‹ Quinze ans à Paris, 1832-1848. Paris et les parisiensChapitre 21 sur 50 · II · texte numérisé non relu

II

porter sur l'humanité. — C'est dans cette vue large et grande que Lakanal a conçu la pensée d'instituer l'Académie des sciences morales et politiques. Le despotisme consulaire l'a supprimée, et il était réservé, comme je l'ai dit, au gouvernement de 1830 de la ressusciter.

Si l'on jette un coup d'œil sur le programme des prix que d'ordinaire cette Académie propose aux concurrents, on y verra avec quel soin elle choisit les sujets propres à diriger dans la voie du progrès , et comment elle veut faire servir le passé à l'enseignement du présent et de l'avenir. — Là , nous retrouvons les nooks des philosophes éminents , des hommes d'État du plus grand mérite, des écrivains les plus brillants et les plus soUdes : — MM. Cousin , chef de la philosophie éclectique en France; «- Damiron, connu par ses propres travaux et par la publication de ceux de Jouffroy; — Barthélémy Saint-Hilaire , qui cherche à mettre en lumière les œuvres de l'école d'Alexandrie ; — de Tocqueville, dont le livre sur les États-Unis suffirait seul pour faire une réputation ; — Dupin aîné, le plus habile , le plus profond légiste et logicien de l'époque; — le comte de Portails, héritier d'un nom attaché à la rédaction du Code Napoléon , et qu'il maintient dans toute sa splendeur ; — Troplong,, que ses travaux sur la jurisprudence recom-

mandent à l'attention du monde ; — le baron Charles Dupin , le plus grand partisan de la statistique ; — le comte Rossi , homme d'État distingué , pour le moment ambassadeur de France à Rome (1) ; Blanqui, dont les premiers travaux en économie politique semblaient déjà promettre un économiste hors ligne, maintenant député et partisan du Libre échange; — Hippolyte Passy, homme probe et intègre ; — Mignet , un des beaux caractères de l'époque, homme plein de sagesse, se tenant à l'écart du mouvement pohtique, absorbé dans les travaux qui porteront son nom à la postérité la plus reculée; secrétaire perpétuel de cette Académie : ses notices sur les membres décédés sont de véritables chefs-d'œuvre du genre. — Guizot,

(i) C'est avec un cri d'horreur que tous les honnêtes

gens ont appris l'exécrable assassinat du comte Rossi.

Sorti de France à la suite des événements de février 1848 , nommé par le Saint-Père ministre des États romains, il vient d'être frappé d'un coup de poignard au moment où il

gravissait les marches du palais des députés de Rome

Honte éternelle aux vils assassins qui prétendent fonder la liberté à l'aide du stylet et des massacres ! Honte à ce peuple qui, dans sa démence, portait en triomphe dans les rues de Rome le fer du meurtrier, en criant : Vive Pie IX, vive Bratiis (nom donné à l'assassin) ! — Le juste châtiment de Dieu ne se fera pas attendre. — Il est temps, du reste , que le règne de la folie passe , et que celui du bon sens rende l'ordre à l'Europe entière.

Thiers et Michelet viennent clore la liste d'hommes éminents dont la France s'enorgueillit à si juste titre.

vin.

En intitulant ce chapitre Femmes auteurs ^ je veux faire une distinction , et ne pas envelopper, sous le nom peu galant de bas-bleu , les femmes dont les ouvrages feraient honneur aux plus célèbres écrivains , et que ces derniers signeraient des deux mains , pour me servir de l'expression trèsconnue en politique. — En effet , en est-il un seul qui désavouerait le style et les hautes conceptions de George Sand , l'esprit plein de charme de madame de Girardin , Télégante pureté de madame

