SCÈNE II LA COMTESSE, ANDRÉ D'ARBELLES
ANDRÉ
Madame!
LA COMTESSE, montrant le cabinet de toilette.
Ah! mon cher d'Arbelles! Tout à fait ravie de vous voir! Nous allons faire mes visites ensemble !
ANDRÉ
J'aime mieux pas. (ii ure sa montre.) A cette heure-ci, on trouve les gens chez eux.
LA COMTESSE
Pauvre ami ! Vous m'avez manquée de cinq minutes !
ANDRÉ
Pas du tout! Vous, ce n'est pas les autres : vous êtes une amie, la plus belle, la plus cordiale des amies. Je viens vous faire mes adieux, je quitte Paris.
LA COMTESSE, descendant vers la femme de chambre.
C'est bien le cheval bai qui est attelé : faites attendre.
(La femme de chambre sort. La comtesse remonte vers d'Arbelles.) Comment; VOUS quittez Paris! au moment de publier le second volume de vos études historiques sur La Guerre de cent ans? Le journal annonçait l'autre jour que vous aviez retrouvé des documents très neufs sur le Prince Noir.
ANDRÉ
J'ai lu cela aussi dans le journal. Mais mes études historiques... I (u achèTO ta phrase par an geite découragé.) L'hlstoirC est
4 LES TOILES D*ARAI6NËES.
une grande vanité... Vous savez le fameux mot du combat des Trente : a Tu as soif : Bois ton sang, Beaumanoir. » Je l'ai entendu en Amérique dans un combat de boxe. Et il en est ainsi de tout... L'humanité, au cours des siècles, passe de temps en temps au magasin d'accessoires, et, sous les oripeaux rafraîchis, toujours les mômes figurants reviennent en scène. Ah I la science! i*art! Des hommes, des hommes toujours! Quelle phititudel
LA COMTESSE
Mais si vous quittez Paris, où allez- vous?
Elle s'a8sied à droite de la cheminée. Il s'assied à gauche, après aToir déposé
son chapeau sur le guéridon.
ANDRÉ
Je vais faire un voyage.
LA COMTESSE
Vous serez ici à l'Hippique?
ANDRÉ
Pardonnez-moi, je crois que je serai absent plus longtemps que ça.
LA COMTESSE
Qui enlevez-vous?
ANDRÉ
Personne.
LA COMTESSE
Et Folette? La petite Folette des Variétés?
ANDRÉ
Mais non.
LA COMTESSE
Ah! elle est jolie!
ANDRÉ
Où ça?
Quand ce ne serait qu'à la poitrine. Lorsqu'elle ôte son corset...
ANDRE, haussant les épaules.
Elle ne porte pas de corset...
LA COMTESSE
Je l'ai aperçue un soir à votre bras. Vous sortiez ensemble d'un cabaret du boulevard. Tout en blanc, elle avait Tair de In fée mousseline, mais ses yeux noirs allaient à la fête ! Est-ce que le roux de ses cheveux est naturel?
ANDRÉ
Ne parlons pas de Folette, voulez-vous?
LA COMTESSE
Vous êtes divorcés?
ANDRÉ
Elle m'énerve. Elle gazouille trop et n'a pas de cervelle.
LA COMTESSE
Alors, si vous partez, vous allez manquer le bal nègre chez les Delcastane? Un bal nègre! Le maillot noir est de rigueur.
ANDRÉ
Collant, le maillot?
LV COMTESSE
Oui, collant. En noir, est-ce indécent? Je suis contente L que ce soit en noir, parce que, pour mon premier bal au
sortir du veuvage, ce ne sera pas voyant.
ANDRÉ
Oui, vous prendrez toutes le deuil de la Pudeur.
LA COMTESSE
i i Si vous voulez ! Tant pis pour ceux qui quittent Paris. Ils
] ne viendront pas l'enterrer î
f , ANDRÉ, sombre.
' A quelle heure la mise en bière ?
LA COMTESSE
Vous avez de l'esprit, comme un fossoyeur, aujourd'hui. C'est votre départ qui vous rend aussi folâtre ? Avouez que vous ne quittez pas Paris sans remords. Vous reviendrez pour le Grand- Prix ! Non ! Ah çà ! vous allez donc enterrer votre \1e de garçon ?
ANDRÉ, gravement.
; Oui, je vais enterrer ma vie de garçon.
Avec ?
ANDRÉ
Je ne sais pas encore avec quoi.
