‹ qui comprend le onzième siécle de l'EgliseChapitre 19 sur 214 · Tome VU. A · texte numérisé non relu

Tome VU. A

Celle sorte de changement ne se fait que peu à peu et par degrés. Tels donc éloient les François sous la domination aes derniers Rois Carlovingiens : tels ils furent encore sous le règne des premiers Rois de la troisième race. On vid encore alors, comme auparavant, régner parmi le gros de la nation la barbarie et l'ignorance. Seulement vers la fin du siècle» la doctrine se répandant presque par-tout à la faveur de la multitude de nos Ecoles, les mœurs devinrent un peu plus polies, le mépris et le dégoûtpour les Letres moins communs; et les sciences que l'on cultivoit reçurent quelque degré de perfection. fi«e. chr. p. i i II. Avant ce temps-la il étoit extrêmement rare de voir des S*m!" X c' *' * Laïcs qui sçussenl lire et écrire. ' La noblesse, qui devoit naturellement avoir plus de goût et d'émulation pour la politesse et la vertu, et pour tout ce qui sert à élever et orner l'esprit, n'avoit cependant d'autre passion que pour les armes, et les vains amusements qui en sont les suites. Elle méprisoit souverainement les Letres : en quoi elle paroît avoir été fortifiée par vipp. pan. p. «a. l'exemple ' des Allemans ses voisins, qui se trouvoient précisément dans le môme cas. C'est ce que nous apprend l'Historien Vippon, qui comprenant les funestes suites de cette ignorance, exhortait l'Empereur Henri III à ordonnerà sessujets, quiavoient du bien, de faire apprendre à leurs enfants au moins les premiers éléments des letres, et leur faire donner quelque connoissance des Loix du païs. S'il arrivoit que la noblesse françoise fît instruire les siens, ce n'étoit qu'en vue de les pousser aux dignités ecclésiatiques. Elle avoit eu toutefois, même parmi les Allemans, des exemples capables de lui inspirer de l'amour pour les Letres. Les deux derniers Ottons les avoient assés bien étudiées. Le Prince Brunon, leur oncle, Duc de Lorraine et Archevêque de Cologne, y avoit excellé pour son temps. Elle avoit de plus en ce siècle les exemples du Roi Robert, et de Guillaume V, Comte de Poitiers, qui les cultivoient, et celui de Guillaume le Conquérant qui les favorisoit de tout son pouvoir. Mais d'autres objets bien différents lui faisoient plus d'impression ; et elle se livra à leur attrait. De même, quoique Gerbert, Abbon de Fleuri, et les autres Sçavants du X siècle, eussent mis presque toutes les sciences dans un nouveau jour, qui devoit les rendre aimables par elles-mêmes, Mai», a*», b. i. 9. il y eut néanmoins peu de personnes qui s'y attachassent, De pr *0, sorte que les Arts Libéraux éloient presque tombés par-tout en

France, dans les premières années du siècle qui nous occupe.

Il se trouvoit même des provinces entièrement dénuées de

gents Letrés. ' L'Armorique, suivant le témoignage de l'Hi- Boit. » u>b. p

storien de Robert d'Arbrisselles, étoit nommément de ce 604 n 9'

nombre.

III. A ce défaut presaue gênerai d'inclination pour les Letres, qui avoit sa source dans le génie de la Nation, se réunirent plusieurs autres causes, qui concoururent à entretenir l'ignorance. Le X siècle n'avoit pas été suffisant pour reparer les pertes de livres qu'avoit souffert la France, dans les courses précédentes, les pillages, les incendies des Sarasins, des Normans, des Hongrois, des Bulgares. Quoiqu'on eût travaillé à renouveler ces livres, comme nous l'avons montré, ils étoient encore fort rares, ce qui rendoit les Etudes très-difficiles. D'ailleurs, n'y aïant presque que des Moines qui s'occupoient à les copier, ils commencèrent par ceux qu'ils croïoientplus nécessaires : la Bible et les livres liturgiques, les écrits des Pères, les recueils de Canons. Ainsi il se passa du temps, avant qu'ils pussent transcrire les Historiens, les Poètes, les orateurs. Et le défaut de ces ouvrages contribua beaucoup aux mauvaises Etudes, et h la barbarie qui y regnoit. On avoit cependant de cette sorte d'Auteurs; mais ils n'étoientpas communs. ' Un trait que l'Hi- Mab. u. 1. «t. n. stoire nous a conservé touchant le prix excessif des livres en ce 6'

d'un Auteur Ecclésiastique, le recueil des Homélies d'Haimon d*Halberslat. Grécie, Comtesse d'Anjou, l'acheta deux cents brebis, un muid de froment, un autre de seigle, un troisième de millet, et un certain nombre de peaux de martres. Ufalloit être riche pour former de nombreuses bibliothèques au même prix.

IV. Rien n'est plus avantageux à la culture des Letres dans \in Roïaume, que la tranquillité et une exacte police. Les Muses aiment la paix et le bon ordre. La France en ce siècle ne fut point assés heureuse pour jouir de l'un et de l'autre. ' Robert le gw». i. a. e. «. Pieux étoit un excellent Prince, il aimoit la paix; mais il n'eut pas la consolation de la voir établie même dans sa propre famille. Personne n'ignore les chagrins que lui causèrent trois de ses fils, et les caprices de la Reine Constance leur mere. D'ailleurs les Grands du Roïaume, presque aussi puissants que lui, quoique ses vassaux, furent souvent en guerre entre eux; et le bon Prince se vid plus d'une fois obligé d'y entrer, soit par intérêt, ou autrement. Il avoit du zélé pour le bien : mais il eut rmb. .P. 4i.

