‹ Quinze ans à Paris (1832-1848).: Paris et les Parisiens (volume 2)Chapitre 15 sur 15 · LE ROI · texte numérisé non relu

LE ROI

ET

Quand le trône des Bourbons de la branche aînée s'écroula sous le poids des fautes d'un pouvoir aussi inepte que faible, ce réveil terrible d'une nation grande et forte imprima une secousse violente d'un bout de l'Europe à l'autre. En effet , à peine la voix de la renommée apprit-elle au monde que trois jours avaient suffi pour renverser la dynastie imposée par les baïonnettes étrangères, que tous les peuples qui gémissaient sous le joug de l'oppression levèrent l'étendard de l'indépendance-

I^ Belgique, Tltalie , l'Espagne , et surtout la Pologne , coururent aux armes. Il semblait que les traités de Vienne allaient être déchirés , et que l'Europe était à la veille de subir une transformation politique complète.

Les avertissements n^ont assurément pas manqué à la branche ainée. Plus d'une voix tâcha de Téclairer sur sa véritable position ; beaucoup d'àmis dévoués firent des efforts courageux pour lui faire sentir la nécessité de s'arrêter sur cette pente funeste où une passion aveugle la poussait ; mais tout fut inutile. La fatalité pesait de tout son poids sur cette dynastie malheureuse , et il semblait que cette destinée fût prononcée : elle fit tout son possible pour précipiter sa chute, pour achever sa ruine.

D'un autre côté, la nation, patiente et généreuse, avait une répugnance visible à se jeter dans la voie des révolutions ; car les souvenirs que 1 793 avait laissés après lui semblaient arrêter cet élan chaleureux qui la poussait à faire respecter se^ droits. — Les hommes sages et pleins d'expérience, mesurant la profondeur de l'avenir, ne pouvaient pas se cacher toutes les suites funestes que cette ultima ratio des empires ^ ce bouleversement armé, semblait réserver à la France. — Toutes les révolutions, môme les plus saintes, ont toujours en elles ce triste germe , cette triste

k)i , qu'elles sont faites par les hommes , et que , comme telles, elles ue peuvent jamais assigner une limite à l'action désorganisatrice qui leur est pour ainsi dire inhérente. Donner un cours libre à la passion humaine, occasionner une explosion, est toujours une chose facile; mais dire à la colère populaire , « Tu rCiras pas plus loin , » dire à ces passions de se taire , est très-difficile , sinon impossible. L'orage éclate, brise les entraves imposées, car l'espoir d'un avenir meilleur décuple les forces des peuples ; mais la victoire est exigeante ; la multitude a aussi la diversité des vues, et envisage diversement, soit l'intérêt matériel, soit l'intérêt politique. De là vient que quand les obstacles contre lesquels on s'est levé sont ren-. versés , les secousses continuent , les volontés opposées se heurtent et prolongent l'état exceptionnel, qui ne produit de bons résultats qu'autant qu'il sait de lui-même assigner des bornes à ses exigences, atteindre le but véritable et réellement utile à sa destinée. Les révolutions que la France a traversées ont nécessairement laissé ou des adversaires ou des partisans. La République , l'Empire , la Restauration , ces grandes époques dans la vie de la nation, ont fait naître différents intérêts et différents désirs; de sorte que le trône de Charles X une fois renversé, il fallait forcément se

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demander quel serait le genre de g^oavemement qne l*on établirait sur les raines de celui qui venait de SQCcomber. — Certes , si la révolqtion de Jaillet avait été le produit de la conspiration d'ane faction déterminée , le choix étant pi^éva , on aurait pu immédiatement édifier après avoir détrait; mais cette grande et noble révolution étant la manifestation unanime d'une nation contre les violations du pouvoir, le résultat immédiat ne pouvait ni être prévu ni satisfidre tous les partis qui avaient pris part à la lutte. La République, TEmpire, la Royauté, ayant , pour ainsi dire, poids égaux dans la balance , il fallait s'attendre au prolongement funeste des dissensions que les les désirs non satisfaits devaient inévitablement produire.

Avouons , et c'est une chose depuis longtemps reconnue, que de tous les maux qui peuvent fondre sur une nation quelconque, les plus cruels, les plus terribles , sont ceux qui ont pour cause les luttes intérieures des factions. — Dans une guerre qui envahit le territoire , l'élan qui conduit sur le champ de bataille est un élan sublime et saint; on repousse l'ennemi , on repousse l'étranger ; la gloire est au bout de ces efforts. Mais quand entre concitoyens les passions ardentes amènent une effusion de sang ; quand le champ de bataille est

jonché de cadavres de frères , le chant de la victoire est un chant fanèbre, et le drapeau victo* rieux est couvert d'un crêpe. — C'est une triste victoire sur laquelle il faut verser des larmes. — Voilà ce qui était à craindre au moment où la lutte contre le pouvoir finissait. Jusque-là unanimesj on devait forcément se désunir pour planter son drapeau. L'immense victoire que Ton avait obtenue en commun semblait mettre un terme à cet accord sans lequel on ne peut obtenir rien d'utile, rien de grand. Tous, en combattant ensemble, étaient armés, non-seulement de l'arme matérielle , mais de leurs vœux , de leurs désirs, de leurs prétentions.

Le Républicanisme avait pour partisans tous ces esprits généreux qui contemplent le magnifique monument de ces réformes , de ces lois , que la république française a laissées, faisant abstraction des mesures violentes qu'elle a été obligée d'employer pour les établir, les prenant tout au plus comme ces remèdes héroïques qu'il faut employer et tenter pour sauver le moribond; comme ces opérations douloureuses par lesquelles le chirurgien empêche la gangrène d'envahir les parties saines et de tuer le malade. A ces partisans de bonne foi , pleins de patriotisme , il faut ajouter un bon nombre de gens qui, sans valeur person*

neile , mais pleins d^amour-propre et d'ambition , ne voyaient dans le républicanisme que le moyen de parvenir, et, à l'aide de la licence, qii*ils croyaient facilement faire naître sons ce régime, de s^emparer des places lucratives, unique objet de leur convoitise.

L'Empire, par l'éclat extraordinaire qa^il a jeté sur son passage; par le souvenir de grandes et belles actions sur le champ de bataille ; par ce prestige guerrier qui , dans une nation aussi vaillante que la nation française, fera toujours vibrer la plus sensible des fibres, celle de la gloire, était désiré par tous ceux qui durent leurs grades et leurs positions à l'Empereur, et chez lesquels son culte se liait intimement au culte de la patrie.

La Royauté ralliait aussi autour d^elle une nombreuse phalange, et grand était le nombre de ceux qui , ne pouvant plus se faire illusion sur la destinée de Charles X , voulaient au moins assurer a sa branche le trône sur lequel s'assirent tant de rois de cette famille , et qui ont jeté tant d'éclat sur leur règne ou sur leur patrie.

Mais ces trois partis se balançant presque, ne réunissaient chacun dans leur sphère que les hommes influents sur leurs propres partisans, et aucun d'eux n'avait assez de puissance pour faire par-

lager ses convictions par les masses^ par la nation.

La République a laissé des traces sanglantes, l'horreur que les cruautés de 1793 ont inspirée à toutes les classes de la population, qui jugeant des effets par les effets , et ne remontant pas aux causes qui les produisent, ne tiennent aucun compte des nécessités qui les font naître. Ces mêmes classes n'ont gardé d^autre souvenir de cette fameuse époque , que celui des excès qui lui imprimèrent une tache ineffaçable , une tache de sang. Pour elles la République était la guillotine eu permanence, la loi des suspects, les visites domiciliaires et la corde d'un réverbère. — Pour ces mêmes classes TEmpire était le règne du sabre. Elles ne voyaient dans les victoires que les guerres qui décimaient les populations; la stagnation du commerce, un despotisme plus ou moins brillant, au bout duquel apparaissait l'envahissement du territoire par les troupes étrangères et les hordes asiatiques. L'éloignement de l'héritier direct de l'Empereur, élevé sur le sol étranger, paralysait les partisans de l'Empire, et leurs espérances étaient d'autant moins fondées que l'on ne savait pas si l'Autriche consentirait jamais à leur rendre le duc de Reichstadt, le Napoléon II de leups désirs.

