‹ Questions théologiques et canoniquesChapitre 2 sur 21 · XX · texte numérisé non relu

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(2) Bach, Dogmengeschichle, p. 369.

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tance, Bérenger voyait une simple modification, comme celle qui a eu lieu lorsqu'un homme passe de l'état de pécheur à celui de juste (1). Après la consécration, le pain et le vin subsistent réellement, mais ils sont l'emblème du corps et du sang de Jésus-Christ ; c'est Terreur des Sacrame?itaires, cinq siècles avant la prétendue Réforme. Sans doute, la doctrine catholique enseigne que les sacrements sont des signes, mais des signes d'une chose sainte qu'ils contiennent réellement, aussi bien que des symboles et des figures. Sous les espèces eucharistiques, il y a quelque chose de réel que ne perçoivent pas les sens, et dont la parole divine nous certifie la présence ; ce n'est pas seulement par une fiction, que le corps et le sang de Notre-Seigneur sont dits être sur l'autel ; ils s'y trouvent réellement et en vérité. Voilà précisément ce que niait Bérenger pour enseigner une présence tout idéale et conceptuelle. Nous chercherons surtout à connaître son opinion, ou plutôt ses opinions, d'après les sentences

(1) I»., Ibid., p. 371. — Bereng. Tuh., De sacra cœna adversus Lanfrancum liber posterior. (Ed. Vischer, p. 107-144.)

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officielles prononcées contre lui, d'après les réfutations faites par les auteurs contemporains, et les professions de foi souscrites par l'hérésiarque.

Le premier qui éleva la voix contre Bérenger et entreprit de réfuter ses erreurs, fut un de ses condisciples de Chartres, Hugues, évêque de Langres, dont la doctrine était orthodoxe, bien que, dit-on, sa conduite laissât à désirer. Il écrivit à lécolâtre de Tours, avant la fin de 1049, une lettre d'une haute portée théologique, qui tend à prouver la fausseté de ses inventions et la vérité de la présence réelle. « Vous affirmez, lui dit-il, que dans ce sacrement se trouve le Corps du Seigneur et que ce Corps est incorporel..., de telle manière que la nature et l'essence du pain et du vin ne sont pas changées, et vous faites de ce corps, que vous dites avoir été crucifié, un être intellectuel (c'est-à-dire, logiquement, un corps incorporel)... Si, après la consécration, la

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nature et l'essence du pain et du vin subsistent, on ne peut pas s'expliquer qu'il y ait eu un changement quelconque ; et si l'addition consiste en une simple opération de l'intelligence, il est impossible de comprendre d'où viendrait et quel serait cet être, qui n'a même pas l'existence. Car l'intelligence constate les essences, elle ne les crée pas ; elle en est le juge, non l'auteur. Nécessairement, il faut que vous admettiez que la nature du pain a disparu, ou que vous cessiez d'affirmer la présence du corps du Christ (1). »

Ainsi, d'après Bérenger, la consécration ne

(1)... Sacramentum corporis et sanguinis Domini nostri Jesu Ghristi non ita crederes celebratum ut corpus esse diceres et incorporeum pra?dicares. Dicis enim, nimis extense loquens, in hujusmodi sacramento, corpus Ghristi sic esse utpanis et vini natura et essentiauon mutetur, corpusque, quod dixeras crucifixum, intellectualé constitues. In quo evidentissime patet quod incorporeum confîtearis. Si panis et vini natura et essentia reali principalitate, post consecrationem, persistunt, translatum nihil potest intelligi, et si quod adjunctum est sola fit intellectus potentia, rêvera non capitur, quomodo, vel unde, vel idem sit quod adhuc non subsistit. Est enim intellectus essentiarum discussor, non opifex ; judex, non institutor... Quapropter necesse est ut aut panem omnino a sua natura dejicias, aut ipsum Christi corpus dicere non présumas. Hue, Ling., Tract, de coi-pore et sanguine Christi contra Berengarium (Migne, P. L.,t. 142, e. 1326, 7).

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change rien dans la substance du pain et du vin qui représentent, désormais aux yeux du fidèle le corps et le sang du Seigneur que la foi seule contemple dans ces emblèmes ; c'est là du pur idéalisme, c'est la négation même de la présence réelle, véritable, de Jésus-Christ dans le plus auguste de nos sacrements, et la substitution d'une simple action de l'intelligence, chez le croyant, au plus grand miracle de l'amour divin.

Un autre condisciple de Bérenger, Adelmann, alors écolâtre de Liège et plus tard évêque de Brescia, lui écrivit, vers la même époque, une lettre remarquable par son éloquence douce et persuasive autant que par l'exactitude de la doctrine. Le bruit des erreurs de l'archidiacre d'Angers était parvenu jusqu'en Allemagne et troublait les chrétiens. « On dit ici, parmi les Allemands, au milieu desquels je me trouve, que vous vous êtes séparé de l'unité de notre mère la sainte Eglise, et que vous professez au sujet du corps et du sang du Seigneur, qui partout et tous les jours sont offerts en sacrifice sur l'autel, une opinion contraire à la foi catholique. D'après eux, vous prétendez que ce

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n'est point le vrai corps, ni le vrai sang du Christ, mais simplement une figure, un symbole (1). » Selon le témoignage des contemporains, Bérenger rejetait donc ce qui constitue l'essence même de l'Eucharistie et ce qui donne sa valeur infinie au Saint Sacrifice, la présence réelle de Notre-Seigneur.

