‹ Quinze ans à Paris (1832-1848).: Paris et les Parisiens (volume 2)Chapitre 12 sur 15 · FACULTÉ DE MÉDECINE · texte numérisé non relu

FACULTÉ DE MÉDECINE

La Faculté de médecine se compose de vingt-six professeurs. Son doyen est M. Orfila. L'enseignement médical qu'elle donne consiste en dix-huit cours y se partageant en saison d'hiver et en saison d'été.

Outre les documents à déposer avant d'obtenir la première inscription, comme je l'ai dit plus haut, eu parlant deila Faculté de droit, l'élève doit encore produire un diplôme de bachelier es lettres. — Quant à celui de bachelier es sciences , il n'est exigé des aspirants au doctorat qu'après la prise de la quatrième inscription. — La totalité des sommes à payer pour ce doctorat est de 1,100 francs, qui s'effectuent ainsi :

Quinze inscriptions à 50 fr 750

La seizième. ... 35

Cinq examens. . . à 30 fr. • 150

Thèse 65)

I igg

Droit de sceau. . . 100

Total... l,100fr.

La Faculté de médecine ne confère que le grade

de docteur en médecine et en chirurgie. Les aspirants au doctorat sont obligés de subir cinq examens, et une thèse, qui consiste: l**en une dissertation imprimée dont le sujet est choisi par le candidat, ou tiré au sort sur une série de questions spéciales que la Faculté rédige à cet effet ; 2** en une argumentation verbale sur le sujet de la thèse.

Les officiers de santé et les sages-femmes peuvent aussi être reçus par la Faculté, I.es uns et les autres se présentent devant un jury médical composé de trois membres, qui siège deux fois dans l'année.

Les premiers doivent justifier, avant d'être admis à l'examen , de six ans d'études sous un des docteurs, ou de cinq ans d^hôpitaux, ou de dix*huit trimestres dans une école secondaire, ou de douze inscriptions dans une Faculté.

Par une récente décision , ils doivent être ba* chéliers es lettres. Les examens sont subis pendant trois jours successifs ; les candidats sont interrogés : 1® sur l'anatomie; 2^ sur la chirurgie et les accouchements ; sur l'usage des instruments positifs, et sur l'application des bandages et appareils ; 3** sur la médecine et les connaissances les plus usuelles de la pharmacie. Le candidat est astreint, de plus , à traiter une question par écrit. —

I^s frais de réception , y compris ceux des trois examens et du diplôme , sont de 300 fr. L'officier de santé ne peut exercer que dans le département où il a été reçu.

Chaque année , au mois d'avril , il est ouve^t un cours d'accouchement à la clinique de la Faculté pour les sages-femmes. A la fin de l'année scolaire , l'élève peut concourir pour le prix, qui consiste en une médaille d'argent ou des livres. L'élève sage-femme qui veut se faire recevoir à la Faculté , s'y présente avec les certificats de deux cours. Elle est soumise à deux examens successifs. Sa réception , dont les frais se montent à 120 fr., donne le droit d'exercer dans tout le royaume.

Les cours de la Faculté sont :

Anatomie, — anatomie pathologique, — physiologie, — chimie médicale, — physique médicale , — pharmacie et chimie organique , — hygiène, — histoire naturelle médicale , — opérations et appareils , — pathologie chirurgicale ( deux professeurs), — pathologie médicale (deux professeurs), — pathologie générale et thérapeutique, — thérapeutique et matière médicale , — médecine légale , — accouchements , maladies des femmes en couches et des enfants nouveau-nés , — cliniques médicales, — cliniques chirurgicales , — cliniques d'accouchement. — Ces trois derniers cours

sont donnés par huit professeurs à THôtel-Dieu , à la Charité , à l'hôpital de la Faculté et à la Pitié.

Ces cours sont divisés de manière que chaque élève subit successivement cinq examens devant deux professeurs et un agrégé. Chaque candidat est interrogé pendant trois quarts d'heure.

Étranger complètement aux sciences qui composent l'enseignement médical à Paris , j'ai d'abord voulu m'abstenir de l'appréciation des professeurs de cette école; mais en considérant de quelle immense portée est pour le public l'état de cette branche de science qui concerne la santé , j'ai cherché à me procurer la lumière, tant en causant avec des juges compétents et impartiaux , qu'en suivant aussi quelques cours avec cette persévérance d'un observateur qui peut-être un jour aura à émettre une opinion , et devra en assumer la responsabilité. Le jugement ci-dessous ne concerne que le professeur proprement dit; quant au mérite comme médecin, chacun d'eux aura sa place marquée quand il s'agira des hôpitaux et des médecins.

M. Orfila, doyen depuis 1831 , est, en outre, professeur de chimie de cette Faculté. Comme chimiste, il a de redoutables rivaux, et en grand nombre ; comme professeur, il est peut-être unique. La lucidité avec laquelle il expose les lois que la chi-

mie admet est au-dessus de tout éloge. Tout est éclairci, expliqué; tout se présente dans un ordre tellement parfait, que Thomme le plus étranger à l'objet de renseignement en est d'abord frappé : aussi ses leçons sont -elles suivies avec la plus grande assiduité; c'est à qui se mettra le plus près du maître.

M. Cruveilher a été indiqué pour la chaire d'anatomie pathologique par Dupuytren mourant. Ce fait seul dit tout j et renferme tous les éloges que Ton pourrait faire de ce professeur.

MM. Marjolin et Gerdy sont les deux professeurs de pathologie chirurgicale. Tous deux sont très-habiles; mais le premier a une bonhomie poussée peut--étre à Textréme , tandis que l'autre est rogue et bilieux. Le premier, en instruisant, cherche à prévenir ses élèves contre de funestes erreurs, et leur cite les fautes qu'il a lui-même quelquefois commises ; le second , drapé dans sa toge I procède aphoristiquement.

M. Trousseau , esprit brillant, a aussi une manière tranchante de s'exprimer ; mais comme il est d'un savoir solide et ne néglige rien d'essentiel , on peut dire que la thérapeutique et la matière médicale n'ont jamais été aussi bien professées que par lui.

M, Roux , professeur de clinique chirurgicale

à l'Hôtel - Dieu , opère mieux qu'il ne professe.

L'éloge de M. Dumas est dans toutes les bou* cbesy et il a déjà été parlé de lui à la Faculté des sciences.

M. Andral remplace le célèbre Broussais dans renseignement de la pathologie générale et théra* peutique. Professeur savant, brillant, médecin habile, il se fait écouter avec plaisir, et ses investigations récentes sur le sang le classent à part dans les célébrités médicales.

M. Ghomel, à THôtel-Dieu, fait de sa chaire de clinique médicale la chaire la plus suivie; car jamais plus de simplicité ne s'est alliée à un si grand savoir. Il prend la maladie à son début, la suit dans son cours, pas à pas, signale toutes ses variations, et fait appliquer la théorie à un cas spécial que Ton a sous les yeux, dans le lit du malade.

Voilà l'enseignement tel qu'il est en France, renfermé dans son cadre universitaire. Il reste encore à parler du

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