‹ Quinze ans à Paris (1832-1848).: Paris et les Parisiens (volume 2)Chapitre 8 sur 15 · FACULTÉS. — COLLÈGE DE FRANCE · texte numérisé non relu

FACULTÉS. — COLLÈGE DE FRANCE

L'instniction publique en France se divise en trois degrés: rinstruclion primaire, secondaire, et universitaire. Une nouvelle loi s'élabore en ce moment pour organiser les deux premières; si elle arrive à sa maturité, avant que ce volume soit publié, je me réserve de l'examiner en détail ; pour le moment, je passerai rapidement sur le programme des études , et donnerai seulement une notion exacte de ce qui existe.

L'instruction primaire consiste dans les premiers

210 INSTRUCTION PUBLIÛUE.

éléments de lecture, d'écriture, de calcul, de grammaire et de géographie ; elle est donnée par des instituteurs primaires qui sont payés par TÉtat, chaque commune fournissant un local convenable pour contenir les enfants que les parents envoient à Técole. Ces instituteurs, il faut le dire avec peine, sont trèspauvrement rétribués, car la moyenne du salaire annuel est de 250 francs, et il ne dépasse pas le chiffre de 400 francs , pour quelques localités , et pour les instituteurs de première classe. Il ne faudrait cependant pas perdre de vue que des premières impressions de la jeunesse dépend souvent la vie entière ; que les hommes appelés à donner les notions de la morale et à préparer l'instruction, devraient être choisis avec discernement, rétribués convenablement, de manière à ce que ceux qui se vouent à ce rude état puissent au moins se trouver à l'abri du besoin. Comment veut-on, avec la misère qui frappera à chaque instant à la porte de cet homme, lui demander des sentiments élevés? et comment pourrait-il les inculquer dans les cœurs de ses élèves, quand les besoins incessants de la vie rapetisseront son âme et racorniront son esprit? C'est une chose triste à dire, mais tout ce qui concerne les inutiUtés, le luxe ou les distractions est payé largement, et ceux qui ouvrent votre esprit, qui vous préparent les voies de la vie intellectuelle,

meurent presque de faim! — On concevrait à la rigueur ce système dans les pays peu civilisés, où rbomme diffère peu de la brute; mais ici, dans le pays de ia lumière par excellence, c'est plus qu'inconcevable, c'est honteux.

Les collèges, soit communaux soit royaux, donnent l'instruction du second degré, qui consiste dans l'enseignement des langues latine, grecque et française, des mathématiques, de la rhétorique et de la philosophie; peu de géographie, presque point d'histoire, mais beaucoup de pensums. De plus, nnlle obligation pour l'élève de satisfaire au programme de l'année; il passe d'une classe à l'au*tre, et ne la redouble que dans le cas où les parents eux-mêmes le demandent ; sans cela , au dire de plusieurs professeurs, le collégien sortant de rhétorique serait très-embarrassé de répondre à une question qu'un élève de sixième doit bien savoir. Depuis peu, seulement, le dessin et quelques langues vivantes sont compris dans le programme de l'école. L'instruction de ce degré s'appelait autrefois, dans le langage universitaire, les humanités^ c'est-à-dire que l'élève y apprenait tout ce que, dans le cours ordinaire de la vie, l'homme doit savoir. Or, est-il possible, avec cette manière restreinte et vicieuse de donner l'instruction et ce manque d'hommes capables, de se passer d'écoles

spéciales? Non. Et cela est tellement vrai, que les jeunes gens se destinant à Técole de Saint-Gyr ou à Técole Polytechnique^ arrivés à la classe où les mathématiques commencent^ doivent quitter les autres études pour s'y appliquer spécialement^ ou aller dans une école préparatoire puiser le degré d'instruction exigée par le programme de ces deux écoles.

L'instruction donnée dans un collège devrait, ce me semble, être combinée de telle manière qu'un élève pût, à sa sortie, choisir telle carrière qu'il voudrait, et être apte à continuer ses études dans un degré supérieur, sans autres préparations que ses leçons du collège. Qu'il me soit permis de citer à l'appui de cette opinion un exemple d'une nation amie. Le royaume de Pologne, créé par le congrès de Vienne, ayant sa propre administration, a eu le bonheur de rencontrer dans son ministre de l'ins- 4ruction publique , un homme profond , un savant du plus haut mérite, le comte Stanislas Potoçki. Le plan d'études qu'il élabora pour les écoles polonaises était disposé si judicieusement, qu'un élève n'avait qu'à marcher dans la voie tracée et à s'arrêter au degré où il voulait, pour être apte à choisir soit une industrie, soit une carrière administrative, ou toute autre. Les écoles se divisaient en cantonales {podwy^dzialowé) ayant deux classes; d'ar-

rondissement {iv/dziah^vé) ayant quatre classes, et palatinales {ivoiéwodzkié) en ayant six. Celai qui voulait se contenter de l'instruction cantonale sortait de ces écoles avec les éléments de sa propte langue, des langues latine et allemande, de l'histoire générale et polonaise, de technologie; et possédant assez de géométrie, d'arithmétique et de physique, pour suffire aux besoins de sa sphère. L'instruction d'arrondissement allait plus loin : relève savait deux langues de plus: le grec et le français, Thistoire naturelle, l'algèbre, le dessin, etc. — Dans les écoles palatinales on donnait l'instruction humanitaire complète. Ainsi, en prenant par exemple l'histoire naturelle , l'élève apprenait d'abord la zoologie, puis l'ornithologie, ensuite l'ichthyologie, l'entomologie , la botanique et la minéralogie. Pour les mathématiques, il commençait aux quatre règles de l'arithmétiqîue et finissait à l'astronomie ; il pouvait calculer les lois de la gravitation , et ainsi pour le reste. Puis les études terminées, il était obligé de passer un examen de maturité j c'est-à-dire qu'il devait répondre sur l'ensemble de l'enseignement, à tel degré que ce fût. Il recevait ensuite un diplôme équivalant à celui de bachelier es lettres, et se trouvait préparé pour être admis à l'université. — L'élève ne pouvait pas traverser les classes au pas de course;

deux examens, un tous les six mois, faisaient voir aux professeurs si Télève pouvait avec fruit suivre le degré supérieur de ces études dans la classe plus élevée. S'il ne satisfaisait, pas au programme, il restait un ou deux ans de plus dans la même classe, et ainsi de suite. Les influences locales faisaient là, comme partout, commettre quelques injustices, mais les exceptions ne pouvaient pas vicier le principe. Malheureusement on a trouvé ce ministre trop libéral. Son successeur, esprit étroit et mes-^ quin, porta une main sacrilège sur cet édifice, rogna, modifia, et réussit à gâter cette excellente œuvre. Les études s'affaiblirent, le choix des professeurs devint moins bon, et le pays s^en est ressenti. Mais revenons aux écoles françaises. — V école Normale est la pépinière du professorat. L'instruction que Ton y reçoit est en tous points digne de la grande nation française. Elle est aux frais de l'État; mais si le sujet ne répond pas aux espéranees que l'on a conçues de lui à son admission, aj)rès avoir ajouté deux ans de plus pour son instruction à titre de patience , ou le rend responsable envers le pays des frais avancés pour son instruction, et il doit les restituer, en allant dans quelque canton remplir les modestes fonctions d'instituteur primaire, emploi pour lequel il en saura toujours assez.

L'Université contient de pins des Facultés. Elles sont au nombre de cinq : Faculté de Théologie, des Lettres, des Sciences, de Droit et de Médecine. En voici une revue succincte :

Page 1