‹ qui comprend le onzième siécle de l'EgliseChapitre 2 sur 214 · A PARIS · texte numérisé non relu

A PARIS

librairie de VICTOR PALMÉ, 25, rue de Grenelle-Saint-Germain.

M. LHXC IX VII

Pi»u. — lnrrim*ri« Duro»r,rM

AVERTISSEMENT

Dans lequel on répond à deux reproches assez singuliers , que nous fait un Sçavatit Moderne.

L'Aggresseur, qui donne occasion à cet Avertissement, nous attaque sur deux points de critique, qui doivent intéresser tous les François. Il est question de sçavoir d'une part , si le I^atin a été une langue vulgaire parmi les (iaulois leurs ancêtres : et de l'autre, si notre Langue Françoise , alors connue sous le nom de Roman ou Romance, et toute brute qu'elle étoit , a été emploïée avant le milieu du douzième siècle à écrire pour la postérité. Nous avons avancé l'une et l'autre affirmative sur des preuves qui nous ont paru , comme à grand nombre de Gens de ^etres, décisives et convainquantes. Mais le Sçavant Moderne , à qui nous entreprenons de répondre , ne les aïant pas jugées telles , a cru devoir les contester, et se déclarer en conséquence pour la négative sur l'un et l'autre point. On verra parla suite si c'est à tort ou avec raison.

Avant toutes choses , qu'on ne s'imagine pas, lorsque nous

ques hérisses de pointes , de ces Censeurs bourrus , de ces Critiques chagrins , qui ne se montrent que pour piquer , ou faire sentir leur mauvaise humeur. Non. Celui qui se déclare

parlons d'A

fil s'agisse ici d'un de ces Aristar-

ij AVERTISSEMENT.

litesse qui mérite le tribut de notre reconnoissanee. De sorte que sans l'amour du vrai , qui nous est commun avec lui, nous laisserions tomber ses traits , sans nous mettre en peine de les repousser.

D'abord nous nous étions attendus que le Procès Liléraire qu'il nous intente, se termineroil par letres de lui à nous. C'est la première voie qu'il avoil choisie ; mais qu'il a jugé à propos de laisser ensuite , pour porter le différend au tribunal du Public. Nous l'y suivons d'autant plus volontiers, que nous avons plus de confiance aux lumières et en l'équité de ce respectable Tribunal. Commençons par lui mettre sous les yeux Ips pièces de notre Partie adverse. Eiles consistent en quelques traits répandus dans son ingénieux écrit sur les révolutions de la Langue Françoise , ausquels nous aurons occasion de revenir, et en deux letres. La première que nous qualifions telle eu égard au temps que nous avons eu connoissance de l'une et de l'autre, nous fut écrite le 26 d'Octobre 1712 ; et en voici la copie faite sur l'original.

» M. On peut être quelquefois d'un sentiment opposé l'un » à l'autre, et estimer infiniment celui avec qui l'on diffère » d'opinion. Je suis dans ce cas avec vous. J'honore votre » personne et votre science au-dela de ce que je puis dir . » Votre Ouvrage mérite toute sorte d'éloges , tant pour le » eboix et la beauté de la matière, que pour la forme dan.-. » laquelle vous l'exécutez. Mais permettez moi de vous le » dire , je n'ai pu adopter votre opinion sur l'époque que » vous donnez à notre Langue.

» Vous prétendez qu'avant le dixième siècle le Lalin éloit » la Langue vulgaire du Roïaume. Je crois au contraire que » le Latin a toujours été une Langue scavante, et qu'en tout » temps il y en a eu une autre, qui éto'it la maternelle et la » populaire.

» Celte Langue populaire fut d'abord la Celtique, ou Gau- » lois pur, sur lequel les Romains et les Francs ont enté, » pour ansi dire, la leur alternativement.

» Les Gaulois étant seuls les maîtres de toute la Gaule, » avoient leur langue maternelle , diverse cependant dans » chacune des trois parties qui composaient , selon César, » le corps entier de leur Monarchie. De cette diversité d'i- » diomes est venue celle qui se trouve encore dans le langa- » ge d'une Province à l'autre.

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» Les Romains Vainqueurs transportèrent leur langage » populaire, qui se filtra insensiblement dans le Celtique. Le » peuple alticr imposa le nom de sa langue à celle qu'il avoit » trouvée dans les Gaules : de sorte que quoique le Celtique » fit le fonds de la langue que l'on parloit, on ne la connut » presque plus que sous le nom de Romans. »

« Le Romans et le I*atin differoient entr'eux; comme le » patois de nos villages diffère du beau langage de la Cour » et des Sçavants.»

