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expressions, établissait que, pour conserver les relations amicales qui existaient entre l'Espagne et les autres puissances, la liberté du roi était une condition sirw qudnon, et que le roi ne serait libre que lorsqu'il pourrait remplacer \\n ordre de choses reconnu impraticable même par ceux que la vanité et l'égoïsme portaient à le maintenir, par un autre ordre de choses qui unît les droits de la monarchie aux intérêts de toutes les classes de la nation. La note de la Prusse établissait en prin cipe qu'une révolution , née d'une insurrection militaire, détruit les fondemens de l'ordre social, et que, quoique les cours étrangères n'aient pas le droit de prescrire les institutions convenables à l'Espagne, elles ne pouvaient se dispenser de prévoir les conséquences d'un événement de ce genre, et de régler leur conduite d'après ces conséquences.
L'indignation que devait causer une conduite aussi dépourvue de toute pudeur, fut le premier sentiment qui s'éleva dans le cœur de
San Miguel. Il fut au moment d'envoyer aux ministres de Russie, d'Autriche et de Prusse, leurs passeports, sans attendre qu'ils les demandassent. Sir W. A'Court intervint, et persuada à San Miguel de chercher à gagner du temps et de ne pas précipiter une rupture. En effet le brusque renvoi des trois ambassadeurs, aurait forcé celui de la France à partir également, et aurait de suite placé l'Espagne en état de guerre avec la France. Un pareil résultat ne pouvait être avantageux à la première puissance, qu'autant qu'une armée de cinquante ou soixante mille hommes aurait été réunie sur les frontières, et que son avant-garde aurait pu passer la Bidassoa à la suite de M. de Lagarde. Loin de là, le gouvernement espagnol n'était pas prêt, et il lui fhllait gagner du temps pour se préparer. Les ministres, réfléchissant à la position où les mettaient des déclarations aussi inattendues, adoptèrent la ligne de conduite qu'ils crurent la plus conforme à le.u^ dignité , au régime constitutionnel et à leur
„ 388 — propre responsabilité; ils se décidèrent à communiquer aux Cortès, en séance publique, les notes qu'ils avaient reçues, et la réponse qu'ils voulaient y faire. Ils étaient autorisés à cette publicité par l'exemple de la France, qui avait fait publier dans les journaux les instructions adressées à son ambassadeur.
Dans la séance du 9 janvier, le ministre d'état, après avoir lu les notes remises par les quatre ambassadeurs , lut également une circulaire adressée aux ambassadeurs d'Espagne près des différentes cours , et qui devait être communiquée aux représentans de la Sainte- Alliance à Madrid , pour servir de réponse à leurs notes. Pendant cette lecture, il fut aisé de lire sur la figure des députés et des spectateurs qui étaient dans les galeries, et de juger, par les exclamations qui leur échappèrent à certains passages des notes , de l'indignation qu'excitait une conduite presque sans exemple dans l'histoire. La lecture faite, le président, au lieu de répondre, selon la formule
d'usage, les Corlès ont oui^ et prendront enconsidéiation , fit la déclaration suivante. « Les « Cortès ont entendu la communication laite « par le gouvernement de S. M. Fidèles à leur « serment et à la nation qu'elles représentent, « elles n'admettront ni altération, ni modifica- « tion à la constitution en vertu de laquelle elles « sont assemblées, si ce n'est pour obéir à la '< volonté de la nation et selon les lois. Les « Cortès fourniront au gouvernement de S. M. tt les moyens nécessaires pour repousser l'agres- « sion des puissances qui oseraient attaquer la « liberté , l'indépendance et l'honneur de la « nation espagnole , la dignité et la splendeur « du trône constitutionnel, w Cette réponse fut accueillie par des applaudissemens unanimes.
Après cette communication, le député Galiano proposa une adresse au roi, dans laquelle les Cortès répéteraient et sanctionneraient la déclaration faite par le président. Son discours, plein de patriotisme et d'une généreuse indi-
gnation , fut vivement applaudi, la motion adoptée et un comité chargé de rédiger l'adresse et de la présenter séance tenante; mais Arguellez et Galiano même, ayant observé que la discussion, sous la première impression des sentimens qui dominaient l'assemblée, ne serait pas assez calme ce jour-là , le rapport du comité fut remis au ii.