Sophie Gay, la grâce coquette de madame Ancelot? — Non, sans doute. Mais, avant de pousser plus loin notre appréciation à ce sujet , il faut nous arrêter un instant pour faire une petite digression. A l'époque où nous vivons, plusieurs systèmes sociaux se sont produits , et entre autres celui qui veut relever les femmes de leur incapacité civile et politique. Je ne veux pas entrer à ce sujet dans une dissertation approfondie , qui , du reste , trouvera sa place ailleurs ; mais je me demande d'où vient cette jalousie des hommes contre toutes les productions littéraires des femmes ? On dirait que , par un abus de force vraiment peu délicat , on s'est réservé exclusivement l'épée et la plume , ne laissant au beau sexe que des occupations frivoles , ou les prosaïques devoirs du ménage. — Que signifient ces déclamations brutales contre ces femmes exceptionnelles qui , sentant en elles ce feu sacré qui pousse une âme bien trempée dans le domaine de l'intelligence, jettent sur le papier des pensées profondes , et prouvent qu'aucune science ne leur est étrangère ? Pourquoi défendre aux femmes, avec l'acharnement d'une jalousie mal déguisée , l'accès de cette arène publique où se débattent les intérêts de tous ? Dans la vie ordinaire , dans les mystères de la vie privée , il n'y a peutêtre pas deux de ces hommes que les autres pro-

clament supérieurs par leurs hautes capacités , qui ne prennent pas d'avis de leurs femmes , de leurs mères ou de leurs sœurs; et j'en connais beaucoup qui se sont très-bien trouvés d'avoir suivi de tels conseils. Si donc on reconnaît tacitement l'aptitude 6a la femme à guider même les esprits d'élite, pourquoi ne pas proclamer hautement qu'elle doit avoir voix au chapitre , et qu'elle est digne de concourir à l'œuvre commune? Mais non; ceux qui ne font presque rien sans consulter soit le cœur, soit la tête d'une femme, sont les premiers à la renvoyer publiquement à son pot-au-feu et à ses bas. — On aurait grandement raison d'y renvoyer ces ambitions prétentieuses que rien ne justifie, comme on ne se gêne point de dire avec Boileau , à ceux qui prennent une mauvaise voie :

Soyez plutôt maçon , si c'est votre métier.

Mais jeter un vernis de ridicule sur une femme dont la tête vaut autant, et plus même, que celle de M. tel ou tel, c'est convenir qu'on n'est pas de force à lutter convenablement avec elle, et qu'il est beaucoup plus facile de dénigrer que de prouver sa supériorité. Pour mon compte, je l'avoue, j'ai toujours trouvé un charme infini à entendre discuter une femme supérieure sur les matières qui, d'ordinaire, n'entrent pas dans le domaine de ses études.

I8i FEMMES AUTEURS.

D'abord , sa voix est une mélodie que Ton écoute avec plaisir ; et si à cet attrait viennent se joindre des idées justes , profondes , hardies , le plaisir augmente, et, avec la foi dans la perfectibilité humaine , on est disposé à rêver une génération à venir qui accomplira l'œuvre de la fraternité sans secousses , sans violence , rien que par la voie de la raison , qui empruntera la bouche d'une femme, d'une mère , d'une sœur. Et cela sera d'autant plus facilement exécuté, que si les hommes, par amourpropre, résistent aux autres hommes , ils trouveront une excuse très-facile en cédant aux femmes , ne fût-ce que par galanterie. — Si une éducation bien dirigée , consultant la force de la femme et ne surchargeant pas trop son organisation, nous donnait beaucoup de femmes comme mesdames Roland, P~ de Staël J Emile deGirardin, pensez- vous qu'il y aurait de quoi s'en plaindre? Non, assurément. Eh bien! commençons dès à présent; admirons sincèrement ce qui est digne d'être admiré ; critiquons avec indulgence , en indiquant la route à suivre , et débarrassons-nous au plus vite de ce superbe dédain qui cache , la plupart du temps , un dépit mal contenu et qui déborde de tous côtés. En ce faisant, nous ne forcerons pas les femmes à avoir recours à quelque pseudonyme d'homme , et nous pourrons lire de suite madame deGirardin,

sans la voir souvent affublée du costume du vicomte de Launay, comme madame Dudevant de celui de George Sand.

