. » En effet, il est plus certain que l'assassin qu'on aura guillotiné ne réussira pas à cacher son identité et ne ri*viendra pas se marier, qu'il n'est certain que l'assassin qui se sera expatrié ne reviendra pas sous un nom d'emprunt; mais, si la justice a été trompée par de faux témoignages, par d'accablantes ap[>arences, comme dans l'affaire de Lesurques, comme encore en 1 853, dans une autre affain;, à votre tour, vous i'onviendrcz qu'il sera plus facile a la justice de réparer son

erreur, si l'innocent a conservé sa tête sur ses épaules que il Ta perdue sur Téchafaud. Puisque, de votre aveu, la justîec sociale qui guillotine est plus prévoyante que la piiblidté fènale qui ne guillotine pas, soyez donc logique et osez doDceoDdure à Tapplication de la peine de mort non-seulement cobIr ceux qu'elle frappe déjà, mais encore contre tous les êtres dangereux que les cours d*assises condamnent aux travaux foieés à perpétuité, H la déportation, aux travaux forcés à temps^àU détention, à la réclusion; car, de toutes les peines que rhomme armé du droit de punir son semblable peut infliger, il n'en est pas de plus simple et de plus efficace, de plus expéditÎTe et de moins coûteuse. Étant admis le régime de la pénalité légale, la peine de mort est la peine par excellence. Aussi, li logique étant mise en demeure de se prononcer entre Beocaria et de Maistre, donnerait-elle indubitablement raison an de^ nier contre le premier. Le reproche que vous faites à la pnbt cité pénale, ce serait de laisser à l'assassin la chance de cacber son identité en s'appropriant l'Inscription de vie de Iliomiiia qu'il aurait tué ; si cela lui était possible sous le régime de la publicité pénale, cela lui serait également possible sons le régime de la pénalité légale; mais, pour que cela fût praticable, il faudrait admettre que l'homme assassiné eût disparu sans qu'un seul parent, un seul ami, se fût enquis de la disparition et ne l'eût rendue publique. Dès que cette disparition aurait été signalée, à quoi l'Inscription de vie dérobée par l'assassin lui servirait-elle, sinon à le faire reconnaître? Donc, il n'y aurait pas de risque qu'il s'en servît. Ayant prévu sans doute que cette objection vous échapperait, vous me demandez comment les percepteurs pourraient avoir et délivrer des doubles d'Inscriptions de vie de trente-cinq millions dliabitants? Je vous réponds : Tout aussi simplement que les trente-cinq millions de Français peuvent se procurer nn extrait de leur acte de naissance. Quand ils en ont besoin, qae font-ils? S'adressent-ils indistinctement à l'un des qaatreviiig-tsept mille maires de France? Non, ils s'adressent an vnaire du lieu de leur naissance. Rh bien! quiconque aura besoin du duplicata de son Inscription de vie s'adressera an ptTcepteiir du lieu nii il payera le montant de sa prime d'a»sur.ince. Vous nie demandez eneore comment les percepteurs pourront inscrire au fur et à mesure de leur constatation le»