» Les Francs aiant enlevé aux Romains ces mêmes Pro- »vinecs, y apportèrent un troisième jargon. Au commen- » cernent ils ne s'embarrassèrent point de le faire briller. Nés » Germains, ils avoient l'aversion du païs pour les Letres. >» Ce ne fut que par la suite des siècles, que leur langage se >» mêla avec le Celtique et le Romans, déjà fondus l'un dans » l'autre. De ces trois jargons, entre lesquels le Romans do- » mine, a été composé le François, qui continua d'être ap- » pcllé Gaulois, et plus souvent Romans, jusqu'à ce que » des Ecrivains François aient osé écrire en cette langue. » Alors disparurent entièrement les deux premières denomi- » nations, qu'a voit eu la langue maternelle de nos can- » tons, pour faire place an François.

» C'est par cette suite des temps, que l'on distingue ceux » ausquels chacune de ces trois langues vulgaires est devenue » tour à tour la langue dominante. C'est ainsi qu'on voit, qu'il » y a toujours eu une langue vulgaire indépendante de la » Latine, qui n'a été en aucun siècle la maternelle du peu- » pie François.

» J'en ai ébauché l'Histoire dont la première époque est le » règne de Charlemagne. Ainsi je n'ai rien à dire pour ce » moment de ce qui éloit antérieur. Je pourrai y revenir. J'ai » l'honneur de vous envoïcr cet Ouvrage. Je me flatte que » vous y trouverez assés d'autorités d'Auteurs rassemblées, » pour vous persuader qu'il y avoit avant le dixième siècle » un langage paternel et populaire différent du I.alin.

» Vous pensez encore, M. que ce langage populaire a » commencé à parotlre dans les écrils dés ce même siècle, » et que l'on connoissoit dès lors nos Romans. Vous avez » produii un seul exemple , pour appuïer votre sentiment. «C'est le Roman de Philomena (si je ne me trompe, car » j'écris tout ceci de mémoire) que vous maintenez avoir

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» été composé du temps de Hugues Capet.

» Permettez que je vous fasse observer que ce Roman, au » rapport de Catel, qui est l'unique garantie que vous avez » suivie dans ce que vous en avez dit, ne fui écrit qu'en i 100 » environ , ce que vous reconnoilrez en relisant les endroits » de son Livre où il en a parlé ; de sorte que ce que vous «alléguez pour preuve de votre sentiment, le détruit, et » sert au contraire à continner l'opinion reçue des autres » Sçavants, que le François n'a commencé à être usité dans » les écrits, qu'au milieu du douzième siècle.

» J'aurois eu , M. un véritable plaisir de vous porter moi - » même mon Ouvrage. J'esperois aller dans votre Ville, en » étant aussi pré* que je suis. Je vous aurois entendu sur ce » même point de Lileralure que nous agitons. Je vous auto rois remercié du tôt» obligeant avec lequel vous avez par- » lé de mes dissertations sur les Auteurs des Annales de saint » Berlin. Mais les affaires qui m*onl apellé ici, ne me per- » mettent pas de faire ce petit voïage. Les temps me rapel- » lent du côté de la grande Ville. Je pars mortifié de n'avoir

» pu vous aller voir Personne n est avec plus de respect

» que moi ; elc. »

Il est visible, que tout le contenu de celle sçavaiite et gracieuse Letre se réduit aux deux points de contestation que nous avons marqués plus haut. Il n'y a point de différend enlre notre Aggresseur et nous', au sujet de la langue en . 'i' p'm.' usaf>e parmi nos Gaulois dans les premiers temps. Nous avons établi conformément à son opinion, qui est celle de tout le monde, qu'ils parloit nl le Celtique, ou Gaulois pur, 'qui n'étoitpas néanmoins tout-à-fait le même chez les Belges, les Aquitains et les Celtes, ou Gaulois proprement dits. Il n'est ici question que de la langue vulgaire dans les Gaules, depuis la domination des Romains jusqu'au dixième siècle. En montrant que c'étoit la Latine, telle qu'on la parloil suivant les révolutions auxquelles elle a été sujette, nous mettons une partie de notre Thèse à couvert de l'atteinte qu'on veut lui donner. Nous ferons voir en même temps, que la Langue vulgaire, qui dans l'ingénieuse supposition de notre Critique auroil immédiatement succédé au Celtique, et qu'il suppose encore indépendante de la Latine, est purement imaginaire, et n'a jamais existé. De tout ce que nous nous proposons de dire à ce sujet, il résultera qu'on n'a point

