‹ Questions philosophiqueChapitre 191 sur 193 · CAVAIGNAC · texte numérisé non relu

CAVAIGNAC

U n'y a là, vous le voyez, ni procès ni tribunaux, ni même aucune incrimination : il y a la constatation et la déclaration d*un fait dont nous ne contestons pas la vérité, et qui est un titre d'honneur pour nous.

vous : Je conviens que, par le fait de l'Inscription de vie, tout malfaiteur redoutable et redouté serait condamné, comme Gain et comme le Juif errant, à la peine de marcher toujours, jusqu'à ce qu'il eAt trouvé une terre où la civilisation n*ait pas fait pénétrer Tusage de l'Inscription de vie, ce simple perfectionnement du passeport.

MOt : Tous entendez bien que la civilisation aurait étendu partout votre système d'assurances, car vous n'admettez pas les nationalités. Donc votre Gain, votre Juif errant ne trouveraient À vivre sur aucun point du globe et seraient réduits à s'expatrier de la terre par un suicide. G'est ce qui arriverait certainement, si votre système était praticable.

vors ! A votre tour, mon cher confrère, convenez que si la publicité eût été la seule pénalité qui existAt jamais, Socrate n*eût point péri par le poison, Jésus-Ghrist ne fût point mort sur la croix.

KOI : Si la justice vraie, la fuetiee juHe^ la seule que je veuille défendre, eût été appliquée à Athènes, Soorate n'aurait pas été condamné.

Quant à Tautre exemple, M. Dupin a établi dans un écrit de légiste que toutes les formes de la justice légale, tous les principes du droit avaient été violés dans le jugement do Rédempteur de rhumanité.

La justice vraie a donc du bon, et tous nos eflorts tendent à rapprocher autant que possible la justice humaine de la justice divine.

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Il vous parait plus simple de supprimer la justice hosiiL: et d'en détruire Tidcc dans les consciences que d'essayer de perfectionner. Appliquez à ce perfectionnement tous Ie?f forts do la civilisation générale, et vous obtiendrez un Kfai pratique qui vous échappera infailliblement dans lavolcj vous marchez.

vous : Que ma pénalité vous paraisse trop rîgonr» c'est là un point que je n'ai pas à discuter, car je nelaw pas. Elle est ce qu'elle est; elle est ce qu'elle doit être, Tiesé plus, rien de moins.

MOI : Elle est ce qu'elle est; mais, comme il s'agâi choisir entre elle (^t une autre pénalité, si la vôtre est aievaise, cola fait bien quelque chose à la question.

Yot s : Parce qu'il y a des déserteurs, proposerez-vousd» do renoncer aux livrets des soldats? Parce qu'il y a d^e«& niorrants qui déposent leur bilan, proposerez-vous donc* supprimer le greffe et la publication des faillites? Parce quiî dos débiteurs qui ne payent pas leurs billets à échéance. p poserez-vûus donc d'abolir les protêts ?

, MOI : Permettez-moi , mon cher confrère , de renrcji tout co paragraphe à votre adresse, car c'est vous qui dema doz qu'on supprime les greffes et les tribunaux, |)arceqQll a des abus dans les formes de la justice actuelle.

vous : Je conviens que la crainte de la plus légère tafion doviondrait, do bonne heure, une pensée fixe; mib serait rendre à la honte la puissance salutaire que lai a' perdre la pénaUté légale.

MOI : Mais vous supprimez la honte, puisque vous du crimo nno simple faute de calcul. 11 n'y a pas de honteîl tromper dans une addition.

Pourquoi, iw voulant pas que la honte s\ittachc an ci comptoz-vous sur la honte comme devant être un contre lo crime? Sortez si, vous le pouvez, de cette iD< quonco !

VOUS : Sur Tlnscription de vie, vraisemblablement» ne serait inscrit que ce que la loi qualifie présentement crimes et délits. Yous pensez qu*il vaut mieux exposer une jeune personne, votre fille peut-être , au risque d'épouser un assassin, que d'exposer Tassassin au risque de ne pas trouver de compagne ; vous pensez qu'il vaut mieux exposer un jeune homme, mon fils peut-être, au risque d'avoir pour associé un voleur, que d'exposer le voleur au risque de ne pas trouver d^associé I Tel est votre avis en matière de risques, mais vous permettrez que ce ne soit pas le mien. Tant pis pour l'assassin s'il ne trouve pas de compagne, tant pis pour le voleur s'il ne trouve pas d'associé : l'un et l'autre ne subiront que la prÎTation qu'ils auront méritée.

