AU MOYEN AGE
L'Hérésie de Bérenger
Notre-Seigneur Jésus-Christ a institué l'Eucharistie pour perpétuer, jusqu'à la fin des temps, le sacrifice du Calvaire, et pour se donner lui-même en nourriture à tous les chrétiens. La promesse d'un si grand miracle excita l'incrédulité des Capharnaïtes, que l'on regarde à bon droit comme les premiers négateurs de l'Eucharistie. D'autres, parmi les hérétiques de divers noms, les imitèrent, mais plutôt par une conséquence de leurs erreurs que par opposition directe. Il faut attendre le ixc siècle pour constater une attaque sérieuse dirigée spécialement contre la présence réelle et la transsubstantiation ; elle eut pour auteur Jean Scot Erigène, qui professait à l'école du Palais sous Charles le Chauve, et dont les doc trines offrent un singulier mélange de pela-
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gianisme, de rationalisme et même de panthéisme (1).
S'il faut en croire Bérenger, qui prétend n'être que son disciple, Scot aurait soutenu que le corps et le sang de Notre-Seigneur ne sont pas, en réalité, présents sur l'autel après la consécration, mais seulement en figure, ou tout au moins que la substance du pain et du vin ne disparaît pas. Il est difficile de se rendre un compte parfaitement exact des idées de Scot sur cette matière, son opinion ne nous étant connue que par les réfutations de ses adversaires, ou par les dires de l'hérésiarque Bérenger (2).
Toutefois, on croit que le théologien de Paris, trop estimé à la cour de l'empereur, est tombé, au sujet de l'Eucharistie, dans des erreurs graves, qui motivèrent la sentence du Concile de Verceil (3), et qui furent combattues,
(1) De Joanne Scoto Erigena commentatio. (P. L., t. 122, c. 32.)
(2) Ibid., c. 34-42.
(3) In qua (synodo) in audientia omnium, qui de diversis hujus mundi partibus illuc convenerant, Joannis Scoii liber de Eucharistia lectus est ac damnatus. Concilium Vercellense, lOoO. (Mansi, Sacrorum conciliorum collectio, t. 19, c. 773.)
de son temps, par Hincmar, archevêque de Reims (1), par saint Paschase Radbert, abbé de Corbie, et par Adrevald, moine de Fleurysur-Loire (2). Si l'absence d'une terminologie rigoureusement scientifique nous oblige à interpréter dans un sens orthodoxe plusieurs expressions des auteurs de cette époque, et de Scot lui-même, il n'est cependant pas possible de le justifier de l'accusation d'hérésie dont le chargent ses contemporains, et que l'histoire a enregistrée sur leur témoignage. Scot ne voyait dans l'Eucharistie qu'un souvenir du corps et du sang de Jésus-Christ; il est donc réellement le précurseur, le maître de Bérenger.
Or, l'Eglise croit et enseigne authentiquement que Notre -Seigneur Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, le même qui siège à la droite du Père dans le ciel, est présent véri-
(1) Sunt et alii quae... contra Fidei Catliolicfe veritateui dicunt, videlicet... quod saernmentiim altaris non verum corpus et verus sanguis sit Domini, sed tantum mémoria veri corporis et sanguinis ejus. De prsedesfinatione disse rtatio posterior, c. 31. (P. L., t. 125, c. 296.)
;2) Adrevaldi, floriacensis monachi, De covpore et sanguine Christi, contra ineptias Joannis Scott. (P. L., t. 121, c. 947-954.)
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tablement, réellement et substantiellement sous les espèces sensibles du pain et du vin, après la consécration; il y est tout entier, avec son corps, son sang, son âme, sa divinité ; il y est lui-même, et pas seulement en figure ou par sa puissance, encore que nous ne puissions bien exprimer ce mode de présence sacramentelle, que la foi seule nous fait connaître (1). Durant les huit premiers siècles du christianisme, comme de nos jours, le dogme de l'Eucharistie faisait partie de l'enseignement catholique, même sous la discipline de l'ar-
(1) Docet sancta Synodus et aperte ac simpliciter profitetur in almo sancto Eucharistie sacraraento, post panis et vini consecrationem, Dominum nostrum Jesum Christum, Terum Deum atque iiominem, vere, realiter ac substantialiter, sub specie illariim rerum sensibilium contineri. Nec enim inter se pugnaot, ut ipse Salvator noster semper ad dexteram Patris i n rœiis assideat, juxta raodum existendi naturalem; et ut multis nihilominus aliis in locis sacramentaliter prresens sua substantia nobis adsit, ea existendi ratione, quam etsi verbis exprimere vi.v possumus, possibilem tamen esse Deo, cogitationeper fldem illustrata assequi possumus, et constantissime credere debemus. (Conc. Trie/., sess. 13, cap. 1.)