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connu d'autre Langue sous le nom de Roman, ou Romance, que celle qui s'est formée de la corruption du Latin, avec les secours qu'elle a tirés des autres, nommément de la Gréque, de la Celtique, et sur tout de la Tudesque. Par-là tombe sans ressource l'opinion singulière, suivant laquelle on voudroil nous persuader, que cette Langue vulgaire auroit été nommée, Homans, de ce que les Romains altiers lui auroienl imposé le nom de la leur. C'est ce que nous avons commencé à détruire dans la réponse manuscrite, que nous eûmes l'honneur de faire le 11 de Novembre 1712, à la Letre qu'on vient de lire.

A I égard du second point de notre contestation entre notre gracieux Aggresseur et nous, nous primes la liberté, pour couper court, de le renvoïer au discours Historique à la tète, de ce Volume. Il éloit dès-lors prêt à passer sous la presse ; et nous espérions qu'il en sortiroit dans le cours de l'année suivante 1743. Malheureusement il a tardé jusqu'à présent, par une négligence incompréhensible de la part des Libraires associés, entre quelques-uns desquels il est né de la mésintelligence.

Depuis notre réponse manuscrite, qui n'a point été suivie de réplique, ' a paru l'autre Lelre de notre Si;avant Critique. Elle se trouve dans le mois de Novembre du Journal ' P' de Paris i 742 ; mais le mois auquel elle est rapportée, ne fut imprimé qu'en Mars de l'année suivante. A la vérité elle ne porte pas le nom de notre Aggresseur ; mais on ne peut se tromper à y reconnoitre sa plume. 11 n'y a qu'à la conférer à celle qu'il nous a fait l'honneur de nous écrire, et qu'on a lue. On y verra qu'elle est toute emploïée à développer les raisons qu'il ne fait que toucher dans la première, contre noire sentiment, en faveur de l'ancien usage de la Langue Romance dans des écrits pour la postérité. Le Tribunal auquel nous sommes cités étant déjà en possession de; cette seconde pièce, nous sommes dispensés de la transcrire ici.

Quoique les nombres cent vingt-neuf et cent trente jusqu'au cent trentre-cinq, les cent cinquante-cinq, cent cinquante-six et les deux suivants de notre discours Historique à la tête de ce volume avec quelques endroits du corps de l'Ouvrage, pussent suffire nour repousser le second trait de notre Adversaire, et justifier en conséquence la seconde partie de noire Thèse, nous ne laisserons pas d'y revenir ici

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tout de nouveau. Si le Sçavant Critique qui nous y engage y trouve son système renversé, il ne pourra s'en prendre qu'à lui-même. Pourquoi nous y a-t-il contraint? C'est sans doute l'amour du vrai, elle désir de voir la matière plus éclaircie, qui l'y ont porté. Nous créions devoir lui rendre cette justice. Nous le prions de croire pareillement, que c'est par les mêmes motifs que nous nous déterminons à lui répondre. Entrons en matière.

Le Lecteur intelligent comprend sans peine, que les deux points de Literature qui se présentent à agiter, offrent un très-grand nombre de choses à dire. Pour y procéder avec plus d'ordre, de justesse et de clarté, nous les discuterons séparément en autant de paragraphes.

Si-

Où fou montre que le Ijxlin a été une Langue vulgaire dans les Gaules, jusqu'à ce que de sa corruption s'est formée notre Ijangue Romance.

Entiu:puksdre de contester que le Lalin ait jamais été une Langue vulgaire dans nos Gaules, c'est s'exposer à nier ou que les Romains aient jamais parlé le Lalin, comme leur langue naturelle, ou que les Gaulois aient jamais fait partie du peuple Romain. Oui, ces trois vérités sont entièrement connexes. Si le Latin a été la Langue naturelle des Romains, il est devenu la Langue vulgaire des Gaulois, parce que les Gaulois sont devenus Romains euxrnèn:es. La vaste érudition de notre Aggresscur, jointe à sa bonne foi, ne permet pas de soupçonner qu'il révoque en doute la première de ces vérités, sur laquelle tout le monde sçavant est d'accord. De même il est trop versé dans la eonnoissance de notre Histoire, pour soutenir que nos Gaulois n'ont pas été incorporés pendant plusieurs siècles avec les Romains, et fait ensemble un même peuple. Il n'y a que la connexion qui se trouve entre l'une et l'autre vérité, et d'où resuite la troisième, de laquelle il fasse difficulté de convenir. Il importe donc de la développer, et de montrer comment se sont passées les choses par rapport à cet objet. C'est ce qu'on va faire avec toute la précision possible. Long-temps avant que nos Gaules subissent le joug des