Encore s'agit-il

Aij

la faiblesse de se laisser surprendre par les méchants et manqua de la fermeté nécessaire pour soutenir la justice. Les suites fâcheuses de son premier mariage avec Berte sa parente, dont il fallut se séparer, lui firent perdre beaucoup de son autorité dans l'esprit des François. Il étoit letré; il estimoit et chcrissoit les genls de Letres; mais il ignoroit la véritable manière de les intéresser à les cultiver avantageusement- Bien loin de les élever fini. 1. 1. p. à 1 episcopat et aux autres dignités, ' Adalberon Evêque de Laon, lui reproche de leur avoir préféré des ignorants, ce qui ouvritla voie à plusieurs vices scandaleux. Les premières années du règne de Henri, son fils et son successeur, furent marquées par une guerre civile avec ses propres frères, et les Seigneurs

?ui les avoicnt soutenus dans leur révolte. A peine ce Prince ut-il libre de ce côté-là, qu'il fallut reprendre plus d'une fois les armes, pour affermir le jeune Guillaume le Bâtard dans ses Etats de Normandie. Du reste Henri avoit de la sagesse, de la prudence, de la valeur, et soùtenoit assés bien son autorité ; mais il n'en fit aucun usage en faveur des Letres.

V. Elles trouvèrent encore moins de ressource auprès du Roi Philippe, Prince voluptueux et presque uniquement occupé de ses plaisirs, malgré l'éducation digne de sa naissance, au il avoit reçue par les soins de Baudoin V, Comte de Flandres son oncle maternel. Son règne d'ailleurs ne fut nullement tranquille. Il eut plusieurs guerres à soûtenir contre les Ducs de Normandie, et les Comtes de Flandres, ses cousins germains. Mais ce qu'il y eut encore de plus préjudiciable aux loix et à la justice, furent les triste suites de son prétendu mariage avec Bertrade, qu'il enleva au Comte d'Anjou son premier mari. Que d'allarmes, que de troubles pour les bons François, de voir leur Souverain menacé, ou même frappé d'excommunication par les Papes et les Conciles : surtout en un temps où l'on étoit dans la foie opinion, qu'un excommunié perdoit l'usage de son bien et de ses dignités ! Autre événement encore plus fatal pour les Letres. Sur la fin du règne de Philippe fut conclue en France la fameuse Croisade, pour délivrer les SS. lieux de la tyrannie des Infidèles. Qu'on s'imagine, s'il est possible, le renversement que causa cette entreprise dans le Roïaume, qui fournit la plus grande partie de plus de six cents mille persones qui partirent pour cette expédition. Des Evôques quittèrent a cet effet le gouvernement de leurs diocèses, et des Abbés celui de leurs monastères. Quel préjudice à la vi-

gueur de la discipline, et quels dommages par conséquent n'en dévoient pas souffrir les bonnes Etudes? Dès auparavant les pèlerinages de dévotion, trop fréquents en ce siècle, a voient occasionné le même inconvénient. ' Nous en avons un trait bien Spict. 7. p. ■»»«. marqué dans l'histoire d'un Abbé de Castres.

Dam loca sancta petit Gerebardus noster, obortum est

Rupto iuter fratrcs fœdcrc dissidium.

Sedari potuit mnnitu discordia nullo,

Abbatis rcditus pacis origo fuit.

VI. Si l'on envisage d'un autre côté les desordres généraux qui se passaient dans toutes nos provinces, que n'en eut point à souffrir la culture des Letres ? L'autorité souveraine étant peu respectée pour les raisons qu'on a vues, les Seigneurs qui s'étoient multipliés presqu'à l'infini, se croïoient en droit de se faire justice à main armée. Ce n'étoit parmi les Laïcs que pillages, rapines, violences, meurtres, sacrilèges, sans que les fléaux publics, dont Dieu irrité commençoit à les punir dès cette vie fussent capables de les arrêter. ' Nous n'en parlons que d'après <«Jab. i. a. e. $». p. Raoul Glaber, témoin oculaire, qui en fait en peu de mots une assés vive peinture dans les vers suivants.

Frau?, raptus, quodeunque nefas dominatur in orbe : Nullus honor Sanclis, nutla est reterentia sacris. Ilinc giadius, pcslisquc. fames populantur ubique ; Nec tamen impictas hominurn correcta pepercit.

'En Flandres particulièrement on étoit si accoutumé au sang, >i»b. «t. i. ». P.

qu on esttmoit honteux de passer un jour sans en répandre. Les plus proches parents s'égorgeoient pour les moindres sujets. A peine les pères et les enfants s'épargnoient l'un l'autre. Or il est de l'expérience de tous les temps, que la servitude, les vexations, la crainte de la mort ôlent le courage et les commodités d'étudier. Ceux quiauroient l'inclination de le faire, sont obligés de penser à toute autre chose.

Vil. Le Clergé, un des asyies des Letres en ces siècles ignorants et barbares, se ressentoit horriblement de la corruption eenerale des Laïcs. ' Comme ceux-ci, les Ecclésiastiques por- conc. t . Q.p.ttm. toient les armes et alloient à la guerre. On exerçoit les fonc- i"^.' tions de Clerc, sans en porter l'habit ni la tonsure, et souvent