Si quis negaverit in sanctissimo Eucharistiae sacramento contineri vere, realiter et substantialiter Corpus et Sanguinem una cum anima et DWinitate Domini nostri Jesu Cbristi, ac proinde totum Christum, sed dixerit tantummodo esse in eo ut in signo, \el figura, aut virtute, anathema sit. {Ibid., can., 1.)
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cane, qui avait pour Lut de soustraire à l'irrévérence des païens les mystères les plus élevés de notre symbole. Mais, il faut le dire, pendant cette période, on s'attachait surtout à considérer le fait de la présence réelle. Tôt ou tard, la question du mode devait se poser, et en effet, elle fut soulevée au moyen âge par plusieurs écrivains, dont les plus marquants sont saint Paschase Radbert et Ratramne, de Corbie. C'était l'étude du quornodo si i que l'on abordait et qui, après les incertitudes et même les faux pas de la première heure, allait fournir à la théologie de l'Eucharistie la matière de ses plus beaux développements.
Pour apprécier avec justesse la valeur des solutions données par les auteurs du ixe siècle, il importe de se rappeler que le langage théologique n'avait pas encore acquis, à cette époque, la rigoureuse précision des âges suivants ; l'oublier serait s'exposer à commettre un anachronisme, et à porter un jugement trop sévère sur les théologiens qui ne bénéficiaient point, comme nous, des décisions ultérieures de l'Eglise, ni des enseignements de la scholastique.
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De plus, il est nécessaire de ne pas perdre de vue les préoccupations qui inspiraient leurs recherches. Y a-t-il identité entre le corps du Seigneur présent sur l'autel, et celui qui est né de la Vierge Marie, a souffert sur la croix, et maintenant est glorieux dans le ciel ? Voilà ce que l'on se demandait (1). Un double écueil était à éviter : celui du réalisme absolu, qui consistait à attribuer au corps de Notre-Seigneur dans l'Eucharistie toutes les propriétés naturelles des corps, et celui du spiritualisme exagéré ou du sens figuratif, qui ne voyait dans l'auguste sacrement qu'un souvenir de la personne de Jésus-Christ.
Paschase Radbert répondait affirmativement à la question, et enseignait que le corps et le sang du Seigneur sont vraiment présents après la consécration, bien que la figure du pain et du vin subsiste. Le grand abbé de Corbie qui, le premier peut être, a formulé assez bien la
1) Videndum utram ipsum corpus quod de Maria natum est, et passum, et mortuum, et sepultum, quodque ad dexteram Patris consideat, sit quod ore ûdelium per sacramentorum mysterium in Ecclesia quotidie sumetur. Ratramni corberensis monachi De corpore et, sanguine Domini. (P. L., t. 121, c. 147.)
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doctrine de l'Eglise, avait seulement le tort de paraître voir dans la transsubstantiation une création plutôt qu'un changement de substance, et de ne pas montrer assez les différences entre les divers états du même corps, qui est né de la Vierge, qui est maintenant au ciel et se trouve dans nos tabernacles. Pour lui, vrai et réel sont identiques ; mais le vrai, l'objet réel peut exister sous l'enveloppe d'une apparence sensible, qui n'est point conforme à sa nature. Le corps et le sang de Jésus- Christ sont vraiment dans l'Eucharistie; toutefois ils n'apparaissent pas comme tels; ils n'y sont pas naturellement. « Ce n'est pas une autre chair que celle qui est née de Marie, a souffert sur la croix, et est ressuscitée du tombeau (2). »
(1) Hausher, Der heilige Paschasius Radbertus. Eine Stimme iiber die Eucharistie vor tausend Jahre?i, Mainz, 1862.
(2) lpsa Veritas ad discipulos : Hsec, inquit, caro mea est pro mundi vita (Joan. vi, 52) ; et ut mirabilius loquar, non alia plane quam qu.e nata est de Maria, et passa in cru ce, et resurrexit de sepulcro. Liber de corpore et sanguine Domini, c. 1. (P. L., t. 120, c. 1269)
Vera utique Christi caro, quae crucifixa est et sepultn, vere illius carnis sacramentum, quod per sacerdotem super altare in verbo Christi per Spiritum Sanctum di\initus consecratur. (Ibid., c. 1279.)