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Pour la branche aînée et poor les H^iriqniiiquistes les chances étaient moins certaines encore. Tons ceux qui ont gardé le souvenir de ces dernières quarante années, ont vu manifestement que pour cette dynastie les enseignements da passé étaient complètement perdus ; qu'elle se croyait toujours investie du droit divin , et revenait avec opiniâtreté aux errements funestes que tant d'années de malheur et d'exil n'ont jamais pu déraciner. La minorité d'ailleurs de ce rejeton sur Jeqael on concentrait ses vœux, était un germe de guerres intestines, et Ton ne doutait pas qu^au bout d'un certain temps, il faudrait encore avoir recours à une révolution pour se venger de la mauvaise foi et redresser les torte.

Tous ces inconvénients, facilement saisissables et accessibles aux masses , firent réfléchir la partie saine de la nation, qui heureusement était la plus nombreuse ; dès lors , et quand la lutte était de* venue inévitable , on pouvait presque prévoir que ce résultat se présenterait par la force des circonstances.

A côté du trône de la branche aîné , vivait une famille princière , ayant la même origine qu'elle. Par une heureuse exception , le chef de cette famille, sans jamais tremper dans les fautes de ses aînés , était l'homme de la nation par excellence.

Dès sa plus tendre jeunesse y il avait consacré tous ses efforts à mériter l'amour de ses concitoyens , à servir son pays. Aussi, quand vint le jour des luttes patriotiques, quand il fallut combattre pour son pays , il se trouva dans les rangs nationaux , tirant Tépée pour la défense de sa patrie, combattant pour le sol qui l'avait vu naître. — La jeunesse de Louis-Philippe s'écoula dans le travail. Ardent à s'instruire, il voulait connaîtrer, et s'appropria toutes les productions par lesquelles Tœprit humain s'illustre ; plus que cela , il voulut apprendre par lui-même les ressources et les besoins du peuple sur lequel alors rien ne lui présageait qu'il dût un jour régner. Il descendit dans les manufactures, entra dans les ateliers, assista aux labeurs des pauvres ouvriers ; et alors se présenta à lui pour la première fois cette grande pensée : « Que le travail ne peut recueillir ses fruits qu autant que la paix lui assure son pain de chaque jour. » Son premier acte d'adolescent fut de sauver la vie à un pauvre soldat qui se noyait, et cette action lui occasionna plus de plaisir que la gloire dont il se couvrit à Valmy en chargeant et repoussant les phalanges prussiennes. — Si à cette époque on ne voit en lui qu'un courageux soldat, sur lequel se fixent déjà les yeux du chef de l'armée et de la nation, on le verra plus tard, habile général, rai-

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liant ses troupes soos le fea meortrier de& Autrichiens, et fixant la victoire sons les diapeaux français à Jemmapes, où il commandait le centre de l'armée.

Forcé de quitter son pays pour sauver une vie qu*il aurait voulu consacrer à sa patrie , il brisa son épée sur le sol étranger pour ne jamais la tirer contre ses compatriotes. Il s^exila, visitant différentes contrées, travaillant pour vivre et s'instruisant toujours.

11 n'entre pas dans le cadre de cet écrit de tracer la bic^raphie complète du Roi Louis-Philippe; je me bornerai seulement à dire que, rentré dans le pays après les événements de 1814 et 1815 9 il s'appliqua de nouveau à être citoyen français plutôt que prince français. H releva par les ressources de sa haute capacité l'ancienne splendeur de sa maison, payant scrupuleusement les dettes de son père , acquittant les créances qu'il pouvait décliner. Ami éclairé des arts et des belleslettres , sa maison était toujours ouverte à ceux qui ajoutaient quelque éclat au nom français. Le mérite caché était sûr que ses bienfaits viendraient le trouver , sans qu'il eût besoin de courber la tête pour solliciter ; Fhomme persécuté par le pouvoir arbitraire et inintelligent , voyait s'étendre sur lui sa main protectrice et le garantir autant qu'il était

possible des effets funestes d'un ressentiment qui avait le pouvoir et le moyen de nuire.

On œmprendra facilement qu'un tel prince ne pouvait être bien vu par la cour et par ceux qui y faisaient foule ; aussi le duc d'Orléans était-il sans crédit , se tenait-il à l'écart , et avertissait-il par sa conduite et par ses paroles que l'on courait à une perte certaine , avec cette manière de régner et de gouverner. Mais tel est le funeste aveuglement des gens du pouvoir, qu'ils se croient inébranlables, et que tout conseil qui vient troubler leur haute satisfaction personnelle est toujours très-mal venu. Les événements n'ont pas tardé à vérifier les prédictions de l'esprit juste et élevé du prince, et quand sonna l'heure du danger, quand le trône s'écroula , tous les regards se tournèrent vers lui , car chacun sentit instinctivement que le salut était là.

A cette époque, les événements marchaient avec une rapidité effrayante; le trouble grandissait, le danger devenait imminent; il fallait sortir à tout prix de cette position précaire. Pour parer aux tristes conséquences qui menaçaient la chose pu- • blique, tous les gens de bien se rencontrèrent dans le désir de proclamer le duc d'Orléans, Roi des Français.

Malgré tout l'éclat de la couronne d'un pays tel

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que la France , il y avait matière à effrayer l'âme la mieux trempée, dod pas par la grandeur du danger personnel, une telle crainte est indigne d'un homme, mais par la grandeur de la responsabilité que Ton assumait sur sa tête à se charger de diriger et d'assurer le bonheur de la nation. Instruit à l'école de l'adversité, Louis-Philippe savait supporter le malheur; soldat, il connaissait le danger des batailles ; mais prendre le sceptre dans une crise semblable, avec des complications de toutes espèces , avec la conviction qu'il aarait à lutter, non-seulement contre le mauvais vouloir de toutes les cours souveraines , mais contre les partis aveugles et acharnés de son propre pays ; voir à chaque instant les mesures les plus salutaires ou mal interprétées ou combattues par une multitude fière de son triomphe récent ; avoir pour soutiens les hommes qui , malgré les intentions pures qu'ils manifestaient , pouvaient avoir des prétentions exorbitantes, incompatibles avec le bonheur général d'un peuple de trente millions ; n'avoir en perspective, pour récompense, que la plus cruelle ingratitude ou les attentats criminels ; prévoir qu'à chaque moment il faudrait descendre dans l'arène , et défendre ce même peuple contre luimême et le sauver malgré lui ; il y avait de quoi , je le répète, faire reculer le plus brave, et rejeter

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bien loin les appas flatteurs d^un diadème. -~ Heureusement pour la France, Louis-Philippe Taimait d'un amour sincère. Il consulta les forces de son esprit, et son grand cœur lui fit envisager tout le bien qu^il pouvait faire à son pays. Convaincu que tout citoyen doit le sacrifice de tous les ins* tants de sa vie à sa patrie, il accepta la tâche imposée, envisagea froidement Tavenir, et, fort du témoignage de sa conscience, il se sacrifia pour le salut de tous, en se disant :

Fais ce que dois y adifienne que pourra.

Ici commence pour Loui&-Philippe, désormais Roi des Français , une série d'événements et d'épreuves que jamais un souverain n'a eu à traverser. — A peine le dioix et l'acceptation ont-ils été connus, que, de toutes parts, il s'éleva un cri immense , cri patriotique , qui salua cet avènement au trône comme un gage assuré du bonheur public; mais aussi il s'éleva une clameur non moins forte de toutes ces coteries qui rêvaient autre chose qu'une monarchie franchement constitutionnelle; et si, d'un côté, tous les bons citoyens se félicitaient et se rassuraient, d'un autre côté, les passions déchatnées de quelques brouillons trompés dans leur attente préparaient au pays de rudes moments à passer, de cruelles époques à traverser.

C'est ici que se déroule, dans toute sa grandeur,

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le puissant génie de oonsenration qui aaisK Louis- Philippe; ici Ton voit de quelle trempe est cette ftme élevée. Mais, pour bien apprécier les éréiements qui vont suivre, jetons on ooop d'ceil rapide sur les tendances que la révotntion de Juillet développait.