LA UBERTfi tm

Hm et gesten de trente^cinq millions de Français? Je vous iponds : Où donc avez-vous lu que j'aie jamais proposé ittierire sur llnscriptîon de vie lei faits êi gette$ de ehaamf i-je jamais proposé d*y inscrire autre chose que les fidts atériels qualifiés par vous-même crimes et déiiU? D'après >tre façon de compter, tous les Français, sans même en eepter les enfants à la mamelle, seraient donc ou des ioitriers ou des voleurs? J'ajoute : Est-ce que toute conunnation pour crime ou délit subie par un individu n'est m transcrite et n'est pas jointe au sommier, qu'en cas ft récidive le juge d'instruction ne manque jamais de se ire représenter? Donc ce que je propose se réduit à tirer le utilité plus grande d'éléments qui existent déjà sous le im de casiers judiciaires. Je n'invente pas, je periectionne ; n'innove pas, j'améliore. Du percepteur dont la tâche mit ce qu'il y a de plus simple et de plus borné, je passe au ge de paix, à qui, dites-vous, le courage manquerait d'inscrire \T l'Inscription de vie la vérité, rien que la vérité, tonte la iriié. Pierre a volé Paul ; Pierre, ayant pris le nom de icques, se présente pour obtenir un emploi ; mais il est quia de produire son Inscription de vie, sur laquelle il a été MUitaté que Pierre a volé tel objet, telle année, tel jour, ainsi aec«la résulte des témoignages contradictoires qui ont été «oeillis. Que fera Pierre? S'il a son Inscription dévie, la roduira-t-Ll ? S*il ne Ta plus, ira-t-il en réclamer un duplilU à son percepteur et y faire apposer le visa du juge de lis de son canton, visa réclamé en certains cas ténébreux >iir surcroît de sûreté et garantie d'identité? A quoi cela lui irvirait»ii ? Puisque cela ne lui servirait qu'à lui faire fermer os certainement la porte qu'il aurait tenté sans succès de se ire ouvrir, il n*est pas probable que percepteur et juge de lix soient fort exposés au risque de recevoir sa visite, ni leane autre pareille ; mais dussentrils la recevoir, que ce sque ne gérait pa» plus grand que celui que courent les >mmissair<;s de police, appelés à donner tel renseignement l'il est dans leurs attributions de recueillir et de communiler. Donc rinscription de vio n'obligerait, en auoun cas, len gea de paix de posséder une somme de courage plus consi- ^rablp que celle dont les commissaires de police ont à faire "euve journellement. Maig 8i Pierre, qu'il produise ou qu'il

880 LA f JRIi3\TK

un produise pas son Inscription dévie, qu'il porte son Domir Pierre ou qu'il se cache sous le nom de Jacques, ne peut » l'aire ouvrir aucune porte, que fera Pierre? Le cas a été prén en ces termes :

« Si, à défaut de sa famille maternelle, il n'avait pas n natale, la commune mère, qui consentit à le prendre sons a Aorte nrveillnnce, ou, à défaut de sa commune natale et de sa corporatîoa, u ami solvable qui offrit une caution suffisante, que pourrait-il devfw. et (|ueile dernière ressource lui resterait-41? Une seule * celle d'uhtaâ de l'Ëtat, presque comme une faveur, qu'il le prit à bord d'v et ses vaisseaiuc et qu'il le transportât à Tune des extiémilés do moÊàL dans quelque colonie peuplée de ses pareils. » (i)

L'Inscription de vie étant combinée et rédigée de telle soitr qu'elle puisse sen'ir à la fois d'acte de naissance, de passepori, (le carte clectorcde, de livret de profession et de quittance de C4)n tribu lions transformée en prime d'assurance, lloecriptioii de vie se contrôle ainsi sans cesse par elle-même, et entre tout naturellement et sans diflîculté dans Tapplication. Tov dites qu'il n'y a pas de loi nu monde qui pût obliger nn hommo à porter sur le front un écritcau qui le flétrirait ci lui ferait refuser partout le pain et l'eau. D'accord : c'est poarquoi toutes dispositions de police administratÎTe senienl prises à l'cfTet d'organiser tous les moyens do transporter au loin ceux qui ne pourraient ainsi rester nu dedans. Ai-jadoor encore besoin de répéter que, dès que je propose de remplacer la pénalité légale par la publicité pénale, j'admels rnnséquomment tout ce qui est nécessaire pour la oonstitner et lui faire produire tous ses effets? S'ensuît-il que l'étabUsaemcnl de la publiciti' pénale, telle qu'elle résulterait de l'adoption de rinscription do vie, serait le rétablissement de h tuti^Ue publique et di' la servitude légale qui se résomeid dans votre nom : l'Autorité? En quoi serait-ce, je vons le demande, le rét^iblisscment de la servitude légale et de h tutelle publique? Kn quoi l'expatriation, volontaire dans la

1) Voir ia PolUiq^w univ»*r^i*lh, livrn VI, page ifil de ce volome.

