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AVANT-PROPOS

L'écoulement rapide de la première édition de cet ouvrage, les témoignages flatteurs que j'ai reçus à cette occasion de la part de plusieurs évêques (1), prêtres (2) et laïques, les appréciations élogieuses de divers organes de la presse (3) m'ont déterminé à publier cette seconde édition revue, corrigée et augmentée.

Le titre de cet ouvrage, disais-je dans V Avant-propos de ma première édition, indique ce qu'il contient.

Les questions que j'y traite, questions religieuses et sociales, sont celles qui s'agitent surtout depuis la Révolution française, et qui ont suscité, à diverses reprises, l'intervention doctrinale des Souverains Pontifes, notamment de Pie IX et de Léon XIU.

A ces questions, je me suis efforcé de donner des solutions nettes et précises, en indiquant les vérités qu'il faut admettre, les erreurs qu'il faut rejeter, les opinions qu'on peut licitement suivre ou ne pas suivre.

Si mes solutions ne sont pas aussi solidement appuyées qu'elles auraient pu l'être, c'est que j'ai cru devoir condenser en un seul volume les principes, les distinctions et les explications nécessaires et suffisantes à la fois, pour que le lecteur pût arriver, sans

(1) Voir ci-dessous les lettres de Monseigneur l'Evêque d'Angoulême, de Mon- Sfeigneur l'Evêque d'Anthédon et de Monseigneur l'ETêque de Sées.

{i) Un Supérieur de séminaire m'écrivait : « J'ai lu plusieurs fois votre beau livre qui va rendre de grands services.... C'est parfait de justesse et de modération.... Los catholiques qui vous chercheront chicane s'apercevront bientôt qu'ils n'ont pas fait une attention assez sérieuse aux Prsenotenda et à vos lumineuses distinctions.... «

(3) La Science catholique, de Paris, la Scienza e la Fede, de Naples, pour ne parler que des Revues, ont été très sympathiques à mon œuvre.

dépenser trop de temps, à se former des notions exactes sur les sujets traités, et à ne pas confondre le certain avec l'incertain ou le douteux, l'obligatoire avec ce qui 7ie Vest pas.

J'ai donc voulu faire une sorte de triage dans les idées appelées modernes, en distinguant celles qui sont certainement vraies ou fausses — au point de vue de la morale et de la religion — de celles qui ont un caractère entièrement inoffensif sous ce double rapport.

Voulant surtout être clair et correct, je n'ai pas craint, à l'occasion, de me répéter, quelquefois même au-delà des exigences rigoureuses des matières traitées; mon œuvre n'est pas une œuvre littéraire.

Je désirerais que mon livre pût devenir comme le vade-mecum de ceux qui doivent s'intéresser aux questions de notre temps ; et je m'estimerais heureux si, après l'avoir attentivement lu, plusieurs ratifiaient, dans une certaine mesure, cet éloge trop flatteur d'un ami bienveillant à qui j'avais communiqué certains fragments de mon œuvre : « Il (votre livre) sera mon docteur es droits sociaux, mon directeur es droits politiques. Dans les cas difficiles et les questions délicates, je m'adresserai à lui. Sa parole claire, précise, logique, appropriée, dissipera les brouillards et fera la lumière. »

Afin d'é^^ter, autant que possible, toute exagération doctrinale ou pratique, comme aussi toute diminution de la vérité et toute tendance à l'erreur, j'ai tenu à m'orienter vers Rome, où j'ai eu l'honneur et la joie de terminer mes études ecclésiastiques, et où l'on trouve, grâce à Dieu, plus que partout ailleurs, la sûreté des doctrines, unie à la sagesse dans l'application.

Je tiens à remercier ici les auteurs à qui j'ai fait divers emprunts dont j'ai profité et voulu faire profiter mes lecteurs.

Si je ne me fais illusion, je pense que ce livre pourrait, avec l'agrément des évoques, être mis utilement entre les mains des séminaristes (1).

L'âge, l'étude, et aussi les derniers actes du Saint-Siège ont pu modifier sur plusieurs points mes idées, surtout au point de vue^ pratique; je suis moins absolu que je ne Taurais été, il y a quelques années. Toujours est-il que, respectueux envers les

(1) Un séminariste français, ayant lu dans la Science catholique le compterendu de mon livre, espère que mon désir de le voir lu et médité par les séminaristes sera exaucé. « Il a, dit-il, la précision qu'ils souhaitaient et qu'ils n'avaient rencontré nulle part jusque-là dans ces questions. »

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personnes, je me suis efforcé de ne pas encourir le reproche, exprimé par Sa Sainteté Léon XIII (1), d'avoir incriminé ou suspecté la foi de certains catholiques.