LA COMTESSE
Comment. Avec quoi ? Avec qui ?
ANDRÉ
Non. Je vous demande pardon pour cette faute de goût!
J'aime autant que vous l'appreniez par moi que par d'autres. Je ne voulais pas vous le dire en entrant ici. Mais vous êtes une femme d'esprit... Vous me comprendrez.
LA COMTESSE
Ah çà ! qu'est-ce que vous allez faire ?
ANDRÉ
Je vais me tuer,
LA COMTESSE, regardant par la fenêtre arec an soupir.
Ah î oui ! c'est le temps... (RaïUeuse.) Et quel genre de suicide adoptez- vous ? car vous allez trouver quelque chose de spirituel. 11 y a une mode à lancer I
ANDRÉ
Je ne suis pas fixé. Il y a le revolver.
LA COMTESSE
Malpropre le revolver ! Au cœur et à la tempe, on se manque. 11 faut s'introduire le canon dans la bouche, et ces armes-là, on ne sait jamais où cela a traîné.
ANDRÉ
Il y a le poignard.
LA COMTESSE
Mélo.
ANDRÉ
Le réchaud de charbon.
LK COMTESSE
Oui, le mancenillier du pauvre ! Pourquoi pas le balcon avec le plongeon dans la rue ?
ANDRÉ
J'habite au rez-de-chaussée.
LA COMTESSE
Montez au cinquième.
ANDRÉ
H n*y a pas d'ascenseur.
LA COMTESSE
Il vous reste Tcau, la Seine, une médaille de sauvetage pour un imbécile et un rhume pour vous. Et si vous réussissez à éviter le Terre-Neuve, la Morgue...
ANDRÉ
Il y a le poison.
Vous, un habitué des grands cabarets parisiens ! Je vous en défie, mon cher. (Eiie se lève.) Vous êtes mithridaté. Non, il faut trouver quelque chose de mieux, (atcc une aaimation moqueuse.) Plougcz-vous, Clarenco désespéré I dans un tonneau de Malvoisie ! Faites- vous assommer par une tuile, comme le roi Pyrrhus, par une poutre comme Cyrano, ou bien choisissez un homme de bonne volonté, un camarade de cercle, et combattez ensemble jusqu'à embrochement réciproque.
ANDRÉ
Il n'y a plus d'amis.
LA COMTESSE
Des hommes sont morts de rire en se faisant chatouiller la plante des pieds.
ANDRÉ, révÀnr.
Mourir de rire. Vomir dans un rire une existence qu'on a tant baillée I (changeant de ton.) Avcz-vous parmi vos relations quelqu'un qui me ferait cette charité ?
LA COMTKSSB» "vlfomtot.
Enfin, ce qui me rassure, c'est que vous n'avez pas encore trouvé la clef des champs éternels! '
ANDRÉ, très calme.
Mon Dieu ! si I C'est bien facile ! Une espagnolette, une cravate et une chaise qu'on renverse...
Il esquisse largement le geste du pied.
LA COMTESSE, effrayée.
Alors? c'est sérieux? Mon pauvre ami... vous êtes fuîné... Comment avez-vous fait pour vous ruiner ?
ANDRÉ
Je ne suis pas ruiné.
LA COMTESSE, se rapprochant, puis se recolattl légèrement.
Ah!... VOUS n'allez pas me faire croire que vous avez commis une chose... impardonnable ?
ANDRÉ
Si je vous le disais, le croiriez- vous ?
LA COHTRftSE.
Vous D*ét€8 |Mi9 lK«nnie k vcms tu^ par aoiOBr?
ANDRÉ
Hélas!
LA COMTESSE
Tant pis I Mais enfîn... vous avez un motii?
ANDRÉ
Oui, j'ai perdu la saveur de la vie.
LA COMTESSE, afflnntUve.
Vous êtes ruiné !
ANDRÉ, arec an peu dMoipalience.
Mais non, je ne suis pas ruiné : mes fermages montent chaque année...
Jeu de phytionomie de la comtesse, qui semble firappëe par une Idée subite. Elle sonne.
LA COMTESSE
Alors, c'est par ennui ?
ANDRÉ
Non, par dégoût !
LA COMTESSE
D^oût de quoi ?
ANDRÉ
Des hommes. Des femmes. De mon héros Beaumanoir. De ma maîtresse Folette. De tout le monde!
LA COMTESSE, midaudant.