Dès 1789, Tannée où la lutte entane les deux principes, principe de la liberté et principe du despotisme, a commencé, partout ce germe profond qui donna tant de grandeur à la Franc», prenait (](» racines de plus en plus vivaces. La féodalité vaincue, les privilèges anéantis et remplacés par dos lois salutaires qui égalisaient tontes les castes, ayant produit de grands résultats , chaque nation aspirait u son tour à voir disparaître Tarbitraire, en obtenant des concessions qui lui étaient dues. Ix)H gouvornoments absolus comprirent que, aussi longtemps que la France serait en possession de ce droit (iu*elle avait conquis par tant de sacriilces, colto ôpéc do Damoclès, menaçant leur sécurité, serait suspendue au-dessus de leur tète, et que ridée continuelle d'égalité devant la loi germerait toujours au sein des peuples soumis à leurs sceptres ; de plus, que l'exemple de Napoléon, qui, de simple sous-lieutenant d'artillerie, s'était élevé au plus haut degré de puissance, servirait constauiiuent de guide a tous ceux qui, avec du génie

dans la tête, de la volonté et de la force dans le cœur, désireraient, à Taide des mêmes moyens, se créer une position, sinon aussi éminente, au moins analogue à la sphère d'action du pays qui leur aurait donné le jour. De là il découle cette conséquence naturelle, que tous les moyens sont bons pour se garantir de ce principe niveleur; de là tous les efforts combinés pour priver la nation française du fruit de ses victoires et de ses conquêtes dans le domaine de Tintelligence. La coalition formidable qui se constitua sous le nom de la Sainte'- Alliance, avait pour but, non-seulement de renverser la puissance envahissante de Napoléon , mais aussi de frapper de mort toutes les conséquences de la grande révolution française. Le congrès de Vienne, outre les stipulations mises au grand jour, avait aussi ses stipulations occultes. Ayant fait asseoir sur le trône français la famille dépossédée des Bourbons, on attendait tout de sa reconnaissance; mais Louis XYIII, prince de beaucoup d'esprit, ne pouvait pas se prêter aux exigences des cours étrangères, car il avait parfaitement compris que toute tentative qui aurait pour but un retour vers le passé aboli, serait vaine ou ne donnerait pour résultat que Texil, d'où à peine il venait de rentrer. Avec Charles X , l'affaire était plus facile. Ce roi avait de tout temps haï cordiale-

ment tout progrès révolutionnaire, et ne remplissait qu'avec répugnance les nécessitée de sa posi^ tion. Il devait donc saisir avidem^it tontes les occasions qui le délivraient des entraves mises à sa puissance. L'œuvre marchait, quand tout à coup la lutte des trois jours donna un démenti déf^rable aux fausses espérances des meneurs du parti prêtre et du parti absolutiste. Et si la voix des nations salua Taurore d^un avenir meilleur, le silence hostile des gouvernants faisait présager une guerre acharnée dont les conséquences étaient incaloi^ labiés.

La France, par sa tendance révolutionnaire , se plaçait forcément a la tête de tous ces mouvements, car, pour elle, c'était une question de vitalité; mais le danger n'était pas pour elle moins grand si les tentatives libérales avortaient, car il y avait pour elle à redouter cette coalition qui subsistait toujours, et qui trouverait, même dans le sein de la France, des partisans d'une seconde Restauration. L'homme placé à la tête du pays devait peser toutes les chances de Tavenir, calculer les probabi-* lités de tel ou tel état de choses; il devait voir as* sez loin dans l'avenir pour résoudre le problème le plus difficile, celui de savoir ce qui convenait le mieux à la sûreté et au bonheur du peuple sur lequel il devait régner. Cet homme était Louis-Phi*

lippe. Son vaste génie saisit sur-le-champ tout l'ensemble de cette immense question , et il se mit à l'œuvre, œuvre hérissée de difficultés et de dangers. — La première chose et la plus essentielle pour lui était de calmer l'effervescence populaire, car il savait quel funeste avenir est réservé à ceux qui remuent le fond d'une nation. Il n'est point de siècle de lumière pour la populace ; en tous pays elle est la môme, elle est féroce. Quand elle se venge de ceux qui la gouvernent , elle punit des crimes quelquefois imaginaires par des crimes certains. — Il savait que lorsqu'on soulève un peuple, on lui donne toujours plus d'énergie qu'il n'en faut pour arriver au but que l'on se propose, et que cet excédant de force l'emporte au delà de toutes les prévisions humaines. Il avait toujours présentes ces paroles de Mirabeau, qu'il faut

(K Substituer le vrai amour de la patrie à de « viles passions, et ne pas prendre une vaine arec deur de briller pour une vocation réelle à s'oc- (( cuper du bien public; d

et que :

a L'amour-propre est l'ennemi de la vraie gloire, a car la vanité trop pressée de s'agiter sur un ff petit théâtre , n'a pas le loisir de jeter en silence a les fondements d'une gloire solide. »

Certes, Louis-Philippe aurait pu se donner, dès

son avènement an trône, le mérite facile d'ên^ Tépouvantail des rois de FEarope ; il pouvait à peu de frais se placer au sommet de la popularité, et marquer de sang les pages de son règne; mais il préféra être le modérateur de Tanivers à en être le bouleversateur. 11 lutta avec ses propres sympathies pour assurer au monde la paix bienfaisante. Il refusa un trône pour son fils, trône qu'il était facile de défendre contre Tagression , et sur lequel il pouvait consolider sa dynastie dans un pays qui gravitera toujours, quoi que Ton fasse, dans la sphère d^action de la France. Mais il tenait à prouver à tous, qu'en acceptant le trône français, il n'était pas mû par une ambition personnelle , par une envie de jeter du lustre sur sa famille; mais qu'il se sacrifiait au bonheur de ses concitoyens, et que la vraie gloire, pour lui, gisait moins dans Téclat du diadème, que dans Taccomplissement de ses plus saints devoirs.

Sa première pensée, sa première démarche dans la politique, fut un coup de génie.

Une idée est profondément enracinée parmi le peuple français ; c'est que l'Angleterre est son ennemie née, sa rivale éternelle; qu'il n'y a d'autre alternative pour la France que d'abattre cette puissance ou de succomber. Louis-Philippe jugea tout autrement. II pensa que la liberté du monde, ou

du moins sa tranquillité, dépendait de Taccord parfait des deux peuples libres; qu'il y avait une foule de points où les intérêts de ces deux pays étaient les mêmes, et qu'il suffirait de quelque vingt ans à ces deux peuples pour se connaître , s'apprécier et rester unis '. Son premier effort dans la diplomatie fut donc d'obtenir de l'Angleterre l'accession à la révolution de Juillet, et par cela même de la détacher de la Sainte-Alliance. Tranquille de ce côté, il savait que les autres puissances auraient assez à faire dans leurs propres Étals avant que de se mêler des affaires de la France. Le résultat répondit complètement à ses prévisions.

L'Angleterre reconnut la révolution de Juillet, Cette démarche d'une puissance que les autres regardaient comme une ennemie naturelle de la France , imprima un autre cachet au mouvement populaire , et changea plusieurs dispositions hostiles en accessions hâtives à l'état de choses existant. C'était une conséquence nécessaire même pour les gouvernements absolutistes, car leur ad-

' nous examinerons ailleurs toutes les pliases de cette alliance politique depuis 1830 , et les avantages ou préjudices qu'elle a apportés à la France. L'expérience acquise pendant dix-sept ans a suffisamment éclairé Topinion publique, et levé tous les doutes qui pouvaient exister à ce sujet.

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hésion suspendait Texplosion de la France. Mais la tâche de Louis-Philippe n'était que commencée; les révolutions éclataient de toutes parts , il était impossible de porter des secours matériels partout; il fallait créer un ascendant moral très-puissant, et en même temps il fallait avertir les peuples que la France, comme pays constitué, ne pouvait pas sMmmiscer dans les affaires et dans les troubles des autres nations. De là le système de la non-ùuer* ifention. Ce sytème, sur lequel pèse tant de malédictions, pour ainsi dire, n'a jamais, à mon avis, été bien compris , et ne faisait naître que des récriminations passionnées, car sa pensée intime n'était pas saisissable pour le vulgaire. On a cru généralement qu'il était le produit d'un égoïsme méprisable, et qu'il fallait sacrifier tout pour affermir la position de Louis-Philippe. Il n'en est pas ainsi. Pour quiconque a mûrement réfléchi sur ses motifs et ses conséquences, le système de la non-intervention était un. système protecteur de la faiblesse contre la force. Le congrès de Vienne engageait les parties contractantes à se prêter un secours mutuel dans toutes les circonstances qui touchaient à leur stabilité; il était donc évident pour tout homme pratique à la tête des affaires, que tous les mouvements régénérateurs, n'importe dans quel pays , s'annonçant comme une révolu-

tioD sociale y devaient être comprimés en commun et étouffés à leur naissance; et, comme il fallait laisser aux peuples opprimés la faculté de tenter les chances probables d'une délivrance, il fallait les placer au moins en face d^un seul adversaire, et empêcher les autres de les écraser simultanément. On voit donc bien que la pensée qui présidait à la création de ce système protecteur, était une pensée profonde, pensée libérale, et la seule possible dans Tétat de choses. Mais malheureusement les événements se suivaient avec une rapidité effrayante; les soulèvements mal combinés surgissaient de toutes parts, et tous les regards se tournaient vers la France , protectrice née des opprimés. Louis-Philippe pensait, dans le principe, que tous ceux qui se plaçaient ou qui devaient se placer à la tête de ces révolutions, comprendraient parfaitement la position de la France, et tiendraient compte de l'impossibilité matérielle; mais les pas* sions ne raisonnent pas, on avait hâte de jouir de la liberté. Peut-on blâmer ce désir? Non assurément; mais il faut déplorer que tant d'efforts, tant de courage aient fatalement abouti à d'effroyables malheurs , à s^abimer dans des flots de sang. La plus sérieuse de ces luttes fut la révolution polonaise, et si les autres n'ont créé que des embarras à la France, celle-là, on peut le dire hardiment,

sauvait et la révolution de Juillet et le gouvernement que cette dernière a établi.