« Telles ou telles de mes assertions pourront être niées ou critiquées ; mais je me soumets d'avance d'esprit et de cœur au jugement qu'il plairait au Saint-Siège de porter sur un écrit où je n'ai voulu dire ni plus ni moins que ce qu'il convenait de dire, et où j'ai cherché à dissiper, autant que possible, les malentendus et les équivoques, afin d'assurer de plus en plus la paix dans la vérité, suivant les recommandations de Léon XIII, digne, à tant de titres, du nom d'Illuminateur et de Pacificateur. "

Je terminais ainsi V Avant-propos de ma première édition, sans me dissimuler que des lecteurs pourraient me reprocher, les uns d'être resté en deçà, les autres d'être allé au delà d£ la vérité vraie.

Aux uns et aux autres je tiens à dire ici V^ue le grand besoin de notre siècle est la vérité entière, totale, opposée à l'erreur de plus en plus radicale et illimitée. En cette heure de ténèbres intellectuelles et morales, de terreurs et d'angoisses, où les individus et les sociétés s'insurgent avec tant d'audace contre Dieu et son Christ et s'efforcent de les bannir de plus en plus des lois, des institutions sociales, des écoles, des hôpitaux, etc., un cœur chrétien, surtout un cœur sacerdotal, pourrait-il rester froid et insensible en face des ruines déjà consommées et de ces autres ruines qui se font ou vont se faire? Donc, guerre sans trêve, sans merci, à l'erreur sous toutes ses formes, dans toutes ses nuances, dans tous ses déguisements !

Mais mon amour pour la vérité et ma répulsion pour l'erreur ne pouvaient m'empêcher de penser et de dire que telle ou telle assertion ne me semblait pas être une vérité ou une erreur certaine ; car s'il faut aimer la vérité et détester l'erreur, il faut aussi prendre garde de signaler comme vrai ou de condamner comme faux ce qui est douteux.

A ceux qui craindraient qu'en^Ionnant certaines solutions pratiques, exigées par les circonstances, je n'induise des lecteurs à demeurer trop volontiers dans Vhypothèse, je répondrais que, visant à un but théorique et pratique à la fois, je ne devais pas me borner à exposer seulement les vrais principes, sans indiquer

(1) Encyr'. r ' ^rfale Dei, in fine.

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en même temps la mesure et les conditions dans lesquelles ils peuvent ou doivent être appliqués. Du reste, en fixant, par exemple, les conditions essentiellement requises pour qu'un Etat soit rigoureusement chrétien, je n'ai pas voulu poser des limites qui ne puissent ou même ne doivent au besoin être franchies. A tout Etat, comme à tout individu, s'adresse VExcelsius (plus haut) ! Toutefois, autre chose est la perfection individuelle, autre chose, la perfection sociale. Les individus peuvent toujours. Dieu aidant, atteindre une perfection de plus en plus grande ; tandjs que les sociétés ne peuvent obtenir qu'une perfection relative h leur condition, et à leurs propres forces résultant de ce qui est possible, non à quelques individus, mais au plus grand nombre. Et c'est pourquoi, sans cesser de tendre à la perfection, le législateur doit approprier ses lois à la condition et aux forces de la société qu'il régit, de içanière à lui procurer la perfection relative, je veux dire le degré de perfection dont elle est susceptible (1).

Du reste, je soumets cette seconde édition, comme j'avais soumis la première, au jugement suprême et infaillible du Vicaire de Jésus-Christ.

Lettre de Monseigneur l'Evêque d'Angoulême.

Monseigneur,

J'ai lu avec un vif intérêt l'important ouvrage que vous venez de consacrer à l'étude des Questions de notre temps, tX j'éprouve le besoin de vous féliciter et de vous remercier d'un si excellent travail.

Bien des fois j'avais conçu et exprimé le désir de voir les discussions relatives à nos intérêts rehgieux, éclairées par la théologie, et nos écrivains catholiques guidés sûrement dans les polémiques que la défense de l'Eghse leur impose. Dans l'état actuel de la société, et eu égard aux opinions et aux regrettables erreurs qui divisent les esprits, il pourrait arriver, en effet, qu'on demandât trop ou pas assez, et que le défaut de mesure compromît la paix ou le succès de la meillcfîre cause.

Séparer les questions purement politiques des questions religieuses ou mixtes ; établir les vrais principes et les thèses certaines; indiquer ce qui, dans les circonstances actuelles, peut ou doit être pratiquement toléré, sans atteinte à la saine doctrine;

(1) V. Cavagnis, t. I, n» 82.

ce qui, au contraire, ne peut l'être à aucun prix; donner, par des définitions et des distinctions précises, leur sens exact aux mots et aux formules en usage, et arriver par là à caractériser clairement les choses exprimées : c'est ce que vous vous êtes proposé, Monseigneur, et ce que, vous avez fait avec la compétence du théologien et du canoniste, attentif avant tout à suivre les enseignements du Saint-Siège et à étudier ses directions pratiques.