Passe d'être dégoûté de Folette!... Mais le reste de l'humanité est-il à ce point déplaisant? (D'Arbellei a« répond pas. u
femme de chaoïbre soulèTe U teniure* Ordoonani. ) FttitCS dételer. (u femme de ebambre lort. Venant le rtMeoir près du feu.) Ah! si j*ét&is
(le VOUS Je trouverais bien le moyen de vibrer encore, (siieneè
de d'Arbellev.) Il y a...
ANDRé.
Il y a?
LA COMTESSE, m levant.
U y a le jeu... Pourquoi le soir ne faites-vous pas la partie au cercle! vous y avez de beaux joueurs...
ANDRÉ
Mon Dieu, s*il fallait absolument entretenir quelqu'un, jVlmerais encore mieux entretenir des femmes que des hommes!
LA COMTESSE
Lancez-vous dans la grande spéculation. Faites baisser le cours de la Uentel
ANDRÉ
La Bourse? Je ne connais pas l'allemand.
LA COMTESSE
Faites courir! Je vous donnerai mes couleurs. Ah! vous savez qu'elles ont fait les croisades !
ANDRÉ
Et elles veulent faire les écuries? Ne les envoyez pas là dedans, allez!!
LA COMTESSE
Réfugiez-vous dans le rêve. Fumez, dans les longues pipes chinoises, l'opium pétri en petites boules vertes par les plus
12 LES TOILBR D ARAIGNÉES.
J0l|§ doigts du mond^. («<« doigt* f^iMMkntNpt imii 4t à'A9k»llm ««i
ie«rfii>^*0 Abl Pm ceux-ci I Tenez I ce qui voua manque, c'est une fçU Cpnvertisfiez^vpus i quelque chose,
ANDRÉ
A quoi?
Au Mahométisme.
ANDRÉ
Et le harem? Non. Les rassemblements de plus de deux personnes me sont interdits, (changeant de ion.) J'ai eu comme tout le i^qndc )^ fai, quapd j'étais petit, J's^i é\A élev^ en prpvinc^, en mitPU. Dans la chçy[)elle du château, Todeur de l'encens, ia musique des orgues m'attendrissaient JVW- (ju aux larmes. On me laissait très seul. Je voyais rarement ma mère. J'étudiais avec un abbé chagrin. Mon seul bonheur
était de nVég^r^r aw fond du parc. Il y avait une statue de
la Vierge dans une chapelle de verdure. Sa rcibe bleue est la seule robe qui traverse les souvenirs de mon enfance. Plus tard, le cheval, la chasse, le fleuret. Plus tard encore : Paris, les filles, le cUampugne. (Jn matin, trop écœuré, je frétai un yacht, et ce fut la fuite sur la mer. (n ae lève et marche lur la scène.) Dcs geus de teuies Ics coulcurs et dcs âmes mQÇiçchrcvines,,. Alors, j'ai préféiTé revenir à Paris, {vm mm^) ô! notre Paris! madame! ïdi, ville d'afflow, cç^o^ di§QRl ceux qui ne voient pas les cœurs sous les robes. Quel amour? L'amour de nos Parisiennes? Je les ai vues lutter de sourires pour te roûfautc d'uQ si^^n avc^ç des avidités, d'a^iMgA^ 9i^ disputant un coin pour leur toile. Terribles toiles quei \^ femmes tissent dans notre destinée, entre l'heure de notre naissance et l'heure de notre mort, quand, sortis des chrysalides de. Vejç^li^nQe, i^eMs v^Mkuns Yoter versi la déUhor^MEK^e» ver% t^ tQ^Euln^u... ia teJile d'araignée^ est là^ hi tsâle coràie
avec des regards, ourdie avec des sourires... Tu es pris, imbécile! Agonise patiemment, chaque jour un peu sucé, un peu vidé de ton orgueil natif, un peu diminué de tes noblesses premières, captif de la stupide araignée aveugle qui te retient dans la vie. Dans la vie! Malgré tes dégoûts! Malgré ton horreur! Dans la vie! Eh bien! je vais la crever, moi, la toile d'araignée, la crever d'un grand coup d'aile.
Mon Dieu, que vous êtes compliqué. Et si vous tâchiez de devenir tout simplement un brave homme, un homme charitable? Devenez un philanthrope, tenez, comme moi. Moi, j'emporte toujours de la monnaie pour les pauvres. Je ne refuse jamais de leur faire l'aumône dans la rue, sauf peutêtre quand ils sont trop laids et qu'ils me font peur.