La Pologne ne pouvait tomber sans que les passions se déchaînassent contre Louis-Philippe, d'autant plus qu'un de ses ministres prononça à la tribune ces honteuses paroles : Vofdre règne à FarswieA Mais demandons-le à tout homme impartial ; celte phrase , qui ternit à jamais la mémoire dn ministre y peut-elle ôtre imputée à crime à Loais-Philippe lui-même ? — Était-il , pôuvait-il être pour quelque chose dans ces paroles? — Non , mille fois non. Les ennemis les plus acharnés du Roi ne lui refusent pourtant pas de Tesprit, de Thabileté. Eh bien , étaitril possible d'admettre que la chute de la Pologne fût son ouvrage; et cette insulte posthume était^lle dans Tordre des choses possibles pour un monarque plein d'esprit et d'habileté? Comment pouvait-il ne pas savoir (et il le savait assurément) que la chute d'une nation amie de tout temps de la sienne compliquerait sa position d'une manière grave, et que, loin de lui être profitable , elle menacerait son existence politique, la tranquillité de la France à l'intérieur^ sa sûreté à l'extérieur ; que prêter son aide à un tel triomphe, c'était prononcer sa sentence soi-même et briser les liens qui comprimaient l'activité dévorante des Français? A qui fera-t-on accroire

que Louis-Philippe voulût de gaieté de cœur s'exposer ainsi et fournir un aliment funeste aux haines, aux passions, auxboulevereements? Non; je suis convaincu que le Roi sentit profondément la douleur causée à toute la nation par la chute d'un pays héroïque.

Dans Tétat de choses d'alors, la force de la France était dans l'ascendant moral qu'elle pouvait exercer sur les autres puissances. Elle négociait, elle conseillait, elle cherchait à profiter de toutes les circonstances. Toutes les fois que la chose était possible, et que le principe de la non-intervention était violé, la France intervenait; elle entrait en Belgique, elle s'emparait d'Ancône; mais que pouvait-elle faire en cette occurrence? — Ce que le cabinet des Tuileries a fait pour cette cause sera sans doute un jour connu et apprécié; la postérité apprendra avec surprise que la chute de la Pologne revient complètement à une puissance perfide, libérale en paroles ou despote en actions, selon le compte qu'elle y trouve; mais tel est le sort des gouvernants, que les peuples ne jugent que sur l'apparence ; pour eux, le désir est la possibilité, les obstacles ne comptent pas ou deviennent les crimes de ceux qui sont au timon des affaires.

L'époque dont je parle était la plus difficile dans la vie politique de Louis-Philippe, et il ne fallait

rien moiDS que son vaste génie, la force de son caractèrei et le témoignage de sa conscience^, poor la traverser, la tourner au profit de tous y en luttant contre ces têtes ardentes qui, dans leur effervescence y se croient les vengeurs du monde , les réformateurs de Thumanité. Dans toutes les actions de Louis-Philippe, on voit constamment une profonde sagesse, une sagacité sans exemple , et il semblerait que les événements les plus imprévus le trouvent préparé, et que rien ne saurait le prendre au dépourvu. Sa vue, en politique, est pénétrante; il juge des pays et de leurs ressources comme un homme dont Toccupation unique serait les affaires de sa contrée , et qui vivrait sur place au milieu des choses qui se passent devant lui. — En voici un exemple : Chacun sait à combien de luttes les prétentions de don Carlos ont exposé TEspagne. Isabelle U était reconnue par la France; il était de plus de son intérêt de ne pas permettre de s'établir à ses frontières un prinœ qui arrivait dans la Péninsule avec des principes tout à fait opposés aux principes français, et qui pouvait, dans la suite, seconder toute tentative hostile au trône de Juillet. Cela était évident pour tout le monde. Don Carlos gagna du terrain plus d'une fois ; il fut sur le point d'obtenir une victoire complète; les hommes d'Etat d'Espagne,

l'Angleterre et la France entière étaient d'avis qu'il fallait intervenir, et garantir le trône d'Isabelle d'une chute assurée. Le Roi seul jugea les choses sainement ; il ùxl inébranlable, il ne voulut jamais de l'intervention, et la nation espagnole seule a suffi pour se défendre elle-même en défendant sa reine. Il faut s'incliner devant cette hante sagacité, et féliciter la France de ce que la Providence, dans ces moments de crise, lui a donné le seul homme capable de la diriger avec sagesse^

Aussi, voyez la situation du pays, parcourez la France; partout l'industrie se développe, le commerce prospère , les arts sont en progrès ; l'activité fiévreuse qui poussait autrefois tous les hommes dans l'arène de la politique s'est tournée vers les choses utiles; les esprits se calment, les^ préventions disparaissent , et le bien-être général se répand. Louis-Philippe commence enfin à jouir de la récompense si bien méritée de ses efforts patriotiques. Quiconque a eu le bonheur d'approcher de sa personne est frappé tout d'abord de cette dignité grave et calme qui dénote un esprit supérieur. Il est affable et naturel ; il possède un rare talent d'éloculion , et ses connaissances sont tellement multipliées que, plus d'une fois, les gens du métier sont sortis émerveillés de l'étonnante précision avec laquelle il donnait son avis sur les

choses que Ton aurait cru devoir lui être complètement étrangères. Il possède plusieurs langues ; il les parle et les écrit avec élégance. Louis-Philippe, dans les affaires de TÉlat, ne donne rien au hasard ; il ne signe jamais aucune ordonnance présentée par un minisire sans en prendre préalablement connaissance. Il examine tous les recours en grâce, parcourt toutes les procédures des gens condamnés à mort, y scrute leur vie; et si un seul indice est favorable au condamné, il commue la peine. L'ordre sévère qui règne dans ses affaires particulières, dans ses dépenses, lui a permis, avec des ressources trop bornées , d'entreprendre et d'exécuter des choses devant lesquelles de plus riches et de plus puissants ont reculé. Napoléon , maître de toute la France; Louis XVIII et Charles X, avec une liste civile plus du double de la sienne , ont renoncé à restaurer le palais de Versailles, trouvant l'entreprise trop chère pour leurs moyens. Eh bien, Louis-Philippe jugea que la chose était digne d'un monarque français ; et , sans demander au pays des sacrifices pour cet objet, il a exécuté la transformation complète de ce monument fastueux , en faisant de ce superbe palais le plus magnifique musée national.

L'activité du Roi est étonnante. — Toujours occupé de la chose publique, il trouve du temps à

donner à sa nombreuse famille , dont il est Tidole; c'est le plus heureux des pères. Il se couche rarement avant deux heures après minuit, et sa sobriété est sans pareille. Son plus grand regret est que les criminelles tentatives de plusieurs misérables le privent de pouvoir se promener dans les rues de Paris comme un simple particulier; mais sa vie ne lui appartient pas; il appartient à la nation , qui en a besoin, de sorte qu'il est forcé de rester chez lui et de ne pas s'exposer témérairement aux coups des assassins. — Son ascendant est tellement puissant sur les personnes qui rapprochent, que, plus d'une fois, les gens qui entrèrent chez lui ayant des dispositions tout à fait opposées à ses vues en politique, en sortirent complètement convertis, et abandonnèrent leurs convictions pour suivre les siennes. Louis-Philippe, comme un esprit supérieur, a toutes les qualités nécessaires à un Roi d'une nation telle que la France ; il est sans haine contre ses ennemis, mais aussi il est inébranlable dans ce qu'il croit juste et utile pour son pays.