sans avoir ni science, ni capacité. Les Chanoines, et quelquefois les Moines, quiltoient leurs monastères, pour passer à d autres où l'on vivoit sans règle. L'usure étoit commune; et au moïen de quelque somme d'argent, les plus grands pécheurs trouvoient des Prêtres qui leur donnoient aisément l'absolution. p. «m-865.1047. | Mais ce qu'il y a de plus déplorable, ' la simonie avoit gagné par-tout, et le concubinage des Clercs étoit tout public, 'et avoit passé en coutume. Les bénéfices étoient devenus héréditaires dans les familles; les enfants succédant aux pères. Les Evèques, les Abbés, les Archidiacres, les simples Clercs se sup- Gaii. chr. nov. t. plantoient l'un l'autre. ' Quelquefois on vcndoit les Evêchés au i. p.io. i«pp.p.4. vivant des Evêques. D'autrefois les Seigneurs les leguoient à leurs femmes par testament. On comprendra encore mieux le ivo. ep. ee. tort que la simonie fît aux Etudes ' par un trait rapporté par Ives de Chartres. Un simoniaque, dont les sentiments n'étoient que trop suivis des autres, disoit hautement qu'il n'avoit que faire de bons Ecclésiastiques ni de Canons, parce qu'il avoit tout r.«nc. ib. p. 863. i cela dans sa bourse. ' Ce n'étoit pas seulement de simples Prèj^Vib*! i'mwL" très, ni des Clercs inférieurs qui se marioient publiquement, ort TiT f' " p Des Evêques le faisoient eux-mêmes sur-tout en Normandie 574. 575. et marioient ouvertement leurs enfants, en donnant à leurs filles pour dot les terres de leurs Evêchés, et quelquefois leur» bénéfices même.

GUb.i.*. c. «a. VIII. 'Tant de desordres, joints au débordement d'erreurs qui s'élevèrent alors en France, et dont on parlera dans la suite, firent croire que c'éloit l'accomplissement de la prophétie de S. Jean l'Evangeliste, marquée au XX chapitre de son Apocalypse, où on lit que Satan sera lâché après mille ans. Ce qu'il

Fuib. *p. st. y a de bien vrai, c'est que tous ces malheurs jetterent l'Eglise Gallicane dans une désolation qui faisoit gémir hautement S. Fulbert, Evêque de Chartres, qui la voïoit de ses propres yeux. Désolation qui lui paroissoit si grande, qu'il n'y esperoil presque point de remède. 0 derelicta, s'écrie-l-il, 6 mœsta, ô desolata Galliarum Ecclesia ! quœjam eritspes safutis ui/erior? La Republique des Letres n'eut guéres moins à en souffrir que l'Eglise même. Quels goûts pouvoient avoir pour l'Etude des gents plongés dans de tels desordres? C'étoit l'ignorance qui les avoit occasionnés, ou même produit ; et ces desordres concoururent ensuite à fortifier et à répandre l'ignorance. Non seulement ils détournèrent de la culture des Letres; ils furent aussi cause de quantité de défauts, qui se glissèrent dans les élu-

tudes de ceux qui s'appliquoient a les cultiver. On donna encore dans le faux brillant et le merveilleux, laissant le vrai, le simple et le naturel. La barbarie continua de régner dans les écrits. On y negligeoit le choix des choses, l'ordre, l'arrangement, les règles môme de la Grammaire. ' On se prêta comme auparavant «p. », w. i gui». à diverses superstitions, sur-tout à l'égard des phénomènes de 1 3< c"3' 1 , 4 c 9 la nature, et de ce qu'on nommoit les jugements de Dieu. Il faut cependant dire, que sur la fin de ce siècle, lorsque la lumière de la doctrine eut un peu dissipé les ténèbres de l'ignorance, on commença à revenir de cette épreuve équivoque pour connoltre la vérité. ' Hildebert Evêque du Mans, se trou- ivo. «p. 74. vaut pressé par le Roi d'Angleterre Duc de Normandie, de se purger par cette sorte de voie, d'avoir livré sa ville épiscopale, se fit scrupule de l'exécuter. Il consulta Ives de Chartres; et celuici lui montra par plusieurs autorités, que ce moien de justification est contraire aux Canons, et lui conseilla de ne s'en point servir.

IX. Combien d'autres vices encore s'introduisirent dans les Etudes de ce temps-là. 'Onétoitsipeu éclairé, qu'on s'imaginoit Ve\f. rit. Rob. p. que la validité du serment dépendoit des Reliques, sur lesquelles 66 67 on lefaisoit. Sur ce faux principe, le Roi Robert, à dessein de prévenir les faux serments, alors si communs, prit la précaution de faire faire un reliquaire de cristal orné d'or, mais sans Reliques, et un autre d'argent, où l'on mit un œuf de griffon. Sur le premier il faisoit jurer les Seigneurs, et sur l'autre les genls du commun. ' La crédulité fut poussée jusqu'à persuader, qu'on c*m. ehr. 1. 3. «. avoit reçu des letres du ciel; et c'étoit un Evêque même qui ml**' ehr' **" l'assuroit. Autres vices, qui étant plus généraux, eurent de plus grandes suites. Le défaut de lumière et de bon goût empêcha qu'on ne donnât à la jeunesse une éducation convenable. On ne l'exerçoit point à raisonner; on ne l'instruisoit point à suivre de bons modèles ; on ne sçavoit point borner chaque jeune Elevé à la faculté de Literature pour laquelle il avoit plus de disposition. Au contraire on étoit dans l'erreur de croire, que pour être sçavant, il falloit embrasser toutes les sciences, et ne s'appliquer aux supérieures, qu'après avoir étudié tous les Arts libéraux. Qu'arrivoit-il de-là? Deux inconvénients presque également pernicieux. On n'étudioit aucune science exactement; et Ton ne sçavoit rien à fond. D'ailleurs ceux qui les eflleuroient toutes, se croïant habiles, tomboient dans la présomtion, qui est pire que l'ignorance. Enfin, car il faut abréger une matière