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fiers Romains, cette grande étendue de Pais enclavé entre les Alpes, la Mer de Ligurie et le Rhône, qui porta dans la suite le nom de Gaule Narbonnoise, parlait déjà tout communément la Langue Latine. Voici par quelles voies elle parvint à en acquérir la eonnoissance, et à se trouver dans une espèce d'obligation d'en faire usage. Sans remonter jusqu'aux premiers temps que les Romains commencèrent à avoir des liaisons, et entrer en commerce avec les peuples de cette vaste Province, bornons nous à datter setikw nt du temps de l'alliance que Rome contracta avec Marseille, bâtie, comme on seait environ six cents ans avant la naissance de J. C. Rien-tôt ces deux fameuses Villes unies de la sorte, se communiquèrent mutuellement leurs Coutumes, leurs Usages, et les Arts dont elles faisoient profession. Rome apprit de Marseille la Langue Gréque, qui y devint si commune dans la suite, qu'encore au temps de Cicéron les femmes la parloient comme leur Langue maternelle, 'Cicé- j^1 <•'• i"*' <■ ron lui-même ne plaida point en d'autre Langue pendant les premières années qu'il brilla dans le Barreau.

Réciproquement Marseille apprit de Rome à parler la Langue Latine, qui vraisemblablement eut à Marseille le même sort que la Langue Gréque à Rome. Au moïen de quoi Marseille eut à son usage trois Langues différente s : la Gréque, qui étoit celle des Phocéens ses Fondateurs, la Latine que les Romains lui avoient communiquée, et la Gauloise, ou Celtique, qui étoit celle du Pais où Marseille se trouvoit située. C'est ce qui a porté Varron qui, selon S. h.... in k,,. Jérôme, a poussé plus loin qu'aucun autre Ecrivain les re- rMl 1>r cherches de l'Antiquité, et qui a écrit beaucoup de choses mémorables touchant les Gaulois, à qualifier Triglottes, Trilingues, les habitants de Marseille. Les Marseillois habitués à parler Grec, Latin et Gaulois , portèrent l'usage de ces Langues 'à Agde , à Nice, Antibe, Olbie et Taurence , s«rai..i>. m autant de Villes qu'ils bâtirent et peuplèrent dans la môme Province. Qu'on ait la bonté d'observer cette première propagation du I^atin dans cette partie de nos Gaules. Au bout de quelques siècles il y fut encore tout autrement répandu.

Les Romains avides des richesses du Pais, et s'y voïanl une entrée ouverte, au moïen du grand commerce qu'ils y faisoient, conçurent le dessein de le subjuguer. ' Aïant com- Amm. i. 15. P menée" à exécuter cet ambitieux projet dès l'année 629 de 107

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la fondation de Rome, par les armes du consul M. Fulvius Flaccus, ils l'avancèrent beaucoup par celles de C. Sexlus Calvinus, et le consommèrent sous la conduite de Q. Fab.

?*V s"'"* 1 Maximus Allobrogicus. Par celte conquête ' la Gaule Narbonnoise , qui comprenoit alors le Languedoc, la Provence et le Dauphiné, devint une Province de la République Romaine; et presqu'aussi-tôt on vit des Colonies de Romains à Arles, à Narbonne, Vienne, Aix . Valence, Orange, Frejus, Avignon, Besiers, et encore ailleurs.