ANDRÉ
Nous sommes tous des pauvres. J'ai songé à faire une grande aumône. Je n'ai trouvé que ceci : montrer le chemin de la délivrance.
LA FEMME DE CHAMBRE, eutrint.
Madame la comtesse, le marchand est là pour acheter les deux chevaux. Il dit que les prix de madame lui conviennent.
LA COMTESSE, après un regard avec d'ArbelIei et après un moment
de réflexion.
Dites-lui que je ne suis pas encore décidée.
La femme de chambre sort.
ANDRÉ
Vous allez vous défaire de vos chevaux ?
LA COMTESSE
M'en défaire, non pas! Les changer seulement. Pourquoi m'en déferais-je? Je veux les changer, voilà tout.
ANDRÉ
Ah! pardon! j'avais mal compris. Eh bien! si vous voulez en acheter d'autres, Jacob m'a parlé d'une paire de trotteurs Orloff, superbes. En y mettant le prix, vous auriez là le plus bel attelage de Paris. Ils appartiennent à un Russe. Jacob m'avait donné l'adresse l'autre jour, mais il ne me faut plus que des chevaux noirs et qui marchent au pas. Je dois avoir encore cette adresse dans mon portefeuille.
Il cherche dans son portefeuille.
LÀ COMTESSE
Ne cherchez donc pas. Vous êtes trop aimable. Je n*ai pas besoin d'Orloff.
ANDRÉ, toujours cherchant.
Mais si! mais si! Ah! j'ai vidé mon portefeuille tout à l'heure avant de sortir.
11 découvre son portefeuille vide où s'aperçoit seulement une grande enveloppe scellée
de cire noire.
LA COMTESSE, montrant l'enveloppe dose.
Et cela, c'est une lettre d'adieu, alors?
ANDRÉ
Non. Cette lettre, c'est la dernière, celle qu'on n'envoie pas.
LA COMTESSE. Elle se penche pour lire la sascription.
Ceci... est... mon... testament, (saisie.) Ah ! mon ami ! Vous aviez donc tout préparé en vue de cette folie.
Elle lui prend des mains renveluppe scellée qu'elle élève avec une grimace d'horreur.
ANDRÉ
Oh ! ce ne sont que des recommandations personnelles. Je me préoccupe de mon corps, non de mes biens. La fortune
passe à mon frère, l'attaché militaire qui est à Pétersbourg, et que je n'ai plu:? vu depuis six ans...
LA COMTESSE
En voilà un qui portera votre deuil en rose, (pendant que
d'Arbelles regarde lêveusement le foyer, elle cache vivement la lettre dans son
corsage.) Mais enfin, c'est affreux d'être triste comme cela ! Il y a tant de motifs pour ne pas haïr la vie. Vous avez dû rencontrer sur votre chemin des sollicitudes, des affections. On a dû vous aimer, et vous le dire. Vous êtes riche, et vous n'êtes pas vilain. Votre jeunesse a dû être enlacée par mille bras charmants. Mais vous avez connu des femmes légères ou des femmes coquettes. Il y avait plus de vanité que de tendresse dans les flatteries dont on vous entourait... Vous n'avez pas rencontré la femme qu'il vous aurait fallu. Ce qu'il vous faudrait, c'est une amie.
ANDRÉ
Une amie?
LA COMTESSE
Une épouse, une épouse dévouée (Eiie ee Uve.) et câline, qui mettrait des fleurs dans les chambres, et dans l'intimité du home, ce bruit des jupes qui glissent avec un froissement de soie plus délicieux que tous les silences. Vous êtes las des plaisirs énervés, des recherches maladives. (Eiie vient derrière lui.) Il vous faut quelque chose de plus moelleux, de
plus enveloppant. (EUe pose, comme par mégarde, In main sur Tépaule
de d'Arbelles, puis la retire.) Il VOUS faut un amour de grande sœur qui ait la flamme discrète d'une veilleuse de convalescent, (un temps.) Tcucz, ïïc VOUS tucz pas, voncz me voir quelquefois en apportant des fleurs.
ANDRÉ
Gomme un fiancé ?