Le g, en sortant de la séance, le gouvernement espagnol remit aux ambassadeurs des quatre puissances la réponse qu'il avait promise. Il y eut pour la France une note séparée, conçue dans un style modéré, mais où un juste sentiment d'humeur perçait dans les phrases suivantes. « L'armée d'observation que 'c la France entretient aux Pyrénées, ne peut « pas remédier aux désordres qui affligent « l'Espagne. Les faits ont prouvé que l'exis- « tence de ce cordon sanitaire, devenu armée « d'observation, n'a servi qu'à accroître les espé- « rance.s des fanatiques, qui ont répandu dans « nos provinces des rumeurs séditieuses, et
« Vidée d'une invasion iniinédiale de noire tei w ritoire. L'unique secours que la France « puisse offrir en ce momenf à l'Espagne, est « d'une espèce négative. C'est de dissoudre « l'armée des Pyrénées, de chasser de chez « elle les rebelles espagnols, et d'imposer si- M lence à ceux qui répandent les plus atroces « calomnies contre le gouvernement espagnol; « c'est ce que réclame le droit des gens, res^ « peeté par toutes les nations civilisées. Dire « que le gouvernement français désire le bien- « être de l'Espagne , lorsqu'il entretient les « élémens destructeurs qui menacent jusqu'à « son existence, est une contradiction bien « étrange. »
Les réponses adressées aux cours de Pétersbourg, Vienne et Berlin, étaient plus courtes et d'une précision étudiée ; elles consistaient dans une simple énonciation de faits et de principes, et le refus de l'Espagne de reconnaître le droit d'intervention d'aucune puissance étrangère dans ses affaires. I^es trois derniers
ambassadeurs demandèrent leurs passeports le lo, et les reçurent le ii. La lettre que le comte Bùîgary écrivit à ce sujet était remarquable par sa grossièreté, et la réponse de San Miguel ne fut guère polie. M. de Lagarde, d'après ses instrxictions, resta encore à Madrid. D'un côté, il fallait donner le temps aux troupes qui s'avançaient de l'intérieur de la France vers les Pyrénées, d'y arriver, et à l'armée celui de compléter son organisation. De l'autre, il fallait , en nourrissant des espérances fallacieuses d'accommodement, endormir le gouvernement espagnol , et le retenir dans une apathie jusqu'alors si fatale à l'organisation des moyens de défense.
Nous ne pouvons "nous dispenser de faire quelques réflexions sur la conduite du gouvernement espagnol. Dans cette occasion , les ministres se sont un peu trop écartés de la prudence qui leur était commandée par la situation intérieure de l'Espagne. Le mode d'intervention de la Sainte-Alliance , et les notes qui
— 393 —, en avaient été l'expression , étaient par ellesmêmes une insulte grave et rappelaient l'insolance brutale d'Attila; elles devaient exciter au plus haut degré l'indignation de tout homme qui conservait quelques sentimens d'honneur; mais tout en ressentant cette indignation, les ministres avaient des devoirs à remplir qui leur ordonnaient d'en comprimer momentanément l'expression. Ils avaient été assez aveugles pour négliger de s'occuper activement des moyens de défense et de l'armement de la nation , ils ne pouvaient pas soutenir par la force le langage sévère que la justice de leur cause les autorisait à tenir en répondant à l'insolent manifeste de gouvernemens sans foi, que la force seule peut contenir. Dans cette position , le devoir des ministres était de gagner du temps , ainsi que le leur avaient insinué sir W. A' Court, et d'entamer des négociations qu'il fallait prolonger sous toutes sortes de prétextes. Le moyen leur en était offert et par la note ambiguë de la France , et par une
— 30/| — espèce d'ouverlure que contenait la noie de l'Autriche. Il y était dit que l'Espagne devait remplacer une constitution impraticable par une autre, où les droits du trône fv.ssent combinés avec les intérêts de la nation. C'était de ce point qu'il fallait partir.