Il n'est pas sans doute besoin de dire quelle Langue parvient ces Colonies. On sçait fort bien que c'étoil le Latin. Mais faudra-t-il nous arrêter à rechercher si elles le communiquèrent dans les lieux de leur nouvelle habitation"? Nous l'apprendrons de ce qui s'étoit déjà passé auparavant,

\iivt. m. t. au. a l'égar(j des Colonies Gauloises, qui s'étoient allé habituer dans celte partie de la Grèce et de la Macédoine., qu'on nomma depuis Gallogréce ou Galatie. Elles y portèrent leur langue avec leurs mœurs ; et on l'y parloit encore au quatrième siècle de l'Eglise. Il en fut de même des Colonies Romaines dans la Gaule Narbonnoise, par rapport au Latin. Ce n'est pas encore tout. Pour avoir une juste idée du progrès que ht la Langue Latine dans les autres lieux voisins de la Narbonnoise, il en faut juger par celui qu'y fit le Grec,

3ue les Phocéens avoient apporté dans les Gaules. Qu'on se onne la peine de recourir ' aux endroits cités de notre premier Volume; cl l'on y verra que de Marseille la Langue Greque , après s'être répandue dans toute la Narbonnoise, se communiqua avec le bénéfice du temps a la Celtique, à l'Aquitaine, et même encore plus loin. Seroit-il raisonnable de douter que le Latin n'ait eu le même sort? Que devient donc la prétention singulière de notre Seavant Critique, gui

croit que le Latin a toujours été une Langue sçavante et

n'a été en aucun siècle la materne/le du peuple François, ni par conséquent du peuple Gaulois ?

Les Gaulois eurent encore beaucoup plus de motifs et de raisons de parler le Latin, qu'ils n'en avoienl de cultiver le Grec. Et voici comment. La Narbonnoise étant devenue toute Romaine, comme on vient de le montrer, le reste des Gaules ne tarda pas fort long-temps à le devenir à son tour. <n*(iî mïi ï rm César, le Belliqueux César, profitant en habile Polilique et il. p. W rusé Capitaine de l'invitation des Eduens, qui avoient ap-

pellé

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pellé les Romains à leur secours contre leurs ennemis, passa les Alpes, vinl dans les Gaules à la téte de dix Légions, ' et en moins de neuf ans subjugua tout ce vaste païs, qui f^' Cmt- '• est depuis les Pyrénées et le Rhône , jusqu'au Rhein et à l'Océan. Conquête rapide, qui réduisit toutes les Gaules à la même condition que la Narbonoise : après quoi elles ne firent plus, comme celle-ci, qu'une seule Province des Romains.

' Les Gaulois vaincus devinrent un seul et même peuple n. su.^m. ia.-.i. avec leurs vainqueurs; et dès-lors plusieurs d'entr'eux furent cp honorés du droit de Rourgeoisie Romaine, et eurent entrée dans le Sénat. Deja devenus Romains, et vivant à la Romaine, ils eurent encore d'autres engagements à parler la Langue des Romains. En eflt-t ' l'Empereur Auguste , succès- ™i. Emp.t. i. P. seur de César, étant venu dans les Gaules dès la cinquième année de son Empire, y établit la Police et l'ordre du Gouvernement, suivant les Loix Romaines. Il y créa des Préteurs de3 Présidents , ou Proconsuls , et des Questeurs qui renvoient la justice en Latin. Il étoit donc tout naturel, que le peuple conquis, héritant des mœurs, des loix et autres usages du peuple conquérant, héritât aussi de son langage. C'est ce qui étoit d'autant plus facile, que ce langage étoit déjà plus connu dans plusieurs de nos Provinces : soit en consé-

!|uence des liaisons qu'elles avoient depuis long- temps avec a Narbonoise, où on le parloit tout communément, comme nous l'avons fait voir : soit à raison de leur ancien commerce avec les Romains mêmes.

Que si tous ces motifs, pris du côté de la vie civile et de l'intérêt, ' ce que notre habile Critique sçait si bien faire va- Bov13,J« u L- r loir en un cas presqu'entiercment semblable, n'avoient pas p' été assés puissants pour engager les Gaulois à parler Latin, n'y auroient-ils pas été obligés par autorité? Qui ignore , 'depuis que S. Augustin nous l'a appris, que Rome cette Mat- a«m:*' •>«'. ■• tresse de l'univers , étoit attentive à imposer à ses vaincus le joug de sa langue avec celui de la servitude? Par ce trait de politique, Rome se proposoit deux avantages importants pour la République : l'un de mieux tenir dans le devoir, et de s'unir plus étroitement les peuples de sa domination ; l'autre de répandre et d'élever en honeur la langue qu'elle parloit. ' Valere Maxime avoit déjà marqué ce second avanta- v*j; 1 * *■ ge avant S. Augustin : f/uo scilicet Latinœ vocis, dit-il, honos

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