Nous sommes malheureusement bien loin de l'idéal de la société chrétienne, constituée selon les desseins et la volonté expresse de Dieu. De là tant de choses qui nous font gémir. Notre devoir est d'affirmer et de mettre en lumière les vrais principes pour ne pas laisser s'accréditer des erreurs fatales aux peuples comme aux âmes, erreurs anciennes en elles-mêmes, mais aggravées par le rationahsme contemporain, et de le faire, cependant, sans méconnaître la nécessité de certaines tolérances, en attendant le retour des esprits à la vérité et pour préparer, dans la charité et la paix, ce retour si désirable.

Je souhaiterais, 3Ionseigneur, que votre ouvrage fût entre les mains de tous ceux, catholiques ou même incroyants, qui, voulant traiter tie que vous appelez les Questions de notre ternies, et disposés à le faire avec droiture et sincérité, ont avant tout intérêt à les bien connaître.

Veuillez bien agréer. Monseigneur, l'expression de mon plus affectueux dévouement. f A. L., éoêque d'Angoulême.

Lettre de Monseigneur l'Evêque d'Anthédon.

Cher et vénéré Ami, Je viens enfin d'achever la lecture de voire beau livre sur les Questions religieuses et sociales de notre temps. C'est un ouvrage d'une admirable probité théologique. J'y ai reconnu partout votre science exacte et profonde, votre esprit si judicieux, votre conscience si déUcate et votre belle àme sacerdotale pleine d'amour pour l'Eglise, de piété envers le Saint-Siège et de zèle pour vos frères. On ne peut qu'estimer et aimer l'auteur d'un tel travail. Tous ceux que ces graves questions intéressent (et qui ne doivent-elles pas intéresser?) trouveront dans vos pages ce que vous y avez mis, beaucoup de doctrine, beaucoup de sens chrétien, des idées très bien éclaircies, et, avec les vrais principes nettement exposés, des solutions satisfaisantes à des difficultés sérieuses.

utile à une foule de lecteurs, votre livre, très cher ami, me semble surtout un manuel inappréciable pour tous les confesseurs appelés à juger, dans le for qui leur est propre, la conscience des fidèles que le libéralisme a séduits ou troublés, celle des hommes poUtiques qui, de manière ou d'autre, exercent chez nous le pouvoir et concourent à la confection ou à l'exécution de nos lois ; j'y joins ceux qui peuvent et doivent avoir une action sociale ou une influence sur l'opinion. Votre casuistique si habile, et à mon sens irréprochable, sera ici d'un grand secours.

Vous citez souvent, et en lui témoignant l'admiration, en lui accordant aussi toute l'autorité qu'il mérite, notre illustre et cher cardinal Pie. Je ne sais si ses impressions à propos de votre beau livre eussent été entièrement conformes aux miennes ; mais je tiens pour certain qu'il vous eût largement et cordialement félicité pour tant de vérités salutaires que vous avez si vaillamment affirmées et si doctement élucidées. Ainsi fais-je, cher et vénéré ami, en vous renouvelant l'assurance de ma tendre et dévouée affection en Notre-Seigneur.

f Charles, évêque d'Anthédon.

Ane. auxil du card. Pie, évêque de Poitiers (1).

Lettre de Monseigneur l'Evêque de Sées.

Cher Monseigneur,

Pardonnez-moi si j'ai tant tardé à vous accuser réception de votre bel ouvrage intitulé Questions religieuses et sociales, et à vous en remercier. J'ai voulu d'abord en prendre connaissance et l'apprécier. Sa lecture m'a vivement intéressé ; il est plein d'actualité et traite avec une admirable précision, une clarté rare, les questions du jour les plus obscures qui troublent les esprits ignorants ou peu éclairés ; il règne dans toutes ses parties une logique serrée et sans répUque. Je le crois appelé à rendre de grands services à la société et à la religion. Permettez-moi, cher Monseigneur, de vous en adresser mes bien sincères félicitations.

Agréez, cher Monseigneur, l'hommage de mes sentiments respectueusement dévoués. f François-Marie, évêque de Sées.

(I) Telle est la lettre que Mgr Gay m'a autorisé à reproduire en cette seconde édition. Sa Grandeur m'écrit à ce sujet : « Je vous félicite d'ailleurs,

cher ami, de la propagation d'un travail qui vous a coûté tant de peines, où vous avez mis tant de savoir, et qui ne peut être qu'utile aux chrétiens de notre temps. »

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