Il est facile alors de s'expliquer l'agitation causée en Occident par cette nouvelle hérésie, et les tendres appels de l'écolâtre Adelmann suppliant son ami de ne pas jeter le trouble dans l'Eglise ; car un des dogmes fondamentaux du christianisme était en butte à des attaques audacieuses. Bérenger, au rapport de Sigebert, moine de Gemblours (2), ne répondit

(1) Mendaces ostendat (Dotninus) qui famam tuam tam faeda labe maeulare nituntur, spargentes usquequaque, ut non solum Latinas, verum etiam Teutonicas aures, inter quas diu peregrinor, repleverint, quasi te ab unitate sanctrr Matris Ecclesiœ divulseris, et de corpore et sanguine Domini. quod quotidie inuniversa terra super sanctum altare immolatur, aliter quam fides catholica teneat sentire \idearis ; hoc est, ut illorum de te dirtis utar, non esse verum corpus Christi neque verum sanguinem sed figuram quamdam et similitudinem. Adelmann, De Eucharistiœ sacramento ad Berengarium epistola. (Migne, P. L., t. 143, c. 1290.)

(2) Berengarius Turonensis, liberalium artium, et amplius dialectica? peritià insignis, scripsit fastuoso stylo contra Almannum grammaticum et episcopum. non agnoscens

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que par des paroles hautaines à la lettre si touchante et si lumineuse de son ancien condisciple, et déclara garder son opinion sur l'Eucharistie ; nous savons, par les témoignages déjà cités, en quoi elle consistait.

Les doctrines hétérodoxes de l'archidiacre d'Angers alarmaient justement les pasteurs et les théologiens, soucieux de défendre l'intégrité du dogme catholique ; le nom de Jean Scot, dont se réclamait le novateur, n'était pas fait pour dissiper ces légitimes inquiétudes. « Vous regardez comme hérétique, écrit-il vers la fin de 1049 à Lanfranc, prieur du Bec, la doctrine de Jean Scot sur le sacrement de l'autel, parce qu'elle diffère de celle de votre auteur favori, Paschase Radbert. Mais si vous tenez pour un hérétique Jean Scot, dont j'approuve tout à fait le sentiment au sujet de l'Eucharistie, vous devez aussi porter

amici corrigentis benevolentiam,seddefendenssuamde mysteriis Christi sententiam. Et quia multi ad eum vel contra eum super hac re scripserunt, scripsit et ipse ad vel contra eos, et dum dialecticis sopbismatibus contra simplicitatem apostolicae fidei abutitur, nec se excusare, nec alios œlificare videtur, quia magis interpolât quara dilucidat obscura. Sigeberte Gemblacensis, Liber de criptoribus ecclesiasticis c. 154. (P. L., t. 160, c. 382.)

le même jugement sur saint Ambroise, saint Jérôme et saint Augustin, pour ne pas parler des autres (1). » De cette communauté d'idées avec Scot, il faut donc conclure également que Bérenger niait la présence réelle ; quoique partis de principes différents, nous l'avons vu, en ce qui concerne le corps glorieux de Notre- Seigneur, le théologien de Charles le Chauve et l'écolâtre de Tours arrivaient au même résultat, à la même erreur idéaliste.

Lanfranc reçut cette lettre à Rome, où il s'était rendu, probablement pour déférer au Saint-Siège les nouvelles théories anti-eucharistiques. On la lut dans le concile, tenu après la fête de Pâques de 1050 et présidé par le Pape saint Léon IX ; après avoir constaté que Bérenger abandonnait la doctrine universelle sur l'Eucharistie, le Souverain Pontife prononça contre lui une sentence d'excommunication et le retrancha de l'Eglise. Toutefois il le

(l) Id autem est displicere tibi, imo hœreticas habuisse sententias Joannis Scotti de sacramento altaris, in quibus dissentit a suscepto tuo Paschasio... Si haereticum habes Joannem, cujus sententias de Eucharistiaprobamus, kabendus tibi est haereticus Ambrosius, Hieronymus, Augustinus. ut decaeteris taceani. (Migxe, P. L., t. 150, c. 63.)

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cita à comparaître devant le concile qui devait s'ouvrir à Verceil, au mois de septembre de la même année, afin de lui fournir l'occasion de se rétracter publiquement, ou d'expliquer son opinion dans un sens orthodoxe, si possible (1). Nous allons voir pour quels motifs il ne s'y rendit pas.

(1) Te.mpore sancti Leonis papa?, delata esthreresis tua ad apostolicam sedem. Quicum synodo prœsideret, ac resideret secum non parva multitude» episeoporura, abbatum, diversique ordinis a diversisregionibusreligiosarum personarum, jussumest in omnium audientia recitari quas mihi de corpore et sanguine Domini litteras transmisisti. Portitor utique earumlegatus tuus, me in Northmannia non reperto, tradidit eas quibusdam clericis, quas cum legissent, et contra usitatissimam Eccleske fidem animadvertissent, zelo Dei accensi quibusdam ad legendum eas porrexerunt, plurimis earum sententias verbis exposuerunt. Itaque factum est ut non deterior de te quam de me fuerit orta suspicio, od quem vklelicet taies litteras destinaveris, putantibus multis me fovere ac favere quse a te dicerentur, vel gratia qua te diligerem, vel Me qua rêvera ita esse non dubitanter tenerem. Igitur cumaquodam Remensi clerico Romain perlatas recitator legeret, intellectoquod Joannem Scotum extolleres, Paschasium damnares, communia de Eucbaristia fidei adversa sentires, promulgata est in te damnationis sententia privans te communione sancta? Ecclesiœ, quam tu privare sancta ejus communione satagebas. Post bœc praecepit Papa ut ego surgerem, pravi rumorisa me maculam abstergerem, fidem meam ponerem, expositam plus sacris auctoritatibus quam argumentis probarem Itaque surrexi, quod sensi dixi, quoddixi probavi, quod probavi omnibus placuit, nulli displicuit. Dehinc declarata est synodus Vercellensis, qua1 proximo Septembri eodem présidente pontifice est celebrata

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