e, mais nécessaire au fond, en quoi Texpatriation du rtrier, du voleur, du malfaiteur apporterait-elle la plus ■e rertriction à l'exercice du pouvoir rationnel, qui se ne à son tour dans son nom : la Liberté 7 Qu'arriverait-il, lemandez-vous, après qu'il aurait été constaté qu'un ne s'est approprié la maison d'un autre? Garderait>il la on volée ou seraitril contraint de la rendre ? Vous eussiez hoisir un meilleur exemple, car voler une maison, la re dans sa poche, n'est pas chose fiieile et qui se pratique onnément ; mais peu importe : qu'il s'agisse d'une maim d'une bourse, il va de soi-même que l'objet dérobé ni de fait à qui il appartient de droit. C'est ce qui a lieu le régime de la pénalité légale ; il n'y aurait aucune rai- Vj rien changer sous le régime de la publicité pénale. BBrait qu'il ait été constaté que l'objet a été volé, pour a restitution en fût la conséquence. Que cette restitution m logiquement par voie de conséquence, ou judidairent par voie d'arrêt, c'est là un détail qui ne vaut pas I s'y arrête plus longuement, et la preuve, c'est vouse qui me la fournissez quand vous dites : « Si l'objet volé îait la propriété du voleur, le sens droit du peupk entier wtiècerait contre cette iniquité, n Ce que vous af&rmez, je loute pas, et c'est parce que je n'en doute pas que je me icupe assez peu de tout ce qui vous préoccupe ai fort : huissiers et des gendarmes, et de tout ce qui fait que !e reste a la loi dans les États civilisés. » Ce que vous ^rdez, sans que je l'aie demandé, me suffit amplement* décourager et flétrir le meurtrier et le voleur, qu'est-il D de plus que ce qui résulte de votre propre aveu : le Iroit du peuple se soulevant contre eux ? Finalement, léseraient quelques malfaiteurs jetés dans le plateau de lance sociale, opposé à celui où pèserait un peuple *? Se préoccuper tant de quelques meurtriers et de ues voleurs, n'est-ce pas s'en préoccuper démesurément N'est-ce pas agir à contre-sens : n'est-ce pas donner au $ le plus petit la proportion du risque le plus grand, et au ; le plus grand la proportion du risque le plus petit? ce pas prendre la paille pour la poutre et la poutre pour le ? C'est cette question qui m'a paru valoir la peine qu*ori At et qu'on en fît le sujet d'un livre oii In pensée t^p

882 LA UBEKTii:

pour publicité pénale, sur la peine volontaire succédant à la péu> litô légale, à la peine arbitraire. C*68t dans ce lÎTie, intitulé DU nRoiT DE PUMiRi quc je rechercherai les transitions nécctsûres et que j'indiquerai celles que j*aurai trottréea.

L'AUTORiri : A ma définition de l'ctclmW, dont jê bu isair la liberté donnant elle-même naissanee à rantmité par h délégation^ tous répondes que je m'expose à Caire croiie fas)i suis réTolutionnaire. Pour vous rassurer pleinement à Ml égard, je vous cite un édît de nos rois, qui contient substantiellement ma théorie. Vous me demandai ce qmarm»* rait si le pouvoir ne respectait pas la liberté, que je naosMii être de droit divin. Je pense qu'une révidation aoTtirait tiAiprobablement de ce conflit, parce que, tout Tordre Bocial élsal détruit, la nature humaine serait livrée anz poovoin aven^ des passions. Mais s*en8uit-il que la nation qoi brisenit 80 institutions pour une faute de ses gonvemants «mil nim dans cet acte de suicide ? Les motifs qui militent en flivev it droit monarchique auraient-ils perdu de leur Telev, psrsi qu'un prince serait sorti de ce droit?

LA LIBERTÉ : Comme la liberté a sa logiquoi la rojaatê aussi a la sienne. Cette logique, ce n'est pas moi qui Tai jamais éontestée ni qui la contesterai jamah. La rayanfti admise, la délégation à terme indéfini^ telle que vous n'arei cessé de la revendiquer, en est la conséquence; anw n'ai-je rien h redire aux termes de l'édit que vous citez et qui prévoit le eus d*extinction d'une dynastie. De vous à moi, la diflBcelti n'est pas cntni la délégation à terme indéfini et lAdiltgniimi terme défini; elle est dans l'accord de rAutoiité et di U Liberté, accord que j'ai longtemps cherché sans le tnevcTi quoique j*y aie mis toute ma persévérance et tonte ma boonr foi; accord que vous avez cherché sans être pins henrenz qw moi, puisque, dans le cas de conflit certain, vous déclarei !• révolution probable. II est vrai que vous igoâtez qee, si le prince détruit la liberté, ce n'est pas un motif pourfnels

nation brise ses institutions. Mais que gagnerait-elle à les nrder, si oas institatiotui sont impuissantes à la protéger? CfmX ce que vous ne dites point.