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Les formules de Paschase Radbert parurent trop réalistes à quelques-uns, qui, invoquant l'autorité de saint Augustin et de saint Jérôme, préféraient dire que le corps du Seigneur, né de Marie, et son corps dans l'Eucharistie ne font qu'un quant à la substance (naturaliter), mais diffèrent quant aux apparences (spécialité?'). Ce langage, plus précis en ce qui regarde les espèces du sacrement, et tout aussi philosophique, laissait intacte l'affirmation d'identité, émise par Paschase Radbert; surtout, la présence réelle ne faisait aucun doute, de part et d'autre; et même il n'est pas difficile d'apercevoir dans les écrits de ce temps la thèse de la transsubstantiation (1). Si le mot n'y est pas, la chose s'y trouve.
L'intervention de Ratramne, à qui Charles le Chauve avait demandé son sentiment sur la matière, fut assez malheureuse. Regardant comme synonymes les deux termes : vrai et sensible, il n'admettait pas que le corps de
(1) Mabillon, Acla SS. Ord. S. Bevedicti, t. 6, p. 593, 596, et ibid., Prsef. 51 seqq. — Franzelin, De SS. Eucharistise sacramento, p. 142, 143.
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Jésus-Christ fût présent en vérité dans l'Eucharistie, puisque les sens ne le perçoivent pas, mais seulement en figure ; il distinguait vérité et réalité, et insistait trop sur le côté symbolique du sacrement. C'était une manière de raisonner tout opposée à celle de Paschase Radbert, et moins exacte, il faut le dire ; car la vérité atteint le fond de l'être, et l'apparence sensible n'a trait qu'aux accidents (1). Certaines propositions, d'apparence peu orthodoxe, du traité de Ratramne, ont fourni aux protestants le prétexte de revendiquer comme un précurseur de leurs doctrines subversives le moine de Corbie, dont ils publièrent même l'ouvrage à Cologne, en 1532, avec des modifications dans le sens luthérien. Mais les savants catholiques, entre autres les D's de Louvain, Mabillon, et le théologien de Paris, Boileau, ont vengé la mémoire de Ratramne de tout soupçon d'hérésie (2). Comme ses contem-
(!) Veritas est rei manifesta demonstratio, nullis umbrarum imaginibus obvelatae, sed puris et apertis, utque piasticos eïoquamur, naturalibus signiflcationibus insinuât*. De corpore et sanguine Domini, n. 8. (P. L., t. 121, c. 130.)
(2) D. Mabillon, Prœf. in IV saec. bened., § vi. — Boileau, theol. paris. De corpore et sanguine Domini liber Ratramno monacho abbatise Corbeiensis assertus et ab omni
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porains Haymon, évêque d'Halberstadt (1), Raban Maur de Mayence (2), Amalaire de Metz (3), et comme saint Paschase Radbert, il ne doutait ni de la présence réelle de Notre- Seigneur dans l'Eucharistie, ni de la réalité du sacrifice de la messe.
On ne saurait en dire autant de Jean Scot Erigène, que les plus graves témoignages accusent de n'avoir vu dans l'auguste sacrement qu'un souvenir du corps et du sang de Jésus-Christ, et dont Bérenger affirme, en toute occasion, être le disciple. Esprit subtil et hardi, très versé dans la connaissance de la philosophie néo-platonicienne, Scot transpor-
novitatis aut hasresis caluinianse inventione aut suspicione vindicatus ad confutationem dissertationum Hardunii s. j. de Sacramento altaris. Parisiis, 1712.
(1) Credimus, et ûdeliter conûtemur, et tenemus quod substantia illa, panis scilicet et \ini, per operationem divinae virtutes, id est, natura panis et vini substantialiter con vertan tur in aliam substantiam, id est, in carnem et sanguinera. De corpore et sanguine Domini. (P. L., t. 118, c. 815.)
(2) Ad mensam Domini, Agniimmactilati et incontaminati caro mactatur, et veneranda mysteria pîissionis et resurrectionis ejus a fidelibus celebrantur. De clericorum institut ione, 1. 1, c. 31. (P. L., t. 107, c. 319.)
(3) Hic credimus naturam simplioem panis et vini mixte verti in naturam rationabilem, scilicet corporis et sanguinis Christi. De ecclesias/icis ofjîcïts, 1. 3, c. 24. (P. L., 1. 105, c. 1141.)