Pour toutes les épreuves auxquelles il a plu à la Providence de l'exposer comme homme, comme prince et comme père, le ciel lui devait un dédomma-

gement, un prix de tant des sacrifices; en effet, Dieu lui a donné pour compagne la doacear , la bonté, la vertu et la bienfaisance personnifiées ; il lui a donné Marie-Amélie.

En traçant le portrait du Roi, j'ai parlé de toutes les qualités qui constituent un grand monarque; j'ai pu le faire, car sa vie est la vie publique; mais pour parler de la Reine , il faudrait connaître toutes ces vertus cachées qui font d'elle une femme évangélique ; il faudrait connaître le nombre de ces bienfaits qu'elle répand autour d'elle , et ces millions de prières qui s'élèvent au pied du trône de l'Étemel pour la bénir. Partout où la souffrance gît sur le grabat de la misère , la Reine veille ; aussitôt qu'une voix suppliante arrive jusqu'à elle , sa main essuie les larmes et apporte un secours. Ses bienfaits pénètrent partout, sa bonté est inépuisable, sa libéralité infinie; et quand elle a tout donné, elle trouve qu'elle n'a encore rien fait. Épouse dévouée, mère tendre, elle est une image vivante d'abnégation personnelle. Pour peindre sa haute vertu , sa piété, les couleurs les plus éclatantes seraient trop ternes ; on peut se borner à dire que toutes les fois que l'on entend prononcer le nom de la Reine, il semble que l'on entende une bénédiction prononcée au-dessus de sa tête.

Il est de ces vertus qui vivent à l'ombre ; de ces

dévouements sublimes qui se tiennent à l'écart dans le bonheur et se mettent en avant dans l'adversité ; de ces caractères énergiques que rien n'abat, parce que le cœur, haut placé, possède assez de force pour lutter et vaincre ; voilà en peu de mots le portrait de Madame Adélaïde, sœur du Roi Louis- Philippe, et que la France pleure en ce moment.

Madame Adélaïde, élève, comme son frère, de madame de Genlis, avait reçu de la nature tous leë dons qui font aimer et admirer y mais^ fidèle à la tendre amitié qui l'unissait à son frère, elle lui voua toute sa vie , en partageant son exil , en devenant sa consolation, son ange de bon conseil. Toujours auprès de lui, elle marchait du même pas avec lui, pensant avec raison qu'il y a plus de force dans deux âmes "bien unies pour tenir tête à l'orage et supporter le fardeau de la grandeur. Éclairée, réfléchie, aimant sincèrement la France, elle sentait son frère capable d'assurer le bonheur de la patrie commune; et dans les plus mauvais jours de l'effervescence populaire, elle lui apportait sa foi dans l'avenir , dans la reconnaissance de la postérité. — Elle s'est éteinte doucement, car le ciel, après tant de secousses, lui devait cette fin paisible. Entourée de tout l'amour de sa famille, elle a quitté la terre pour marquer au ciel la place de ceux qu'elle chérissait. — On ne peut faire d*elle de plus grand

éloge qu'en disant qu'elle était la digne sœur du Roi.

Maintenant il me faut remuer profondément notre douleur pour parler du jeune Duc d'Orléans, qu'une mort si funeste et si fatale est venue frapper au milieu de sa carrière.

Jamais qualités plus brillantes n'ont orné aucun prince à ma connaissance ; tout en lui concourait à le rendre le cavalier le plus charmant, Thomme le plus aimable. Taille élevée et bien prise, traits réguliers, sourire d'une douceur admirable, voix gracieuse et pénétrante, valeur bouillante mais modérée par un sang-froid extraordinaire dans le danger. Toutes les fois que mon esprit se retrace cet ensemble si parfait, il se présente à mon idée quelque chose, d'aussi chevaleresque que François r*", d'aussi digne d'amour que Henri IV. — Élevé au collège, ainsi que ses frères, il conserva les amitiés acquises sur les bancs scolaires ; héritier présomptif de la couronne, il est resté toujours camarade franc et loyal ou protecteur grand et généreux. Comme son père, il a vu de près le peuple français , et le peuple le connaissait par les bienfaits qu'il semait autour de lui ; car jamais hbéralilé ne fut plus grande dans un prince, jamais discernement dans la répartition des secours ne fut

plus intelligent. Habile général sur le champ de bataille , il s'occupait de ses compagnons d'armes, et le soldat qui combattait sous lui sentait ses forces tripler. — Le duc d'Orléans aimait son pays d'un amour ardent, et il avait pour son père l'attachement profond d'un fils respectueux, l'admiration sincère d'un citoyen pour son roi. Quelquefois peut-être, les idées qu'il se formait sur les besoins du pays différaient de celles de Louis-Philippe ; mais il était tellement pénétré de la supériorité des lumières de son père , que jamais il ne se permit de témoigner en quoi que ce soit un avis différent ou une critique de la conduite que l'on tenait; car il était convaincu de cette grande vérité, que pour apprendre à commander plus tard, il faut d'abord savoir obéir. Aussi le pays, dont les regards étaient toujours tournés sur lui , s'applaudissait dans son avenir, qui lui promettait un grand roi et de grandes destinées.

Tout souriait au jeune duc d'Orléans, et ce bonheur de se sentir et de se savoir aimé fut bientôt porté au suprême degré par son mariage. Digne d'un tel époux, la princesse Hélène de Mecklem- BOURG-ScHWERiN arriva sur la terre de France , et quelle dut être sa joie quand elle se sentit pressée dans les bras du Roi Louis-Philippe et saluée comme la compagne chérie du plus aimable des princes !

Aux cbannoB da sa personne , la princesse Hélène joint un esprit droit et cultivé , une bonté rare et précieusoi un culte sincère du pays qui Tadopta, Quand elle se sentit appuyée sur le bras de son époux , entourée de son auguste £amille ; quand la naissance de deux princes eut cimenté cette heureuse union , elle se dit avec orgueil que jamais femme n'avait eu ni uue plus haute destinée, ni un bonheur plus parfait, •— • Hélas ! un seul jour changea cette joie en un deuil éternel, et de son souffle néfaste emporta les douces illusions d'une âme noble et pure.

Le 13 juillet 1842, le duc d'Orléans, en allant à Neuilly, fat lancé hors de sa voiture, emportée par les chevaux, qui avaient pris le mors aux dents ; et sa chute fut si malheureuse, que sa tête ayant frappé sur le pavé, il expira deux heures plus tard, sans avoir même repris connaissance.

Il est impossible de rendre l'impression douloureuse que cette nouvelle, le prince est mort! produisit dans la capitale. Au silence lugubre qui d^a* bord saisit tout le monde succéda bientôt une éclatante douleur, douleur profonde et universelle. Cette mort si cruelle, si rapide, si imprévue, répandit un sinistre présage sur l'avenir du pays; et Ton se sentit tellement frappé, tellement accablé par un sombre désespoir, que Ton était prêt à dou*

ter de la Providence. — Ces douleurs ne se dépeignent pas.

Dès cet instant 9 si cruel pour la princesse Hélène, la joie fiit à jamais bannie de son àme. Et comment en pourrait-il être autrement? Elle seule peut connaître quel trésor inappréciable d'affection elle a perdu, quel cœur lui a ravi à jamais la faux implacable de la mort! — Quand la joie allume ses flambeaux, et quand un cercle nombreux se presse autour de la famille royale; quand le chef suprême du pays ouvre les deux battants des portes de son palais et convie la nation à ses fêtes brillantes, une place reste vide : la noble veuve du noble prince s'enferme dans ses appartements; et là, seule avec le souvenir de son royal époux, elle se retrace en silence les joies de son union, et pleure sur le vide affreux de son cœur. Mais si elle manque aux fêtes et aux réceptions de la cour, elle ne manque pas au réduit du pauvre. Cette àme si pure, si digne, si élevée, perpétue l'œuvre de son noble époux; elle ravive son souvenir dans tous les cœurs , et associe de bonne heure le comte de Paris aux bienfaits qu'elle répand autour d'elle , et lui enseigne que le plus grand bonheur d'un monarque est dans Tamour de son peuple.

Sans m'arrêter sur les tristes conséquences pour le pays de cette mort prématurée, je dois remar-*

quer ici que, même dans ce moment douloureux, la première pensée de Louis-Philippe fut encore pour son pays. Accablé sous le poids de son afflic^ tion, sortant d'une sombre rêverie, il s'écria, en s'adressant à sa famille : « Oh oui , c'est un coup « affreux pour nous ; mais quelle perte pour la « France ! »

Par cette exclamation , partie du plus profond de son cœur, on peut juger combien le bonheur du pays est intimement lié à sa pensée de tous les instants; mais aussi il est Roi des Français, d^une nation grande et généreuse; car, au moment où la mort frappa le prince , toutes les haines des partis s'éteignirent, et tous s'inclinèrent respectueusement devant celte tombe entr'ouverte.