Je suis de votre ayis : l'heure est venue dt elore ee débat pour vos lecteurs ; car ce débat, qui dure depuis que Platon l'a oavert, ne se fermera définitivement que le jour où l'Autoliié telle que tous la personnifiez, où la Liberté telle que je Tondrais l'incarner, sortiront de Tarëne de la discussion pour entrer dans le champ de Tapplication. Quand ce mémorable jour arrÎTera-t-il? A quel siècle futur ce jour radieux appartimdra-t-41? Qui le sait 7 qui peut le prévoir T

Je suis, dites-vous, l'idéal de la Liberté I C'est là un reproche qui vaut un éloge ; aussi, à mon tour, ne craindrai-je pas de TOUS dire que vous êtes l'idéal de l'Autorité. Réalisez le TÔtre, mon cher confrère, et je ferai bon marché du mien. Si TAutorité, telle que vous la concevez, est réalisable, tant mieux qu'elle soit héréditaire ; mieux encore vaudrait qu'elle fût éternelle : la couronne est trop peu pour sa tête, il lui faut l'auréole.

J'ai déjà eu l'occasion, il y a longtemps, d'expliquer qu'il y aTait en moi deux hommes, l'homme de conception qui cherche le bien absolu, l'homme d'application qui se contente do mieux relatif. Je suis donc absolu moins en réalité qu'en apparence, moins lorsque je discute que lorsque je pense, moins lorsque j'agis que lorsque je discute. Aujourd'hui, TOUS me trouverez aussi conciliant qu'hier j'ai pu tous le paraître peu. C'est qu'il ne s'agit plus de discuter, mais de eonclure.

Vous m'offrez la plénitude de la liberté ; ce que par ce mot « plénitude i> vous entendez, je ne vous le demande plus ; je déclare m'en contenter antuellement ; je me contenterais de moins encore. Maintenant la question va se réduire, entre nous, à une question de garanties et de moyens.

Quels moyens avez-vous, quels moyens ui-je de me mettit en possession de cette liberté dont je me contente? Devnijc Tacquérir? A quel prix? Devrai-je la conquérir! Quand e( comment?

Quelles garanties me donnerez-vous, quelles garutia aurai-je que je ne serai pas dépossédé de la liberté en poamsion de laquelle j'aurai été mis?

Je regrette d'être encore obligé de vous répéter en EaoeqiM vous n'avez indiqué ni ces moyens, ni ces garanties. Indiquez-les. Pour peu qu'ils soient eflicacesy je les troaveni tôt lisants.

n s'agit de ce que vous proposez; ce que vous propoieif c'est l'Autorité et la Liberté. Il ne 8*agit plus de ce que je «mçois. Ce que je conçois, je l'ai exposé dans un volume intitulé : LA POLITIQUE UNIVERSELLE (I). J'y ai mis autant de précision et de clarté qu'il m'a été possible d'en puiser en moL Gomme à vous, comme à Montesquieu, comme à Rousseau, le gouvernement direct du peupk me parait impraticable. J'en ai dit, en 1850, les raisons, et M. Rittinghausen, qui a combattu mon opinion, ne m*a pas ramené à la sienne, quoiqu'il ait réussi à la faire partager à M. Ledru-Rollin. Ce que je cherche uniquement, c'est à dégager de la société les lois qni sont en elle, afin de la soustraire à l'arbitraire des lob poBtives. Etudiant la société, en ai-je découvert rantonomie? Ai-je réussi à faire pour la liberté ce que Finventenr de la chaudière tubulaire a réussi à faire pour la vapeur? Ai-je trouvé un bon générateur de la puissance individuelle? Je l'ignore. Ma conception a-t-elle été jugée au-dessous os a-t-elle été jugée au-dessus de la critique? Je ne le sais psi. Ce que je sais seulement, c'est que trois éditions de oe timtrment de ma vie de publiciste se sont écoulées sans qu'A ait été l'objet d'aucun examen, sans qu'il ait eu l'honneur d'âne réfutation, encore moins d'une discussion contradictoire, épreuve que je suis toujours prêt & accepter. Je ne la ftais m ne la cherche.

