SCÈNE PREMIÈRE MAUD, JULIE, ALPHONSE
Maud, entrant par la porte de droite, un manuscrit à la main, -r Et puis il m'ennuie mon rôle... ah ! ces auteurs... c'est insensé... n faut tout de même que je revois cette phrase-là... {Reprend le meCnuscrit.) Vous ne le voudriez pas... ce n'est pas ça... Vous ne le voudriez pas... Non ce n'est pas ça... vous ne le voudriez pas... oh non ce n'est pas^ ça du tout.
Julie. — Monsieur Yem du Figaro voudrait parler à Madame.
Maud. — Vous ne le voudriez pas.
Julie. — Comment ?
Maud. — Ce n'est pas à vous... c'est dans mon rôle... mais ça ne fait rien. Vous m'avez fait trouver l'intonation, c'est toujours ça... Qu'y a-t-il ?
Julie. — C'est M. Yem du Figaro.
Maud. — Qu'est-ce qu'il veut?
JuuE. — Il supplie madame de lui accorder une interview.., c'est pour faire une avant-première.
Maud, — Je n'ai pas le temps. On me trouve au théâtre.
JuuE. — Au théâtre? Madame répète : on ne peut pas la déranger.
Maud. — Tu m'ennuies.
Julie. — Et ce monsieur est tout jeune. Voici cinq fois qu'il vient. Il compte beaucoup sur cette interview. Il m'a dit que cela le ferait entrer au Figaro,
Maud. — Entrer au Figaro. Mais il y a « du Figaro » sur sa carte.
JuuE. — Oui, c'est d'avance. C'est jeune, c'est impatient. Il m'a remis un volume de vers pourjmadame.
Maud. — Ah !
Julie. — Il serait très heureux si madame consentait à lui en dire quelques-uns aux matinées des « Chansons Poétiques ». Il a l'air timide, mais il fait des petits vers gais. Il a d'ailleurs une jolie figure.
Maud. — Une jolie figure ?...
JuuE. — Une très jolie figure.
Maud. — Pauvre garçon. Je le recevrai.
Julie. — J'en étais sûre. Madame est si bonne.
Maud. — Demain... je le recevrai demain.
Juue, en sortant, — Bien madame.
Maud. — Ah I et puis j'en ai assez de mon rôle. (Alphonse entre, portant une corbeille de fleurs.) Oh! c'est joli! Tenez, posez ça là. . . mais non, pas comme ça, oui ainsi. De qui ces fleurs?
Alphonse. — Madame peut voir la carte.
Maud, regardant la carte, — M.Jacques Therland. Ah ! oui. Je l'attends à cinq heures, pour le thé.
Alphonse. — Madame ne l'avait donc pas oublié ?
Maud. — Non, pourquoi ?
Alphonse. — Parce que M. Jacques Therland craignait que madame l'eût oublié. Moi, je le rassurais, je lui disais : « Mais non, mais non, monsieur, madame est si bonne... Madame... »
Maud. — Oui, c'est bien.
Alphonse. — Madame a vu l'autre corbeille ?
Maud. — Oh ! c'est joli aussi.
Alphonse. — Elle est d'un des soupirants de madame. Du baron de Puysieux.
Maud. — 11 est donc rentré de la campagne ?
Alphonse. — Il était déjà venu hier. Aujourd'hui il paraissait pressé.
Maud. — Pressé ? Qu'est-ce qu'il veut ?
Alphonse. — Toujours la même chose.
Maud. — Il attendra.
Alphonse. — J'oubliais de dire à madame que la baronne Chantârelles a téléphoné.
Maud. — La baronne Ghantarelles ?
Alphonse. — Elle demande si madame n'aurait pas un petit coin pour la répétition générale des Cornes d'or.
Maud. — Un petit coin ?
Alphonse. — Oui, un petit coin. Pour elle, un vieil ami, son marii et un jeune ami.
Maud. — Ces femmes du monde !...
Alphonse. — Ah! oui, Madame. (// sort.)
Maud, regardant des livres, — Amitié amoureuse. L'amour est mon péché. Impossible amour. Amour, amour. Maudit soit Vamour. C'est effrayant I U Amant et le médecin, de Gabriel de La Rochefoucauld... U Amant et le médecin... ce doit être commode, ça.
SCtlNE II Les Mêmes, sauf JULIE. ALPHONSE, vieux domestique.
Alphonse, entrant. — Mlle Thureau-Merville voudrait parler, à Madame.
Maud. — Mlle Thureau-Merville ? Elle est au téléphone ?
Alphonse. — Elle est dans sa voiture.
Maud. — Alors, priez, Mlle Thureau-Merville de monter.
Alphonse, souriant. — Faut-il faire aussi monter la gouvernante?
Maud. — Faites ce que je vous dis.
Alphonse. — Bien, Madame. [Il sort,)
Maud. — Il est insupportable avec son éternel sourire... enfin, c'est un bon garçon.