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tait en théologie ses conceptions idéalistes, et refusait l'existence matérielle au corps glorieux de Notre- Seigneur, qui, d'après lui, absorbé par une âme bienheureuse, ne pouvait dès lors être dans l'Eucharistie que d'une manière spirituelle. C'était vraiment la seule voix discordante au milieu des hommages que le ix^ siècle rendait, en Occident, à la présence réelle ; Scot ne fit pas école, et Bossuet a pu dire avec raison que « son erreur n'eut aucune suite (l) ».
Durant les deux siècles postérieurs, la controverse eucharistique était apaisée; sauf une secte de Manichéens, venus de Bulgarie en France, et les Gaudulfiens d'Arras, qui furent condamnés, les premiers par le concile d'Orléans (2), et les seconds par celui d'Arras
(1) Ce que nos adversaires disent de Ratramne n'est rien moins qu'un fait constant, comme on a vu ; et quand nous leur aurions accordé que Ratramne les favorisât, — ce qui n'est pas, — un auteur ambigu que chacun tirerait de son côté, ne serait pas propre à faire secte. J'en dis autant de Jean Scot, dont l'erreur n'eut aucune suite. Histoire des variations des églises protestantes, 1. 15, n. 126.
(2) ...Ncque (esse) sacramentum, corporis et sanguinis Christi in consecratione sacerdotis. Concilium aurelianense (1017). (Mansi, t. 19, c. 377.)
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(1023) (1), on ne relève aucune hérésie, qui se soit attaquée spécialement au dogme de la présence réelle. L'explication d'un si grand mystère tendait même à se préciser,* avec toute la netteté désirable, sous l'influence de maîtres tels que l'illustre Gerbert, plus tard Sylvestre II, et Fulbert, d'abord écolâtre de Chartres, puis évêque de cette ville, qui eut pour élève le futur hérésiarque Bérenger.
(1) ...Dicebant Baptismatis myslerium, et ùominicicorporis et sanguinis sacramentum nullum esse. Synodxis Atrebatensis (1023). [Ibid., c. 423, 424.)
Le mouvement qui emportait les esprits vers les hautes questions de la métaphysique et de la théologie se continua durant la période qui va du xe auxnr3 siècle, et qui prépare l'apogée de la scholastique. Aux noms illustres de saint Anselme et de saint Bernard, il faut joindre ceux de Fulbert de Chartres et de Lanfranc, abbé du Bec, puis archevêque de Cautorbéry ; et, au point de vue de la lutte contre l'erreur anti-eucharistique, ceux de Guitmond, moine de La Croix-Saint-Leufroy, archevêque d' A versa ; de Durand, abbé de Troarn ; du cardinal Humbert, moine de Moyen-Moutier, évêque de Blanche-Selve ; d'Ascelin, clerc de l'église de Chartres; d'Adelmann, évêque de Brescia, et de Hugues, évêque de Langres. Ces deux derniers avaient
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été les condisciples de Bérenger à l'école de Chartres; ils tentèrent les plus louables eii'orts pour ramener le novateur à la vraie doctrine (1). Doué de qualités intellectuelles plus brillantes que profondes, prompt à s'assimiler les matières de ses études, mais satisfait de connaissances superficielles et préoccupé avant tout de paraître, Bérenger fut un écolier indocile, et négligea les autres sciences pour s'adonner à la dialectique. Son caractère devait l'éloigner de la théologie, et le porter versdes opinions risquées ou hétérodoxes ; c'est ce qui arriva. Déjcà ambitieux, téméraire et avide de nouveautés, « à l'époque où il faisait encore ses classes, il était, au rapport de ceux qui l'ont connu alors, d'une grande légèreté d'esprit. Il ne tenait aucun compte du sentiment d'un maître tel que Fulbert, et affectait le plus grand mépris pour les livres qui traitaient des arts libéraux. Mais comme il ne pouvait résoudre les problèmes les plus élevés de la
1 Li présent travail était déjà imprimé lorsque nous avons eu connaissance de la thèse de M. R. Heurtevent, Durand de Tvoarn et les origines de l'hérésie bêrengariennë, Paris, 1912.