d'une si yaste étendue, les malheurs du temps avoient introduit un latin grossier et demi barbare, auquel on s'habitua tout communément, et qu'on ne commença proprement à polir que depuis Lanfranc. Ce mauvais latin lit qu'on n'enlendoil ni les bons Auteurs profanes, ni les anciens Pères de l'Eçlise qui l'ont parlé purement. Et comme on ne se plaît pas à ire ce qu'on n'entend pas, on se dégoûta de leur lecture. X. Le remède aux désordres de ce Siècle, que S. Fulbert it à peine espérer, grand nombre d'Evèques et autres personnes pleines de lumière et de zélé, tâchèrent de l'y apporter. Presque tous les Historiens du temps sont occupés à relever les travaux qu'ils entreprirent, et les mouvements qu'ils . se donnèrent pour établir ce qu'on nommoit la Trêve de Dieu. Nous en avons deja parlé ailleurs ; et il suffit ici de dire, que le but qu'on s'y proposoit, éloit de mettre au moins quelques bornes au pillage, aux rapines, aux vexations alors si communes; ne pouvant les faire entièrement cesser. On compte environ quatre vingt Conciles tenus en France dans le cours de ce Siècle, dans presque tous lesquels on prit les mesures possibles, tant pour l'exécution de cette bonne œuvre, que pour l'extirpation de la simonie et de l'incontinence des Clercs. Nous renvoïons à ceux qui se signalèrent davantage en celte occasion, alin qu'on puisse se mettre au fait de t:?Bc. ib. P. ou- ce qui s'y passa à ce sujet. ' Tels sont les Conciles de Bourges mm" ims. et ae Limoges qui furent tenus en 1031. • Tel est celui de Reims de 1049, à la tête duquel se trouvoitle Pape Léon IX v. nui 1049.18»- si zélé pour l'exacte discipline. ' Tels sont les deux de Rouen, 6 P. 1108-ni,. Piin de 1050, l'autre de 1072. " Celui de Tours de 1000, Jf'aSSiJ LoBl ceuï ^e Toulouse et de Poitiers, le premier en 1056, et le si». 588-590. second en 1078, sous la présidence d'Hugues Evèque de Die, Légal du S. Siège, et le fameux de Clermont en 1095, auquel présida en personne le Pape Urbain H. Quelque louables que lussent les vùes et les efforts de ces généreux Prélats, il s'en faut beaucoup que les suites en fussent aussi heureuses. Le débordement des vices, des abus, des desordres continua encore presque le même, et devoit naturellement causer le dépérissement entier des I .êtres. Néanmoins il se trouva grand nombre de personnes assés studieuses, qui au milieu de tant de funestes écueils prirent soin non seulement de les soutenir, mais de les porter même à quelque point de perfection. C'est ici le plus bel endroit de l'histoire de ce siècle, et le plus glorieux pour la nation Françoise. XI .

XI. Le moïen dont se servit la providence pour garantir les Lrtres d'une deeadcnce totale, et entretenir les Etudes, fut le même qu'elle avoil déjà emploi»' aux siècles précédents, les Ecoles episcopales et monastiques. Le» premières perseveroicnt toûjours dans presque toutes les Cathédrales, et y étoient plus ou moins célèbres, suivant l'habileté et la reputa-

" tion des Maîtres qui y cnseignoicnt. Souvent e'éloit les Eveques mêmes qui prenoient soin de les diriger, sur-tout eelles où l'on étudioit les sciences supérieures.' Dans les autres Eco- P. 311 <•. 1 les publiques, qui se lenoienl hors des Cathédrales cl des monastères, il falloit avoir l'approbation de l'Evêque pour y enseigner. On crut sagement qu'il falloit prendre celte précaution, en conséquence de diverses erreurs pernicieuses que des Maîtres ignorants avançaient quelquefois. Prudente précaution, propre à conserver la tradilion de l'ancienne doctrine. Uuant aux Ecoles monastiques, elles se soùtenoienl à peu près sur le même pied qu'auparavant. Mais elles se multiplièrent considérablement en ce siècle, à la faveur de la reforme qu'on eut soin d'établir dans les monastères. Le secours que l'on tira de celte reforme pour la conservation et l'avancement des Letres, n'est ni douteux, ni équivoque ; aiant ses preuves dans les événements passés. Lrs .Moines reformés se faisoienl une obligation presque égale de s'appliquer à acquérir la science et la pieté : persuadés que l'une et l'autre est connexe, cl que l'une ne se peut soutenir longtemps sans l'autre. Maxime importante, qu'on ne sçauroit trop inculquer ; et plût à Dieu qu'à force de la répeler, nous puissions la graver dans le cœur des Moines de nos jours !

XII. Un des premiers soins, à la reforme ou à la fondation d'un nouveau monastère, étoit de prendre de justes mesures pour en bannir l'ignorance, y entretenir de bonnes Etudes, et y amasser des livres. ' Quelque peu considérable qu'il Mali. «e». b. i. 9 fût, on avoil l'attention de choisir et designer un Moine le- p -w8"°'

tré pour y enseigner. On y in>lruisoit, comme auparavant, des Elevés de différent Age. Il y avoit des enfants, auxquels on monlroit h s premiers éléments de Letres el des Arts Libéraux. Il y avoil aussi de jeunes genls plus avancés en âge. Ceuxci étoient ou Moines ou externes ; et on leur donnoit des Leçons de toutes les sciences alors en usage. ' Toutes sorles d'E- ». «. \>. loves, pauvres eu riches, y étoient également reçus; et bien loin d'exiger quelque salaire pour l'instruction qu'on leur don-

Tomc VU. B

noit, on poussoit la charité jusqu'à nourrir ceux qui étoient dans l'indigence. De-là cette multitude d'Ecoles, souvent trèscelebres, dont nous allons faire le dénombrement, autant que nous avons pu les connoitre. De-là cette réputation de sçavoir et de vertu, qui faisoient chercher dans l'obscurité" du clottre, des sujets propres à remplir les premières dignités de

a i. i. .v pr. l'Eglise. ' On seail effectivement, que la plupart des Papes, des Cardinaux et des Evéques qui gouvernèrent l'Eglise en ce siele, avoient été Moines. Ce ne fut au reste ni leur adulation, ni leurs intrigues, ni pour l'ordinaire la faveur des Grands, mais leur seul mérite qui les éleva à ces honneurs. Et ce mérite leur éloit venu de leur application à l'étude des Lelres, et à la pratique de leur Règle. Mais pour pouvoir comprendre jusqu'à quel point se multiplièrent ces Ecoles, il importe de montrer en peu de mots, combien se répandit alors l'exacte discipline monastique. On a vu sur le siècle précèdent, que les Abbés de Cluni, S. Gérard de Brogne et le D. Guillaume de S. Bénigne de Dijon l'établirent dans quantité d'abbaïes. Leur entreprise eut d'autant plus de succès, qu'elle se trouva plus ap-