Ce que je viens de dire pour la discussion, je le

'D Entièri'mtMil épuise, col ouvrage est réimprimé m eommenosmeiit

•le ce volunif.

LA LIBERTÉ 8Sri

pour Tapplication, qui me irouTerait paiement tout pièt Je M la cherche ni ne la ftiis. Cette application, je ne la eonroile pas, mais je ne la redoute noDement, quoique vous fiaiez a qu'elle ne pourrait se tenter sans produire le plus » eflh>yable bouleyersement qu'on eût tu depuis le dâuge. » 3i je n'ai pas d'appréhensions (f ), je n'ai point non plus de méximptes, car je n'attends pas qu'aucune assemblée, qu'aucun ;hef d'État, qu'aucun parti politique vienne me chercher dans na retraite pour me placer au gouvernail. Même d'une révoïition, je n'attends rien... que la défiance. Je ne nourris loeune illusion , je n'entretiens aucune prétention. L'ambilion que j'ai ne s'appelle pas l'ambition. Ha loi est de chersher, je cherche : Cercando ilvero^ selon l'expression de Dante, (e màs un chercheur, je ne suis pas un utopiste. Au delà û en deçà de la Libeité, je ne cherche rien. Saint-Simon, Poorier, Cabet, que' vous citez, sont donc mes antipodes.

(I) Des appréhensions! Pourquoi en aurtis-je? La première réforme pw Je propose, c'est celle de l'Irapôt. Eh bien ! l'ezjlérieiiee de l'impôt mr le capital a déjà été faite à Florence en 1427, expérience due à Jean le Médids , louée par Machiavel et rappelée en 1850 par M. Edward )Biiiet dans la lettre imprimée qu'il m'adressa et qu'il publia à cette époque. Or, loin de produire « A* phts ef^rùyable bouieversemeni », voici m que produisit cette réforme :

« Si Too émoÊOtà» qœl a été le résultat da système d'imp&i sur le capital, je dirai |s1I eot pour prMnière conséquence de mettre flo aux réTolntions YÎoleataa et sanihiitM qal avaient trooblé les siècles préeédents. U est impossible de no pas remar- (MT qu'après ce changement dans la loi fiscale, il w fit un grand calme dans la société loreoàne. D'une part, la haute bourgeoisie, depuis qu'elle concourt largement anx dé- «■ses, derient moins entreprenante, moins aTentoreose ; de l'antre, le peuple, satinait d'avoir conquis l'égalité dans l'impôt, w retire de l'émeute ; il laisse à Flotenee site loague paix dont profitent les arts du qoinxième siècle. La classe ouvrière s'était attachée à cette conquête de l'égalité dans l'impôt, qu'il suffit aux premiers de M (aire les défenseurs du castmtê pour conduire le peuple partout oà ils

• MaehiaTel attribue à Jean de Médicis d'avoir, le premier, pris la défense de ce yiléuM. Côme, le Père de la patrie, le suivit dans cette voie. Laurent le Magnifique j MTuha à son tour. En 1471, sous son syndicat, on renouvelle pour la troisième fois 1 réforme de 14t7. Les hommes des trois générations différentes, héritiers de la même cnoée, fondèrent ainsi, avec leur popularité, la grandeur de leur maison...

• En 1417, à Florence, lonquê timpôi fur U capital y fut Aabli, tomtêâ le§ peine* ter- <erHf^ V firent aheUtê.»

BrKtARn oviMKT. L'Impôt êur le cepital dant la répubiiqw de ViniMe.

f.Mtr^ * M. Êmlli» ileOirârdin.