Il était aisé de prouver que l'Espagne , en adoptant une constitution monarchique, n'avait pas entendu anéantir les droits de la couronne ; que les Cortès de 1 8 r a , placés dans des circonstances extraordinaires , avaient si bien senti que leur œuvre ne pouvait pas être parfaite , qu'elles avaient laissé à leurs successeurs, après un temps déterminé, la faculté de réviser la constitution; qu'en partant de la première publication, en 1812, cette époque était déjà passée; et qu'il était ainsi possible de s'entendre pour toute modification compatible avec l'honneur et les intérêts de la nation; que les ministres n'hésiteraient pas à soumettre la révision à la délibération des Cortès, si . le besoin même de maintenir l'harmonie exis-
tante avec les autres puissances de lEurope ne les obligeait pas de chercher à connaître d'abord quels étaient à ce sujet les désirs des alliés, et ensuite à convenir réciproquement des bases sur lesquelles devaient être assises les modifications à proposer aux Cortès, Une réponse de cette nature, communiquée au cabinet anglais , en réclamant sa médiation , aurait obligé la Sainte-Alliance à combiner de nouvelles notes, et à s'exprimer plus clairement. Une fois entré en négociations, il était facile de les prolonger, même par des disputes de mots, en ayant l'air de céder sur les choses, jusqu'à l'instant où l'Espagne se serait trouvée en état de défense respectable. Alors on pouvait encore, en relevant toutes les contradictions d'une négociation fallacieuse de la part de la Sainte- Alliance, rejeter sur elle l'odieux de la rupture , et la forcer à s'expliquer assez clairement pour ouvrir les yeux aux Espagnols les plus aveugles, et pour faire cesser ladivision existante entre les patriotes exaltes et
les modérés. J'ai eu occasion de voir sir W. A'Court à Gibraltar, et j'ai trouvéqu'il partageait mon opinion sur ce qui s'était passé alors. Le 20 janvier , les lords Fitzroy Somerset et Levison Gower arrivèrent à Madrid , chargés d'une mission secrète du cabinet anglais. La nature de cette mission obligeait les négociateurs à tant de confidences, qu'elle fut bientôt connue. Il s'agissait, en effet, de persuader les personnages les plus influens du gouvernement et des Cortès , de la nécessité de modifier la constitution , et de diviser la législature en deux chambres. Wellington avait remis aux négociateurs un mémoire très détaillé à ce sujet, et ils eurent quelques conférences avec le général Alava , qui avait servi sous les ordres du généralissime anglais. Dans le même temps, il se trouvait aussi à Madrid , un agent secret de la France, M. Galabert, que M. de Chateaubriand y avait envoyé pour une mission pareille, dont il rend compte lui-même dans une brochure publiée à Paris en iSaS.
La division de la législature en deux branches aurait peut-être été possible alors; rai moins l'opinion générale de la nation n'y était pas contraire, ainsi que j'ai pu m'en assurer. On regardait en général les grands d'Espagne , comme membres-nés de la chambre haute, et la conduite sage et modérée du plus grand nombre des personnages de cette classe, lui avait conservé beaucoup du crédit qu'elle devait à son rang et à ses richesses. Les grands , de leur côté, étaient presque tous disposés à se présenter comme appui de la constitution , et d'allier leurs intérêts à ceux de la nation. Réduits à la nullité, par la jalousie et les intrigues des doctrinaires qui accaparaient tous les emplois , grands et petits , ils trouvaient dans la division de la législature une place et un rôle honorables, et n'étaient plus livrés, isolés et sans défense, aux caprices du pouvoir absolu. On trouve des traces très marquées , et même des preuves, de ce que je viens d'avancer, dans la protestation des soixante grands d'Es-
pagne, qui parut lors de l'invasion, et causa leur exil, (jette négociation était, je crois, alors sincère de la part de l'Angleterre; mais elle ne l'était pas de la part des Bourbons de France. Ni eux , ni la Sainte-Alliance , ni même M. de Chateaubriand , ne voulaient en Espagne de constitution d'une espèce quelconque. En la suivant, on aurait cependant obtenu un avantage, celui de gagner du temps , d'obliger la Sainte-Alliance à avouer ouvertement son but, et d'engager l'Angleterre à intervenir en faveur de l'Espagne.
Mais les doctrinaires étaient là, avec leurs petites idées, leurs intrigues perpétuelles, leur ambition sans pudeur, comme leur amourpropre (i). Proposer une seconde chambre,
(i) On peut bien leur appliquer ce que Napoléon dit desclubisles de Clichy, pères delà doctrine et complices de Willotet de Pichegrii. « Ils se donnaient pour sages modérés , bons Français. Étaient-ils ré- « publicains? Nou. Étaient-ils royalistes.' Non. Ils voulaient donc la " constitution de 1791 ? Non. Celle de 1793? Beaucoup moins. Celle « de 1795 ? Oui et non. Qu'étaient - ils donc.'' Ils n'en savaient rien; « ils auraient voulu telle chose avec des si, telle autre avec des mais. Ce qui les faisait agir, leur donnait du mouvement, c'étaient lesap-
c'était conduire de l'eau à leur moulin; mais lis la voulaieut à leur manière. N'étant ni ducs, ni marquis , au moins pour le plus grand nombre, ils ne pouvaient pas désirer, dans leur intérêt , une chambre des pairs dont les sièges appartiendraient de droit à la haute aristocratie , et leur intérêt est leur unique idole. Il fallut donc chercher une autre combinaison qui leur servit mieux. Voici celle qu'ils inventèrent. Un article de la constitution donnait aux cortès le droit d'établir l'organisation et les attribu tions du conseil-d'État. Elles pouvaient donc lui conférer le droit de réviser les lois et les décrets avant de les soumettre à la sanction du roi, accroître à un nombre suffisant celui de ses membres, et déterminer que les nominations seraient faites sur une liste de candidats , présentés par le conseil-d'Etat même.