UA-. ib. p. ta. puïée de ' l'autorité du Roi Hugues Capet, qui se faisoit un devoir de mettre des Abbés réguliers, à la place de ceux qui ne l'étant pas, s'embarrassoient fort peu d'y maintenir le bon ordre.

p 7k. XIII. 'En ce siecle-ei le Boi Robert marchant en ce

point sur les traces de Hugues son pere, favorisa de tout s.»n iuiV rhM" a" Pouvo'r k rtiforine des monastères doses Etats. 'S. Odilon, «M'. ]>. «sa.'' Acl S. Hugues de Cluni' et le B. Guillaume de Dijon continuèrent de l'établir en presque une infinité d'endroits. Brunon Evéque de Toul, depuis Pape sous le nom de Léon IX, la lit passer à divers monastères, par le ministère de Guidric Abbé de S. Evre. S. Richard Abbé de S. Vanne et S. Poppon de Stavelo en firent autant par eux-mêmes. Plusieurs autres Abbés comme ceux de Marmoutier, de Jumiege, de S. Victor de Marseille, et nommément S. Gerauld, fondateur de la Sauve- Majour, communiquèrent aussi la bonne discipline à grand nombre de maisons, tant éloignées que voisines. L'institut monastique, sur le pied qu'il éloit alors généralement en France, eut des suites si heureuses et si connues, que les pais étrangers le reçurent avec plaisir, ou le recherchèrent même avec ardeur.

11 est tout à fait glorieux pour nos Ecoles, d'avoir été la sour- N«fa. an. i. is. n. ce d'influences aussi avantageuses et aussi répandues.' Sanches

le Grand, Roi deCaslille, d'Arragon et de la Navarre, reforma la plus pari des monastères de sa domination, en y établissant l'Ordre de Cluni, qui passa encore par d'autres voies en divers autres endroits de l'Espagne. S. l'Iricen communiqua les usages à Hirsauge, d'où ilsse répandirent ailleurs, et les htobserver lui-même dansplusicurs autres abbaies d'Allemagne.' Dès la lin du siècle 7^i. .n. ' * p précèdent S. Alfere les porta dans la province Basilicate au roïaume de Naples, où il fonda le monastère de Cave, qui devint si célèbre dans la suite. ' On les observoit aussi à l'ai le an. 1. m. n. i«. et ailleurs en Italie. ' L'abbaïe de S. Victor de Marseille éta- i.iii. ». 72. |Man. blit les siens tant en Espagne qu'en Sardaigne, où elle reforma ô". wT/w.1' ' l*' plusieurs monastères. S. Gerauld fit aussi passer en Espagne ceux de la Sauve-Maiour. ' D'un autre côté Robert de Gren- m>i> «b.i. m. ». temaisnil Abbé de S. Evroul, établit ceux de sa maison en Calabre, où il releva les ruines, et fonda même de nouveau plusieurs monastères. Presque en même temps,' S. Bruno, fonda- Lab. wb. no» i s. leur des Chartreux, passa aussi en Calabre, et y établit son in- p stilut. Mais de tous les pais étrangers aucun ne tira plus d'avantage en ceci, que l'Angleterre, où presque tous les monastères furent alors reformés par des Moines François, ou Normans.

XI V. Les François en particulier prirent tant de goût pour l'institut monastique, qu'outre les monastères presque sans nombre qui furent reformés dans nos provinces, ils en fondèrent encore de nouveau quantité d'autres. On vit même alors s'ériger en France de nouvelles congrégations entières, qui contribuèrent beaucoup à la culture des Letres. Tels furent les ordres de Grammont, des Chartreux et de Citeaux, que l'on regarde avec celui de Cluni, comme autant de brandies du grand ordre de S. Benoit. 'Dés la fin de ce siècle celui des i;u.b. <k n.v. vit. Chartreux, dont on rapporte l'origine à l'an 108 i, travailla avec Sb.LM.n.«3. u!ï. succès à multiplier les bons livres. C'étoit-là une des principa- 1 !' v- n mles occupations des premiers disciples de S. Bruno, qui en fut l'Instituteur. Ils en copièrent, ou ramassèrent d'ailleurs un si grand nombre, qu'ils en avoient formé une riche bibliothèque dès le temps de Guibert de Nogent, qui en fait l'éloge. L'amour des livres persévéra toujours dans cet ordre : témoins le grand nombre d Auteurs qu'il a produits, et la quantité de manuscrits qui se voient encore à la grande Chartreuse, et dans les autres maisons qui en dépendent. ' Aussi le Vénérable Mab. an. »< n. Guigues, qui en connoissoit toùs les avantages, en a-t-il fait ^lmu' 1 71

Bij

un point capital des Statuts, qu'il prescrivit aux Chartreux vers onze cents dix. Il veut que ses frères regardent les livres comme la nourriture perpétuelle de leurs ames ; qu'ils soient attentifs à les conserver précieusement, et soigneux de 1rs transcrire pour les multiplier. Et afin de soutenir l'autorité du règlement par la persuasion, il en apporte les mêmes motifs cm-i.hmm. i c.7. ' queCassiodore donnoit autrefois à ses Moines en pareille rencontre. Ne pouvant, dit ce pieux et zélé Chartreux, annoncer de vive voix la parole de Dieu, nous le faisons de la main ; car autant de livres l'on écrit, autant de prédicateurs de la ve- Thooph. r. i. a. rité l'on est censé former pour l'instruction du public. ' Il ne p. 4*. n. s. cloîl point au reste paroitre étonnant que cet ordre se soit porté avec ardeur a cultiver les Lelres. S. Bruno son fondateur étoit lui-même un des plus sçavants hommes de son temps ; et presque tous les premiers compagnons de sa retraite avoient fait de bonnes Eludes, sur-tout le Docteur I^anduin, qu'il établit Prieur de Chartreuse.

