‹ Quinze ans à Paris, 1832-1848. Paris et les parisiensChapitre 1 sur 50 · Quinze ans à Paris, 1832-1848. Paris et les parisiens · texte numérisé non relu

Quinze ans à Paris, 1832-1848. Paris et les parisiens

Peu d'ouvrages ont eu le sort de ce livre. Médité , commencé , livré à l'impression et publié jusqu'à la moitié sous la Monarchie, le tome second s'achève sous la République. — Dans l'espace de quelques jours , bien des choses dont il est question ici ont cessé d'exister, bien d'autres viennent de naître ; et les mots que j'ai imprimés dans la Préface du tome premier, publié le i5 février 1 848 , ft Tout change , tout meurt et renaît « sous une forme nouvelle dans cette ville (c extraordinaire , complétant l'œuvre du « passé, agrandissant le champ de l'avenir, (c et marchant , marchant toujours , » sont plus vrais que jamais.

Aussi mon livre appartient-il presque à

l'histoire. Mais je dois déclarer que toutes les modifications apportées à l'état de choses sous l'impression desquelles j'ai écrit cet ouvrage , n'ont en rien changé mes convictions. L'appréciation des événements politiques, et l'ensemble du système suivi depuis l'établissement de la Monarchie de Juillet jusqu'en 1 848, trouveront leur place dans une autre série de cette publication que je tiens en réserve, et prête à paraître : ici, en face même des événements qui s'accomplissent sous mes yeux, sous l'empire du dogme qui proclame la liberté illimitée de la parole et de la presse, je poursuis ma tâche du passé , réservant mes opinions , maintenant mes assertions; car, pour peu que l'on se respecte , on ne modifie pas du jour au lendemain une conviction acquise par quinze années de méditations et de travail. Je suis d'autant plus à l'aise dans mon franc-parler, qu'aucun bienfait, aucune obligation ne m'attachent à la Famille royale déchue, aucune inimitié ne me pousse à m'en venger. — Que l'on ne cherche donc dans ce livre ni flagornerie ni haine; l'impartialité seule me guide. Dans la marche de cette œuvre, les forces peuvent me trahir

vij quelquefois; mais du moins je serai toujours à l'abri du reproche qui pèse sur bien des gens aujourd'hui, d'avoir, en girouettes politiques, suivi l'impulsion du vent.

Il ne faut pourtant pas induire de là que je prenne mes opinions pour infaillibles ! Dieu seul est infaillible. — Si je ne me laisse pas aller aux illusions que l'établissement de la République semblait éveiller dans certains cœurs honnêtes , c'est que ceux-là même qui l'ont établie, proclamée, sont forcés à de tristes aveux. — C'est ainsi que la Réforme a dit, dans un de ses articles du i^^ septembre i848 :

« Grâce à nos fautes, à nos folies, à nos faiblesses; grâce « à certaines illusions qui seront plus tard fécondes en re- « mords, nous travaillons tous aux funérailles de la Répu- « blique.

« La République ! après cinq mois , voici son bilan : «Dix mille hommes dans les cachots, la faim dans les « masses, le désespoir en bas, le souci partout; les libertés « bâillonnées, la gloire absente; la poésie, les arts, les lu- « mières éteintes; une Assemblée qui se décime, une bour- <' geoisie qui s'irrite et souffre; et, pour toute espérance, « une constitution qui va germer au milieu de ces désastres. »

Depuis lors rien n'a changé ; l'incertitude règne, la défiance est dans toutes les âmes ,

viij les affaires sont stagnantes , et la misère s'accroît de jour en jour. — Tout est sur le qui-vive? — Je ne puis donc en rien modifier jusqu'ici mes oj3inions. — Ce n'est que lorsque l'expérience m'aura prouvé que je me trompe , que j'avouerai mon erreur avec loyauté; car la loyauté doit guider toutes les actions d'un homme qui se sent le cœur haut placé , et qui sait comprendre toutes les grandeurs de la pensée et d'un progrès réel.

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