George Sand, puisque ce nom est consacré par la célébrité, est un écrivain des plus corrects et des plus élégants. C'est le meilleur prosateur de Tépoque , de l'aveu de tous ceux qui se mêlent d'écrire et qui savent juger. Ses tendances sont toujours socialistes, et la doctrine radicale qu'elle développe sous toutes les formes dans ses ouvrages prend , sous sa plume , un degré de conviction que l'on a de la peine à ne pas respecter. Ses premières productions se ressentent du froissement qu'elle devait éprouver dans le monde , où la place de la femme n'est marquée que pour l'abnégation et l'obéissance. Il était d'ailleurs naturel qu'un esprit de cette trempe frémît sous le frein social, mal défini, injustement appliqué, et maintenu avec rigueur. On sent dans ses productions le débordement de cette haine méritée qu'une âme comme la sienne devait vouer à l'oppression , et l'on voit que le ressentiment va un peu au delà du but qu'il veut atteindre. Mais, dans les derniers ouvrages qui sont sortis de sa plume , cette tendance a disparu , et a donné lieu à une philosophie mieux entendue. S'il y a une critique à faire à ses romans, c'est surtout cette dernière partie, la phi-

Josophie, qu'il faut attaquer. Le tâtonnement continuel qui trahit Findécision se fait fréquemment sentir, et je ne serais nullement supris que Fauteur lui-même ne pût se rendre compte définitivement à quel parti philosophique il appartient. Falentine , ïndiana , André ^ le Péché de M, Antoine , Piccinino , le Compagnon du tour de France, ne sont assurément pas de la même école; mais ils seront toujours de véritables modèles d'un style ravissant dans sa simplicité , et d'une attrayante invention.

Appelée jadis la Muse de la patrie, mademoiselle Delphine Gay (depuis madame Emile de Girardin) débuta dans le monde littéraire par un recueil de poésies qui promettait une Sapho à la France. Marchant d'un pas hardi dans cette route difficile qui conduit à la gloire, à l'immortalité, elle prouva que ses ouvrages peuvent prendre une place distinguée à côté de tous ces auteurs dont k France s'honore, et que sa plume élégante se plie à toutes les exigences du genre, passant de l'ode au roman, du roman à la critique , de la critique à la tragédie et la comédie : le Lorgnon , la Canne de M, de Balzac^ les nombreux Courriers de Paris (dans la Presse)^ Judith, V École des Journalistes et Cléopdtre, sont là pour l'attester.

/ Madame Sophie Gay, mère de la précédente,

est depuis longtemps connue dans le monde littéraire. La touchante histoire de ce sourd-muet, Anatole^ traduite dans presque toutes les langues vivantes, lui a valu une célébrité qu'elle a depuis conservée et augmentée. Cette dame est d'une activité sans exemple; on se demande réellement comment tant de force peut se trouver sous une frêle enveloppe de femme. Sa conversation est intéressante ; son esprit si juvénile, que Ton n'aperçoit pas la marche du temps pour elle. Ses écrits, ses correspondances , ses romans, n'excluent pas chez elle les travaux d'aiguille , dans lesquels elle excelle.

Marie, ou les Trois époques , attira l'attention sur madame Ancelot. Son premier essai était un ^ coup de maître , et passe pour son chef-d'œuvre. Puis sont venues se placer à la suite tant de pièces charmantes , qu'il n'y a qu'un reproche à leur faire, si c'est un reproche toutefois, c'est qu'elles sont I , trop spirituelles : quand on s'adresse aux masses , i / / il ne faut pas écrire de manière à n'être apprécié \ ' que par le petit nombre des gens d'élite.

En parlant des femmes auteurs , on ne peut passer sous silence deux femmes remarquables qui ont vécu à l'époque que je décris ici :

La première est la duchesse d'Abrantès, ravie trop tôt à ses nombreux amis. Je ne puis oublier

le charme particulier de sa conversation , ses manières affables, et cette facilité de bon goût qui guidait sa plume dans ses nombreux ouvrages. Ses Mémoires sur F Empire , sur la Restauration , ses Salons de Paris, et plusieurs romans , témoignent en faveur de son esprit de travail , de son impartialité et de son imagination. Plusieurs de ces pages resteront comme un monument historique d'une époque féconde en événements, et pourront être consultées avec fruit par tous ceux qui auraient besoin de notions exactes sur les mœurs et les habitudes du temps.