XV. 'L'ordre de Citeaux eut aussi l'avantage d'être gouvcr- " ce*""*. T. 'm?.' n^ dès son origine, qu'on fixe au vingt-unième de Mars de »[r. |. m. n. a. l'année 1098, par deux Abbés fort instruits des Letres divines et humaines : le B. Alberic qui fut élu en 1099 après le relour de S. Robert à Molême, et le célèbre S. Eslienne son sucosseur. Celui-ci après avoir étudié en Ilibernie et à Paris sous le s meilleurs Maîtres, acquit un fonds de sçavoir qui alloit de pair avec sa vertu. Le goût qu'il avoit pour les bonnes Etudes, il le communiqua à ses Elevés, et en laissa un illustre monument dans la correction qu'il fit faire de la Bible, dont l'original se conserve encore à Citeaux. On verra sur les siècles suivants le secours que les Lelres ont tiré de tout ce grand ordre. Le pieux brillant que jeltoit l'institut monastique, piqua d'une noble et sainte émulation plusieurs Evêfjues de France, et les porta à établir une sorte de reforme parmi leurs Chanoines; d'autres Chanoines qui vivoient sans règle dans des abbaïes, ou monastères, entrèrent dansle même dessein ,et embrassèrent la vie commune. Avant la fin du VIII siècle, comme on l'a vu, S. Chrodegang Evêque de Metz, avoit établi ce genre de vie dans sa cathédrale; et le Concile d'Aix-la-Chapelle en 81 G avoit fait de beaux règlements, pour reformer les outres Chanoines de l'empire François. Mais les malheurs des temps aïant fait tomber, ou emcaii. rhr. nov. péché l'exécution de si beaux projets, ' on travailla particuliers r apP 1 1. 6. remenl au xi siècle, à les relever et les faire revivre. C'est ce

qu'on peut voir par grand nombre do chartes imprimées dans

le nouveau Gallia C/trisiiana. ' L'on poussa même les choses ki*«u. h. e. .

jusqu'il exclure toute propriété, et à rendre en cela les Cha- "' '*'

noines conformes aux Moines. Ceux qui embrassèrent cette

reforme, furent nommés Chanoines religieux, ou Chanoines

réguliers ; et ce dernier nom leur est demeuré. Quelques Au- «*. ci»r. an

leurs, qui ont voulu avoir quelque chose de plus précis sur l'o- ÔY™/. .f:*v'' '

riginc de cet ordre, qui s'est si fort étendu clans tout le monde

Chrétien, et a fait beaucoup d'honneur à l'Eglise cl à la Ré-

publique des hêtres, en rapportent l'institution à I\es, depuis

Evèquedc Chartres. En 1078 Ives fut fait premier Abbé, ou

Prieur de S. Quentin près de Rcauvais, qu'on regarde comme

le berceau de cet institut, auparavant inconnu en France:

sinon à S. Martin des Champs a Paris, et peut-être en un ou

deux autres endroits.

XVI. Ce renouvellement de mœurs et d'esprit de pieté dans une partie du Clergé, y ranima le goût pour les bonnes Eludes, et concourut à multiplier les Ecoles dans nos provinces. On a deja vu combien étoit florissante celle de Chartres sous le docte Fulbert à la lin du siècle précèdent. Elle ne fut pas moins célèbre en celui-ci. ' Ce vénérable Socrate, comme le A.id. aj h. p qualifie un de ses Elevés, malgré les fonctions de l'Episcopal, l„Mi,,b*, ^ \ auquel il fut élevé en 1007, ne discontinua point jusqu'à J -i' ^j^J, sa mort de faire des leçons publiques. Hien, ce semble, ne i'.v. '**>'. manquoil à cette Ecole pour lui donner du relief. Le mérite et la doctrine du Maître étoient si généralement reconnus, que ceux qui ne pouvoient aller l'entendre, le consulloient

f»ar écrit. De sorte qu'il devint un des Oracles de l'Eglise Galicane. he concours des Etudiants étoit si grand, que l'Ecole de Chartres mérita la première en ces tcmns d'ignorance de porter le litre d'Académie. On y cnscignoil d'ailleurs les sciences divines et humaines : nommément la Grammaire, sous le nom de laquelle on comprenoit l'étude des Belles hêtres, la .Musique, la Dialectique et la Théologie. Enfin la manière de les enseigner étoit incomparable. Fulbert ignoroit ces façons pedantesques trop ordinaires dans les Ecoles. Il n'emploïoit que la douceur et la voie de persuasion, et n'en venoit à l'autorité que lors qu'il s'agissoilde la. profondeur des mystères de la Religku. Alors il empèchoit en Maître que ses disciples disputassent sur ces matières; voulant qu'ils ne lissent usage que de leur fui, pour adorer ce qu'ils ne pouvoient comprendre.