I^ duc d'Orléans avait le talent de s'attirer l'affection de tous ceux qui l'approchaient, non-seulement en France, mais aussi dans l'étranger. Qui ne se rappelle, en Allemagne, avec quel enthousiasme les princes français furent reçus à l'époque de leur voyage dans ces pays? A Berlin surtout , l'accueil fut des plus affectueux, non-seulement à la cour, mais aussi dans le public. Toutes les fois que les ducs d'Orléans et de Nemours se montraient , le public les entourait des marques de la plus vive et de la plus respectueuse sympathie. Le duc d'Orléans surtout s'était tellement attiré Taf*

LE nOI ET LA FAMILLE ROYALE. 393

feclion du vieux Roi Guillaume, que, lorsque ce monarque, au moment du départ des princes, pressa avec une vive émotion le duc d'Orléans dans ses bras , on vit tomber de grosses larmes de ses yeux. Certes, ces larmes du royal vieillard, si haut placé dans Testime de son peuple , qui avait assisté à tant d'événements graves pendant son règne demi-séculaire, et dont le cœur devait être refroidi par l'âge et par les nombreuses sensations éprouvées, ces larmes versées publiquement étaient un des plus éclatants témoignages des grandes qualités que possédait le prince royal.

Le duc d'Orléans , à ce qu'il paraît , avait un pressentiment de sa fin prochaine , et quelque temps auparavant, une teinte mélancolique se répandit sur sa noble figure; on dit même que, dans une causerie intime au sein de sa famille , quand la princesse Clémentine, sa sœur, lui parlait des hautes destinées qui l'attendaient, du bel avenir de gloire qui se déroulait majestueusement devant lui, il répondit avec tristesse : « Non, non, ce bel « avenir ne m'est point réservé ; je mourrai jeune, a ma sœur. » — Quelle triste prophétie, et comme elle s'est rapidement et fatalement accomplie !

A présent que ce prince manque au pays , tous les regards s'arrêtent sur le duc de Nemours, lo

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plus âgé des fils du Roi , régent présomptif de la France. Jusque-là, le duc de Nemours, sincèrement attaché à son frère aîné, se tenait à Técart, et s'étudiait à mettre en évidence et à faire dignement apprécier celui qui devait succéder au trône par l'ordre de primogéniture. Cette conduite était digne et noble; elle décelait une âme généreuse. Le duc de Nemours, jusque-là peu connu, comprit sa tâche dans l'avenir; et, sans sortir tout à fait de sa modeste réserve, entra dans la vie publique et dans la vie politique. Son maintien est grave , son regard pénétrant, et une certaine hauteur dans les manières inspire le respect dû à sa naissance, à sa haute position. Mais si le côté brillant lui manque^ le côté solide ne lui manque pas : il possède des connaissances variées. Il s'anime rarement; on peut dire qu^il ne s^anime que sur le champ de bataille , où il conduit bravement ses colonnes au feu; mais dans Faction la plus chaude, son regard assuré dénote le calme profond de son âme coura* geuse. Dans le salon, ses manières sont tout à fait princières; et, s'il n'a pas l'heureux don de son frère aine, qui attirait vers lui par un charme toutpuissant, il possède au plus haut degré la faculté de convaincre, de s'attirer l'estime universelle et un respect sincère pour ses hautes capacités. Sa compagne, belle, jeune, gracieuse, au sourire se--

LE ROI ET Lk FAMILLE ROYALE, 395

duisant, aux manières douces et affectueuses, tempère par son enjouement la noble gravité de son jeune époux. C'est un couple charmant ; beaux tous les deux, tous les deux blonds, ils ont deux petits anges qui jouent autour d'eux. Depuis quelques hivers, le duc et la duchesse de Nemours donnent des soirées ravissantes, de brillantes réceptions. Tout ce qui jette quelque éclat sur le pays y est reçu, sans acception de personnes : pairs de France, généraux, députés, littérateurs, artistes, compositeurs, chacun a son tour, a sa place marquée dans ce$ invitations gracieuses. Là, tous les partisse trouvent sur un terrain neutre; là, les hps* tilités font trêve; car le prince est également affoble pour un membre de l'Opposition comme pour le conservateur le plus ministériel ; là, le prince s'approche de tout le monde, cause avec aisance, écoute avec esprit , car il possède le grand art de savoir écouter, et il ne cherche jamais ni à vous imposer son opinion ni à vous témoigner de l'humeur, si la manifestation de la vôtre lui est opposée. Appelé peut-être un jour à de hautes destinées, il puise à toutes les sources les lumières nécessaires pour remplir dignement son devoir, et il fait tout son possible pour que la force de sou esprit puisse s'élever à la hauteur de la tâche qui lui est imposée. — Les revenus du prince sont bor-

nés et nullement en rapport avec sa haute position, car Tesprit étroit et mesquin de quelques pessimistes s'oppose par tous les moyens licites et illicites à la dotation du duc de Nemours. Certes, l'économie dans TÉtat est nécessaire, il est boa de retrancher tout le superflu ; mais priver un fils de France des moyens de soutenir son rang avec tout Féclat convenable à la grandeur de la nation, c'est une chose absurde. Car enfin , il faut être conséquent en tout. On veut de la monarchie, donc on veut un Roi. A ce titre suprême que donne la nation est attachée l'idée de la grandeur, non-seulement dans la valeur personnelle de Thomme, mais aussi dans le faste extérieur qui l'entoure. La Royauté, pour être respectée, doit être magnifique , car elle ne parle pas à l'esprit seulement , elle parle aux yeux; la Royauté doit avoir les moyens de soutenir cette splendeur inhérente à son institution. S'il en est autrement, elle devient un fardeau incommode, une chaîne lourde à porter. Aussi, partout, on cherche à entourer le trône de tout l'éclat possible, selon la grandeur et les moyens du pays. Plus la nation est illustre , plus la Royauté et tout ce qui Tentoure doit être richement, fastueusement même , doté. Certes, il n'entrera dans l'esprit de personne de soutenir que l'Angleterre ne se connaît pas en monarchie cens-

titutionnelle ; que les Anglais n^ont pas le sentiment de leur dignité. Eh bien , l'Angleterre comprend à merveille la nécessité de la splendeur du trône. La Royauté y est entourée de tout le près-? tige extérieur qui commande le plus profond respect. Là, le Roi est doté en Roi. Cette considération s'étend à tous les membres de sa famille, car chaque prince y est apanage par la nation. Elle ne se départit jamais de cette règle , qu'elle a franchement acceptée ; et nous voyons l'Angleterre continuer au roi de Hollande les pensions qu'il touchait comme duc de Cumberland. En France , pour se donner un air d'indépendance, le vernis d'une grande préoccupation pour la fortune publique, on se refuse à une chose juste et nécessaire dans un État monarchique. On ne veut pas comprendre que plus un prince est riche, plus il est en état de répandre ses bienfaits sur les classes laborieuses; car c'est un fait incontestable, que le luxe des gouvernants profite à la nation. Ce qu'elle donne revient à elle d'une manière plus sensible, plus intelligente.

Autant par goût que par devoir, le Prince de JoiNviLLE , troisième fils du Roi , a choisi la carrière maritime, dans laquelle il ne tarda pas à se distinguer comme ses autres frères s'illustraient dans

les armées de terre. Son premier fait d'armes le fit remarquer sous les murs de Saintr-Jean d^UUoa; là , on pouvait déjà voir que son instmction maritime répondait à la hauteur de la carrière qu^il devait bientôt parcourir. Comme récompense aationale, le Roi lui confia la mission patriotique d'aller réclamer, au rocher de Sainte-Hélène, la dépouille mortelle du plus grand capitaine des temps modernes, les cendres de Napoléon. — Après y avoir reçu le dépôt révéré, il vogua vers la France avec ce saint recueillement qa'inspire à tout homme supérieur le voisinage des restes d^un héros, quand des bruits de guerre avec l'Angleterre lui vinrent en pleine mer. A Tinstant il prend un parti vigoureux , met son navire sur le pied de guerre, et jure de plutôt se faire sauter avec son dépôt sacré que de rendre à l'Angleterre ce trésor qui n'appartient désormais qu'à la France. La nation tout entière, qui se pressait sur la route pour recueillir le cercueil de son empereur, reconnut, par des cris d'enthousiasme, que jamais plus digne mission n'avait été accomplie par un plus digne mandataire.