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philosophie (car son intelligence n'avait pas assez de pénétration), il s'ingéniait à acquérir, par de nouvelles définitions de mots, la renommée d'un homme savant et supérieur aux autres. Sa démarche, ses gestes et toutes ses manières étaient d'une gravité calculée ; il parlait d'une voix lente et plaintive, et se faisait passer pour docteur auprès de ceux qui ne le connaissaient pas (1) ». On raconte que sur son lit de mort, le saint évêque Fulbert, ayant aperçu Bérenger dans la foule qui l'entourait, fit chasser de sa présence le faux dis-
(i) ls cum juvéniles adhue in scholis ageret annos, ut aiunt qui eum tune noverant, elatus ingenii levitate, ipsius magistri sensum non adeo curabat, condiscipulos suos pro nihilo reputabat, libros insuper artium contemnebat. Sed cum per se attingere philosophie altioris sécréta non posset, neque enim homo ita acutus erat, novis saltem vprborum interpretationibus quibus etiam nunc nimirum gaudet, singularisscienti* laudem sibi arrogare, et cujusdam excellente gloriam venari, qualitercumque poterat. affectabat ; factumque est ut pompatico incessu, sublimi prae cœteris suggestu, dignitatem magistri potins simulans quam rébus ostendens, profunda quoque inclusione inter cucullum, ac simulatione longœ meditationis, et vix tandem desiderata?, dum vocis lentissimo quodam quasi plangore incautos decipiens, doctorem sese artium pêne inscius profiteretur. Giulmundi, archiepiscopi aversarni, De corporis etsanguinis Christi veritate in Eucharistia, 1. 1. (P. L., t. 149, c. 1128.)
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ciple, qui devait troubler l'Eglise par ses mauvaises doctrines (1).
Revenu à Tours, sa ville natale, vers Tannée 1030, Bérenger prit rang parmi le clergé de Saint-Martin, et fut bientôt chargé de la direction de l'école dépendant de la célèbre église. Ses talents, en particulier son éloquence et la facilité avec laquelle il maniait la dialectique, lui valurent une brillante réputation, dont Baudri, abbé deBourgueil, ensuite évêque de Dol, nous a transmis l'écho, peutêtre exagéré, en ces vers :
Tota Latinorum facundia marcida floret, Dum Berengario Turoni floruere magistro (2).
(1) Quod episcopum Carnotensem Fulbertum, quem Doraini mater Maria olirn aegrotum mamillarum suarum visa fuerit sanare, prœdixisse aiunt : nam cum in extremis positum multi visitarent, et tedium capacitas vix confluentibus sufficeret, ille inter oppositas catervas oculo longe rimatos, Berengariumnisu quo valui expellendum censuit, protestatus immanem d;emonem propter eum consistere, multosque ad eum sequendum blandiente manu et illico anhelitu corrumpere. Willelmi Malmesburiensis, gesta regum Anglorum, 1. 3, n. 285. (P. L., t. 179, c. 1258.).
(2) Carmina historica. — Inscriptio super dominum Berengarium. (P. L., t. 166, c. 1190.)
Postquam a D. Lanfranco in dialectica de re satis pana turpiter est confusus, cumque per ipsum D. Lanfrancum virum atque doctissimum libérales artes Deus recalescere atque optime reviviscera fecisset, desertum se a discipulis
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Le jeune écolàtre vit de nombreux disciples se ranger autour de sa chaire ; citons seulement Eusèbe Brunon qui fut évoque d'Angers, et Hildebert, plus tard évêque du Mans et ensuite archevêque de Tours. On vint assister à ses leçons, même des pays éloignés, et telle était l'estime universelle, dont il jouissait, que des personnages importants dans l'Eglise lui témoignaient le plus grand respect; aussi voit-on Hubert de Vendôme, évêque d'Angers, lui conférer, dès avant 1028, la dignité d'archidiacre de son église, car il parut, en cette qualité, à la fondation de l'abbaye du Ronceray, qui eut lieu cette année-là. Il n'abandonna pas cependant la direction de l'école de Tours, et ne résida, croit-on, à Angers, que par intermittence. D'après quelques auteurs, c'est dans cette dernière ville qu'il serait arrivé graduellement, par une lecture assidue des œuvres de Scot Erigène, à concevoir un système hétérodoxe sur le dogme de l'Eucharistie.
dolens, ad eructanda impudentes divinarum Scripturarum sacramenta, ubi ille adhuc adolescens et aliis eatenus detentos studiis nondimi adeo intenderat, sese convertit. {Ibid.)