Et afin d'éviter de donner dans des écueils et des scandales en l'ait de doctrine, il les exhortoit à s'en tenir inviolablemcnl à l'ancienne Tradition. Principes admirables, dont tous ses Elevés ne sçurent pas malheureusement profiter. Mais nos Lecteurs ne seront pas fâchés d'entendre Adelmanne, un d'entre eux, parler lui-même de la doctrine de son Maître, et de sa manière île l'enseigner. ' Heu ! dit-il à ce sujet dans une prose rimée,

Heu ! quanta dignitate moralis industrie, Quanta rerum gravitate, verborum dulcedine, Kxplicubat allions arcana scientia\ Florucn- U- foveute Gulliurum studia, Tu diviua, tu huniana excolebas dojiuiata, Nusquam passus obscurari virtutem desidia, — -

XVII. Ces derniers traits de l'éloge de Fulbert et de Sun Ecole sont loul-à-fait remarquables. Parles soins qu'il prit d'enseigner, les Eludes reprirent une nouvelle vigueur en France. C'est ce qu'Adelmanne prouve ensuite par le mérite, et le grand nombre de ses disciples. On vient de voir, que ce docte et vigilant Prélat ne souflïoit en eux ni oisiveté ni paresse. 'Attentif à leur former le cœur, comme à cultiver et à orner leur esprit, ' il les envoïoit ensuite répandre ailleurs la doctrine qu'ils avoient puisée auprès de lui. Il y en eut peu, remarque encore Adelmanne, qui ne fissent revivre leur Maître dans les divers endroits où ils se dispersèrent.

Gurges allus ut minores solvitur in alveos l.'tque matous ex se multus fondit ignis radios, Sic insignes propagasti per diversa plurimos.

l>. m Quorum quisque pra> se tulil, quod te usus fuerit.

Adelmanne, qui éloit du nombre, et qui fut depuis Scolastique de Liège et Evéque de Bresse, nous fait connoître plusieurs t. m autres disciples de Fulbert. ' 11 met au premier rangHildier,

Cliarlrain, nomme de beaucoup d'esprit, qui avoit pris une connoissance particulière de la Médecine, de la Philosophie et de la Musique. Parfait imitateur de son Maître, il en eopioit jusqu'aux manières, au regard et au ton de la voix, et pouvoit aller de pair avec lui. Sigon, qui excelloit dans la Musique,

Mab. atiu. ib.

Spio. il..

Mo«l ib. p. 421.

el dont nous aurons occasion de parler encore dans la suite, lenoit le second rang. Après ceux-ci, Adehnanne compte Lambert et Engelbert, qui enseignèrent, l'un à Paris, l'autre à Orléans, el qui amassèrent de grands biens dans celle profession. Un 1 Hainauld de Tours, Clerc de l'Eglise de S. Martin, qui passe il pour un sçavanl Grammairien, valenlcm Grammatieum, et oui avoit une facilite singulière pour parler et écrire, ce qui rendoitson style diffus. Un Girard-Gilbert, ' ou Girard- p **i Glabert, comme Dom Mabillon voudroit qu'on lût, qui après avoir fait un voïage à la Terre Sainte, revint en France et alla mourir sous les murs de Verdun. Un Vaulier Bourguignon, p. m dont l'ardeur insatiable pour les sciences lui lit parcourir presque toutes les Ecoles de l'Europe, où il acquit de grandes connoissances, sur-tout eu Espagne, el qui de retour en son pais aurait fait l'ornement de la langue latine, sans une mort prématurée que lui causa l'impitoiahle faction de ses envieux^ 'En- P. fin un Ragimbald de Cologne, que la beaulé de son génie el la réputation de son sçavoir avoient rendu fort célèbre.

XvlIL Adelmanne ne fait entrer dans celle énumeraïion, que les principaux Elevés de Fulbert, avec lesquels il avoit étudié. On n'y voit point paroilre le fameux Herenger, depuis Ecolalre de Tours; et l'on n'en sçauroitdire la raison. Il a.i.i ad. h ib est néanmoins certain qu'Adelmanne l'eut pour condisciple à Chartres, comme il nous l'apprend lui-même ailleurs. Au- Si.ir i.* |,.:,»v gelramne, ou Enguerran, depuis Abbé de S. Riquier, et le 1 (i- '' r,,(i seavant Olbert, qui lefulde Gernblou, prirent aussi des Leçons de Fulbert. Il lui venoit des disciples jusquesdu fond de la Provence. ' Domnus, Moine de Mont-Majour, fut de ce nombre, jui,. t * P et passa neuf ans entiers à son Ecole. Entre ses autres disciples W,H qui étoient de Chartres, ou qui s'y fixèrent, on nous fait cou- |,.U1 ,i„ srim P. noilre un Pierre Chancelier de la Cathédrale, Auteur de quel- ^ v" 1 ques écrits, et un Arnoul Chantre de la môme Eglise, qui composa quelques hymnes, ou répons à l'honneur de S. Evroul. ' L'Agent que Fulbert envoïa à Poitiers pour gérer les affaires r-»»' q»- i* rade sa thrésorerie de S. Hilaire, et qui n'étoit autre qu'Hildegaire, ou Ilildier, y noria la doctrine de son Maîlre par le soin qu'il prit de diriger l'Ecole de S. Hilaire. ' Fulbert eut un au- «p. 121 Ire disciple, dont le nom n'esl désigné que par un E, à qui il lit avoir un emploi d'Ecolatre, on ne dit pas en quel endroit.

I Ce Rainauld est peul-t'lro le im'ino ' que «.vie «lu S. Marlin, cl cnsuilc Tliréaorkr il,- M.ih. act. l. S> pi Kjfiiu.1.1, qni lot dcpuii souvJialtn- de I E- la iiiimik Eglise. , n. H.

Mab. nn I. 58 •M

10 ETAT DES LETBES

Hugues, Evêque de Langres, morl en lOîîl , et le premier des Ecrivains qui ont combattu les erreurs de Bcrenger, doit être aussi compté entre les disciples de Fulbert ; puisqu'il avoit été Es.» Bul t I . p, d'abord Clerc de l'Eglise de Cbartres. M.' Du Boulay suppose, r,oti qu'Hubert <jui enseignoit à Orléans, il a voulu dire à Meun,

après le milieu de ce siècle, avoit aussi eu le même avantage ; o,.i vu i. s. p mais on n'en a point d'autre preuve. 'On fait le même honneur mi. .-.as. ay(,c jus de. certitude- à Goisbcrt, qui passoil pour avoir une grande eonnoissance de la Médecine, et qui se rendit Moine à S. Evroul.