La deuxième est feu la princesse Constance de '^'■^ Salm. Elle brillait noù-seulement par ses ouvrages et par son esprit , mais encore par la plus étonnante mémoire que Ton puisse rencontrer. Tout ce qui lui plaisait à la lecture, elle le savait par cœur.

Viennent ensuite mesdames Anaïs Sé^alas, Amable Tastu, Mélanie Waldor et Desbordes- Valmore, qui méritent une place à part , aussi bien par leurs jolies productions que par leur amabilité.

Parlerai-je à présent de cette vulgaire pléiade,

et de ses productions plus vulgaires encore, que

, le nom de bas-bleu met justement à l'index? —

1 I Non ; — ce serait perdre mon temps et exercer la

patience du lecteur. — Cette phalange des esprits

incompris, qui sent battre un cœur indépendant dans la poitrine^ et s'élance dans les régions éthérées a la recherche d'une âme errante^ se subdivise en plusieurs cohortes ; et si , par-ci parlà , on trouve de véritables bas , il y en a qui ne dépassent pas la chaussette^ selon la pittoresque expression de Balzac : or, si déjà les bas-bleus ne valent pas la peine d'être mentionnés , jugez de quelle valeur doivent être les chaussettes !

Un des plus puissants attraits que trouvent les étrangers à Paris, c'est la multiplicité des théâtres. Outre ceux*de la banlieue, Paris possède vingtune salles de spectacle, savoir : l'Académie de musique; le Théâtre-Français ; FOdéon; l'Opéra-Gomique; TOpéra Italien; le théâtre Historique ; le Vaudeville; le théâtre des Variétés; le Gymnase Dramatique; le théâtre du Palais-Royal, celui de la Porte Saint-Martin ; l' Ambigu-Comique ; l'ancien Cirque Olympique, aujourd'hui l'Opéra National ;

la Gaieté ; les Folies Dramatiques ; les Délassements Comiques; le théâtre de Beaumarchais; celui du Luxembourg; le spectacle des Funambules; le Petit Lazary; le Concert-Spectacle.

Je parlerai de plusieurs de ces théâtres; mais comme le répertoire français a puissamment influé sur les littératures dramatiques des autres pays, il importe do jeter un coup d^œil rétrospectif sur son origine, et de donner un petit abrégé de l'histoire du théâtre français en général.

' Il est évident que les premières scènes furent celles des troubadours, trouvères et ménestrels. Les uns faisaient de la poésie , les autres chantaient en s' accompagnant de quelques instruments, et portaient de castel en castel leurs lais , leurs vaux-devire, leurs chansons , voire même des consolations aux preux chevaliers, de la part des dames et châtelaines. Leur tendre poésie, leurs contes, leurs tensons ou siiventes^ opéraient des miracles. Chacun voulait les entendre, les avoir en son castel, à ses tournois, pour inventer des réjouissances et des fêtes. Cet état de choses dura assez longtemps ; mais enfin leur mauvaise conduite, les intrigues dans lesquelles ils se trouvèrent mêlés, amenèrent la division parmi eux, et peu à peu leur destruction complète.

En même temps que les troubadours, existaient ]es jongleurs ; c'étaient les acteurs du peuple, ils faisaient danser des ours et des singes. Ils se lièrent avec les troubadours; mais en 1382, après la mort de Jeanne , comtesse de Provence , ils quittèrent ces derniers , se formèrent en corporation , et prirent le titre de joueurs. Il paraît cependant que leurs jeux les ont tellement avilis et dépopularisés, que Philippe-Auguste , peu de temps après son avènement , les bannit de ses États, et défendit leurs jeux sous peine de la hart.