« piaudissemens du salon , les louanges résultaut du succès de la tri- « bune. » ( Mémoires, par Monlholon, t. iv, p. 220.) Ce que veulent et voudront toujours les doctrinaires de tous les pays , et ce que Napoléon n'a pas dit , quoiqu'il le sût fort bien , c'est des emplois , de l'argent , et une organisation qui leur en assure le monopole.
C'était une chambre haute doctrinaire, et qui ne pouvait pas échapper à cette faction , car elle était alors assez puissante pour la remplir au moment de son organisation. Le conseild'État nommant à la plus grande partie des fonctions du gouvernement , et influant même sur le choix des ministres , les doctrinaires auraient eu ce qu'ils voulaient, des emplois et de l'argent. Cette brillante conception fut révélée à l'Espagne par un pamphlet que les doctrinaires répandirent avec profusion, pour préparer, disaient-ils , l'opinion publique. L'effet en fut malheureux pour eux et désastreux pour l'Espagne. Les communeros s'élevèrent avec force contre une création insolite et honteuse. Si la nation voulait une chambre haute, les sièges en appartenaient aux grands d'Espagne , dont la conduite n'avait pas mérité cette exclusion. En devenant un corps fondamental de l'État, cette classe puissante alliait ses intérêts à ceux de la nation, et en doublait la force. La grande majorité des Espagnols accueillit le
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pamphlet avec dégoût, et conçut un mépris profond pour une tourbe d'intrigans, qui avaient nourri les patriotes confians d'illusions , et dévoilaient tout à coup leur égoïsmc, leur ambition et leur avidité. Il en résulta dans l'esprit public une torpeur qui fut la première cause des désastres qui suivirent.
Quoique le mo/, ainsi que mes lecteurs auront pu s'en convaincre , soit loin d'être l'objet principal de ces mémoires, je ne puis cependant pas passer sous silence une communication qui: me fut faite à l'époque de l'arrivée en Espagne des deux envoyés anglais que j'ai nommés plus haut. M. Rossel, négociant anglais, établi à Alicante, avec qui j'étais lié et qui l'était lui-même avec le lord Somerset et son collègue , fit un voyage à Madrid pour les voir. A son retour , il me complimenta de leur part , sur ce que j'avais été compris dans le testament de Napoléon. En effet, parmi les les legs stipulés , il y en avait un de cent mille
francs en faveur de , en récompense
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de ce qu'il avait écrit sur l'histoire des campagnes de nos armées, et pour l'encourager à continuer ses travaux. Le nom attaché à ce legs au dire des deux envoyés anglais, qui avaient vu le testament, était le mien. La chose était assez naturelle. Napoléon m'avait fait dire en i8i5, par le général Vignoles, qu'il voulait que j'écrivisse l'histoire des guerres de la révolution , et qu'il me destinait une dotation à cette condition. J'avais rempli cette tâche, je l'avais même remplie ^e^/, dans ce sens que seul je n'ai été guidé que par le patriotisme et l'amour de la vérité, sans arrière-pensée de coterie ou de défection. Cependant lorsque le testament fut imprimé, et il le fut sans que rien garantît l'authenticité et la véracité de ce qu'on publiait, il se trouva, à ce même article, un autre nom que le mien , et même un nom qui est en contradiction avec le texte de la disposition qui lui a été appliquée, puisqu'il n'a iamais écrit d'histoire militaire et n'en écrira sans doute jamais. A mon retour en Angle-
terre, en i8'^4> j'^us la curiosité de vérifier la chose en demandant communication de Yoriginal du testament. Il n'était plus dans les mains de celui qui en avait été dépositaire, c'est ce dont j'ai pu m'assurer, et je ne crois pas que cet original puisse jamais être communiqué à personne. L'imprimé reste seul , sans qu'il puisse également jamais être prouvé qu'il est conforme à l'original. A mon retour en France , je renonçai à toute recherche ultérieure , d'après ce que j'ai eu l'occasion de voir et d'apprendre. Les scandaleuses dénégations , les réductions, les lenteurs, les dégoûts qu'ont éprouvés plusieurs légataires, qui n'étaient pas de la coterie directrice, la discussion même qui va s'élever à l'égard du médecin Antomarchi, en diront sur cette sale affaire plus que toutes les réflexions que je pourrais ajouter.