XIX. Après la mort de S. Fulbert, qui arriva en Avril 1029, Lau .le Sc>. iii. ' Pierre de Chartres, un de ses disciples, fut chargé du soin de l'Ecole épiscopalc , et des fonctions de Chancelier dans la mêconc.i.o.ç.oM. i me Eglise. 'En 1 0 10 cette Ecole avoit pour Modérateur le célèbre Sigon, qui en prend lui-même la qualité dans sa souscription au bas d'un acte de la même année. On manque de guide et de lumière pour continuer la succession des autres Hca-. Uni ib. i>. Seholastiques de Chartres. ' Seulement on sçait, que sur la fin TH.i.1 i)"i>. di'. ?£r (lc ce siècle elle eut un aulre habile Modérateur, en la personne r,°- de Bernard de Chartres, un des plus fameux Humanistes et Phi-

losophes de son temps, qui avoit un frerc nommé Thierri, autre personnage Irès-sçavant. Entre ses principaux disciples on compte Guillaume de Couches et Richard Levesque, qui fui nui. ib p rent Maîtres de Jean de Sarisberi. ' La belle description que "u> celui-ci nous a laissée de la méthode d'enseigner que suivoil

Bernard, nous fait comprendre qu'elle étoit admirable. L'école de Chartres ne peut aussi que tirer beaucoup d'avantage du grand seavoir d'Ives, qui devint Evèquc de celte Eglise en 1001, et un autre Oracle de toute la France, comme S. Fulbert. Tout ce nue l'on vient de dire de cette Ecole, montre qu'elle fut une heureuse et féconde source de doclrine en ce siecle-ei et le suivant. Outre la Grammaire, la Dialectique, la Musique et la Théologie, qu'on y enseignoit avec réputation . le goût dominant qu'avoit Ives pour le Droit canonique, porte à juger qu'on l'y éludioil avec ces autres sciences. Il paroit aussi par le soin que S. Fulbert prit de cultiver la Médecine, et par b s grandes connoissances qu'en acquirent llildi r et Goisbeiï. qu'on donna à Chartres une application particulière à cette iaor.i vu i t p. culte de Lilcralure. On en a une autre preuve ' en ce que l'Hi- 4% 1 k.o lA" ' s'oire nous apprend de Jean, Médecin du Boi Henri 1, qui éloil de Chantres, et passoit pour fort habile en son art. Sa surdité

dité le faisoit communément nommer le Sourd. N'oublions pas

'un autre Elevé de l'Ecole de Chartres. C'est Hardouin, oui Mari. w. t. i.

alla enseigner à Fougères en Bretagne sur la fin de ce siècle. !U1'

L'Abbaïe de S. Pére en Vallée étoit trop proche de Chartres,

pour ne passe sentir de ces influences I itérai rcs. Les bonnes

Etudes y avoient été assés bien établies au siècle précèdent.

'En celui-ci Arnoul, qui la gouverna en qualité d'Abbé de- Mai.. a. t i.k. ,i

puis 101 1 jusqu'en 1030, éloiten si grande réputation pour son 318 11 '

mérite, que Richard H, Duc de Normandie le choisit pour son

Confesseur.

XX. ' Ce qu'on a dit ailleurs de l'Ecole de Liège, a annon- u*. lu. -w u Fr cé par avance une chaîne non interrompue d'hommes de Le- 1 u l> M 31 très, et une succession de doctrine dans ce Clergé pour le XI siècle. On en va donner les preuves qui feront voir, ' s'il est uu. <i-> s<iio. p aussi vrai que le prétend M. de Launoi, que les Etudes y fus- msent tombées alors. Elles y furent au contraire soutenues avec autant de succès que d'éclat. ' C'est ce qui fait qualifier Liège Nab. an*, t. i. p. laNourricedes Beaux Arts, par un Ecrivain dece temps là, qui en faisoit lui-même un grand ornement. ' L'Evèque Notger y for- i^-o.i .i.uto. t. i.p. ma bon nombre d'Elevés de mérite, dont une partie prit soin J'J,. 'tl"?,. d'y enseigner après lui, tandis que les «lutres allèrent répandre ailleurs ce qu'ils y avoient puisé de science et de vertu.' Va- Leo.i. hit. ib. p. zon, l'un des plus illustres, n'étant encore que simple Chapel- S™*" lb P lain du Prélat, fut chargé de la direction de l'Ecole, dont il s'acquitta avec une vigilance merveilleuse. On couroit à ses leçons de presque tous les divers pais. Mais il ne recevoit les étrangers qu'après-une sérieuse épreuve, et n'étoit pas moins attentif à veiller sur la conduite de tous, que soigneux de leur avancement dans les Letrcs. Son désintéressement à l'égard des Etudiants étoit entier. Non-seulement il refusoit avec générosité ce que la rcconnoissance les portoit à lui offrir ; il alloit encore jusqu'à fournir le nécessaire à ceux qui étoient dans le besoin. Lorsqu'en 10 il il fut devenu évêque de la Ville, il ne négligea pas pour cela le soin de ses Ecoles. Elles avoient cependant à leur tête d'habiles Maîtres, comme on va le voir.

' Toujours zélé pour l'instruction des jeunes genls, il étoit in- M»n. ib p wa. dustrieux à les piquer d'émulation. Il les visitoit souvent et se faisoit un plaisir de leur proposer des questions à leur portée, afin d'avoir occasion de louer ceux qui y répondoient le mieux. 11 en usoit ainsi tant à l'égard de ceux qui n'étudioient encore que la Grammaire, qu'envers ceux qui éloient plus avancés.

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