Quand la fureur des croisades fut un peu calmée, les pèlerins qui revenaient de la terre sainte se réunirent , s'installèrent à Saint-Maur des Fossés, et donnèrent des représentations sacrées sous le titre de moralités. Mais ce pieux usage dégénéra à un tel point , que , sans s'en douter probablement, les joueurs de moralités tournèrent la religion en ridicule. Dans quelques-unes de ces pièces, la sainte Vierge et les saints jouent des rôles fort peu édifiants, mais en revanche très-scandaleux ; et celui qui serait curieux de connaître quelques détails, pour juger par lui-même jusqu'à quel point ces moralités devenaient des immorahtés , peut satisfaire sa curiosité en les lisant dans la bibliothèque du duc de la Vallière, surtout celle qui porte le titre de la Conception,

Charles Y pourtant goûta tellement ces représentations, qu'il octroya à la confrérie le privilège de venir les jouer à Paris. Les confrères obtinrent de grands succès ; les tréteaux , comme la Harpe les appelle , furent en telle vogue, que les curés de Paris avançaient complaisamment Fheure des vêpres , et assistaient avec leurs paroissiens à ces ridicules profanations. Charles VI leur conféra des lettres patentes, et les religieux prémontrés leur cédèrent dans rhôpital de la Trinité une salle où Ton dressa le premier théâtre! connu en France, pour y jouer des mystères, ^

A la longue, on s'ennuya de l'uniformité de ce triste spectacle. La gravité des confrères ne leur permit pas de descendre à des sujets plus gais; mais ils sentirent la nécessité de varier le plaisir de leur public, en mêlant à la représentation de leurs mystères quelques scènes dans le genre burlesque. Une troupe de comédiens , sous le nom des Enfants sans soucis , joua des scènes sous le titre de sotties ou sottises , et le chef de cette troupe était appelé prince des sots, — A la même époque parurent, si j'ai bonne souvenance, les clercs de la Basoche, — Le prince des sots leur donna la permission déjouer des sotties, et eux, auteurs dès farces et des moralités, lui accordèrent celle de jouer les farces avec les moralités. — Ils furent

tour à tour protégés ou persécutés. — Protégés par Louis XI , leur théâtre fut plus tard fermé par arrêt du parlement et supprimé par Charles VIll. Les acteurs emprisonnés furent réclamés par i'évêque 'de Paris. — Louis XII leur laissa toute liberté, et leur permit de dresser leur théâtre sur la fameuse table de marbre qui occupait toute la largeur de la salle de Paris , et qui subsista jusqu'à l'incendie du 6 mai 1518. in- -finî - o;

Les confrères avaient quitté l'hôpital de la Trinité pour aller s'établir dans l'hôtel de Flandre, et plus tard achetèrent une partie du terrain de l'hôtel de Bourgogne, et y bâtirent un théâtre. La salle de la Comédie italienne fut construite sur les débris de ce même théâtre.

François F' confirma , en 1518 , les privilèges des confrères ; mais, en 1548, le parlement défendit de mêler les sotties aux mystères de la religion : il rendit un arrêt par lequel il fut enjoint aux confrères de ne jouer que des sujets profanes. Je passe sous silence une autre espèce de représentations , connues sous le nom de Fête des fous; c'était un mélange inouï d'impudicité et d'impiété , de même que la Mère folle, autre spectacle dégoûtant et indécent. — Jodelle enfin ennobUt la scène. Cléopâtre fut jouée devant Henri II; l'auteur y joua la reine , et eut pour sa part cinq

écus d'or. Progressivement le théâtre acquit de la splendeur, et, depuis le privilège du Petit-Bourbon ( où Louis XIV dansa ses ballets ) accordé à Molière , la scène se débarrassa de sa grossièreté, et la comédie prit un essor admirable.

Dans ce coup d'œil rapide, jeté sur le laborieux enfantement du théâtre français , on a vu par quels changements imperceptibles, par quelles modifications ce noyau grandit, poussa des rameaux vigoureux , et arriva à cette influence qu'il exerce sur la littérature dramatique des autres nations.

Page 1