MOI : Dans cet ordre de raisonnements, la justice sociale est encore plus prévoyante et plus géométrique que vous ; car, avec la peine de mort, elle protège encore plus efficacement la jeune fille contre le risque d'être mariée à un meurtrier. Elle supprime l'assassin, et vous lui laissez la chance de cacher son identité en dérobant la feuille d'Inscription d'un honnête homme qu'il aura tué, et de faire de nouvelles victimes.

vous : Quelle loi, me demandez-vous, serait assez puissante pour empêcher un homme de perdre sa feuille d'Inscription ? — Ne me parlez pas de la loi, parlez-moi de la nécessité, qui, rendant universellement et journellement indispensable la production de Tlnscription de vie, ôterait conséquemmcnt a l'Inscrit toute idée de h\ perdre. A quoi cela lui servirait-il do la perdre ? Gela ne lui servirait qu*à se frapper lui-même de suspicion ; car supposez en vigueur le régime de l'Inscription universelle, que penseriez-vous d'un inconnu qui viendrait vous demander, soit votre fille en mariage, soit l'ouverture d'un crédit, soit le prêt d'une somme d'argent, soit la location d'un appartement, soit, enfin, un service ou un emploi, et qui, h cette interpellation dictée par la prudence la plus vulgaire : «Justifiez-moi qui vous êtes et d'où vous venez, » vous répondrait : c( J'ai perdu mon Inscription de vie ! n

MOI : 11 y aurait sans doute inconvénient pour cet homme à ne p(»int montrer sa feuille d'Inscription, car cela l'exposerait au soupçon ; mais l'inconvénient le plus grand de toun

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ponr loi, ce serait d'exhiber ane feoille qni eontiendwt k

preuve d'un fait al)ominable.

vous : Ne lui répliqueriez-vous pas, fc cet honme : iB bien, si vous avec perdu votre Inscription de tîc, alla na en bire délivrer un duplicata chez votre pereeptenr, rtn^ portez -le-moi visé par Votre juge de paix. »

MOI : Moyen insufflaant; car comment len peretfleiÊnfÊmraient-ils avoir des doubles des feuillea d'Inscription da tnritcinq millions d'habitants et y inscrire, au fur et k maiHiÉ lenr constatation, les faits et gestes de chacun ?

Quant au juge de paix chai^, & ce qu'il panlt, dairfk constatation, serait-il toujours assez conrageuz ponr inw dans CGS feuilles la vérité, rien que la vérité, et anrtoot fti*k véritét N'agirait-it pas sous la pression de la menace di b» dit Gt de ses propres craintes? Dans bien des eu, Q aiiliori certainement de ces deux choses l'une : ou l'assanin HM^ nerait le juge de paix ; ou le juge de pais, de penrd'ttn» sassiné, n'inscrirait pas le crime.

vous : No dites donc pas, mon cher confrère, que ■■ pénalité serait à la fois impuissante et draconienne.

HOi : Elle L'.st pire que cela, elle est imprafieabte. Jirtpète, en legrcttant de persister dans une contaditiai ^ vous afflige, que votre pénalité serait ïmpratiealda, ot p^ n'y a pas de ht au monde qui pût obliger un homme k poikr sur le front un tïcritcau qui le tlétiiraît et lui fenit nftv partout le i>ain et l'eau.

vous : Ne me parlez donc pas de bif Pu odailfalfM je n'admets pas de pénalité, je n'admets pas de Ui |MrilHI>

Parlez-moi de nécessité.

HOI : llfaut bien, mon cherconfkire, que jéa mot de LOI dans votre système. Je ferai plus anuaia, JtSB^ tiendrni les mots déjuges et de tribunaur, et à laor adiMIk idée d'autorité que vous voudries exclora.

Avez-vnus ^cnnù à ce qui arriverait si, en blai^iAlM un homme s'était approprié la maison d'à ' — "

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