Chacun d'eux a entrepris de refaire les hommei à rinufe de sa société. Je ne refais l'homme à aucune iiii«|i; qu^on lui laisse la sienne, qu'on ne l'altère paa» voilà Ml ce que je demande. Est^oe trop demander? L'honBe, j'en ai la conviction, j'en ai la certitude ; l'homme, pov s'affranchir de tous les esclavages corporels, de tous ki servages intellectuels, de toutes les servitudes légales, de toutes les tutelles publiques; l'homme, pour mettre fin i toutes les misères imméritées, à toutes les barbaries invétérées, à toutes les erreurs démasquées, à tous les abus dévoilés ; l'homme, pour î^assurer contre tous les risques soaeej^ tibles d'être prévus, prévenus, diminués, anéantis, réparés : rhomme, pour universaliser la civilisation; l'homme, pour se retremper à la grande source de l'humanité ; l'homme, enfin, pour devenir tout ce qu'il peut être, tout ce qu'il doit être, n'a qo'i\ se mouvoir dans son intelligence ; il n'a qu'à exercer la puissance, la souveraineté qui est en lui : puissance de déduction, souveraineté de la force immatérielle sur la force matérielle. Que tout ce qui fait socialement obstacle au plein exercice de le puissance rationnelle constituant la souveraineté humaine s'aplanisse, s'anéantisse ! C'est là un vœu, ce n'est pa<^ un système. J« n'aî point de système. NUarriifmm barricades .; tout mon programme pourrait se renfermer dani ces quatre mots. Si un tel progranmie est dangereux, cela prouve seulement que j'ai eu tort de naître à Paris an lien de naître h Washington. D'esprit je suis Américain; rAméricain est positif, il ne fait pas de théories ; il les aime ausii peu qu'il aime beaucoup les progrès ; il ne conçoit que ce qui est appli* cable, mais ce qu'il a conçu, il l 'applique sans hésiter ni reculer. Aussi voyez ce que par la liberté il a fait de la Liberté; Toyeiee qu*en soixante anni^Bs il a fait de son pays parle simple respect, parle simple développement delà puissanoe individuelle I G*«t à ce respect, c*est à ce développement de la puissance indivi» duolle que les États*Unis doivent leur virilité natioule. Qualb virilité ! Elle est si grande, que l'Angleterre n'ose pas l'aUtam- I er. et que la tôte, qu'elle relève devant la Russie, die la coube devant les États-Unis. Compares donc les Étate-Dnis d'Amé^ ri(]uo aux États conquis d'Autriche î L'Américain annexe et n'opprime pas ; l'Autrichien opprime et n'annexe pas. Moi, quand je parle de la Liberté telle que je la définis, teUe qu'elle

LA UBEBTâ 887

, je pois TOUS montrer les États-Unis, cette nation liier ; tous, quand vous parlez de la Liberté teÛe que vous ht éerivez, telle qu'elle n'existe pas, quel État pouvez-vous me lootrer ? Est-ce le royaume de Naples, gouvernement cathoqne? Est-ce le royaume de Prusse, gouvernement protesint? Est-ce l'empire de Russie, gouvernement qui réunit sur ne seule tète la tiare et la couronne, dans une seule main les eux pouvoirs : pouvoir spirituel et pouvoir temporel? S'il est n seul pays dans le monde où le pouvoir traditionnel et le oovoir rationnel marchent de pair, nommez-le-moi ; autrelent vos lecteurs eux-mêmes croiront que c' est de votre côté t non du mien qu'est l'Utopie. La liberté se réglant d'elleième, la liberté humaine a sa patrie ; où donc est celle de la tberté réglementée, de la liberté légale? Ce qu'a fait, en noins d'un siècle, la liberté humaine, je le vois ; ce qu'a fait, n tant de siècles, la liberté légale, je le cherche, et vous ne ne le montrez pas.

Mais je n'ai qu'une parole, et ce j'ai dit, je ne m'en dédis koint. L'Autorité qui serait ce que vous l'avez dépeinte : l'Auorité de nom, la Liberté de fait, cette autorité n'a, pour aincre mon incrédulité, qu'à prouver qu'elle peut exister par on existence même. Alors comptez, mon cher confrère, qu'après votre plume si vaillante, il n'y aura pas de plume plus jrdente à l'aider dans l'accomplissement de son œuvre que la Jume que je dépose pour vous tendre cordialement les deux nains.

EMILE DE GIRARDDf .

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