La jeune Princesse de Joinville, sœur de TEmpereur du Brésil , et qui est presque une image vivante de la gracieuse et à jamais regrettable princesse Marie, duchesse de Wurtemberg, est

devenue en un clin d'œil la favorite de tous, et pour ainsi dire la duchesse de Bourgogne de nos temps et de ce règne.

Le prince de Joinville avait le droit de se reposer, de jouir de son bonheur; mais la patrie l'appelait, il court à sa voix. Deux jours suffirent au jeune guerrier pour battre en brèche les fortifications africaines, forcer l'Empereur du Maroc à solliciter la paix , et cueillir, à Tanger et Mogador, des lauriers qui ajouteront un nouveau lustre aux gloires de la France.

Le prince de Joinville est d'une taille moyenne, plutôt grande que petite , des cheveux noirs touffus couvrent sa tête , et laissent à découvert un front sur lequel se peignent la hardiesse , le courage et la résolution. Il porte une grande barbe noire, son teint est bruni au soleil des tropiques , hâlé par les vents des mers qu'il a parcourues. Il aime son arme avec un amour, pour ainsi dire , passionné ; il consacre tous les instants de sa vie à une étude approfondie des ressources qu'elle offre pour la grandeur et la gloire de la France. Les détails les plus minutieux de l'armement, il les connaît ; il suit avec persévérance les réformes qu'il croit utiles dans la conduite des flottes et dans la manière de combattre. Il est le partisan le plus décidé et le plus éclairé de la vapeur, convaincu que c'est là

que gU le moyen de combattre avec des chances égales les puissances les plus supérieures en marine. 11 a publié un travail des plus remarquables sur les forces maritimes de la France , et son réve de tous les instants est de doter son pays d'anc marine digne de ses hautes destinées et de son influence sur le sort des nations.

Dans son intérieur, le prince de Joinville est affable, prévenant y plein de franchise; l'étiquette lui est antipathique , et il se donne autant de peine pour que rien en lui ne décèle un prince , qu'un autre s'en donnerait pour le faire sentir à tous. Tout ce qui l'approche l'aime, tout ce qu'il aime est heureux de celte faveur; l'éloge du prince de Joinville est dans toutes les bouches, les vœux pour son bonheur sont dans tous les cœurs. Ceux qui l'ont vu au combat disent qu'il n'est rien d'aussi calme, rien d'aussi digne que lui; sa voix forte et vibrante arrive, à travers son porte-voix, claire et sonore , elle domine et les mugissements de la tempête et le fracas de la mitraille. Il porte une affection particulière à son neveu , le comte de Paris, et il en est adoré. Il lui a donné, sur son navire, la première idée d'une bataille, comme le Roi lui a fait tirer son premier coup de canon. Le précieux rejeton du duc d'Orléans, dans ces deux occasions, n'a témoigné d'autre émotion, malgré

son âge, qu'un regret que le jeu eût fini trop tôt.

Par un heureux privilège , unique peut-être dans les annales d'une famille , les vertus et les mérites sont solidaires dans celle dont nous parlons. Non-seulement tous les fils du Roi sont exempts de toute?^ sortes de vices qui pourraient ternir quelque brillante qualité, mais tous séparément ont un mérite qui leur est propre; aucun d'eux n'est absorbé par la supériorité relative d'un autre, et tous ont reçu de la nature des dons égaux ; ce qui fait que cette famille est tendrement unie, qu'aucun membre n'a de motif d'envier chez l'autre quelque chose qui lui manque; tous, ensemble ou séparément , pourraient rendre fière la plus grande nation , et heureuse la plus illustre famille. Ces réflexions viennent tout naturellement à l'esprit, en parcourant dans la pensée les actions de chacun- d'eux. Les deux princes dont il reste encore à parler suivent bien l'exemple de leurs aines.

Le duc d'Aumale a fait aussi son apprentissage militaire en Algérie; le col de la Mouzaïa a vu sa charge la plus brillante exécutée par le tout jeune commandant , à la tête du bataillon du 24^ régiment. Bientôt après, nommé colonel du 17® 1. 26

léger, le prince s'appliqua à justifier ce choix à flatteur, en se rendant digne d'être à la tête d'an si brave régiment , digne de ses nouveaux frères d'armes. Et pourtant, quand, à son retour d^ Algérie y la ville de Paris accueillait avec acclamations et le prince et les soldats dont le soleil d^Âfrique avait bronzé les figures, et dont les balles arabes avaient criblé le drapeau , le crime veillait. La haine des partis ne pouvant supporter ces éclatants témoignages d^amour, arme le bras d'un assassin. Le coup part, et la balle frappe, à côté du prince , le cheval du lièutenant-colonel , ao moment où les ducs d'Orléans et de Nenaours s'avançaient au-devant de leur jeune frère. « Que ce personne ne bouge , » crie le prince d'une voix forte; et, se tournant vers ses frères, il dît avec gaieté : « A la bonne heure ! on doit me croire un a personnage important , puisqu'on me trouve a digne d'être assassiné ! »

Le duc d'Aumale fut bientôt après envoyé encore en Afrique, avec le grade de général et de gouverneur militaire de la province de Constantine. Il y introduisit plusieurs réformes utiles , et se fit aimer des populations arabes. Par raménité de sa personne , par son juste discernement dans la conduite des affaires , il a fait faire un pas immense à la consolidation de la domination fran-

çaise en Afrique. Jaloux de donner de nouvelles preuves de ses capacités militaires , il organisa une expédition contre les tribus insoumises , et porta un coup décisif à la puissance d'Abdel-Kader. C'est ici que se place la prise de la Smala de ce marabout. L'expédition fut condtiite avec habileté et vigueur par le prince , et ses troupes tombèrent avec la rapidité de la foudre sur les Arabes. L'ennemi, culbuté, renversé, détruit, abandonna son camp et ses richesses; une grande partie de la famille d'Abd-el-Kader fut faite prisonnière , et un immense butin tomba au pouvoir du soldat français. Après ce brillant fait d^armes , qui mettait le sceau à sa gloire; après quelques autres expéditions non moins remarquables par la pensée qui les conseillait que par leur heureux accomplissement, le duc d'Aumale rentra en France, et bientôt après partit pour Naples y épouser sa cousine , fille du prince de Salerne , frère de la Reine Marie-Amélie. La jeune duchesse, flère d'appartenir désormais à la France, s'applaudit chaque jour du bonheur que le ciel lui a départi dans la personne de son mari.

Le duc d' Aumale , héritier des biens du prince de Condé, est le plus riche de sa famille; ôar son revenu , si notre mémoire ne nous trompe pas , s'élève à six millions de francs par année. Mais

trait de générosité de son frère, que ,. mineur encore, il alla se jeter aux pieds du Roi pour le prier de prendre sur son héritage la portion nécessaire à l'apanage du duc de Nemours : celui-ci n'a jamais voulu profiter de cet élan fraternel, mais, au fond de son c<eur, il lui garda un bon souvenir de ce procédé. Dans cette lutte des beaux sentiments , nous hésitons à adjuger la palme; mais il suffit de les faire connaître pour qu'ils soient admirés de tout le monde.

Aujourd'hui le duc d'Âumale est nommé gouverneur général de TAlgérie. C'est une digne réponse que le cabinet du 29 octobre a donnée , au nom de la France , aux protestations de l'Angleterre contre les possessions françaises de l'Algérie, qu'un ministre brouillon a eu la fatuité de réitérer,

L'artillerie compte dans ses rangs le duc de MoKTPEMsiER. Il cst très-jcuno encore , et déjà il y^ a à citer un beau fait d'armes de lui au combat de Biskara, où il commandait une batterie et dirigeait ses coups habilement. Le duc y courut des dangers réels; il y reçut même une blessure à l'œil. C'était, pour ainsi dire, un avertissement pour lui de modérer son impatiente bravoure.