LA COMTESSE"
Vous êtes fouî... Vous verrez, je me chargerai de tous guérir. El tenez, pour commencer, je ne ferai pas mes visites. Nous allons causer comme de vieux amis et je vais vous faire entendre raison. Aidez-moi! voulez- vous? (u
comtesse se dépouille leiilemenl devanl la glace et passe à d'Arbelles, debout derrière elle, s<i voilette, ses épingles, son chapeau, sa mantille. Puis s'éloigne en déboutonnant tes gants, se retourne et aperçoit d'Arbelles transformé en porte-manteau. Avec un
éclat de rire.) Qu'cst-ce quo VOUS allcz faire de tout cela? Tenez j'ai pitié de vous? Nous allons piquer les épingles, là... Le chapeau ? Où allons-nous mettre le chapeau ? (ii esquisse le
geste d'en coiffer le rerre d'une hdute lampe.) Mais non. PaS là deS-
sus! Quelle horreur! Donnez-le moi. (eiic le pose sur le guéridon.) Et le manteau? (même jeu.) Asseyons-nous là un moment. Vous savez que votre cas n'est pas incurable du tout ? Pas du tout ? Vous allez commencer votre cure dès ce soir. Et demain, et après-demain, et les jours suivants, vous reviendrez jusqu'à guérison complète. Vous verrez comme nous causerons gentiment à nous deux tous les soirs!
ANDRÉ
Ne craignez-vous pas que votre malade soit un malade dont il faut désespérer.
LA COMTESSE
Vous serez si bien soigné! Voyez- vous, il y a dans le cœur des femmes les plus frivoles une sœur de charité qui a mal tourné ! Et nous ne sommes pas toutes frivoles! Croyez-vous que nous n'ayons pas le cœur vide au milieu de notre luxe comme vous au milieu de vos richesses ? Ce qui nous manque à tous, c'est de nous intéresser les uns aux autres. Eh bien ! moi, j'ai commencé. Je m'intéresse à vous, de tout mon cœur. Vous aussi vous finirez par vous intéresser à une femme, et ce jour-là vous serez sauvé.
LES TOILES D'ARAIGNEES. 17
ANDRÉ, lai prenant la main.
Vous êtes bonne.
LA COMTESSE, lai pressant les mains.
J'ai beaucoup de sympathie pour vous, tout simplement. (Elle se recule.) Mals, j'y pcusc, nous allous me compromettre horriblement. (Avec un cri d'effroi.) Ah ! ah I
ANDRÉ
Qu'avez- vous ?
LA COMTESSE, montrant le feu.
Je viens de brûler le bout de mon soulier.
ANDRÉ
Ah I mon Dieu I Oui, le cuir brûle. Il faut l'arracher, (n
•'agenouille et enlève précipitamment le soalier brûlé.) YOUS n'avez paS
de mal?
LA COMTESSE
Ah I mon ami ! vous vous mettez tout en peine à cause de moi! Ah! vous avez chaud I
Elle lui tapote le front à coups menus, avec son mouchoir. ANDR]§, avec extase, respirant le moochoir.
Ohl
Quoi?
Ce parfum.
Eh bien ?
LA COMTESSE
ANDRÉ
LA COMTESSE
ANDRÉ
Ohl rien!... une réminiscence. C'est délicieux!
LA COMTESSE
Remettez mon soulier, voulez-vous ?
ANDRÉ rechausse le pied avec lenteur, les yeux baisi^ôf.
Rendez- moi le testament.
LA COMTESSE
Pourquoi faire ?
ANDRK, les yeux toujours baissés.
Rendez- moi le testament.
Elle lui tend la lettre en souriant. l\ la jette au (eu. LA COMTESSE) lui prenant les deux mains.
Ah ! c'est bien ça, merci I
ANDRE, conservant ses mains dans les siennes* te levant. Vous m'avez convaincu, (ta regardant dans les yeux.) Oui, la vie
est savoureuse. Oui, les jolis yeux sont doux à contempler ! Les bouches sont roses^ les cheveux sont fauves 1 La vie est une fleur entre les dents des femmes! Grâce à vous je reverrai les corps frêles et les jupes immenses qui laissent après elles une cascade de neige traîner sur les grands escaUers ! Vous m'avez rendu les soirs pleins de douceur où les fauteuils rapprochés se tendent les bras au coin du feu, et les matins aux réveils triomphants quand For vaporisé du
soleil pleut à travers les rideaux !... (n se lève et serre avec émoiion les mains de la comtesse.) Je VOUS dois la vie !
Il prend son chapeau.
LA COMTESSE
Où allez-vous?
ANDRÉ
Retrouver Folette.
LA COMTESSE, seule.
Ah ! ah ! le inuffle !