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Quoi qu'il en soit de la résidence habituelle de Bérenger, son caractère, plus encore que ses études, contribua à le jeter dans la mauvaise voie. Avide de renommée, porté aux nouveautés dangereuses, sans respect pour l'autorité des docteurs les plus illustres, et recherchant les hommages, il ne sut pas préserver son âme des atteintes de la vaine gloire et de la jalousie. Gomme il arrive souvent, l'intelligence mit ses ressources au service d'un cœur déjà perverti. N'est-ce point le cas de beaucoup de chutes analogues ? Bérenger, médiocre philosophe et pauvre théologien, surtout rhéteur et grammairien, vit avec peine l'école de l'abbaye du Bec, en Normandie, éclipser celle de Saint-Martin de Tours. On dit même que, vaincu dans une conférence qu'il eut avec Lanfranc, il en conçut un dépit très vif, qui le conduisit finalement à l'erreur. Et en effet, à partir du moment où la faveur de la renommée passa à d'autres, il commença d'enseigner des propositions fausses sur le baptême des enfants et le mariage ; mais ces théories n'eurent aucune conséquence. Il n'en fut pas de même des attaques que, pendant
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plus (le trente années, il dirigea contre l'auguste sacrement de l'Eucharistie, malgré plusieurs condamnations et rétractations éclatantes, toujours suivies de rechutes scandaleuses.
Les variations auxquelles se livra Bérenger, la subtilité de son esprit, la hardiesse de ses manœuvres rendent sa pensée difficile à saisir d'une manière bien précise ; cela explique la divergence des avis sur ce point, chez des auteurs qui n'ont point eu entre les mains les propres écrits de l'hérésiarque. Et cependant, il est utile, pour l'histoire du dogme, de se rendre un compte aussi exact que possible des idées du malheureux archidiacre d'Angers.
A cet égard, la publication du traité de Bérenger : De Sacra Cœna adversus Lanfrancum liber posterior, faite en 1834 à Berlin par M. Vischer, d'après un manuscrit de la bibliothèque de Wolfenbùttel, et celle de vingtdeux lettres, éditées en 1850 par M. Sudendorf d'après les manuscrits de la bibliothèque de Hanovre (1), fournissent des données im-
(d) Berengarius Turone7isis oder eine Sammlung ihn betreffender Briefe, Hambourg, 1850, in-8°. — Schnitzer,
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portantes. On doit regretter que M. Migne n'ait pas inséré ces deux travaux dans sa Patrologie (1). En s'appuyant sur ces documents, en faisant appel aux écrits" dirigés contre l'hérésiarque, et aux professions de foi souscrites par lui, peut-être parviendra-t-on à dégager la pensée du novateur, à suivre les écarts et les retours de cet esprit souple, habile à jouer sur les mots et obstinément attaché à son erreur jusqu'au jour où, désabusé et repentant, on veut le croire, il se condamna à un silence définitif.
C'est vers l'aunée 1037, à l'époque où son ami, Eusèbe Brunon, fut appelé au siège épiscopal d'Angers, que l'archidiacre Bérenger parla ouvertement contre la présence réelle de Notre-Seigneur dans l'Eucharistie. Indépendamment des causes d'ordre moral et tout personnel qui l'entraînèrent dans l'hérésie, il en est d'autres encore, qui favorisèrent sa chute ; ce sont ses tendances rationalistes et
Berengar von Tours, se'm Leben und seine Lehre, Miïnchen, 1890.
(1) Delarc, Les origines de l'hérésie de Bérenger. (Revue des questions historiques, 1876, t. 20, p. 115-155.)
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l'opinion fausse qu'il avait sur la nature des corps glorieux. Pour lui, toute substance corporelle était par essence soumise aux lois de l'espace ; elle ne pouvait donc en être dégagée, sans cesser d'être elle-même. Aussi prétendait-il que Notre-Seigneur n'est pas entré, les portes closes, dans la salle où ses disciples se trouvaient réunis, comme l'affirme saint Jean (1). Si Bérenger avait étudié de plus près la première épître aux Corinthiens, où saint Paul donne du corps glorieux une définition qui parait renfermer une contradiction, et qui est d'une vérité saisissante et féconde, il aurait compris que le corps ressuscité, le corps spirituel, selon l'expression du grand Apôtre, échappe aux lois ordinaires de la matière, tout en conservant sa propre essence. Mais partant d'un principe faux, il ne pouvait concevoir la présence miraculeuse du Seigneur dans l'Eucharistie ; toute multiplication véritable devenait impossible; il ne s'agissait donc que d'une présence purement spirituelle (2). Au lieu d'un changement de subs-