Dans ces derniers temps , son mariage avec

celte fortune immense est déjà Tapanage des paavres. Le premier acte du' prince, en devenant majeur et en prenant la direction de ses biens, fut d'établir un bureau de secours. Chaque jour, ' de nombreux employés portent au loin les bienfaits de leur maître, et rassemblent des éléments nouveaux pour les augmenter; car le cœur du prince est grand y généreux, accessible à tout ce qui est noble et bon. Sa libéralité est vraiment magnifique , et rien n'égale la noblesse de son caractère. Il a une physionomie ouverte, son sourire est franc et joyeux; dans ses regards brille le feu de la jeunesse : les soucis n'ont pas encore rembruni son front. — Il aime sa famille au delà de toute expression, et porte le plus vif dévouement à ses frères. Dans le temps où , sous le ministère Moié , le projet de dotation pour le duc de Nemours était présenté à la Chambre des députés, il s'éleva, comme tout le monde le sait, tant d'animosité dans certains partis hostiles à l'ordre de choses établi, que le prince, ne voulant pas jeter sa dignité en pâture aux mauvaises passions , se rendit chez le président du conseil pour le prier de retirer ce projet de loi. Cette démarche honorait le prince ; il voulait tout devoir à Tamour du pays , mais il ne lui convenait pas de servir de prétexte à la malveillance. La loi fut. retirée. Le duc d'Âumale fut tellement frappé de ce beau

LE ROI ET LA FAMILLE ROYALE. iOo

trait de générosité de son frère, que ,. mineur encore, il alla se jeter aux pieds du Roi pour le prier de prendre sur son héritage la portion nécessaire à Tapanage du duc de Nemours : celui-ci n'a jamais voulu profiter de cet élan fraternel , mais , au fond de son c<eur, il lui garda un bon souvenir de ce procédé. Dans cette lutte des beaux sentiments , nous hésitons à adjuger la palme; mais il suffit de les faire connaître pour qu41s soient admirés de tout le monde.

Aujourd'hui le duc d'Aumale est nommé gouverneur général de l'Algérie. C'est une digne réponse que le cabinet du 29 octobre a donnée, au nom de la France , aux protestations de l'Angleterre contre les possessions françaises de l'Algérie, qu'un ministre brouillon a eu la fatuité de réitérer.

L'artillerie compte dans ses rangs le duc de MoNTPENSiER. Il cst très-jcune eucoro , et déjà il y a à citer un beau fait d'armes de lui au combat de Biskara, où il commandait une batterie et dirigeait ses coups habilement. Le duc y courut des dangers réels; il y reçut même une blessure à l'œil. C'était, pour ainsi dire, un avertissement pour lui de modérer son impatiente bravoure.

Dans ces derniers temps ^ son mariage avec

l'infante Fernanda-Louisa a fortement ému toutes^ les diplomaties , mais surtout celle de rAngleterre. Dans une autre série de cette publication, j ^apprécierai les conséquences politiques de cette union ; ici , je me borne à dire que le dernier fils du Roi étant marié , cette noble famille offre le spectacle de la plus belle des familles princières du monde.

Il me reste encore à parler des filles du Roi ; la tâche est plus difficile j car si la vie des hommes est extérieure et peut être étudiée, celle des femmes ne franchit pas l'enceinte de leur intérieur, et les particularités à recueillir sont beaucoup plus difficiles , surtout quand ces femmes sont princesses.

Je connais peu la Reine des Belges. Avant que j'aie commencé à m'occuper de cet ouvrage , elle était déjà mariée. Je me réserve pour une autre occasion de parler de la Belgique ; c'est là que je consignerai les faits venus à ma connaissance : je me bornerai seulement à dire ici que tous ceux qui ont l'insigne honneur de connaître la Reine des Belges ne tarissent pas en éloges sur sa bonté et sur ses vertus.

Le premier deuil , le premier malheur qui frappa le cœur de la famille Royale, fut la mort de la Princesse Marie , duchesse de Wurtemberg. C'était la

grice personnifiée ; c'était l'intelligence la plus développée ; c'était le génie des arts transformé en femme. La peinture, la musique , la sculpture, elle possédait tous ces arts au suprême degré. — Si Ton veut une preuve de ce que j'avance, qu'on s'arrête devant la statue de Jeanne d'Arc. — C'est un chef-d'ioeuvre et comme conception et comme exécution. On se sent pénétré d'un saint enthousiasme pour cette création de génie. Quel est donc l'artiste le plus éminent qui aurait compris Théroïne de Vaucouleurs de cette manière ? — Regardez : cette tête humblement penchée , et comme obéissant à Tordre parti d'en haut; cette épée pressée, contre le cœur, comme une arme que Dieu lui confia pour le salut de son roi et de son pays; et cette chasteté répandue sur tous ses traits, ne personnifient-elles pas la pensée d'une âme élevée, d'un cœur pur, plein d'une flamme divine? La royale artiste, en taillant ce marbre, lui a communiqué ce feu sacré qui brûlait en elle , et qui , au besoin , en aurait fait une nouvelle Jeanne d'Arc. Que ne promettait pas aux arts ce début sublime? Cette mort, celle du duc d'Orléans, ainsi que celle de Madame Adélaïde, sont les plus grandes afflictions qu'il a plu à la Providence d'envoyer au cœur paternel du Roi, au cœur de toute la nation.

La plus jeune des filles du Roi, la Princesse

Clémentine y a beaucoup des traits de son père. On s'accorde à dire que c'est la plus spirituelle de toutes les Françaises j qui sont spirituelles par excellence. Mais gardez-vous de supposer que son esprit soit un esprit méchant , qu'il se plaise à ces traits acérés qui blessent ou froissent les amourspropres. Loin de là ; c'est un esprit gracieux, vif, léger, heureux en reparties , ayant de la gaieté , mais qui n'ôte rien aux qualités de son cœur et de son âme. — La dtichesse de Nemours n'a jamais eu de plus grand désir que celui de voir la princesse Clémentine , la femme de son frère Auguste de Cobourg. Ce que femme veut Dieu le veut.y dit le proverbe populaire; le résultat de ce désir de la duchesse de Nemours, est que la princesse Clémentine s'appelle aujourd'hui duchesse Auguste de Cobourg. — La princesse est admirée partout. On prétend savoir qu'elle a contribué à amener les visites réciproques de la reine Victoria en France et du Roi en Angleterre. Bref, que si jamais r entente cordiale menaçait de s'altérer entre les deux pays, en demandant que la princesse Clémentine soit nommée ambassadeur extraordi-r naire à la cour de Saint-James ^ on pourrait ré-» pondre du succès.

Tel est le Roi, rhomme supérieur auquel la Providence et la volonté de la nation ont confié le bonheur de la France. Ferme, inébranlable dans ses principes, véritablement grand, il poursuit courageusement la route que sa conscience lui a tracée, sans s^inquiéter des petites passions qui s'agitent au pied de son trône. Inaccessible aux vaines frayeurs, méprisant les attentats criminels, il va, les yeux tournés vers le but qu'il voit dans l'avenir, et qui lui promet la plus belle page dans rhistoire moderne. Louis-Philippe ne s'émeut pas de ces mesquines criailleries qui jetteraient d'autres hommes que lui dans de sanglantes représailles, car il place le bonheur du genre humain bien plus haut que le contentement de sa vanité satisfaite. La France, telle qu'il l'a prise entre ses mains , et la France d'aujourd'hui, diffèrent tellement Tune de l'autre , qu'on peut dire hardiment qu'il en est le véritable régénérateur. Partout règne Tordre le plus parfait; le crédit public est consolidé , l'agrigulture prospère, les manufactures se relèvent. Jamais, dans les plus beaux jours de la France, sa prospérité n'a atteint le degré actuel , et jamais peut-être aucun monarque n'a mérité une plus grande reconnaissance. A côté de son trône se range sa nombreuse et belle famille. — Où rencontrer cet assemblage de rares qualités et du cœur

et de l'esprit? Où trouver autant de modestie jointe à tant de mérite? — Voyez ces jeunes princes , si beaux y si pleins de gloire, si pénétrés de cette noble vérité que la plus haute naissance ne donne de droits à Testime publique qu'autant qu'elle se lie au mérite personnel, qui seul assure aux hommes le respect de leurs concitoyens. — Regardez ces princesses pleines d'éclat, de beauté et de candeur, et cette nombreuse lignée de la plus noble famille, qui semble être destinée à perpétuer l'exemple de toutes les vertus qu'elle trouvera toujours dans ses parents. — Monarque français, réjouissez -vous dans votre cœur paternel ! le noble apprentissage des malheurs est fini pour vous , car l'univers entier vous rend justice et vous vénère. — Avant de tracer ces quelques lignes, j'ai parcouru différentes contrées soumises à divers sceptres , et partout la voix populaire glorifie votre nom, et cette voix, vous le savez. Sire , c'est la voix de Dieu.

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